LE CONCEPT ANIMAL

Chapitre 13

La lumière matinale, douce et tamisée, s'insinuait à travers les rideaux de la chambre de Drago. Assis au bord de son lit, une tasse de thé entre les mains, il fixait le mur face à lui, perdu dans ses pensées.

La soirée qu'il avait passée avec Potter revenait par srates. Une soirée étrange, presque agréable, mais marquée par une tension qu'il n'arrivait pas à définir. Potter avait changé depuis Poudlard, c'était évident. Il semblait… plus calme, peut-être adulte. Mais aussi plus intense, d'une manière difficile à cerner.

Drago fronça légèrement les sourcils en repensant aux moments où leurs regards s'étaient croisés, à ces sourires que Potter avait laissé traîner, comme s'il voulait exprimer quelque chose qu'il n'osait pas dire. Il balaya l'idée d'un geste agacé. Ce n'était pas si important, si ? Ils étaient grands maintenant, après tout. Ils pouvaient bien échanger quelques politesses sans que cela devienne significatif.

Il reposa sa tasse sur la table de nuit et se passa une main sur le visage. La vérité, c'était que son esprit était bien plus préoccupé par Gregory Goyle que par Potter.

Il avait dépassé les limites. Il les avait même enfoncé et ne s'arrêterait pas en si bon chemin. Bien qu'il refuse de nommer la chose au fond de lui, Drago savait pertinemment comment ça allait se finir. Et c'était hors de question.
Un frisson désagréable lui parcourut d'abord l'échine en se remémorant encore une fois son moment de soumission, puis il eut un soupir las. Il aurait dû mettre fin à ces entrevues dès le départ. Mais une partie de lui, celle qui portait encore le poids de la culpabilité, avait voulu donner une chance à Gregory. Aujourd'hui, il se demandait si ce n'était pas une erreur.

Il se leva et traversa la pièce pour ouvrir la fenêtre, espérant que l'air frais du matin chasserait ses pensées sombres. Mais même alors qu'il s'efforçait de se concentrer sur autre chose, une image persistait dans son esprit : celle de Gregory, les yeux froids et un sourire mauvais, murmurant des mots qu'il aurait préféré oublier.

Il alla vers sa commode et ouvrit un tiroir. Délicatement, il en sorti une boîte dans laquelle reposait son ancienne baguette. Il en avait une nouvelle, plus simple à présent, mais celle-ci… Elle canalisait ses souvenirs, sa puissance durant la guerre. Il se dit qu'il en userait face à Gregory. Oui, pensa-t-il, il ne se laisserait pas faire, cette fois-ci.
Il la prit entre ses doigts et une chaleur douce parcourut sa main. Sa magie glissait en ronronnant le long de cet artefact. Il se sentit fort d'un coup et ça lui fit un bien fou.

Cette baguette le suivit tout la semaine, remplaçant l'autre qui, si elle était efficace dans le quotidien, restait d'une facture moins noble que sa toute première baguette.

Au travail même, la secrétaire qui lui avait donné la tisane lui fit remarquer qu'il paraissait de bonne humeur, en meilleure forme. Elle jura que c'était l'effet de sa tisane. Drago n'osa pas la démentir.

En fin de semaine, il se prépara au retour de Gregory. Il avait soufflé quelques sorts du bout de sa baguette. Des choses plutôt simples, juste pour s'assurer qu'il en avait une totale maîtrise. Et il l'avait ! C'était tellement jouissif, qu'il regretta de ne pas s'être emparer plus tôt. Mais plus le temps se resserrait autour de leur énième retrouvaille et plus sa confiance s'effilochait.

Le vendredi soir, Drago sortit de son travail avec la boule au ventre. Son regard balaya nerveusement les environs, cherchant la silhouette de Gregory comme une ombre qu'il ne pouvait éviter. Lorsqu'il arriva devant son immeuble, il s'immobilisa, retenant son souffle. Mais aucune main ne se posa sur son épaule, aucun murmure à l'oreille ne l'assaillit. Il inspira profondément, se donnant l'illusion d'une tranquillité. Peut-être ne viendra-t-il pas ce soir, pensa-t-il furtivement.

Pourtant, en gravissant les deux étages qui le séparaient de son appartement, il sut qu'il s'était bercé d'un faux espoir. Là, au bout du couloir, Gregory attendait. L'ancien Serpentard était appuyé contre le mur, le journal du Sorcier du Soir à la main, mais ses yeux clairs se levèrent aussitôt qu'il sentit la présence de Drago. Il afficha un sourire satisfait, comme un chasseur contemplant sa proie.
— Drago, je t'attendais.
L'envie de faire demi-tour traversa l'esprit de Drago, mais Gregory aurait aussitôt fait de le rattraper. Alors, il s'avança, luttant pour que sa démarche paraisse nonchalante.
— Tu n'as vraiment rien à faire de tes journées pour jouer les plantes décoratives dans mon couloir ? lança-t-il avec un sarcasme mordant.
Il s'arrêta devant la porte de son appartement, fouillant dans sa poche pour trouver ses clés. Ses doigts tremblaient légèrement malgré tous ses efforts.
— Tout de suite les piques, hein ? fit Gregory avec un sourire suffisant. Je suis là depuis à peine dix minutes.
Drago sentit son souffle se raccourcir lorsque Gregory se rapprocha pour l'enfermer dans une proximité suffocante. À quelques mètres, ils auraient pu passer pour deux amis en pleine discussion banale. Mais de près, tout dans leur posture trahissait la tension qui les opposait. Gregory posa une main possessive dans le dos de Drago, serrant doucement le tissu de sa veste, l'incitant fermement à ouvrir plus vite.

Lorsqu'ils entrèrent, Drago s'écarta brusquement, s'éloignant de lui sous le prétexte de se débarrasser de sa veste. Il la posa machinalement sur le porte-manteau, le dos raide et le cœur battant trop fort.

Maîtrise-toi, Drago, aujourd'hui tu as ta baguette. Il ne peut rien t'arriver, se dit-il en silence. Il inspira profondément avant de se tourner vers Gregory.

Ce dernier avait déjà pris ses aises, refermant la porte comme s'il s'agissait de son propre appartement. Ses yeux ne lâchaient pas Drago ce qui le mit mal à l'aise.
— Alors, reprit Gregory d'un ton suave, tu es toujours aussi distant avec les gens qui n'ont fait que penser à toi toute la semaine ?
Drago haussa un sourcil, croisant les bras, pour se donner une contenance.
— Penser à moi ? C'est nouveau, ça, dit-il d'un ton acide.
Gregory ignora le sarcasme, avançant lentement.
— Oui, Drago. À toi. À tes lèvres, surtout. Je n'ai pas pu penser à autre chose depuis la dernière fois.
Les yeux de Drago s'écarquillèrent légèrement, abasourdis par l'audace de Gregory. Ce dernier ne s'arrêta pas, réduisant à nouveau l'espace entre eux.
— Avant, je regardais surtout ton statut, qui tu étais, murmura Gregory, sa voix grave et presque hypnotique. Mais Merlin, maintenant que je t'ai approché physiquement… Maintenant que je l'ai fait… Tu es magnifique. Tu l'as toujours été en fait, tu le sais ?
Drago resta figé, incapable de détourner le regard. Les mots de Gregory étaient caressants, singeaient la séduction. Drago n'avait surtout pas imaginé que la conversation prendrait si vite ce bord. Il avait littéralement envie de crever.
— Arrête ça, Gregory, dit-il finalement d'une voix tendue.
Mais Gregory sourit, un sourire qui n'avait rien d'innocent.
— Pourquoi arrêter ? J'ai envie d'être honnête, Drago. J'ai envie que tu saches à quel point tu me plais.
Il leva une main, comme s'il allait effleurer le visage de Drago. Ce dernier recula d'un pas, ses doigts crispés le long de ses bras croisés.
— Tu plaisantes, n'est-ce pas ? Tu crois vraiment que je vais tomber dans ton petit jeu ?
Gregory éclata d'un rire bas, presque amusé par sa réticence évidente.
— Un jeu ? Non, ce n'est pas un jeu. Tu ne vois pas ? J'ai toujours voulu ce que tu représentes. Et maintenant, ce que je veux, c'est toi.
— Gregory… siffla-t-il d'un ton plus froid. Sors de chez moi.
Mais il resta immobile, son sourire se fanant légèrement, remplacé par une détermination sombre.
— Je ne vais pas partir, tu le sais. Pas tant que tu n'auras pas compris ce que je ressens vraiment.
Drago sentit sa baguette pressée contre sa hanche. Un frêle espoir alors qu'il se sentait vaciller.
— Pourquoi tu joues au précieux, hum ?
— Au précieux ? Qu'est-ce que tu racontes encore ? C'est toi qui déglngue.
— Tu te troubles au moindre compliment. Pourquoi d'ailleurs ? Tu l'as toujours su, non ? Que tu étais beau, que tu plaisais ? À Poudlard même, tu le savais… Que ce n'était pas que ton nom ou ton argent, non, c'était toi tout entier.
— Je comprends rien à ce que tu sous-entends, je n'ai jamais…
— Tes yeux, le coupa Gregory. Merlin, tes yeux. Les plus gris de tout Poudlard. Un gris si changeant, presque transparent parfois. C'est comme regarder un ciel d'orage ou un matin d'hiver.
Encore une fois, Drago le fixa les yeux grands ouverts comme deux ronds de serviettes. Mais qu'est-ce qui se passait là, se demanda-t-il. Gregory était un poète plutôt minable et s'il ne le terrifiait pas autant, il l'aurait même qualifié de pathétique.
— Et ta peau. Si blanche et douce… Comme celle d'une fille.
— T'es ridicule, lâcha-t-il, sa voix plus sèche qu'il ne l'aurait voulu.
Mais Gregory secoua la tête avec un sourire indulgent, comme s'il s'adressait à un enfant qui n'avait rien compris.
— Ce n'est pas ridicule, Drago. C'est toi. Toute cette aura, cette... rareté. Tu es comme un oiseau précieux. Fragile, mais fier. Et c'est pour ça que j'ai envie de te garder.
Il se rapprocha encore. Il voulait que Drago sente son parfum, sous souffle. Mais ce dernier recula aussi sec, se pencha même en arrière. Gregory l'agrippa par l'épaule.
— Ton odeur aussi, ajouta-t-il, sa voix devenant plus basse, presque un murmure. Une odeur subtile, unique. Tu utilises toujours des produits de luxe, mais ta peau, c'est un délice, hum ?
— Tu es… un animal, souffla Drago tout aussi bas que lui.
Mais Gregory n'était pas en reste. Il tendit son autre main, pour le toucher, et Drago mena une main à sa baguette, la serrant entre ses doigts, prêt à tout, prêt à rien…
— Ne sois pas si tendu. Je t'apprécie vraiment, Drago. Pas seulement pour ce que tu es, mais pour tout ce que tu représentes.
— Je te conseille de me lâcher, de reculer même, dit-il finalement, sa voix plus ferme.
Gregory allait dire quelque chose, quand il sentit la pointe de la baguette de Drago sur son torse. Un léger silence s'installa. Mais le plus troublé des deux ne fut pas Gregory. Non, c'était Drago qui justement ne comprenait pas pourquoi Gregory ne reculait pas, ne cillait même pas.
— Vraiment ? Tu vas faire quoi avec ça ? me jeter un sort, peut-être ?
Les doigts de Drago se serrèrent davantage la baguette. Il savait qu'il le pouvait, qu'il le devait. Et puis au coin de son regard, la silhouette de Vincent apparue. Appuyé contre le mur, il secouait la tête.
— Évidemment, il faut que tu continues à détruire tes amis, Drago. Bravo, dit ce mirage qui représentait Vincent.
Non, pensa-t-il, ce n'est pas ce qu'il voulait, mais Gregory le poussait dans ses retranchements.
— Vas-y, murmura-t-il. Montre-moi ce que tu as dans le ventre. Lance-le, ce sort. Expelliarmus, peut-être ? Ou mieux encore, quelque chose de plus spectaculaire.
Drago serra la baguette plus fort, ses doigts blanchissant sous la pression. Mais son regard vacilla, irrémédiablement attiré par la silhouette spectrale de Vincent, au visage brûlé.
— Encore à hésiter, hein ? lâcha la voix rauque de l'apparition. Encore incapable de choisir. Tu te crois meilleur que nous tous, mais regarde-toi… Tu n'es qu'un lâche.
— Tais-toi, siffla Drago entre ses dents, mais les mots restèrent suspendus dans l'air, presque inaudibles.
Gregory fronça légèrement les sourcils, son sourire s'élargissant.
— Quoi, tu disais quelque chose ? Il pencha la tête, feignant la curiosité. Everte Statum, peut-être ? Allez, je te facilite les choses, même un Serdaigle débutant pourrait le faire.
Drago avala difficilement sa salive, ses pensées embrouillées par la présence oppressante de Vincent, qu'il suivait toujours du coin de l'oeil.
— Toujours aussi lâche, reprit Vincent. Toujours à chercher une excuse pour ne rien faire. C'est super, Drago. Continue comme ça.
Gregory fit un pas de plus, réduisant encore l'espace entre eux.
— Tu sais, ce n'est pas compliqué. Une formule, un geste. Regarde, tu as tout pour toi, dit-il, en écartant légèrement les bras. Alors, qu'est-ce que tu attends ?
S'il tenta de faire preuve de courage, ses doigts tremblaient, et son bras semblait se figer sous le poids invisible de ses doutes.
— Je te conseille de reculer, murmura-t-il enfin, rassemblant ses dernières bribes de courage.
— Tu es sérieux, là ? Ça ne prend qu'un instant pourtant. Un petit éclair rouge, un petit coup d'éclat. Ou alors… tu n'as tout simplement pas ce qu'il faut.
Il voulait agir, mais la silhouette de Vincent se détacha du mur, s'avançant lentement vers lui. Par Merlin, il jura sentir l'odeur de chair brûlée lui assaillir le nez. Il en eut un haut-le-coeur.
— Tu vas encore tout gâcher, n'est-ce pas ? reprit l'illusion, sa voix résonnant dans son esprit comme un glas. Tu crois pouvoir faire mieux que moi ? Que nous tous ? Ridicule.
— Je ne suis pas toi, murmura Drago, ses yeux vacillant entre Gregory et le spectre.
Gregory, entendant ses mots, éclata d'un rire bas.
— Pas moi ? Oh c'est sûr… Mon pauvre, pauvre petit dragon.
Il tendit la main et sans même forcer, lui prit sa baguette.
— Voilà, souffla-t-il, son sourire s'élargissant. Regarde comme c'était facile.
Incapable de bouger, incapable de respirer, alors que Gregory levait la baguette pour l'examiner, il se contenta de le fixer.
— Tu n'as jamais eu l'intention de m'arrêter, pas vrai ? continua-t-il, jouant avec l'objet entre ses doigts. Tu es tellement paralysé par tes propres doutes que je n'ai même pas besoin de lever la voix.
Drago recula enfin jusqu'au mur. La silhouette de Vincent et son odeur de mort s'évanouirent lentement dans l'ombre. Gregory le regarda le torse gonflé de triomphe et de quelque chose de plus insidieux, une forme de désir de contrôle total.
— Pauvre Drago, susurra Gregory en approchant, savourant chaque seconde. C'est quoi cet air perdu, hm ? Ça te rend encore plus irrésistible, tu sais ?
Il leva une main et effleura sa joue d bout des doigts. Drago détourna légèrement le visage, mais Gregory le força à revenir en avant d'une légère pression, son sourire suffisant intact.
— Oh regardez-moi ça. Ces traits… Parfaits, vraiment. Cette noblesse naturelle. Et ta bouche… Il fit courir son pouce le long de ses lèvres, provoquant un frisson de répulsion chez ce dernier. Magnifique.
Il voulut encore se défaire de lui, mais sans effort apparent, Gregory posa une main ferme sur son épaule pour le maintenir en place.
— Et ton cou, dit-il encore en glissant sa main sur sa peau. Si délicat. Si vulnérable.
Drago sentit la nausée revenir plus forte. La colère lui venait par vagues. Quand Gregory passa un bras autour de ses épaules pour le tirer vers le salon, cela le secoua un peu et il se dégagea pour de bon.
— Lâche-moi, cracha-t-il, retrouvant un semblant de force dans sa voix.
— Si tu continues, Drago, je pourrais être tenté d'utiliser un petit Doloris. Juste pour te calmer, bien sûr.
— C'est pas un jeu ! Tu sais que ça laisse des séquelles à force ?! Tu… Tu peux pas m'en vouloir à ce point là, c'est pas possible ! J'ai suffisamment payé !
Au bord de l'hystérie, les yeux de Drago brillaient comme une tempête.
— Quelles séquelles tu as ? Interrogea plutôt Gregory, curieux.
Il secoua la tête, refusant de répondre, mais se passa une main dans les cheveux. Cela alluma l'éclat d'un sourire sur le visage de Gregory.
— On me l'a dit à Azkaban, souvent. Que le Doloris rendait fou ceux qui le subissaient de trop. Alors qu'est-ce que tu as, Drago ? Des hallucinations, c'est ça ? Il paraît qu'elles sont ultra réelles. Un des prisonniers me disait voir son grand-père le fixer depuis le coin de sa cellule, tous les jours…
Il revint lui prit le bras, serrant assez fort.
— À moins que ce ne soient des pertes de mémoire ? Ou, mieux encore… des hallucinations sensorielles.
Il éclata d'un rire cruel, tirant brusquement le bras de Drago pour l'empêcher de reculer davantage.
— Par Merlin, j'espère que tu hallucines sur moi. Peut-être que tu sens déjà mes mains sur toi, même quand je ne suis pas là…
Gregory se pencha encore plus près, jusqu'à ce que leurs visages soient séparés par un souffle. Drago se ratatina légèrement sous cette proximité étouffante, incapable de trouver une issue immédiate.
— Mais ne t'en fais pas, murmura Gregory, son ton glissant dans une promesse venimeuse. Bientôt, tu n'auras plus besoin d'halluciner. Je vais te faire vivre, en direct, tout ce que tu pourrais imaginer.
Un rire bas monta de sa gorge. Drago le repoussa de ses deux mains.
— Dégage de chez moi… !
— Ah, pitié, tu vas me tuer de rire, Drago ! Dégage de chez moi, répéta Gregory d'un ton nasillard, caricaturant sa voix. Sinon quoi, hein ? Tu vas crier ? Pleurer, peut-être ? Vas-y, je t'en prie.
Drago recula vivement dans le salon, pour s'éloigner de lui.
— Je vais le dire aux Aurors, prévint-il, bien que sa voix tremblât légèrement.
— Aux Aurors ? T'es sérieux ? rit-il. Ces types s'en foutent de toi, Drago. À leurs yeux, t'es qu'un reste de guerre, un rebut de Malefoy. Tu crois qu'ils vont courir te sauver ?
Drago serra les poings, cherchant désespérément une réplique. Puis il lâcha :
— Alors j'appellerai Harry Potter. Lui, il viendra.
— Harry Potter ? Pouah, tu crois vraiment que ce foutu Sauveur va perdre une minute pour toi ? Ça t'excite, hein ? L'idée qu'il débarque en héros pour te sortir de là. Mais il ne viendra pas.
Drago fit alors une grave erreur : celle d'attiser sa jalousie.
— Malheureusement pour toi, Potter s'intéresse beaucoup à moi et à mon bien-être actuel, répliqua-t-il, forçant sa voix à rester ferme. Tu le sais qu'il m'a aidé avec le médicomage. Alors, ça suffit, tu… tu arrêtes de me harceler, sinon tu le paieras. Harry Potter te le fera payer.
— Ah oui ? Alors Harry Potter s'intéresse à toi, vraiment ? dit-il plus lentement. Ce Gryffondor ne sait donc pas rester à sa place. Et toi, Drago… Tu as donc besoin de flirter avec les limites, hm ?
Il leva sa baguette, son sourire disparaissant pour laisser place à une résolution glaciale.
— Greg, non… murmura Drago, alarmé, reculant d'un pas maladroit.
Mais avant qu'il puisse esquiver ou se défendre, Gregory lança un Doloris, suivi immédiatement d'un Silencio.

La douleur fut instantanée, brutale, foudroyante. Drago hurla, mais aucun son ne sortit de sa gorge. Il s'effondra, son corps se tordant sous l'assaut du sortilège. En tombant, il heurta violemment le coin de la table basse, la douleur supplémentaire arrachant des larmes à ses yeux. Un filet de sang se mit à couler de sa tempe, se mêlant à la souffrance infernale qui consumait ses nerfs.
Combien de temps cela dura ? Une éternité du point de vue de Drago qui s'étouffait dans la contraction de ses muscles. Il avait l'impression que ses neurones grillaient l'un après l'autre, en faisait lentement un objet de folie pure.

Quand il relâcha enfin le sort, Drago resta prostré, haletant, incapable de bouger, son corps encore secoué de spasmes. Mais son répit fut de courte durée, car Gregory s'avança. Sans le moindre effort, il l'attrapa par le col de sa chemise, le soulevant comme une poupée de chiffon. D'un geste impitoyable, son autre main s'enfonça dans ses mèches blondes, se fichant complètement du sang qui maculait ses doigts. Il tira brutalement sa tête en arrière, exposant son visage si vulnérable.
— Alors ? Où est Potter ? Je ne le vois pas.
D'un geste, il le jeta dans le canapé. Drago s'écrasa lourdement contre les coussins. Avant même qu'il ne puisse reprendre son souffle, Gregory était sur lui, un genou posé entre ses jambes, l'emprisonnant sous son poids.
— Regarde-toi, murmura Gregory en se penchant, son visage si près, trop près.
Il posa une main à plat sur sa joue, sa paume brûlante contre la peau froide et humide de larmes de Drago.
— Il n'y a personne pour t'aider, mon petit Drago. On est juste toi et moi, seuls dans ce trou minable que tu appelles un appartement.
Drago détourna le regard, ses yeux brillant de douleur et de colère retenue.
— Tu peux essayer de hurler, continua Gregory, d'une voix douce. Appelle à l'aide, vas-y. Mais de un, ce serait encore une preuve de ta lâcheté. Et de deux…
Il laissa planer un silence cruel avant de poursuivre :
— Ce serait inutile. Reconnais-le. Tout le monde t'a tourné le dos. Même Pansy.
La gorge de Drago se serra, mais il rassembla ses forces pour repousser la main qui caressait sa joue.
— Ferme-la, dit-il, la voix brisée mais le regard incandescent. Je vais pas… écouter les paroles d'un animal comme toi.
Gregory éclata d'un rire un peu faux, se penchant davantage sur lui, son souffle devenant un murmure glacé.
— Bouche-toi les oreilles, alors, cracha-t-il avant de ramener sa main dans les cheveux de Drago, tirant sa tête en arrière, très fort.
Cela fit suffoquer un peu Drago, mais son regard ne baissa pas, brillant toujours d'une intensité fébrile.
— Tes yeux, Drago… qu'est-ce qu'ils brillent, susurra Gregory. Même au plus bas, t'es beau.
Il serra un peu plus les mèches blondes dans sa main, penché si près qu'il semblait vouloir voler quelque chose, un éclat, un souffle, une étincelle.
— Qu'est-ce que je donnerais pour avoir un regard comme le tien.
Drago, pris au piège, se débattit désespérément. Ses mains tentaient de repousser Gregory, mais chaque mouvement semblait lui coûter un peu plus de force.
— Arrête… Arrête ça, Greg… murmura Drago, ses mots s'étouffant dans sa gorge.
Mais cela fit juste sourire Gregory qui se pencha davantage, pressant ses lèvres contre l'oreille de Drago, y déposant un baiser.
— Arrêter ? Mais pourquoi ? souffla-t-il doucement, sa voix soyeuse et menaçante. Je veux juste… profiter de toi.
Il laissa ses lèvres glisser le long de la joue de Drago, son souffle chaud ignorant la trace des larmes et de sang. Ses doigts, habiles et insistants, commencèrent à descendre le long de la chemise de Drago, effleurant un premier bouton. Ce dernier frissonna violemment, une panique pure prenant le contrôle de son esprit.
— Non ! s'écria-t-il enfin, sa voix éraillée. Ça suffit !
Gregory stoppa son mouvement, levant légèrement la tête, son regard devenu encore plus dur. Puis, sans un mot, il abattit violemment sa main sur la joue de Drago, du côté de sa tempe blessée.

Un éclair de douleur fulgurante traversa le crâne de Drago. La pièce sembla vaciller autour de lui, ses yeux se brouillant de larmes incontrôlables. La nausée monta si vite qu'il dut porter une main tremblante à sa bouche pour retenir un haut-le-cœur. Puis il devint tout aussi pâle.
— Ah, ah, ah, oula, doucement Drago, reste avec moi tout de même, murmura Gregory, son ton oscillant entre moquerie et amusement.
Drago lutta pour rester conscient, mais son esprit se brouillait davantage à chaque seconde. La douleur pulsait dans sa tempe, irradiant dans tout son crâne, comme un marteau frappant sans relâche. Son souffle était court, saccadé, et ses membres semblaient s'enfoncer dans le canapé, incapables de répondre à sa volonté.
Tout était irréel. L'inconcevable situation où il se retrouvait, si faible, si vulnérable, lui donnait le vertige. Gregory, ce Gregory qu'il avait toujours regardé de haut, lui apparaissait maintenant comme un roc, inébranlable, insensible à ses tentatives pitoyables de résistance. Non, ce n'était pas un roc. C'était un ours. Robuste, puissant, un prédateur imperturbable.

Il sentit les mains de Gregory revenir sur son visage, glisser sur ses cheveux. Les gestes n'étaient plus brutaux mais forts maîtrisés, écrasants. Drago se sentit accablé par une étrange sensation de fatalité. Il n'y avait rien à faire.

Quand Gregory se pencha pour capturer ses lèvres, Drago voulut se détourner, mais son corps refusa de bouger. Les lèvres de Gregory étaient pressantes, avides, et Drago ne put que subir ce contact qu'il détestait autant qu'il le redoutait. La nausée qui l'envahissait l'empêchait de réagir, son esprit flottant entre douleur et confusion.
Les doigts de Gregory glissèrent en même temps sur les boutons de sa chemise, qu'il défit un à un. Il ne rencontra aucune résistance cette fois-ci. Drago ne bougea pas, ses bras pesaient des tonnes.

Un tourbillon de pensées désordonnées l'envahit. Comment avait-il pu en arriver là ? Lui, Drago Malefoy, réduit à cette position misérable, sans défense face à quelqu'un qu'il considérait jadis comme un simple camarade. Chaque bouton défait ajoutait à son humiliation, chaque contact renforçait la sensation d'impuissance qui lui tordait l'estomac.

Dans un ultime balbutiement de force, Drago leva une main pour repousser la sienne et le paya immédiatement. Gregory attrapa son poignet pour l'écarter et appuya sur sa tempe blessée avec son autre main. La douleur irradia aussitôt, lui arrachant un gémissement étouffé.
— Ne fais pas ça, Drago, murmura Gregory. Tu ne fais qu'aggraver les choses.
Il relâcha enfin la pression sur sa tempe, mais garda sa main dans la sienne, si délicate en comparaison. Les doigts de Gregory les serrèrent avec suffisamment de force que Drago craignit qu'il les lui brise encore.
— Regarde-moi ces doigts… souffla Gregory, admiratif, en tournant légèrement la main de Drago entre les siennes. Fins, élégants, comme ceux d'un artiste. Tu n'as jamais rien fait de tes mains, pas vrai ?
Drago voulut se dérober, mais Gregory resserra son emprise, presque jusqu'à les lui écraser.
— Arrête… parvint-il à murmurer.
— Tu n'es vraiment pas en position de donner des ordres.
Tout en le regarda dans les yeux, il guida la main de Drago jusqu'à son torse, l'obligeant à toucher ses muscles.
— Tu sens ça ? continua Gregory, son ton devenant presque moqueur. Azkaban m'a taillé comme un goliath. Rien à voir avec ton corps de prince de sang-pur.
Drago détourna le regard, honteux, ses pensées en rade. Gregory appuya encore, guidant les doigts de Drago plus bas, comme pour lui montrer toute l'étendue de son contrôle.
— Toi t'es vraiment une œuvre d'art, Drago. Tellement beau. Mais à quoi ça te sert d'être beau là ?
Un frisson glacé traversa Drago, sa respiration devenant plus saccadée, toujours au bord de la crise de panique. Il essaya à nouveau de se débattre, mais Gregory, solide comme un roc, le maintenait en place, son poids massif ancrant Drago dans le canapé et impitoyablement, il obligea Drago à poser sa main sur son entrejambe.
À partir de là, Drago fut totalement tétanisé, sachant pertinemment quelle serait la suite. Ses oreilles bourdonnèrent et pire que tout, il eut une absence. Son esprit avait fermé toute porte, refusant de voir ce qui allait se passer. Il ferma fort les yeux, pour oublier. Même ses hallucinations n'osèrent intervenir.

Et alors que tout semblait perdu, que sa dignité n'était plus qu'un souvenir évanescent, un miracle se produisit : on sonna à la porte.

Gregory se redressa légèrement, les muscles tendus, ses yeux plissés d'inquiétude.
— Qui c'est? demanda-t-il aussitôt à Drago.
Drago ne répondit pas tout de suite, incapable de réfléchir dans son état. Gregory, furieux, lui tira les cheveux pour le forcer à parler.
— Je… je sais pas, gémit Drago, sincère. Personne ne vient jamais me voir comme ça.
— Putain.
La sonnette retentit à nouveau, une fois, deux fois. Puis le silence fut rompu par une série de coups frappés contre la porte. Gregory ne bougeait pas, figé dans une tension palpable, son regard oscillant entre la porte et Drago.
— Malefoy, t'es chez toi ! Je le sais, y a de la lumière. C'est moi, Harry. Ouvre, je veux juste te parler, promis, je te laisse tranquille après.
Jamais le terme de «Sauveur» ne fut aussi justifié aux oreilles de Drago.
— Harr…!
Gregory plaqua aussitôt une main lourde sur sa bouche pour l'empêcher de crier.
— Pas un mot, ou je t'éclate, murmura-t-il.
Drago sentit son cœur battre à tout rompre, comme s'il allait s'arracher de sa poitrine. Une bouffée d'adrénaline lui donna un regain de force, mais pas assez pour repousser Gregory.

De son côté, Gregory restait immobile, attendant que Potter perde patience et s'en aille. Mais Drago voyait déjà son dernier espoir s'évanouir. Harry ne toquait plus, et le silence qui régnait était insupportable. Des larmes silencieuses roulèrent sur les joues de Drago, sa peur et son désespoir prenant le dessus.

Pitié, Potter, sois un vrai Gryffondor. Insiste, je t'en supplie.

La scène s'étira, chaque seconde un supplice. Puis la voix de Harry brisa enfin le silence:
— Drago ? J'ai entendu un bruit. Ouvre !
Il frappa à nouveau, plus fort cette fois, arrachant à Drago un gémissement étouffé sous la main de Gregory. Pris de panique, Drago tenta désespérément de se débattre, cherchant à atteindre n'importe quoi à portée de main. Ses doigts agrippèrent un coussin, qu'il lança faiblement. Par un coup de chance inespéré, le coussin heurta une assiette posée sur la table basse, qui tomba et se brisa dans un fracas retentissant.
Gregory, furieux, sembla lui envoyer une gifle monumentale. L'impact fut si violent qu'il crut que son tympan avait éclaté. Sa vision se brouilla, sa tête bourdonnant de douleur.
De l'autre côté de la porte, Harry entendit le bruit. Son instinct prit immédiatement le dessus.
— Drago ? Il se passe quelque chose ? Si tu n'ouvres pas, je vais… Je vais défoncer cette porte, désolé !
Harry attendit quelques secondes, sa baguette déjà levée, prêt à agir.

Gregory se redressa, lançant un regard noir à Drago, désormais affalé sur le canapé, une main sur son oreille.
— Tu me le paieras, Drago, siffla-t-il entre ses dents.
Il le saisit par sa chemise ouverte et, dans un dernier geste de mépris, le jeta brutalement, la tête contre la table basse. Sans perdre un instant, il pointa sa baguette achetée au marché noir et transplana, disparaissant dans un pop sonore.

Dans le même instant, un sort puissant détruisit le verrou de la porte d'entrée. Harry entra précipitamment, baguette en main, balayant la pièce du regard avant de s'arrêter net.
— Par Merlin, Drago !
Il se précipita vers lui, trouvant Drago affalé sur la table basse, la chemise entrouverte, la tempe en sang et visiblement au bord de l'inconscience.
Harry s'agenouilla et le redressa doucement, prenant soin de ne pas aggraver ses blessures. Drago ouvrit les yeux et eut un sourire étrange, presque éthéré.
— Par Merlin, Potter…
Jamais il n'avait été aussi heureux de le voir.