Notre petit Harry va faire une rencontre sympatoche ahaha...
"Parfois, on fait de la merde, parfois la merde nous tombe dessus. On ne maîtrise pas notre vie. Mais on peut en prendre soin. Ça en vaut la peine."
- Nos vies en l'air, Manon Fargetton -
Chapitre 3
Lorsqu'il retourna dans son dortoir ce soir-là, Harry passa une très belle soirée avec Ron. Si bien que, pour la première fois depuis des mois, l'envie de se faire du mal passa au second plan l'espace de quelques heures.
Il venait tout juste de souhaiter bonne nuit à Ron et de partir dans la salle de bain pour se brosser les dents. Mais, arrivé devant le lavabo, illavit. La lame placée à l'endroit exact où il l'avait laissée la dernière fois. Et la réalité lui revint en pleine face, impitoyable.
Il eut une drôle de sensation au fond de lui ; ce petit objet avait tant d'impact sur lui.
L'envie lui tordait le ventre, mais il voulait résister, il devait résister. Il ne savait même pas pourquoi, mais il savait qu'il ne devait pas le faire. Alors, au prix d'un effort incommensurable, son regard se détacha de la chose au centre de son attention et il fit demi-tour, ne se brossant finalement même pas les dents.
Demain allait être une journée épuisante. Il n'en revenait pas de devoir revenir à ses anciennes séances avec Rogue et l'angoisse qu'il ressentait à cette idée l'empêchait de fermer l'œil. Tournant en boucle dans sa tête ses pensées les plus noires. Il n'avait pas pu les évacuer aujourd'hui et l'envie de se précipiter dans la salle de bain pour s'en libérer ne le quittait pas, ne l'aidant en rien à trouver le sommeil.
Les heures passaient, inlassablement. Et la fatigue, elle, grandissait.
À bout, Harry finit par se lever, prit sa cape et la carte, puis partit prendre l'air dans les couloirs du château pour se changer les idées... Tout était désert. Il regarda sur la carte et vit que tous les élèves et professeurs avaient l'air d'être dans leurs dortoirs respectifs.
Ne sachant pas où aller, il finit par s'arrêter au détour d'un couloir et s'assit sur le rebord d'une fenêtre. La fatigue l'empêchait de réfléchir correctement.
Il colla son front sur le mur frais, et cela l'apaisa un peu. Il était ainsi depuis quelques minutes, lorsqu'il eut une illumination : la salle sur demande.
Il se releva si vite qu'il manqua de tomber, se rattrapant au mur in-extremis. Ne se souciant pas de sa main écorchée par sa chute, il continua son chemin en focalisant toute son attention sur son objectif.
La salle sur demande lui permettrait sûrement de trouver un peu de calme. Elle qui savait si bien ce que les sorciers désiraient au fond d'eux, elle ne pourrait que lui apporter du réconfort. Et qui sait, peut-être un endroit calme ou il pourrait enfin dormir un peu.
Après plusieurs minutes à déambuler dans les couloirs de l'école, il arriva finalement devant le tableau de Barnabé le Follet. Il se dépêcha alors de passer trois fois devant le tableau en songeant à ce qu'il désirait et...
Rien.
Il réessaya.
Rien.
Une fois, deux fois, trois fois... Mais rien n'y fit, la porte n'apparaissait définitivement pas.
Harry resta un moment incrédule devant la toile, puis d'un coup, se mit à rire, à rire tellement fort qu'il en avait mal au ventre.
Il passerait pour un fou si quelqu'un le voyait, mais il s'en fichait. De toute façon, qui pourrait bien renvoyer l'élu de Poudlard ? Il avait enlevé sa cape d'invisibilité car il avait trop chaud et qu'elle l'étouffait tant il était hilare.
Après plusieurs minutes de fou rire intense, il cessa brusquement de s'esclaffer et se mit à pleurer.
Définitivement, ils avaient raison : je suis barge, complètement timbré.
Il finit par s'écrouler sur le sol, sanglotant durant un long moment. Tout ce qu'il voulait, c'était un peu de calme, rien de plus. Mais même ça, il n'avait pas pu l'obtenir. Non cette fichue salle sur demande n'en faisait qu'à sa tête.
Il fondait littéralement en larmes, et s'en voulait. La dernière fois qu'il avait pleuré, il était chez son oncle.
Mais toutes ses émotions ressortaient d'un seul coup, par torrent ; et paraissaient inarrêtables. Lui qui s'était évertué à ne plus pleurer, à rester une coquille vide qui le protégeait de la douleur, le voilà qui craquait en plein milieu de la nuit dans un des couloirs de Poudlard.
Si Rogue voyait ce souvenir dans sa tête, il rigolerait bien et s'en servirait certainement contre lui pour le restant de ses jours.
Des secondes s'écoulèrent. A moins que ce ne soit des minutes ou bien des heures ? Le flot de larmes venait de se tarir, enfin, et il reprenait un peu ses esprits. Tandis qu'il se fustigeait intérieurement de s'être laissé aller de la sorte, il se figea en entendant un bruit en face de lui.
Il releva la tête, et vit la porte de la salle sur demande se matérialiser devant lui. Totalement interdit face à ce qu'il se passait, il n'esquissa aucun mouvement. Sa cape était en boule à côté de lui, mais il ne songea même pas à la saisir.
La poignée se tourne, et une ombre sortit furtivement de la pièce avant de refermer doucement la porte derrière elle. La silhouette observa les alentours comme pour s'assurer que personne n'avait surpris sa présence, et se figea quand elle remarqua qu'une autre personne était là, au sol, la fixant elle aussi.
Les réactions ne se firent pas attendre ; Harry se releva brusquement, alors que l'inconnu brandissait sa baguette.
-Lumos.
La baguette de Drago émit une faible lumière, mais qui était suffisante pour distinguer qui se cachait dans l'obscurité.
- Potter.
Les baguettes des deux adversaires étaient toutes deux brandies l'une vers l'autre.
- Qu'est-ce que tu fous là ? demanda-t-il d'un ton acerbe.
- Je te retourne la question, rétorqua sèchement Harry.
- Réponds.
- Pourquoi je le ferais ? Je ne suis pas sûr que ma vie t'intéresse et c'est toi que viens de sortir de la salle sur demande au milieu de la nuit, lança le Gryffondor, la baguette toujours pointée sur son adversaire.
- Quoi que tu fasses ici, pourquoi l'élu Potter ne retournerait pas se coucher, hein ? Il est tard, il ne faudrait pas que ta maman te dispute. Ah oui, j'oubliais, c'est vrai que tu n'en as plus, lança Drago avec un sourire mauvais.
C'était lâche, et vraiment pathétique de dire une telle chose, et Drago le savait, mais il était épuisé et Potter le faisait démarrer au quart de tour.
Un voile rouge passa dans la vision d'Harry, l'épuisement n'aidant pas et il lança sans réfléchir :
-Confringo !
-Protego !
Harry vit Malfoy reculer ; une lueur de peur passa dans ses yeux rien qu'une seconde avant qu'il ne se reprenne.
- Alors Malfoy, on se dégonfle ? Ton papa t'a bien appris à te battre, non ? À moins qu'il ne se soit contenté de te frapper toi.
Drago sentait une haine sombre monter en lui, et à son tour, il vit rouge.
- Très bien, si tu veux jouer à ça...
Alors qu'Harry se préparait à parer un nouveau sort avec sa baguette, il vit Drago se jeter sur lui et le plaquer au sol. Stupéfait, le brun n'eut pas le temps de se protéger du premier coup de poing qui vint s'écraser sur sa mâchoire, et ne put rattraper sa baguette qui roula plus loin.
Il se ressaisit rapidement et eut, cette fois-ci, le temps de se protéger du deuxième coup de poing de Malfoy qui arrivait sur lui.
Ils se rendirent coups sur coups dans une bataille acharnée ou aucun n'arrivait à prendre le dessus sur son adversaire. Harry avait du mal à suivre les attaques de Malfoy, mais il refusait de laisser tomber. Alors à chaque fois qu'il se sentait lâcher, il redoublait d'efforts pour tenir encore.
La douleur faisait un bien fou à Harry. Chaque coups, chaque blessure qu'ils engendraient le rendait vivant, éloignant un peu plus ses démons de lui.
Ce fut au bout d'une dizaine de minutes, qu'épuisés, ils s'écroulèrent sur le sol. Harry avait le nez en sang et des hématomes un peu partout. Malfoy, lui, se tenait l'estomac et du sang lui coulait du coin de la bouche.
Malgré la douleur, Harry songea à profiter de la position de faiblesse de son ennemi pour prendre l'avantage et porter un dernier coup, mais des bruits de pas dans les couloirs retentirent, le coupant dans son élan.
Pris de panique, Harry se mit debout tant bien que mal en s'accrochant lamentablement à une des armures qui longeaient le couloir. Les pas se rapprochaient, mais malgré la fatigue, il tentait de garder l'esprit clair.
Réfléchis Harry, réfléchis...
Il savait qu'il n'aurait pas le temps d'aller à la salle sur demande sans être vu, et il n'avait pas d'autre endroit où se cacher dans l'immédiat. Sa dernière option envisageable était sa cape d'invisibilité. Il tâtonna alors le sol, à la recherche de sa précieuse amie qui, étant invisible, n'était pas franchement facile à trouver à l'œil nu.
Quand enfin, il mit la main dessus et s'en recouvrit, il alla se coller au mur pour attendre. Il commençait à entrapercevoir Rusard à l'autre bout du couloir, quand il réalisa qu'il avait oublié quelque chose. Ou plutôt quelqu'un.
Merde, Malfoy.
Il avait oublié le Serpentard dans le couloir. Trop tard, il ne pouvait pas prendre le risque de se déplacer.
Ou le pouvait-il ?
Sans prendre le temps de réfléchir davantage, il s'empressa de s'approcher de Drago et de le recouvrir de la cape. Le blond était absent, et ne paraissait pas se rendre compte de la situation.
- Malfoy, allez debout, grouille-toi, y a Rusard qui débarque, fit Harry en le secouant par l'épaule.
Drago comprit brutalement et essaya de se relever tout seul, en vain.
- J'peux pas, j'ai trop mal, gémit-il.
- Malfoy ce n'est pas le moment de te plaindre, soupira Harry en levant les yeux au ciel. Je ne t'ai pas frappé si fort que ça.
Harry releva la tête, Rusard se rapprochait de plus en plus.
- Bon, très bien, je n'ai pas le choix, il va nous marcher dessus si on reste là, constata Harry, exaspéré au plus haut point.
Il savait qu'il n'aurait pas l'énergie et la concentration nécessaire pour utiliser sa magie, alors il essaya de tirer le blond par le bras de toutes ses maigres forces restantes. Après plusieurs secondes d'efforts intensifs, il réussit finalement à le déplacer assez pour être en sécurité.
- Mais qu'est-ce que tu fais Potter ? Il va nous voir imbécile !
- La ferme Malfoy, sérieusement, je ne suis pas idiot. Juste tais-toi et attends.
Ils se turent, et même si Drago aurait aimé parler rien que pour contredire Potter, étonnamment, il ne le fit pas, se contentant d'attendre patiemment l'arrivée de Rusard. Ce dernier, boitant, regardait d'un mauvais œil les alentours. Sa chatte, quelques pas derrière, fixait intensément l'endroit où se cachaient les deux garçons. Draco, paniqué, était persuadé qu'ils finiraient par être découverts et que Potter était complètement fou. Mais rien ne s'est passé. Il ne semblait pas les voir, même quand il passa à quelques centimètres d'eux. Il se contenta juste de tracer sa route comme si personne n'était là.
Les deux ennemis étaient calés contre le mur, très proches. Tellement proches qu'ils se touchaient presque sous l'étroitesse de la cape.
Quelques minutes plus tard, le vieux concierge finit par faire demi-tour, bredouille, toujours suivi par son chat qui ne cessait de regarder dans la direction de la cape d'invisibilité.
Lorsqu'ils furent sûrs que Rusard était bien parti, ils se retirèrent tous deux de leur protectrice invisible.
- Com... commença Drago.
- Ne cherche pas Malfoy, je t'ai sauvé la mise, maintenant à ton tour de me rendre un service : ne cherche pas à savoir le pourquoi du comment.
Drago savait qu'il n'obtiendrait pas de réponse, alors il laissa tomber pour le moment.
- T'as une sale tronche, provoqua Malfoy
- Toi aussi, répondit Harry du tac au tac.
- T'as pleuré ? demanda Drago, en voyant les yeux bouffis de son ennemi.
- Ça ne te regarde pas.
Alors qu'il s'attendait à une moquerie ou à un sourire mesquin, Harry fut surpris de constater que Drago se borna à fixer le sol, sans laisser transparaître d'émotions. Mais très vite, il se reprit, et remit son masque hostile.
- D'accord, se contenta-t-il de répondre.
Un silence gêné s'installa, qu'Harry finit par rompre.
- Je t'ai frappé si fort que ça ?
- Non, ce n'est pas toi Potter, soupira Drago avec un soupir las.
- Je... commença Harry.
- Pour ça non plus, ne cherche pas, c'est pas tes oignons, le coupa sèchement le blond.
- D'accord.
Nouveau silence.
- Il est tard, reprit Harry.
- Je sais.
- Je te raccompagne ?
- Et pourquoi tu ferais ça ? demanda agressivement le blond.
- Je ne veux pas que tu me balances si tu te fais chopper. Et puis, te sauver de Rusard pour que t'ailles te balader dans les couloirs juste après, ça n'a pas tellement de sens.
- Pas faux, admit Drago.
- Alors tu viens ?
En guise de réponse, Drago se glissa, en poussant un soupir agacé, sous la cape aux côtés d'Harry.
Ils marchèrent un long moment dans les couloirs déserts de Poudlard. Il n'y avait pas un bruit, seulement le son de leurs pas sur le sol. Toujours étroitement collés sous la cape, les deux garçons ressentirent progressivement un malaise s'installer entre eux. Ils n'avaient pas l'habitude d'être à proximité plus de cinq secondes sans s'insulter, et l'un comme l'autre ne savait pas comment réagir face à la situation plus qu'inédite qui était en train de se produire.
Ils furent tous les deux soulagés quand apparut devant eux la porte de la salle commune des Serpentard. Drago et Harry laissèrent glisser la cape de leurs épaules. Drago s'empressa d'ouvrir la porte de la salle commune qui était déserte. Il songea un instant à claquer la porte au nez de Potter, histoire de ne pas se montrer trop sympa avec lui, mais finalement, il se résolut à se retourner pour regarder Harry qui n'avait pas bougé.
- Si c'est un remerciement que tu attends, tu peux courir Potter.
- Je t'ai tout de même sauvé des griffes de Rusard, quand tu te lamentais parce que je t'avais frappé trop fort, alors oui, un merci ne serait pas de trop, s'amusa Potter avec un sourire.
Ce fut à cet instant que le blond regretta de ne pas lui avoir claqué la porte au nez. Il était déjà suffisament honteux de ne pas avoir été capable de se sauver seul et de s'être plaint de façon plus que déshonorante. Il détestait se sentir redevable envers les gens, et surtout, se sentir redevable envers Potter. Ses ancêtres devaient se retourner dans leurs tombes.
- Je te rappelle que je t'ai foutu une sacrée raclée à toi aussi, alors je serais à ta place, je me la ramènerais pas trop le balafré. Et pour ta gouverne, je ne melamentaispas ! grogna Drago en le regardant d'un air mauvais.
- Évidemment, assura Potter, son petit sourire en coin toujours accroché à ses lèvres.
Drago se retourna pour partir en direction de son dortoir, profondement agacé, mais une voix l'interpella :
- Hé ! Malfoy ! Un conseil, lave-toi et prends quelques potions de soin. Ça évitera que tes amis pensent qu'un troll a fait irruption dans le dortoir. Parce que t'as vraiment une sale gueule.
- Je te retourne le compliment Potter, rétorqua dignement Drago, insensible à la raillerie.
Sur ce, il continua le trajet qui le menait à son dortoir en claudiquant et disparut de la vue d'Harry.
Sur le chemin du retour, le brun songea à ce que Drago avait bien pu faire dans la salle sur demande, en plein milieu de la nuit. C'était plutôt... étrange. Car même s'il avait rangé ça dans un coin de son esprit ces derniers temps, il était toujours persuadé que Drago était au service de Voldemort d'une manière ou d'une autre. Et il ne pouvait empêcher les théories diverses d'affluer dans sa tête, bien qu'aucune ne lui parut plausible.
Il finit par chasser ses interrogations sans réponses, qui ne menaient, de toute façon, pas à grand-chose au vu de son état de fatigue.
En repensant à la soirée -ou plutôt à la nuit- qu'il venait de passer, il se rendit compte avec amusement qu'il avait pu entrapercevoir quelques instants le blond, sans le masque indifférent et glacial habituel de la famille Malfoy. Et finalement, sans Voldemort, ses parents et ses stupides histoires de sang-pur, peut-être que le Serpentard était moins abruti qu'il ne le croyait. Du moins de temps en temps...
Mais le plus important pour le moment était qu'il s'était suffisamment défoulé dans leur lutte pour espérer avoir quelques heures de sommeil.
Alors malgré son visage défait, il arbora un air ravi qui le surprit lui-même, et se hâta de rejoindre son dortoir.
Bon week-end 3
