Deux jours après leur arrivée à TonDC et deux jours après leur départ, Clarke et Roan atteignaient enfin Arkadia après un voyage à travers une bonne moitié du pays qui leur aura pris un peu plus de quinze jours.
Les retrouvailles avec Abby, Jackson, Kane et les autres furent bruyantes et larmoyantes, mais Clarke se rendit bien vite compte que les autres Skaikrus, notamment tout ceux qui étaient du côté de Jaha et ALIE, ne voyaient pas son retour d'un bon œil et elle se promit de se méfier d'eux, juste au cas où. Le reste du Peuple du Ciel n'avait aucune idée de la raison de son départ pour Polis et que beaucoup la croyaient toujours dans sa maison du bord de mer...
Clarke serra les lèvres. Ils venaient d'entrer dans la station et la jeune femme regarda autour d'elle ; elle nota que plusieurs personnes la regardaient, un peu comme s'ils ne savaient pas qui elle était, ou alors comme s'ils demandaient ce qu'elle faisait là, avec son escorte si patibulaire et ses habits de fourrure et de cuir...
— Tu te changeras ? demanda soudain Abby.
Clarke haussa un sourcil, surprise, et reporta son attention sur sa mère.
— Pourquoi ? Je porte ces vêtements depuis deux ans, je ne vois pas pourquoi je me changerai...
— Tu fais trop Terrienne, chérie, répondit Abby.
Clarke releva le menton et opina.
— Je suis Terrienne, maman, répondit-elle. Je suis même leur Reine... Peu m'importe ce qu'ils pensent de moi, tous ici, je sais qui je suis.
— Oui, tu es ma fille, Clarke Grif-...
— Je suis Wanheda, régente des Terriens, la coupa la jeune femme, les sourcils froncés. Je suis Clarke pour ma famille et mes amis, le reste du temps, je suis Rijant. Ou Wanheda.
Abby déglutit. Elles s'arrêtèrent devant une porte et la femme s'excusa alors en prétextant devant retourner à l'infirmerie, mais sa fille n'était pas dupe. Une fois Abigail loin, elle se tourna vers Roan.
— Tu aurais peut-être pu y aller plus doucement, tu ne crois pas ? demanda-t-il.
— J'irais m'excuser plus tard, c'est la fatigue qui m'a fait parler, répondit la blonde. Je sais qu'elle a raison, je n'ai pas à être Rijant ici, mais j'ai passé deux années dans sa peau, Roan, et redevenir Clarke va être très compliqué.
— Tu y arriveras, je le sais. Tu es bien plus forte que tu ne le penses.
La jeune femme sourit. Il l'embrassa alors sur la joue puis elle se laissa étreindre et elle lui indiqua sa chambre un peu plus loin. Il la remercia et s'éloigna sans un mot de plus tandis qu'elle s'enfermait dans sa cabine, un peu perturbée.
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Roan resta deux jours, le temps que son cheval se repose et qu'il refasse le plein de nourriture. Il quitta Arkadia en pleine tempête de neige, direction plein nord, mais personne ne s'inquiétait pour lui, il était né dans la neige, et il connaissait ce territoire mieux que personne.
Alors que le portail se fermait, coupant un peu le vent de la plaine, Kane passa son bras sur les épaules de Clarke qui sourit.
— Je peux te poser une question ? demanda-t-il alors.
— Vous vous demandez s'il y a quelque chose entre Roan et moi, n'est-ce pas ? répondit la jeune femme.
— Précisément... Tu as l'air d'avoir de la peine à le laisser partir et tu as passé les deux derniers jours en sa compagnie exclusive ou presque...
Clarke baissa le nez et se mordit la joue. Elle regarda alors Kane et souffla par le nez.
— Je vous considère comme un parent, Chancelier, dit-elle alors. Je peux donc vous parler, n'est-ce pas ?
— Bien entendu, répondit Kane, haussant les sourcils. Qu'est-ce qui se passe ?
— Rien de grave, mais je dois avoir des avis différents parce que je ne sais plus trop où j'en suis, c'est pour ça que je suis ici, d'ailleurs, pour faire le point...
— Je vois.
Kane serra la bouche puis fit signe à la jeune femme de le suivre et ils se dirigèrent vers le garage où, à cette heure-ci, il n'y avait encore personne.
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— Je comprends ton dilemme, et même si j'ai beaucoup de mal à te voir autrement que comme Clarke Griffin, je comprends.
— Dans ma tête, je ne peux pas m'empêcher de penser différemment suivant le contexte, répondit Clarke. Je suis Clarke Griffin, mais on m'a appelé tellement peu par mon prénom ces derniers mois, c'était toujours Wanheda, Rijant, Madame... Je ne sais plus qui je dois croire, qui je dois écouter, tout le monde a raison.
— Techniquement, la seule qui a raison, c'est toi, répondit Kane.
— Merci, Capitaine Évidence... grimaça Clarke.
— Désolé, répondit Kane avec un sourire. Écoute, tu es quasiment ma fille, Clarke et je suis presque obligé de te répondre, mais je ne suis pas doué pour ça... Tout ce que je peux te dire, c'est d'essayer de réconcilier Rijant et Wanheda et ensuite, de prendre une décision par toi-même. Tu es ces trois personnes, mais tu n'as qu'une seule apparence pour nous, celle de Clarke, la fille du médecin en chef d'Arkadia. J'ai conscience que tu as été la femme la plus puissante du territoire ces deux dernières années, mais tu es chez toi maintenant et tu peux redevenir Clarke, même si je sais qu'elle est terriblement esquintée après avoir fait tout ça pendant deux guerres successives...
Clarke serra les lèvres et hocha lentement la tête. Kane posa une main sur son bras et la jeune femme posa sa main sur la sienne.
— Tu es forte, ma chérie, bien plus que n'importe qui ici et si ton cœur te dit que tu peux être avec Roan malgré ton titre et ta place dans la hiérarchie Terrienne, alors c'est que ce sera le bon choix. Tu ne mérites pas d'être seule, même si tu es encore jeune et que tu as le temps de voir venir.
Il marqua une pause et ajouta :
— Roan est un très bon choix, si tu veux mon avis...
Clarke émit un bruit nasal amusé puis inspira profondément et se leva. Kane l'observa un moment et pencha la tête.
— Le poste de Reine des Terriens te va très bien, tu sais ? dit-il.
— Oh, je vous en prie, ce n'est même pas quelque chose d'officiel...
— Si j'en crois ce que nous raconte Raven dans ses lettres, si, répondit le Chancelier en se levant. Tu aurais dû venir avec ton fils, ta mère me l'a décrit, mais j'ai du mal à l'imaginer.
Clarke sourit.
— Derek est un adorable garçon de bientôt quatorze ans... Je n'avais pas du tout prévu de m'attacher à lui de cette manière, j'ai juste eu envie de le protéger, car je l'avais mis dans une position délicate en lui imposant la Flamme sans entraînement. J'ai foiré, j'ai assumé et depuis, il ne jure que par moi et tout le monde parle de lui en tant que « fils de la Régente » alors que nous n'avons que six ans de différence.
— Clarke, tu n'es pas de mon sang, mais je te considère comme ma fille, répondit Kane en posant ses mains sur ses épaules. C'est la même chose que pour Derek. Les parents d'un enfant ne sont pas forcément ceux qui l'ont mis au monde, ce sont ceux qui s'en occupent à temps plein.
Clarke plissa le nez. Kane la prit alors contre lui et la serra une longue seconde en posant son menton sur sa tête. La jeune femme se pressa contre son épaule en appréciant la chaleur et le câlin, puis elle recula et Kane lui caressa le visage en repoussa une tresse blonde.
— N'oublie pas, c'est ton cœur qui décide, pas ta tête, dit-il. Roan vit avec toi depuis des mois, il sait parfaitement ce que tu fais toute la journée, il le respecte et si tu le laisses entrer dans ta vie, il n'aura qu'une chose à faire, ranger ses vêtements dans un tiroir de ta commode.
Clarke secoua la tête. Kane l'embrassa alors sur le front puis la laissa pour aller manger quelque chose puis faire ses corvées du matin. La jeune femme soupira et se rendit près des chevaux qui vinrent tous à la barrière la voir. Son étalon bouscula alors tout le monde pour se faire une place et Clarke leva les yeux ciel en lui glissant un morceau de fruit entre les lèvres. Elle lui caressa le chanfrein puis décida de rentrer manger à son tour.
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Bien loin d'ici, à Polis, la vie continuait sans la Régente. Goran avait expliqué qu'elle avait eu besoin de retrouver ses parents pendant quelques temps et personne n'avait bronché, à sa plus grande surprise. Sauf Derek.
— Elle aurait pu m'emmener...
— Elle t'a dit pourquoi, répondit Raven.
— Oui, elle voulait se reposer, mais je ne suis pas envahissant, si ?
— Non... Non, mais tu es son fils et si elle t'a sous les yeux pendant son séjour à Arkadia, elle ne se reposera pas.
Derek se renfrogna. Il adorait Clarke, il adorait qu'on la considère comme sa mère et qu'on le considère comme le fils de Wanheda, mais parfois, il se sentait un peu frustré.
— Écoute, fiston, tu es avec nous, ce n'est pas suffisant ? demanda Aldric.
— J'imagine que je vais devoir m'en contenter...
Raven leva les yeux et Derek décida d'aller voir ailleurs s'il y était. La brune se tourna alors vers son compagnon et haussa les épaules.
— Il a tout à fait le droit d'être contrarié, répondit celui-ci. Clarke n'est pas sa mère, mais il l'aime et il a raison de râler, mais nous sommes ses gardiens, jusqu'à son retour...
— Il n'en a pas vraiment besoin, soupira Raven. Mais je préfère quand même avoir un œil sur lui.
Aldric opina puis laissa la jeune femme pour aller prendre son poste. Raven lui souhaita une bonne journée et gagna son labo pour bidouiller quelque chose, même si elle devait bosser sur la Flamme et tenter de la réinitialiser ou bien d'en virer les réminiscences de Lexa...
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Non loin de la tour, dans le grand bâtiment qui était en train d'être refait quasiment à neuf pour accueillir l'Académie des Natblidas, Seiden observait le dérouler des travaux. Pas moins d'une centaine de personnes travaillait en même temps pour que le bâtiment soit prêt pour le printemps, afin d'accueillir les enfants ramenés par Luna et les Natblidas les plus proches de Polis, puis, plus tard, ceux que Wanheda ramènera de son périple à travers les clans.
— Ici, ce sera des chambres, dit une femme. Il y en aura vingt-sept au total, mais elles seront suffisamment grandes pour accueillir trois ou quatre jeunes ou et deux adolescents.
Seiden tourna la tête et observa John Murphy qui discutait avec la Podakru en charge du chantier. Elle avait dessiné tous les plans, étage par étage et réfléchi pendant plusieurs semaines à un agencement idéal avant de soumettre son idée à Clarke qui l'avait approuvée avant de partir.
— Je ne sais pas combien de Natblidas Wanheda et Roan vont ramener après leur tour des clans, dit John. Mais peut-être qu'il faudra prévoir d'autres chambres, juste au cas où.
— C'est prévu, Fleimkepa, ne vous en faites pas, répondit la femme. Nous n'allons simplement pas nous en occuper maintenant. Le bâtiment est grand et solide, il a résisté à Praimfaya donc il résistera à une poignée d'enfants qui courent partout.
John esquissa un sourire. Des cloches résonnèrent alors et le jeune homme se tourna vers Seiden qui le rejoignit.
— Nous devons regagner le Sanctuaire, dit-il en inclinant la tête devant la Podakru.
— Bien entendu, je vous tiens au courant s'il y a le moindre problème, Fleimkepa.
John opina puis tourna les talons en remontant sa capuche. Seiden l'imita et ils quittèrent le bâtiment rapidement pour rejoindre le Sanctuaire de Becca Pramheda.
Dispensé de prières, John s'enferma dans sa chambre pendant que les apprentis récitaient les lignes apprises par cœur depuis des années. S'approchant de sa malle, le jeune homme l'ouvrit et fouilla dedans. Il tira un foulard noir et soupira en le portant à son nez. Il ne se passait pas un jour sans qu'il ne pense à Emori depuis son départ. Elle venait à peine de lui annoncer être enceinte quand Clarke l'avait convoqué à Polis, sans savoir et aujourd'hui, elle avait donné naissance à une petite fille qui allait sur ses six mois...
Heureusement, depuis qu'elle était à Polis, Raven faisait office de porteuse de nouvelles et envoyait régulièrement des lettres à Arkadia pour donner et recevoir des nouvelles de tout le monde. John avait donc des nouvelles régulières de sa compagne et de leur fille, mais il avait peur que s'il restait encore plus longtemps ici, il n'allait jamais pouvoir nouer de lien père-fille avec la petite... On toqua alors contre la porte et il fit entrer. Seiden glissa la tête dans l'ouverture et il croisa son regard avant de se détourner. Il jeta son manteau sur une chaise et s'approcha d'une table où trônaient des icônes et des bougies.
— Tout va bien ?
— Oui, ce n'est rien.
La jeune femme se mordit la lèvre. Malgré le fait qu'elle ait accepté qu'il ne veuille rien d'elle, elle ne le sentait pas totalement sincère et n'arrivait pas à se débarrasser de ce vicieux sentiment d'attraction qui la poussait vers lui. Entrant dans la chambre, elle repoussa la porte puis s'approcha de John mais resta à distance respectable, les mains dans les manches de son manteau.
— Tu sais que tu te fais du mal, n'est-ce pas ? dit-elle doucement.
— Je le sais, Seiden, mais je n'ai pas le droit, répondit John. Je ne suis pas un Trige, je ne bafoue pas les liens du mariage parce que j'ai envie de baiser !
Il baissa le nez en repensant à sa brève aventure avec Tibor mais s'ébroua et soupira. La jeune femme croisa son regard quand il lui fit face, baissant aussitôt la tête, puis elle lui demanda s'il voulait de la tisane, car elle en préparait pour tout le monde. Il hocha la tête et s'installa à son bureau sans un mot de plus.
— Autre chose ? demanda alors le jeune homme comme Seiden ne partait pas.
— Je... Oui, en fait, je... M'emmènerais-tu sur le Camp de la Navette ? demanda-t-elle alors.
Il leva les yeux vers et fronça les sourcils.
— C'est un sanctuaire maintenant, les cendres de Finn et Lincoln y reposent...
— Je sais, justement, répondit la jeune femme. J'aimerai pouvoir consacrer le sol et en faire un véritable sanctuaire qu'aucun Trige n'aura le droit de profaner. Vous pourrez ensuite vous en servir comme cimetière Skaikru, plus tard...
John hésita avant de hausser les épaules.
— Il faudra en parler avec Clarke, dit-il finalement. Si elle est d'accord, alors tu viendras avec nous quand nous partirons au printemps. Nous pourrions te laisser chez toi, en passant, aussi.
Seiden haussa un sourcil.
— Chez moi ? dit-elle. Je n'avais pas pensé à ma maison depuis tant de temps... C'est tentant, mais non, dit-elle ensuite en se détournant. Quand tu seras parti, je deviendrais aussitôt Fleimkepa, John et je ne pourrais pas quitter Raven.
John sembla se souvenir de ce détail et hocha la tête. On toqua alors contre la porte et Seiden s'excusa pour rejoindre les apprentis.
