LE CONCEPT ANIMAL

Chapitre 12

Malgré son jeune âge, Harry était déjà haut gradé parmi les Aurors, une position qui n'était pas sans conséquences. Si certains de ses collègues lui témoignaient un respect sincère, d'autres, plus âgés et bien plus expérimentés, ne cachaient pas leur jalousie. Ils voyaient dans ses promotions fulgurantes un effet direct de son statut de Sauveur. Harry trouvait ces ressentiments injustes. Ce n'était pas lui qui avait demandé à bénéficier de tels privilèges. Mais il devait bien reconnaître que son nom ouvrait des portes que d'autres devaient forcer, parfois en vain.

Dans un monde idéal, il aurait commencé au bas de l'échelle : remplir les papiers des supérieurs, résoudre des disputes de voisinage impliquant des sortilèges mineurs, ou retrouver des cracmols égarés. Mais ce n'était pas le cas. Ses premières missions avaient été des affaires délicates, complexes, parfois dangereuses. Il n'avait jamais goûté à la simplicité d'un début de carrière anonyme. Et au lieu de traquer des malfaiteurs lambda, il avait été chargé d'arrêter un tueur en série… Déjà ça et maintenant il menait une enquête parallèle sur Gregory Goyle.
Il aurait pu se convaincre qu'il faisait cela uniquement par devoir. Après tout, si Goyle s'en prenait à Drago, ou à quiconque, cela relevait de ses responsabilités. Mais se limiter à un devoir de justice serait se mentir à lui-même.

Ah, Drago Malefoy.

C'est un nom qu'Harry n'aurait jamais cru continuer à prononcer après Poudlard. Pendant des années, ils avaient été rivaux, adversaires, presque ennemis. La guerre avait tout bouleversé. À la fin, dans ce chaos de deuils et de victoires, quelque chose avait changé. Ce n'était pas de l'amitié, pas encore. Plutôt une curiosité mêlée de respect, et peut-être, au fond, une forme d'admiration qu'Harry refusait d'admettre à l'époque.

Hermione, bien sûr, l'avait remarqué avant lui.

C'était peu de temps après la guerre, quand ils s'étaient retrouvés dans un monde en ruines, à essayer de reconstruire une normalité. Hermione, toujours attentive, avait fait une remarque innocente, presque en passant.
— Tu sais, Harry, tu parles souvent de Malefoy.
Il s'était figé.
— Hein ? Non, pas plus que… que nécessaire.
Elle avait souri, un sourire à la fois indulgent et malicieux.
— C'est ça.
Il avait roulé des yeux, mais il y avait pensé. Peut-être qu'il évoquait Malefoy plus souvent qu'il ne le devait. Et ce n'était pas toujours pour le critiquer. Il se souvenait trop bien de ce jour, dans la Salle sur Demande en flammes, où il avait tendu la main à Drago. Cette image s'était gravée en lui. Un garçon blond, effrayé, vulnérable, hésitant mais assez courageux pour saisir cette chance.
Depuis, cet intérêt avait persisté, silencieux mais constant.
Et maintenant, après ces quelques soirées passées chez Drago, cet intérêt avait pris un tournant plus étrange, fascinant. Drago avait cette manière de capter ceux qui l'entouraient par sa noblesse qu'il portait comme une armure. Ça et puis ses paradoxes qui en faisaient un garçon aussi sympathique qu'insupportable.

Harry poussa un soupir en rassemblant les notes qu'il avait compilées sur Gregory Goyle. Il faisait tout ça pour protéger Drago, même si ce dernier n'avait rien demandé. Peut-être qu'Hermione avait raison depuis le début. Peut-être qu'il portait cet intérêt à Malefoy depuis bien plus longtemps qu'il ne l'avouait.

Harry s'adossa à son fauteuil, laissant son esprit dériver. Ses pensées revenaient inévitablement vers Drago, comme un courant trop fort pour qu'il le combatte. Ce n'était pas nouveau. Ce n'était même pas surprenant. Ce qui l'étonnait parfois, c'était de réaliser à quel point cela avait toujours été là.
Ce n'était pas un moment unique, pas un coup de foudre. Non, cela avait été une lente construction, une accumulation de petits fragments de souvenirs.

Il y avait eu ces après-midis de Quidditch, évidemment. Harry se souvenait de la manière dont Drago s'élevait au-dessus des autres joueurs, comme si le balai lui obéissait mieux qu'à quiconque. Il n'était pas toujours le plus rapide, ni le plus précis, mais il avait cette allure. Sa grâce et son arrogance, ce sourire en coin qu'il lançait lorsqu'il interceptait un Souafle ou frôlait le Vif d'or.

Mais ce n'était pas seulement sur le terrain.

Harry se souvenait aussi de Drago dans la bibliothèque. Toujours un peu à l'écart, la tête penchée sur des parchemins remplis d'une écriture élégante. Il n'était pas bruyant, pas comme certains Serpentards qui venaient en groupe pour fanfaronner. Non, Drago comme Hermione, préférait travailler seul. Ses doigts effleuraient parfois le bord d'une plume ou une page de livre, avec une délicatesse incongrue pour quelqu'un dont la langue pouvait être si acérée.
C'était là, dans ces moments de solitude, que Harry le trouvait si fascinant.

Il avait remarqué, sans assumer son côté un peu voyeur de l'époque, que Drago était souvent seul. Pas toujours, bien sûr. Il était entouré de ses acolytes, Crabbe et Goyle, ou flanqué de Pansy Parkinson. Mais il y avait des moments où, malgré les rires et les bavardages, Drago avait l'air ailleurs. Comme s'il portait déjà en lui un monde que personne d'autre ne pouvait vraiment atteindre. Enfin c'est ce que s'imaginait Harry. Autrement il ne comprenait pas comment on pouvait être seul sans en souffrir.
Lui-même avait détesté les moments où il se retrouvait isolé. Enfermé dans le placard sous l'escalier, ou même à Poudlard, quand il se brouillait avec Ron ou Hermione. La solitude l'écrasait, lui donnait l'impression d'être abandonné. Mais Drago ? Drago avait toujours l'air de la rechercher.
C'était beau.
Et c'était insupportable, parfois.

Harry se souvenait de cette jalousie qu'il ne comprenait pas encore, lorsqu'il voyait Drago entouré d'une foule. Quand Pansy riait trop fort à ses blagues. Quand Zabini s'appuyait contre lui avec une familiarité presque déplacée. Ces moments donnaient à Harry l'impression qu'on lui volait quelque chose. Comme si cette version de Drago, celle qu'il observait dans ses silences et sa solitude, n'appartenait qu'à lui.
C'était irrationnel, il le savait. Mais c'était là.

Même aujourd'hui, ces souvenirs lui revenaient de façon très limpide. Drago adossé à un mur, le regard perdu dans ses pensées. Drago passant une main dans ses cheveux, agacé par quelque chose qu'il lisait. Drago levant les yeux au ciel avec cet air exaspéré mais amusé, quand quelqu'un disait une bêtise.
Harry soupira.
Il savait que ce n'était pas une simple fascination. Cela allait au-delà de la rivalité, au-delà de l'admiration. Cela avait toujours été quelque chose de plus profond, de plus intime.
Et maintenant, après tout ce temps, après la guerre, après Ginny, après tout ce qu'il avait perdu et tout ce qu'il essayait encore de trouver, cette vérité s'imposait à lui : il avait toujours voulu Drago.
Pas son amitié ni une réconciliation. Il voulait comprendre ses silences, partager ses pensées, être celui qui perce cette carapace de solitude volontaire.

Et maintenant que leurs vies s'entrecroisaient à nouveau, Harry voulait tenter sa chance.

L'idée s'était enracinée en lui, insidieuse, irrésistible. Il voulait séduire Drago. Peut-être par défi, peut-être parce qu'il sentait qu'il n'y aurait jamais de moment plus propice. Drago était vulnérable, une ruine qui tentait tant bien que mal de reconstruire quelque chose de stable. Il vivait dans un équilibre précaire, et Harry était là, une présence rassurante, une bouée.

Et il le savait.

Cette connaissance le gênait, le rendait mal à l'aise face à ses propres intentions. Qu'est-ce que cela disait de lui ? Il n'était pas aveugle : il voyait bien que Drago s'accrochait à peine. Que le moindre faux pas pourrait le replonger dans une spirale de désespoir. Et pourtant… Une petite voix au fond de lui, cruelle et égoïste, murmurait qu'il avait bien le droit de tenter.
Après tout, qui d'autre pourrait être là pour Drago ?
Il se persuadait que ce n'était pas un simple caprice, pas une pulsion passagère. Il se disait qu'il pouvait être bon pour Drago. Le sauver, d'une certaine manière, comme il avait tant de fois sauvé des vies. Mais c'était un mensonge. Ce n'était pas du sauvetage, c'était de l'envie, brute et inavouée.
Et cette envie ne cessait de grandir.

Drago avec son arrogance, ses moments de craquages, son intelligence et son charme issu d'une noblesse de sang-pur. Harry voulait tout ça. Il voulait percer son armure, la briser, mais aussi la protéger… Plutôt la casser pour la remonter à son goût.
Ce désir était dévorant, mais aussi teinté d'une ombre qu'il ne voulait pas affronter. Parce que, au fond, il savait qu'il ne voyait pas Drago tel qu'il était. Pas vraiment.
Il voyait un défi, une idée, presque un trophée. Drago Malefoy, le solitaire, l'intouchable. Harry était convaincu qu'il pouvait être ce qui arriverait de mieux à Drago, et cette pensée avait un goût amer. Parce qu'elle impliquait qu'il considérait que d'une certaine manière, Drago lui était dû.

Il soupira encore, passant une main dans ses cheveux. Ce n'était pas juste. Ni pour lui, ni pour Drago. Mais le désir, l'espoir, étaient là.
Alors, il se promit une chose.
Il tenterait. Mais il ferait attention. Il s'interdirait de profiter de la faiblesse de Drago, de ses failles. Il avancerait doucement, prudemment, jusqu'à ce que Drago puisse choisir. Jusqu'à ce que ce soit clair qu'il le veuille aussi.
C'était la seule manière dont il pouvait vivre avec lui-même.

Mais quelque part, cette promesse vacillait déjà. Car il ne pouvait ignorer l'égoïsme qui le poussait à vouloir Drago. Ni la compassion et la convoitise qui le consumait chaque fois qu'il pensait à lui.

Le pire, pensa-t-il en baissant les yeux sur le dossier ouvert de Gregory Goyle, c'est qu'il profiterait clairement du mal que ce type sorti d'Azkaban ferait à Drago depuis sa sortie, pour débarquer en figure héroïque. Il sauverait Drago, faisant mine de mansuétude pour mieux se le réserver.

Et Drago lui, n'y verrait que du feu.

Pouvait-on dire que Drago était un grand naïf ? Peut-être. Mais à sa décharge il ne pouvait ni imaginer les penchants de Gregory ni les intentions d'Harry. Il était au milieu de tout ça, bêtement. Son nom et son attitude le rendaient plus séduisant qu'il n'osait le croire. Blaise pourtant le lui martelait durant leurs soirées à boire des coups…

Comme un soir… Deux semaines avant la sortie de Gregory et le désastre où il plongerait. Blaise et lui étaient assis sur un banc de pierre dans le parc du manoir Zabini. Drago sirotait un whisky pur feu en silence. Ils buvaient rarement des alcools aussi forts, mais Blaise aimait jouer au grand.
Blaise, appuyé contre le tronc d'un vieux chêne, jouait nonchalamment avec une branche, ses yeux sombres posés sur son ami.
— Sérieusement, Drago, tu n'as jamais pensé à ce que tu pouvais dégager ? demanda Blaise avec une curiosité feinte, comme s'il abordait le sujet pour la première fois.
Drago tourna la tête, un sourcil haussé, et poussa un soupir exaspéré.
— Pas cette conversation encore, Blaise. Épargne-moi ton analyse de bas étage.
Mais Blaise ne se laissa pas démonter. Il s'approcha, s'assit à côté de lui, et le regarda en coin, un sourire espiègle sur les lèvres.
— Tu sais, les gens comme toi sont fascinants parce que vous êtes persuadés que personne ne vous remarque. Tu crois que ton air détaché, ton attitude froide et ta beauté glaciale n'attirent pas l'attention ?
Il secoua la tête avec un petit ricanement, mais Blaise continua, implacable.
— Sérieusement, tu pourrais te servir de ça. Pas juste pour manipuler les idiots ou impressionner le Ministère. Je parle de quelque chose de plus simple. Des relations humaines. Tu te rends compte du nombre de fois où j'ai vu des gens te regarder comme s'ils allaient te dévorer ?
Drago grogna, mais il ne put s'empêcher de se souvenir des regards qui s'étaient parfois attardés sur lui. Cela le mettait toujours mal à l'aise, et il avait développé un instinct de défense presque automatique : ignorer, éviter, ou se draper dans son arrogance habituelle.
— Les gens me regardent parce qu'au mieux ils veulent des choses de moi au pire parce qu'ils me détestent, répondit-il finalement. Tu vois, mon nom et mon statut. Ce n'est pas moi qu'ils voient, Blaise, c'est ce que je représente.
Blaise éclata de rire, sincère et chaleureux, ce qui eut le don d'agacer encore plus Drago.
— Merlin, Drago, tu es vraiment un gamin parfois. Oui, ton nom compte. Oui, les gens te cataloguent. Mais tu crois vraiment que ça explique tout ? Tu ne vois pas qu'ils voient toi, aussi ? Ta jolie gueule de sang-pur, ton allure… Même Potter, tiens.
Drago releva brusquement la tête à l'évocation de ce nom. Cela faisait longtemps…
— Potter ?
— Oui, Potter. Tu penses qu'il t'a regardé comme il l'a fait toutes ces années juste parce qu'il voulait un duel épique entre Gryffondor et Serpentard ? Blaise secoua la tête avec un sourire amusé. Il voulait quelque chose d'autre, si tu veux mon avis.
Drago grimaça, cherchant à balayer l'idée de son esprit, mais elle s'accrochait comme un sort raté.
— Potter était obsédé par moi parce que je suis son rival. C'est tout. Et l'inverse se vaut aussi. Je l'ai eu dans la tête parce qu'il était le Sauveur. Aujourd'hui même moi je suis capable de dire que c'était ridicule et je me fiche bien de son sort à présent.
Blaise haussa les épaules, l'air indifférent, mais ses yeux brillaient de malice.
— Si tu veux. Mais moi, je dis que le garçon qui a survécu te trouvait un peu trop beau, et ça le rendait fou.
— Tu es décidément irrécupérable. Potter avait d'autres choses à gérer que mes grands airs et ma coupe impeccable de l'époque. La guerre, la quête de ses horcruxes, sauver son petit monde… J'étais une distraction, tout au plus.
Blaise l'observa, le regard perçant. Il y avait une dureté chez Drago qu'il ne lui connaissait pas avant la guerre, un détachement presque cruel qui tranchait avec l'arrogance enfantine qu'il affichait jadis.
— Et toi ? demanda-t-il tranquillement. Tu n'as jamais été curieux ? Pas une seconde ?
Drago fronça les sourcils, prenant une gorgée de son verre pour gagner un instant de réflexion.
— Curieux de quoi ? De Potter ?
— Oui. De lui. De ce qu'il était vraiment. Ce qu'il pensait, ressentait.
— Hum… Si je suis honnête, reprit-il finalement, je suppose qu'il y avait une fascination, oui. Mais pas celle que tu imagines. C'était… de l'envie. Je ne supportais pas qu'il soit tout ce que je n'étais pas. Aimé, admiré, libre. Moi, j'avais l'héritage Malefoy, les attentes de ma famille, les contraintes de mon sang, la… soumission à Voldemort. Lui, il avait… autre chose. Même dans la misère, il avait le droit d'être lui-même.
Il s'arrêta, les yeux dans le vague, comme s'il s'étonnait lui-même de ce qu'il venait de dire.
— Alors non, je n'ai jamais été « curieux » de lui comme tu l'entends. J'étais trop occupé à le mépriser ou à l'envier pour ça.
Blaise hocha la tête, pensif.
— Tu dis ça comme si c'était derrière toi.
— Parce que ça l'est, répliqua Drago sèchement. La guerre a tout changé. J'ai assez à faire avec ma vie maintenant sans me perdre dans des souvenirs absurdes.
Blaise resta silencieux un moment, mais son sourire en coin trahissait qu'il n'était pas entièrement convaincu.
— Peut-être. Mais fais attention, Drago. Parfois, ce qu'on croit avoir laissé derrière nous revient quand on s'y attend le moins.
— Oh je t'en prie, si tu veux parler de tes élucubrations romantiques, fais-le avec Pansy. Moi, je n'ai ni le temps ni l'énergie pour ce genre de bêtises.
Blaise éclata de rire, un son riche et sincère qui résonna dans le calme du parc.
— Très bien, Drago. Mais un jour, tu verras. Peut-être que Potter lui-même te surprendra.
Drago plissa les yeux, un mélange d'agacement et de curiosité éclairant son visage.
— Pourquoi tu insistes autant sur lui ? Ça fait des années qu'on a pas eu une vraie conversation avec lui. À quoi bon ressasser des histoires qui n'ont rien à voir avec nous aujourd'hui ?
— Peut-être que je trouve juste ça amusant de te voir si agacé à l'idée qu'il pourrait s'intéresser à toi.
Drago roula des yeux, exaspéré.
— Ce qui m'agace, c'est que tu viennes remuer de mauvais souvenirs, insista-t-il son ton tranchant. Et si c'est encore une de tes tentatives pour me pousser dans des histoires que je n'ai pas demandées, je t'arrête tout de suite. Potter ne m'intéresse pas, et je ne l'intéresse pas non plus. Fin de l'histoire.
Blaise haussa un sourcil, pas convaincu, et choisit délibérément de changer d'angle.
— Mauvais souvenirs ? Tu regrettes nos années à Poudlard ? Pourtant, l'école te plaisait à l'époque.
— Poudlard, c'était… compliqué, admit-il après un moment. Il y avait des moments d'innocence, oui. Mais être un Malefoy, avec un père comme le mien, ça gâchait tout.
Blaise l'observa un instant, réfléchissant, avant de secouer la tête avec un sourire moqueur.
— Tu es parfois bien sombre, Drago.
Il haussa les épaules et détourna le regard.
— Peut-être. Mais ce n'est pas comme si je pouvais y changer quoi que ce soit.
Blaise ne répondit pas tout de suite. Il savait quand il était inutile d'insister. Il se contenta de faire un commentaire léger sur le vent qui se levait dans le parc, et le sujet se dissipa.

. . .

Quelques jours avant cette conversation, Blaise sirotait un café dans un petit établissement discret de l'Allée des Embrumes, un endroit assez bien fréquenté pour ne pas éveiller les soupçons, mais assez éloigné pour assurer une certaine confidentialité. Il avait été surpris de recevoir un hibou d'Harry Potter, demandant à le rencontrer. Mais sa curiosité avait pris le dessus.

Harry entra finalement, drapé d'une tenue discrète. Il ne voulait pas faire de vagues. Il balaya la salle du regard avant de rejoindre Blaise à sa table.
— Zabini, dit-il en guise de salut, s'asseyant sans cérémonie.
— Potter, répondit Blaise avec le même ton, bien que plus faussement cérémonieux. Ça alors, je me sens presque honoré. Un café avec le Sauveur en personne.
Harry ignora la remarque, préférant commander rapidement un café noir avant de se tourner vers Blaise.
— Merci d'être venu.
— Disons que je n'allais pas manquer une occasion d'assouvir ma curiosité. Qu'est-ce que tu veux ?
Harry hésita une seconde, comme s'il choisissait soigneusement ses mots.
— Tu es toujours en contact avec Drago et Pansy, n'est-ce pas ?
— Peut-être. Pourquoi ? dit-il un sourcil haussé.
— Gregory Goyle va sortir d'Azkaban bientôt, lâcha Harry, les mâchoires serrées.
Blaise resta un moment silencieux, jaugeant les implications de cette déclaration.
— Et ? Qu'est-ce que ça a à voir avec nous ?
Harry se pencha légèrement en avant, abaissant instinctivement la voix.
— À l'époque de Poudlard, il était dans votre clique. Et même s'il était loin d'être un leader, c'était un… fidèle soldat. On savait tous qu'il suivait Drago, mais je pense que c'était… plus compliqué que ça. Et la guerre n'a pas arrangé les choses.
— Tu insinues quoi ? demanda Blaise, son regard devenant plus tranchant.
— Je pense qu'il pourrait revenir vers vous. Il a perdu beaucoup pendant la guerre. Ses parents, sa position, son avenir. Et si j'ai raison, il vous en veut pour ce qu'il perçoit comme une trahison.
Blaise s'appuya contre le dossier de sa chaise, croisant les bras.
— On n'a rien à voir avec ses choix stupides. Par contre je ne pense pas que cette idée te soit venue comme ça, hm ? J'imagine que des rapports mentionnent ce genre de choses, c'est ça ?
— Peut-être, admit Harry. Quoi qu'il en soit, il a changé.
Un silence tendu s'installa, jusqu'à ce que Blaise brise finalement l'impasse.
— C'est gentil de me prévenir, mais que veux-tu que je fasse de cette information, Potter ?
— Juste… reste vigilant. Si Goyle vous approche, fais-le-moi savoir. Je veux éviter qu'il ne vous cause du tort.
Blaise plissa les yeux, sceptique.
— Tu veux nous protéger, ou tu veux te donner bonne conscience ?
Puis avant qu'Harry ne réplique, il ajouta :
— D'ailleurs si je dois suivre la logique de Gregory, celui a qui il en voudra le plus ce n'est certainement pas moi, mais Drago. Pourquoi tu ne vas pas le voir directement ?
— Peut-être parce que je me doute bien qu'il n'a pas envie de me voir, répondit Harry avec un soupir las.
Blaise arqua un sourcil, un sourire narquois se dessinant sur ses lèvres.
— En toute franchise, Drago n'a pas envie de voir grand monde. Mais je ne pense pas que ça t'ait jamais arrêté.
— Ce n'est pas aussi simple que tu le crois.
— Ce n'est jamais simple avec toi, apparemment, répliqua Blaise, toujours moqueur. Mais soyons honnêtes, tu te soucies surtout de lui, pas vrai ? Les autres, Pansy, moi… on n'est qu'un prétexte.
Harry ne répondit pas tout de suite. Il baissa les yeux vers sa tasse, jouant distraitement avec la poignée.
— Drago mérite qu'on s'inquiète pour lui, murmura-t-il enfin.
— Tu sais, Drago n'a jamais su quoi faire avec les gens qui veulent l'aider. Ça le met mal à l'aise. Il est trop habitué à devoir se débrouiller seul.
— Je sais, répondit Harry, le ton plus ferme. Mais ça ne veut pas dire que je vais arrêter.
— Eh bien, bonne chance. Parce qu'il ne te rendra pas la tâche facile.
— Je n'attends pas que ce soit facile.
Blaise observa Harry un moment, son amusement mêlé d'un soupçon de respect. Puis il hocha la tête, comme pour lui donner un avertissement amical.
— Juste… Drago n'est pas aussi insensible qu'il aime le faire croire et il est aussi plus fragile qu'il ne voudrait l'admettre. Et toi, Potter, avec tes bonnes intentions, tu pourrais bien tout casser… Tu sais, le Ministère l'a gracié. Il a le droit de se reconstruire. Alors si tu viens tout détruire, tu te prendras un retour de sort, prévint-il.
Harry ne répondit pas tout de suite, mais le froncement de ses sourcils montrait qu'il prenait l'avertissement au sérieux.
Blaise termina son café, posa quelques pièces sur la table, et se leva.
— Mais je te préviendrai si Gregory s'approche de trop près. Mais toi, réfléchis bien à ce que tu veux vraiment, Potter. Parce que Drago n'est pas une cause à sauver.
Sur ces mots, il tourna les talons et quitta le café, laissant Harry seul à ses pensées.

Harry resta là un moment, ses doigts crispés autour de sa tasse. Les mots de Blaise tournaient dans son esprit. Ce n'était pas la première fois qu'on lui disait d'arrêter de traiter les gens comme des missions. Mais Drago n'était pas une mission, se défendit-il intérieurement. N'est-ce pas ?