— Raven ?

— Je suis à toi dans deux minutes, Clarke !

Clarke sourit. Elle regarda le bric-à-brac du laboratoire de son amie et secoua la tête. Les Trishanakrus avaient ramené tout ce qu'ils avaient pu trouver de leurs dernières expéditions dans l'ancien monde et Raven avait presque réussi à reconstituer la salle de contrôle d'Alpha. Un générateur avait même été déniché, mais il ne fonctionnait pas et Raven avait refusé que des serviteurs passent leur santé à pédaler pour qu'elle ait du courant. Elle avait donc transformé ce vieux générateur en batterie et avait fait installer des panneaux solaires maison tout autour de la tour pour capter le plus de soleil possible et charger la batterie.

Un doux vrombissement résonnait donc dans la pièce et Clarke se surpris à se croire pendant un moment, encore à bord de l'Arche. Sur la station, elle n'avait jamais connu le silence, le vrai silence, car il y avait toujours du bruit, une porte qui chuinte, une canalisation qui hoquète, quelque chose qui craque, qui claque, qui gronde, sans parler de l'eau dans les tuyaux et des bruits de collision avec les débris en orbite autour de la planète...

Raven jaillit soudain entre deux colonnes lumineuses et Clarke haussa un sourcil. Elle nota aussitôt que son amie avait changé son attelle et elle s'en étonna en silence. Raven capta le regard de la blonde et sourit.

— Oh ! C'est Aldric qui l'a construite, dit-elle. Comme tu l'avais demandé, il a pris modèle sur la mienne, et il m'en a fait une neuve parfaitement adaptée et... tada !

— Elle a l'air très confortable, dit Clarke en hochant la tête.

— Elle l'est, reconnut Raven. Elle est adaptée à ma jambe et avec cette nouvelle attelle, je tiens debout pendant des heures et je peux même soulever des choses lourdes !

Clarke sourit.

— Aldric, hein, dit-elle en croisant les bras. Il est mignon au moins ?

— Clarke ! s'exclama aussitôt la brune avec un sourire. Oui, répondit-elle ensuite en plissant le nez, amusée. Sinon, qu'est-ce qui t'amènes dans mon antre ?

— Je viens voir où tu en es avec l'interface. J'ai pris mon après-midi, donc je viens aux nouvelles.

— Voyez-vous cela, la Régente s'octroie des congés ?

— Arrête, je suis ici depuis un an, je n'ai pas vu le temps passer... Oh d'ailleurs, tu as vu John récemment ?

— Nope, pas depuis plusieurs jours. À son sujet, d'ailleurs...

— Qu'est-ce qui se passe ? Il a fait quelque chose ?

— Je n'espère pas, répondit Raven.

— Développe ?

— Bah, j'ai le cœur brisé, mais je ne suis pas aveugle et j'ai discuté avec Seiden pendant des heures quand elle venait avec la Flamme...

Clarke releva le menton.

— Je vois de quoi tu parles, dit-elle. J'ai défendu à Seiden de s'intéresser à John de trop près pour le bien d'Emori. Je les ai éloignés l'un e l'autre il y a plusieurs mois de cela déjà donc je ne pense pas qu'il soit retombé dans ses travers.

— C'est cool de te préoccuper des sentiments d'Emori, mais tu sais qu'elle ne lui dira rien, n'est-ce pas ?

— Sincèrement, je n'en sais rien... Tu la connais bien mieux que moi, je ne l'ai pas côtoyée, mais je sais que si mon mari allait voir ailleurs, ça ne me plairait pas du tout...

— À vous non, Rijant, répondit alors un homme.

Clarke pivota et une caisse avec des jambes la contourna.

— Tiens, Reivon, j'ai ce que tu voulais, dit l'homme.

— Oh, génial ! s'exclama Raven en allant fouiller dans la caisse. Parfait, c'est juste ce que j'avais besoin pour...

— Raven, peut-on finir notre discussion ? coupa alors Clarke.

— Hein ? Oh, euh...

— Je vais vous répondre, Régente, répondit le Terrien. Emori ne dira rien si Fleimkepa se laisse aller dans les bras d'une autre, parce que nous sommes élevés ainsi. Vous avez été élevés, vous les Skaikrus, d'une manière bien plus stricte, femme homme égal bébé, mais chez nous, les mœurs sont assez libérées, car la mort peut survenir n'importe quand. Néanmoins, nous sommes quand même fidèles à nos moitiés, la plupart du temps.

Clarke croisa les bras et secoua la tête.

— Je ne veux pas qu'il s'entiche d'elle. Dès que j'aurai pu parler avec Lexa, je renverrai Raven et Derek à Arkadia, John partira avec vous pour retrouver sa femme et sa fille. Il a fait plus que ce que je lui avais demandé.

Un silence s'installa ensuite puis Raven lui expliqua ensuite qu'elle avait bien avancé sur l'interface pour connecter la Flamme. Le principe était simple, il suffirait de placer la Flamme dans un petit réceptacle et de lui ordonner de déployer ses connecteurs pour qu'ils s'attachent à une pièce de métal qui ferait office de vertèbres cervicales humaines parcourues par un filet d'électricité et du sang noir. De l'autre côté, un appareil un peu plus étrange était relié aux vertèbres artificielles.

— Quand j'aurais connecté la Flamme à l'interface et que la connexion sera stable, tu prendras la Clef et je poserai ces électrodes sur tes tempes pour pouvoir te connecter à l'interface à ton tour. Lorsque j'enclencherai la connexion, tu seras projetée dans la Cité des Lumières et normalement, tu devrais tomber sur Lexa, puisqu'elle est le dernier esprit à y avoir été téléchargé.

— Pas de risque que je tombe sur Derek ?

— Non, les Commandants l'ont rejeté, dit le Terrien. La Flamme ne garde que les esprits des Commandants qui sont morts en la portant.

Clarke opina. Elle inspecta l'engin en apparence simple, avant de serrer les lèvres.

— Ce sera prêt quand ? demanda-t-elle.

— Encore quelques jours, répondit Raven. J'ai des réglages à faire avec la Flamme et des simulations de connexion à l'ordinateur, aussi. Je te ferais prévenir, de toute façon, ne t'en fais pas.

— Entendu.

Clarke adressa ensuite un sourire aux deux autres puis tourna les talons et rejoignit Tylo dans le couloir. Elle lui annonça alors qu'elle lui donnait son après-midi et qu'elle avait envie de se promener seule dans les rues de la ville. Tylo n'objecta rien. Il savait pertinemment que sa présence ne dissuadait que les potentiels... amants, car la réputation de la jeune femme la précédait en tant que Wanheda. En tant que Régente, elle jouissait d'un statut encore plus important et avec tout ce qu'elle avait déjà fait ces derniers mois, personne n'irait lui chercher des noises sans risquer un solide retour de bâton... de la part de Roan, principalement.

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Il fallut une semaine supplémentaire à Raven pour finir de programmer l'engin qu'elle avait bidouillé avec les moyens du bord. Se servant d'Aldric comme cobaye, elle l'avait malencontreusement électrocuté plus d'une fois, mais le Terrien ne lui en voulait pas...

— Cette fois, c'est la bonne ? demanda-t-il un soir.

— Oui, les simulations sont au vert, donc je pense que ça ne risque plus rien... Du moins, je l'espère.

Aldric grimaça. Depuis une semaine, il se prenait des châtaignes dès que Raven branchait sa machine infernale, alors il aimerait autant éviter que Wanheda subisse la même chose.

— J'ai quand même laissé l'option châtaigne, dit alors Raven. Ça me permettra de sortir Clarke de la dimension numérique si jamais ça se passe mal ou qu'il n'y a rien.

— Qu'est-ce qui pourrait arriver ? demanda le Terrien.

— Eh bien, Clarke a... désactivé ALIE à la fin de la guerre, donc il se pourrait que la cité des Lumières n'existe plus, auquel cas, la connexion avec la Flamme échouerait. Clarke se retrouverait alors nulle part et son cerveau pourrait faire une attaque et s'éteindre.

Aldric grimaça. Raven n'ajouta rien et sortit dans le couloir en cliquetant. Elle arrêta un serviteur qui montait et lui demanda de prévenir Wanheda que c'était prêt. Sans poser de question, le jeune homme hocha la tête et disparut dans l'escalier.

— Maintenant... La Flamme, dit Raven.

— J'y vais, répondit Aldric. Je te ramène Fleimkepa ?

— Et Seiden, oui, il me faut des témoins, répondit la brune.

— Entendu.

Le Terrien quitta le labo et Raven soupira. Elle croisa les bras et observa sa machine. C'était la première fois qu'elle construisait de toutes pièces et avec les moyens du bord, une interface neuronale. Si Clarke lui avait laissé plus de temps, ils auraient pu se rendre au bunker de Rebecca et utiliser le matériel dernier cri qu'il contenait, mais apparemment, où cela n'avait pas effleuré la jeune femme, ou elle était trop pressée de retrouver Lexa...

À cette pensée, Raven grimaça. John lui avait confirmé, avant qu'il ne soit convoqué à Polis, que Clarke et Lexa avaient eu une relation, qu'elles avaient couché ensemble, juste avant que Clarke et Octavia ne rentrent à Arkadia, et la nouvelle avait eu du mal à passer. Raven n'avait jamais imaginé Clarke ainsi, elle qui lui avait volé son petit-ami avant de l'exécuter et tout le monde à Arkadia s'accordait à dire qu'elle était pour Bellamy et personne d'autre...

S'ébrouant, Raven fit un peu de place autour de l'interface neuronale et rangea son bazar. Aldric revint alors avec John et Seiden sur les talons et la brune installa la Flamme dans son réceptacle sous le regard surprotecteur de la Prêtresse. Raven remarqua également que John semblait un peu trop détaché de sa fonction et elle se promit de lui en parler un peu plus tard, mais pour l'instant, Clarke passait en premier.

La concernée débarqua une poignée de minutes plus tard, Derek l'accompagnant et Raven plissa le nez. Pas qu'elle n'aimait pas le gamin – même si elle avait horreur des enfants en général –, mais elle ne pensait pas qu'il avait sa place ici, surtout si les choses se passaient mal, vu sa relation avec Clarke.

— Prête ? demanda-t-elle néanmoins.

— Non répondit Clarke. Mais je dois en avoir le cœur net. Je n'ai pas reconnu Lexa dans les paroles de Derek et pour la santé mentale du prochain Heda, je dois comprendre. Si Lexa agit contre moi depuis la Flamme, le nouveau Commandant pourrait se retourner contre moi et détruire tout ce que j'ai vaillamment construit jusqu'à maintenant.

Raven hocha lentement la tête. Elle fit signe à Clarke de prendre place sur un tabouret et s'appuyer sur la table devant elle.

— Ça va être douloureux ? demanda alors la blonde.

Raven croisa brièvement le regard d'Aldric avant de secouer la tête avec un sourire, mais Clarke grimaça, pas convaincue. John lui tendit alors la Clef d'un bleu iridescent et la blonde hésita.

— Si les choses se passent mal, commença-t-elle en regardant Raven.

— Avec ça, je vais surveiller ton pouls et, les électrodes vont me donner ton activité cérébrale en direct, dit la brune en fixant sur l'index de Clarke une pince en bois bardée de fil de cuivre. Si quelque chose commence à déconner, je te ramène avec un coup de jus, comme tu as fait pour moi.

Clarke grimaça. Pour déconnecter ALIE de Raven, elle avait dû la brancher à une vieille batterie de voiture et le choc électrique avait été si violent que la jeune femme avait aujourd'hui de très violentes migraines assez régulièrement...

— Alors ? On y va ? demanda Raven.

Clarke ferma les yeux et opina alors que Raven lui lançait un sourire encourageant. La blonde sentit un picotement dans les tempes puis elle posa la Clef sur sa langue et l'objet se décomposa aussitôt.

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Quand elle rouvrit les yeux, Clarke reconnut aussitôt le lieu où elle se trouvait et intérieurement, elle soupira de soulagement. Une légère angoisse lui prit cependant la poitrine. Rien n'avait changé depuis la dernière fois ; les hautes tours de verre étaient toujours là, les routes de goudron noir aussi. Un calme presque morbide régnait dans cette ville aussi vraie que nature, comme s'il n'y avait plus aucune âme qui vive. Ce qui était vrai, puisque toutes les victimes d'ALIE avaient été brutalement rapatriés dans leur corps quand Clarke avait coupé le courant...

Clarke remarqua alors qu'elle était assise par terre. Elle se releva, épousseta brièvement son pantalon, puis s'avança. Elle espérait trouver Lexa rapidement, même si elle n'avait aucune idée si le temps qui s'écoulait dans le monde réel était le même qu'ici. Raven lui avait assuré que Lexa serait dans la ville, que la Flamme serait connectée à elle et elle à la Cité des Lumière via la Clef et que donc de fil en aiguille, tout ce petit monde serait au même endroit. Maintenant, il ne lui restait plus qu'à trouver l'ancienne Commandante et dans une ville aussi grande, il n'y avait trente-six façons de faire...

— Lexa ? appela Clarke, débouchant sur un carrefour. Lexa, c'est Clarke ! J'aimerai te parler ! Montre-toi, je sais que tu es là !

Normalement, songea Clarke en serrant la bouche.

— Lexa !

Mais seul l'écho lui répondit, confortant dans ce silence de plus en plus pesant. Avançant de quelques pas, Clarke se sentit soudain épiée, un frisson lui glissa dans le dos et elle aurait parié qu'il s'agissait de Lexa, mais quand elle se retourna, elle ne vit que des bâtiments, encore et encore, avec des routes et des trottoirs, tous désespérément vides.

Avec un soupir, Clarke s'éloigna alors et marcha bien cinq minutes avant qu'un bruit d'épées plus que caractéristique ne se fasse entendre derrière elle. Elle pivota aussitôt, un grand sourire étirant sa bouche, avant de se figer, horrifiée. Son sourire retomba comme un soufflé et elle déglutit en relevant le menton quand elle sentit le métal froid d'une lame contre sa gorge. Face à elle, fière, l'épée tendue pour toucher la jugulaire de Clarke, Leksa kom Trikru observait l'intruse d'un œil sceptique. Il n'y avait pas une once de tendresse dans ce regard, d'affection ou d'un quelconque sentiment positif à l'égard de la blonde. Mais du mépris, en revanche...

— Lexa ! s'exclama Clarke. Mais... Qu'est-ce que tu...

— Tais-toi, Wanheda, siffla la Terrienne, mauvaise. Que fais-tu là ? Tu n'as rien à faire ici... Comment es-tu entrée dans la Flamme ? Je t'avais dit de ne pas l'utiliser !

Le ton employé par la rousse fit louper un battement de cœur à Clarke. Si l'épée était tranchante, le ton l'était bien plus et celle-ci sentit aussitôt les larmes lui monter aux yeux. Quelque chose clochait, ce n'était pas Lexa, sa Lexa, celle qui l'avait abandonnée d'une si stupide manière !

La brune remarqua aussitôt les yeux brillants de la blonde et son visage se tordit de dégoût. Elle plissa le nez et Clarke sentit son cœur en prendre encore un coup. Jamais Lexa ne l'avait regardée comme si elle était un déchet de l'humanité ! Jamais !

— Oh, pitié, épargne-moi tes larmes... Pleurer, ce n'est que pour les faibles, siffla alors la Commandante.

— Lexa, je... Je suis...

— Ce sera Heda, pour toi, coupa la brune aussitôt en avançant d'un pas, forçant Clarke à reculer. Tu n'es rien de plus qu'une Skaikru pour moi, tu n'as pas le droit d'avoir la prétention de m'appeler par mon prénom.

— Je ne suis rien ? Mais... Lexa, comment tu peux dire ça ? Comment tu oses dire une telle chose après ce qu'on a partagé, ce que... On a...

Clarke sentit sa voix mourir au fond de sa gorge et une larme glissa sur sa joue, tirant un rictus à Lexa.

— Oh, oui... souffla-t-elle dédaigneusement. Sans doute la plus belle bêtise de ma vie que j'ai faite là ! Regarde où ça m'a mené, cet écart, cette faiblesse... Je suis morte ! Et c'est entièrement ta faute !

Lexa avança encore et Clarke se retrouva bientôt acculée contre un mur, la lame appuyée contre sa gorge. Si la douleur était bien présente à cet endroit, celle qui lui déchirait le cœur à cet instant était bien pire...

— Non. L'amour n'est pas une faiblesse, répondit alors Clarke. Qu'es-tu devenue... ? Que s'est-il passé, que... Lexa, je ne te reconnais pas...

— Que suis-je redevenue, tu veux dire ? corrigea la brune. Si je ne t'avais pas écoutée, toi et tes stupides idées de paix et de justice pendant que nous planifions l'attaque sur la Montagne, je serais encore vivante. Jus no drein jus daun, tu sais, hein ? Regarde où ça m'a mené ! Sans toi, je serais encore en vie et ce bon à rien de gamin n'aurait jamais eu à porter la Flamme !

— Derek n'est pas un bon à rien ! Il a treize ans, ce n'est qu'un enfant ! répliqua aussitôt Clarke, piquée au vif.

— Un enfant que tu as eu le culot de choisir, toi ! s'exclama Lexa, furieuse. Pas de Conclave, pas d'entraînement, rien ! Il n'est que déshonneur pour toute la ligné de Becca Pramheda !

— Je n'avais pas le choix ! Je...

La lame s'appuya contre son cou alors que le visage de Lexa se durcissait un peu plus et Clarke serra les mâchoires. Elle avait envie de hurler, de pleurer, de supplier, mais elle savait que si elle le faisait, la Lexa qu'elle avait devant elle allait se régaler de sa faiblesse.

— J'avais douze ans lorsque j'ai tué ces sept initiés, dit alors la brune sur un ton un peu plus doux, mais toujours tendu. Et à seize ans, on m'a arraché l'amour de ma vie... Et pourtant, j'ai formé la Coalition à ce même âge ! railla-t-elle. Ce gamin a porté l'Esprit des Commandants pendant quelques semaines et il ne le supportait pas, alors que je l'ai eu pendant plus de dix ans, comme chaque Heda avant moi ! Il est indigne d'être un Commandant, indigne d'être parmi les Sheidjus !

— Tu n'as pas été tendre non plus, d'après ce qu'il m'a dit ! rétorqua Clarke, surveillant la lame qui menaçait de percer son cou. Tu prenais un malin plaisir à le torturer !

— Oh, le pauvre petit est allé se plaindre dans les jupes de sa maman, alors ? minauda Lexa avec une grimace grossière. Ce n'est pas ton fils, fille du ciel, continua-t-elle durement, les sourcils froncés. Et tu n'en auras jamais. Et tu sais pourquoi ? Je vais te le dire. Parce que tous ceux que tu approches meurent ! siffla-t-elle. Finn est mort par ta faute. Les innocents dans la Montagne sont morts par ta faute. Je suis morte à cause de toi ! Qui sera le suivant, hein ? Attends, laisse-moi deviner... Bellamy ? Non... Kane ?

Clarke retint un sanglot, encaissant durement les paroles de celle qui avait été son amante l'espace de quelques heures. Ce n'était pas sa Lexa, elle en était convaincue désormais. Elle n'était pas si dure, pas si méchante. Pas avec elle. Elle ne l'avait jamais été... Quelque chose n'allait pas, quelque chose qui avait sans doute un rapport avec la Clef, avec la Flamme, avec la Cité des Lumières, avec...

— Tu n'es qu'une prétentieuse qui pense pouvoir gouverner mon peuple, reprit alors Lexa, tirant Clarke de ses tergiversations. Mais tu n'es rien, Wanheda... Tu n'as aucune valeur, aucune légitimité, aucun pouvoir pour les Triges ! Tu n'es que du vent et dès qu'un Commandant s'élèvera de nouveau, tu n'existeras plus !

— Non, les Triges m'écoutent, ils me respectent. Je...

— Ils te craignent parce qu'ils te pensent puissante, corrigea méchamment Lexa avec un rictus. Mais moi, moi je sais qui tu es, Clarke Griffin... Tu n'es qu'une ensorceleuse, une sorcière. Tu trompes avec tes mots, tu embobines les gens avec tes paroles, tu les conduis à leur perte... J'aurai dû te tuer lorsque Titus me l'a demandé et je regrette qu'il n'ait pas réussi à le faire, dans cette chambre où j'ai rendu mon dernier souffle... C'est moi qui ai payé tes agissements, c'est entièrement de ta faute si je suis ici, Clarke et tant que tu seras vivante, je ne cesserai de me dresser contre toi !

Cette énième pique serra le cœur de Clarke qui garda les lèvres serrées. Sa gorge était sèche, son souffle chaotique. Elle était au bord des larmes et elle faisait son possible pour les retenir.

— Je ne sais pas ce qui me retient de le faire maintenant... souffla alors Lexa, serrant les mâchoires. Si je te tue ici... ton corps mourra lui aussi et il en sera terminé du Commandant de la Mort... Je n'ai pas grand-chose à faire, juste... appuyer un peu...

Et à ces mots, la lame perça le cou de Clarke, qui poussa un gémissement plaintif avant de se dégager vivement et de s'éloigner, posant une main dans son cou. Le sang noir s'écoula alors entre ses doigts, doucement, sous le regard perplexe, puis furieux de Lexa. Lâchant son épée, cette dernière l'attrapa soudain à la gorge, étouffant brutalement Clarke lorsqu'elle la plaqua contre la vitre derrière elle. La tête de la blonde cogna contre le verre et elle vit des étoiles, mais elle s'empêcha de gémir.

— Non ! C'est impossible ! Tu n'es qu'une fille du ciel, une pitoyable Skaikru ! cracha Lexa, mauvaise. Tu ne peux pas avoir le sang noir ! Tu vas jusqu'à souiller nos croyances, maintenant ? Tu mérites la mort !

— Ce n'est... Ce n'est pas ce que... tu crois... siffla difficilement Clarke, ses mains autour du poignet de Lexa, tentant de desserrer la poigne de fer. Je n'ai pas... voulu de ça... Je... C'était le seul moyen pour...

— Balivernes ! la coupa la brune. Tu n'es qu'une imposture, une erreur ! Tu dois mourir !

— Ce n'est pas... toi, souffla Clarke, dans un dernier espoir. Tu m'aimes, Lexa et je t'...

— Je n'ai aimé qu'une seule personne et elle s'appelait Costia ! coupa aussitôt Lexa dans un cri.

Cette phrase acheva Clarke qui s'effondra à genoux lorsque Lexa la lâcha, s'éloignant en rageant. La blonde reprit difficilement son souffle, toussant rudement et cherchant son air.

— Tu es venue jusque-là me narguer, mais je ne l'accepte pas ! siffla alors Lexa en pivotant. Tu ne seras jamais Heda, Clarke, retient bien cela. Tu n'es que faiblesse, honte et déshonneur, persifla-t-elle en la toisant de haut. Et tu abandonneras mon peuple pour le tien lorsque le temps viendra. Parce que tu es comme moi, sur ce point... Les Skaikrus passeront toujours avant, quoi que tu dises. Et tu tueras ce gamin, comme tu as tué ceux du Mount Weather, acheva Lexa.

Mais Clarke n'écoutait plus. Elle était perdue, complétement hagarde, ses souvenirs d'une Lexa souriante se confondaient avec cette version diabolique. Elle était blessée, abattue. Les paroles de la brune avaient eu raison d'elle. Elle regretta soudain d'être revenue ici. Derek n'avait donc pas menti... Lexa n'était plus celle qu'elle avait connue !

— Regarde-toi, gémissante, blessée, incapable de te défendre, critiqua Lexa en jouant avec son épée. C'est pitoyable ! Si seulement mon peuple pouvait te voir comme je te vois, comme je t'ai toujours vue : une petite chose perdue et incompétente. Ah, ils te regarderaient bien différemment, crois-moi... !

— Arrête... tais-toi...

— Et maintenant, tu supplies ? Tu es encore plus faible que ce que je pensais. Tu dois tellement décevoir ta mère, ton père... Lui qui s'est battu pour ses idées, pour sauver ceux qui devaient l'être... osa Lexa, observant ce visage tordu de douleur se relever vers elle. Il s'est sacrifié pour toi et tu n'as fait que bêtises sur bêtises. Tu fais honte à ton père, tu...

— Ne parle pas de lui ! Je te l'interdis ! s'exclama alors Clarke, se relevant, le visage ravagé par des larmes de colère, de douleur et de tristesse. Tu ne sais rien de mon père !

— J'en sais suffisamment pour savoir que tu es décevante et qu'il doit se retourner dans sa tombe ! Oh... Il n'a pas de tombe, c'est vrai...

— Ferme-la ! hurla alors Clarke.

Lexa rentra le menton, surprise, avant de se reprendre.

— Ce n'est pas toi ! exulta Clarke, poussant soudainement Lexa. Ce n'est pas toi... jamais tu n'oserais dire ça... jamais tu n'aurais rabaissé Derek. Tu l'aurais soutenu, élevé ! Tu aurais pris soin de lui comme je le fais présentement !

Lexa plaça sa lame sous le menton de Clarke, la repoussant contre la vitre.

— Tu crois ça ? dit-elle. C'est que tu ne me connais pas, Skaikru... Tu m'as côtoyée quelques semaines, tu es même revenue vers moi alors que je t'avais trahie ! accusa Lexa. Tu es faible, incapable de séparer tes sentiments et ton devoir de leader. Tu laisses tes émotions te guider. Cela te conduira à ta perte.

— C'est justement ce qui fait de moi ce que je suis ! Je ne me défile pas, je n'abandonne pas !

— Tu es têtue, hein ? nargua la Commandante. Tu refuses de te soumettre. Tu contestes sans cesse. Tu remets en cause l'ordre établi. Tu bouscules tout, tout le temps, tant que ça ne va pas dans ton sens ! énuméra Lexa, appuyant sa lame sur la blessure déjà vive.

L'épée taillada le cou de Clarke, se parant de noir, coulant sur sa peau diaphane. Elle se sentit soudain partir, ses forces quittant son corps à mesure que son sang filait sur sa peau. Elle ferma les yeux et, avant de sombrer, entendit nettement les dernières phrases de Lexa.

— J'espère que tu mourras dans d'atroces souffrances, Clarke Griffin... Et n'oublie jamais : tu es Wanheda, la Commandante de la Mort. Rien ne peut vivre tant que tu seras là. Tous sont destinés à mourir en restant près de toi. C'est ainsi et ça le sera toujours, murmura-t-elle contre son oreille. Ai gonplei ste odon, yu gonplei ste odon, Klark kom Skaikru. Tu es une meurtrière et Derek mourra de ta main, comme n'importe quelle personne s'approchant trop près de toi. Tu es un poison pour ce monde... Adieu !

Et, si la lame de Lexa glissa brusquement le long du cou de Clarke, la blonde perdit connaissance juste avant.

.

Clarke revint à elle brutalement, inspirant une grande goulée d'air. Son visage était ravagé par les larmes et elle sentait encore l'entaille de son cou sous ses doigts. Elle regarda autour d'elle, perdue, terrorisée et porta ses mains à sa gorge. Elle croisa alors le regard de Raven qui l'avait ramenée à temps, ou trop tard, tout dépendait du point de vue.

— Clarke ? Tout va bien ? demanda Derek. Clarke !

Désorientée et le cœur en miettes, la blonde arracha les électrodes avant de sauter de la chaise en la renversant. Sans un mot, elle bondit hors de la pièce, sous les regards consternés des autres.

— Mais qu'est-ce que... ? souffla Raven.

— Tylo ! dit alors John.

— Je suis parti, Fleimkepa !

Raven avala sa salive et regarda ses amis sans comprendre. Quelque chose clochait et elle n'y comprenait rien. Que s'était-il donc passé là-dedans ?