Le silence était pesant autour du feu redevenu orange entre temps. La nuit était noire désormais et il faisait extrêmement froid. Luna avait fait rapprocher son ami pour qu'il ne meure pas de froid au bord de l'eau et tout le monde observait un mutisme pesant.

— Je ne pourrais pas, annonça soudain Luna.

— Je ne te demande pas de te montrer, tu pourras rester dans la tour, cachée dans les ombres sans aucun problème, répondit Clarke. Tout ce que je veux de ta part, c'est que tu conseilles Raven sur les choses à faire et à ne pas faire pendant mon absence. Tu as été formée pour devenir Commandant pendant toute ta vie, tu lui seras de très grands conseils, j'en suis certaine.

Luna passa sa langue sur ses lèvres.

— Je dois refuser, insista-t-elle.

— Pourquoi ? demanda Roan.

La rouquine le regarda et baissa le nez. Elle joua avec ses mains un moment puis soupira et se redressa.

— Je ne peux pas les abandonner, dit-elle.

— Qui ça ? demanda Clarke. ALIE a décimé les tiens, tu viens de le dire, Luna, tu n'as plus personne à protéger.

— Non... Il en reste encore.

Elle frotta son poignet de son pouce et Clarke fronça les sourcils. Soudain, elle se redressa, surprise.

— Des Natblidas ? dit-elle, surprise. Tu... tu as des Natblidas sur la plate-forme ? Combien ?

— Neuf, avoua Luna. Des enfants. Quand... quand nous sommes allés à Arkadia, avec Nyko, je...

Elle se tut et soudain se leva et s'éloigna. Clarke lui emboîta aussitôt le pas et l'arrêta à proximité de la chaloupe. Elle se planta devant elle et la saisit par les épaules.

— Luna, tu n'auras pas à les abandonner encore une fois ! dit-elle. Tu vas venir avec eux à Polis ! Au printemps, je vais ouvrir une Académie pour apprendre aux Natblidas à grandir correctement, loin des combats à morts. Ils apprendront à devenir des chefs et pourquoi pas, un jour, Heda.

— Pour ça, il y a le Conclave et tu ne peux pas changer ça, rétorqua Luna.

— C'est déjà fait, répondit la blonde. Pendant que tu te cachais sur ta plate-forme pétrolière, moi j'étais à Polis, en train de remettre ton peuple sur ses pieds !

Luna encaissa le coup sans broncher. Elle se dégagea des mains de Clarke et lui tourna le dos en croisant les bras, face à la mer. Ignorant la colère sourde de la Floukru, Clarke continua à parler et raconta ce qu'elle avait pris comme décision et à quel point elle avait été surprise que personne ne se dresse contre elle. Luna apprit alors que Derek avait été intronisé puis rejeté par les Commandants, que la Flamme lui avait été retirée, puis que Clarke avait demandé à Raven de faire en sorte qu'elle puisse s'y rendre et retrouver Lexa en utilisant la même astuce que pour mettre fin à la guerre contre ALIE, en se servant de la Cité des Lumières comme zone neutre.

— Elle... Lexa a voulu te tuer ? s'étonna Luna.

Elle pivota et Clarke la regarda. Elle hocha la tête et avoua alors avoir songé à demander à Raven de reprogrammer la Flamme pour essayer de récupérer la Lexa qu'elle connaissait, avant d'abandonner l'idée.

— Lexa était un bon Commandant, dit Luna. Même si j'ai été lâche en abandonnant, elle aurait de toute façon gagné et serait devenue Heda. Ce que tu as vécu dans la Cité des Lumières, c'était la Lexa que j'ai toujours connue, froide, juste et altière.

— Se sont ses paroles qui m'ont blessée surtout, répondit Clarke.

— Je ne doute pas que d'entendre dire qu'on est faible de la part d'une personne qu'on a aimée, c'est difficile, je l'ai vécu, mais la Lexa de la Flamme est comme la Lexa que j'ai connue a toujours été. C'est toi qui l'as rendue faible, tout comme elle l'a été quand elle a rencontré Costia. Lexa ne peut pas résister à son cœur, Clarke, quand nous étions encore adolescentes, cela lui a joué des tous à plusieurs reprises et elle s'est faite solidement sermonner à cause de ça. Mais chassez le naturel et il revient au galop, comme disaient les Ancêtres.

Clarke esquissa un sourire. Elle secoua alors la tête et regarda vers l'horizon.

— Neuf enfants Natblidas, dit-elle. Si proches et pourtant si loin... Quel âge ont-ils ?

— Entre quatre et neuf ans, répondit Luna en serrant les lèvres. Je ne peux pas les abandonner... Imagine ma surprise quand je suis revenue sur la plate-forme, de trouver ces neuf mômes à moitié morts de faim après avoir dévoré tout ce qu'ils avaient trouvé sur la plate-forme ! Je ne savais même pas qu'ils existaient !

La blonde opina lentement et jeta un coup d'œil vers le feu. Elle nota que Derek était allongé près de Roan, enroulé dans une couverture et que l'Azgeda partageait une flasque avec le Floukru qui avait amené Luna.

— C'est qui ce gamin pour toi ? demanda alors la rousse.

— Mon fils de cœur, répondit Clarke. Je me suis prise d'affection pour lui quand je l'ai désigné comme successeur de Lexa. Il vit chez moi depuis le début. Il a énormément souffert d'avoir porté la Flamme, même seulement trois mois. Les Commandants n'ont pas été tendres avec lui et Lexa a failli me le briser.

— C'est pour ça que tu as profané encore une fois la Flamme ?

— Oui, je devais savoir pourquoi Lexa lui avait dit de telles horreurs... Je ne pouvais pas croire que c'était ma Lexa qui disait ça... Ensuite, Raven a compris. En détruisant la Cité des Lumières, du moins, en « l'arrêtant », lorsque j'y étais, j'ai... tout arrêté brutalement et la Flamme a perdu les derniers éléments qu'elle avait enregistrés. Un peu comme quelqu'un qui prend un coup sur le crâne et qui a oublié les dernières heures.

— Je vois donc cela a, en quelques, ramené Lexa a son état au moment où elle a porté la Flamme, avant de te rencontrer ?

— C'est ça. C'est la raison pour laquelle elle a été si méchante avec moi. Elle avait gardé en mémoire ma présence, ce que nous avions partagé, mais la Lexa « faible », comme tu dis, avait disparu et les deux s'étaient mélangées...

Luna souffla par le nez, lèvres serrées. Clarke soupira et lui prit la main.

— Aide-moi, Luna, s'il te plait, dit-elle. Je dois aller au bout de ce que j'ai commencé, mais sans toi, ce ne sera pas possible. Si personne n'est là pour soutenir Raven, je ne pourrais pas sillonner sereinement le territoire pour récupérer tous les Natblidas que je trouverai et les ramener à Polis.

La rousse serra les lèvres puis les doigts et secoua sa main.

— D'accord, abdiqua-t-elle finalement. Mais laisse-moi aller chercher mes petits d'abord.

— Bien entendu, dit Clarke, ravie. Merci, Luna, je te le revaudrais, tu as ma parole.

Elle l'étreignit alors brièvement puis elles retournèrent près du feu et Roan sembla ravi d'apprendre la nouvelle. Le Floukru, lui, beaucoup moins. En s'asseyant, Clarke l'observa un moment puis fronça les sourcils.

— Tu es un Natblida, n'est-ce pas ? dit-elle alors.

L'homme grogna. Luna posa une main sur son bras et hocha la tête.

— Oui, répondit-il alors d'une voix grave et vibrante. Mes parents m'ont toujours caché des Prêtres, ils trouvaient le Conclave barbare.

— Ça l'est, répondit Clarke. C'est pourquoi je l'ai aboli. J'ai changé les règles d'accession au trône. Désormais, ce sera la voie du sang qui primera, comme pour les chefs de clan.

Elle jeta un regard à Roan qui inclina le menton. L'idée lui était venue grâce à l'Azgeda, mais elle ne lui avait jamais avoué.

— À partir du prochain Heda, la Flamme ne se passera plus que de parent en enfant, reprit la blonde. S'il n'y a pas d'enfant, alors le Natblida le plus proche du défunt Heda. Sinon, la Flamme retournera à Polis et sera donnée au major de la promotion de l'Académie après des examens pointus suivant l'année de deuil traditionnelle. Je ne veux plus jamais que ce qui s'est passé avec Ontari ne recommence.

Tout le monde opina puis Roan proposa qu'ils se reposent tous quelques heures. Luna indiqua qu'elle retournerait à la plate-forme dès l'aube pour aller chercher les enfants et toutes les affaires qu'ils pourraient emporter. Clarke approuva, lui indiquant qu'ils rentreraient ensemble à Polis en longeant le front de mer.

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Le retour à Polis avec neuf enfants Natblidas plus un homme adulte et Luna ne passa pas inaperçu, mais personne n'osa approcher de trop près le cortège qui suivait Clarke et Roan. Derek avait donné son cheval à Luna et marchait avec le Floukru et les enfants derrière.

— Conduisez les enfants dans la tour, Derek va vous emmener, dit Clarke en mettant pied à terre devant l'immense bâtiment. Apparemment, j'ai deux trois choses à expliquer...

Le jeune garçon hocha la tête et Luna disparut avec le groupe d'enfants. Clarke se tourna alors vers la foule qui avait suivi le convoi, tous étonnés que leur Régente et le Roi d'Azgeda reviennent avec une flopée d'enfants.

— Wanheda, d'où sortent ces enfants ? Qui sont-ils ? demanda une femme.

— Des Floukrus, répondit Clarke du haut des marches. J'imagine que vous n'êtes pas sans savoir que je vais bientôt m'absenter, avec le Roi Roan, pour parcourir le pays et rassembler tous les Natblidas que je pourrais trouver. Pendant mon absence, j'aurais besoin que quelqu'un tienne ma place et pour cela, Goran sera mon sceau et Raven kom Skaikru sera ma voix.

— Ça d'accord, mais cela ne nous dit pas ce que la natrona fait ici ! siffla un homme.

— Luna n'est pas un traître, répondit Roan. Elle est ici parce que nous l'avons trouvée errant avec les enfants dans les bois.

C'était un odieux mensonge, mais il n'était pas question de révéler que la rouquine allait diriger dans l'ombre.

— Quand l'Académie des Natblidas sera terminée et ouverte, Luna et tous les autres Sheidjus adultes y seront les bienvenus pour enseigner leur savoir, quel qu'il soit, aux enfants, ajouta alors le Terrien.

— Ce sont des Natblidas ? s'étonna une femme. Tous les neufs ?

— Oui, répondit Clarke. Ce sont les seuls survivants des Floukrus, tous les autres sont morts.

Un léger vent de panique s'empara de la foule et Clarke se mordit la lèvre. Elle décida de ne pas s'enliser dans des explications qu'elle ne maîtrisait pas et annonça que s'était tout pour aujourd'hui avant de tourner les talons.

Roan la suivit dans la tour.

— Comment créer la panique chez ses sujets, grogna-t-il. Tu vas expliquer comment que les Floukrus ne sont plus que onze sur un clan qui en comptait plus de cinq cents ?

— Je ne sais pas encore, mais l'idée de la mutinerie me plaît assez bien, de plus, il y a eu énormément de morts dans tous les clans à cause d'ALIE. Les enfants sont l'espoir de ce peuple, Roan et le sang noir aussi.

Roan serra les mâchoires et monta dans l'ascenseur.

— Tu crois vraiment ce que ALIE a dit, alors ? dit-il. Que les radiations vont augmenter et qu'un jour, elles nous tueront ?

— Oui. Un jour, cette planète ne sera plus vivable et nous devrons l'abandonner, répondit la blonde. Quand, je l'ignore, ce pourrait être dans deux ans ou dans deux cents, je ne sais pas.

Le Terrien resta silencieux et quitta le monte-charge quand il arriva à son étage avant de continuer sans s'arrêter jusqu'au sommet où Clarke débarqua. Elle soupira profondément et salua Tylo avant d'entrer chez elle.

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Luna et Boris s'occupèrent des neufs enfants Floukrus pendant le reste de la journée et Clarke ordonna qu'on ne les dérange pas. Derek resta avec eux, également, ravi de pouvoir aider et sa mère de cœur en profita pour se reposer de ces deux jours de voyage. Le repos fut cependant de courte durée quand, en fin d'après-midi, Roan vint la déranger. Il fut étonné de la trouver couchée et quand il repoussa le voile qui entourait le lit, Clarke lui jeta un regard las.

— Des idées noires ? demanda le Terrien en s'asseyant sur un coffre.

— Un petit coup de mou, simplement, répondit la blonde. J'étais en train de me demander si j'allais un jour pouvoir retourner chez moi, au bord de la mer et ne plus avoir à me préoccuper d'autre chose que mes poules et ma vache...

Roan renifla, amusé. Clarke sourit et s'assit au bord du large lit couvert de fourrures.

— Tu n'es pas heureuse ici, je me trompe ? demanda alors l'Azgeda.

— Tu oses poser la question ? répondit la blonde. Tu es venu me demander de l'aide il y a bientôt deux ans, Roan, j'ai répondu parce que tu es mon ami, mais j'en ai soupé des Terriens et de leurs coutumes barbares au nom de la survie de la race humaine. D'un côté, vous n'êtes pas mieux que les Maunons...

— Je t'arrête de suite, Clarke, la coupa le Terrien. Nous ne tuons pas les gens pour leur prendre le contenu de leurs os.

— Non, certes... Mais vous tuez des enfants pour avoir un chef sans pitié incapable de penser avec son cœur. Ce n'est pas mieux.

Roan ne trouva rien à redire. Il soupira et Clarke quitta son lit. Elle s'éloigna, pieds nus, simplement vêtue de sa robe d'intérieur habituelle et le Roi d'Azgeda la regarda. Elle était un tout petit bout de femme qui lui arrivait à l'épaule et pourtant, sa parole était respectée autant que si elle avait été Heda. Il la suivrait partout, il le savait et il l'appréciait pour tout ce qu'elle faisait alors que cela allait à l'encontre de son propre bonheur personnel. Nul doute qu'elle préférerait vivre dans sa maison du bord de mer, avec Bellamy à ses côtés, à oublier les horreurs de la guerre et à commencer enfin à vivre...

— Clarke...

La jeune femme, occupée à arranger ses cheveux, jeta un regard au Terrien par le biais du miroir. Récemment, elle avait décidé de redonner à ses cheveux leur beauté d'avant et elle avait longuement souffert sous les mains de quatre femmes occupées à huiler abondamment les dreads pour les démêler, les peignant soigneusement pour ensuite faire des tresses.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle comme l'Azgeda demeurait silencieux.

— Non, rien, je vais te laisser.

Il se releva et quitta la chambre. Clarke fronça les sourcils. Regardant l'heure, la jeune femme termina d'arranger ses tresses puis s'habilla plus chaudement et décida d'aller voir Luna et les enfants Floukrus.

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— La pièce est spartiate, mais je ferais installer des lits pour les enfants.

— Ne t'en fais pas, ils ont connu pire, répondit Luna.

— Je n'en doute pas, mais ce sont des enfants, des futurs dirigeants, autant qu'ils soient bien traités dès le début, sans tomber dans l'excès bien entendu.

Luna hocha lentement la tête. Assis sur une chaise, elle observait les neuf Natblidas jouer entre eux un peu plus loin. Clarke était debout près d'elle. Elle soupira alors et s'assit à son tour.

— Tu as vu Raven ? demanda-t-elle.

— Non, mais si tu veux qu'elle soit ta figure de commandement, alors qu'il en soit ainsi, répondit la rousse. De toute façon, il n'est pas question que je prenne la tête de ce peuple. Et tu n'aurais pas dû non plus.

Clarke serra les lèvres. En effet, elle n'aurait pas dû, elle avait laissé parler son cœur au lieu de sa raison et s'était sentie obligée envers Roan puisqu'elle l'avait elle-même mis dans cette situation. Comme le silence s'installait entre elles, la blonde décida de laisser Luna tranquille et lui indiqua simplement qu'elle lui avait fait préparer une chambre, qu'elle n'avait qu'à demander à un serviteur de l'y conduire quand elle voudrait se coucher. Elle quitta ensuite la pièce dans l'indifférence générale des enfants et tomba sur Raven dans l'entrée de la tour.

— D'où tu viens comme ça ? s'étonna-t-elle.

— Prendre l'air, répondit la brune avec un sourire. Alors, ces gosses ? Des Natblidas, hein ?

— Oui. Quand Luna est venue à Arkadia avec les malades, elle pensait que tout son peuple avait trouvé la mort, mais quand elle est retournée sur la plate-forme, elle trouvé neuf enfants encore vivants, comme elle, sans aucune trace des dégâts des radiations.

— Elle les a crus morts parce qu'ils sont tombés dans les pommes à cause de la douleur, c'est ça ? s'étonna Raven.

— Je pense. Quand elle est retournée là-bas, ils étaient affamés et ils avaient dévoré tous les vivres qu'ils avaient trouvé, en plus de pousser les cadavres à la mer...

— Pauvres gosses, grimaça Raven en croisant les bras. Et sinon, elle va m'aider à diriger ce peuple ?

— Oui. La convaincre a été difficile, mais elle a fini par céder et elle va rester à tes côtés, dans l'ombre. Personne ne saura qu'elle te souffle les réponses.

— Et Fleimkepa, alors, tu as décidé, ou pas ?

Clarke soupira.

— Pas encore, mais j'ai envoyé un oiseau à TonDC, donc dès que j'aurais la réponse, j'agirai en conséquence.

— Tu crois que Gaia continue à t'en vouloir, après que tu l'aies bannie du poste qui lui revenait de droit ? demanda Raven en s'appuyant contre le mur.

Clarke lui fit signe de venir s'asseoir sur les marches de l'escalier et secoua ensuite la tête.

— Honnêtement, je ne sais pas, je ne la connais pas suffisamment, répondit-elle. Mais elle a clairement montré qu'elle refusait la direction de Roan en agissant contre lui, alors je ne sais pas...

Raven esquissa alors un sourire et tourna la tête. Clarke haussa un sourcil.

— Quoi ? demanda-t-elle avec un sourire mi-figue mi-raisin. Qu'est-ce que j'ai dit de drôle ?

— Oh, non, rien, mais j'ai juste pensé fugacement à Roan, répondit la brune. Ça fait quoi... quinze mois que tu vis ici et détrompe-moi, mais Roan n'a pas bougé depuis tout ce temps... Et depuis tout ce temps, il est avec toi, dans ton dos, comme ton ombre.

— Et ? demanda Clarke. Et si, il est remonté dans son royaume pendant quelques temps avant de revenir... Où tu veux en venir ?

— Tu me le demandes vraiment ?

Clarke rangea son sourire en baissant le nez. Elle frotta son pouce dans sa paume et étendit ses jambes.

— Je n'ai pas répondu à son appel au secours pour ça, dit-elle avec un soupir.

— Non, bien entendu, mais les choses évoluent, la preuve, tu t'es attaché un gosse de douze ans que ta tête considère comme ton fils... Ce n'est pas rien, Clarke.

— Oui, je sais, mais de là à penser que Roan...

Elle secoua la tête. Raven pencha la tête.

— Pourquoi ? demanda-t-elle. Pourquoi est-ce que tu t'interdis d'être heureuse ?

— Je... Je ne le mérite pas, Raven, répondit Clarke en se levant. Je ne le mérite pas, c'est tout. Que ce soit avec Bellamy ou Roan, je ne le mérite pas. Bonne nuit.

Raven serra les mâchoires et regarda la blonde s'engouffrer dans le monte-charge. Elle tourna ensuite la tête et regarda vers les marches supérieures. Roan était assis dans l'ombre, sans expression. Lentement, il se leva, tourna les talons et disparut dans les hauteurs de l'escalier. Raven grommela alors en se levant à son tour.

— Et dire que c'est moi qui dois faire ça... maugréa-t-elle.

Elle entreprit de remonter dans sa chambre et s'y enferma en se disant qu'en fin de compte, la vie de célibataire, c'était vraiment l'idéal.