Le trajet en train se déroula dans une ambiance mélangée d'excitation et de nostalgie. L'été avait été riche en moments marquants, mais la perspective de retrouver le château, les cours et la routine scolaire remplissait l'air d'une tension familière. Dans leur compartiment, la discussion s'animait autour des souvenirs récents.
James racontait pour la troisième fois comment il avait réussi à déjouer un sort lancé par Sirius lors d'un entraînement improvisé. Peter riait à chaque détail exagéré, et Rémus, plongé dans un livre, levait les yeux de temps à autre pour corriger les faits.
Quant à elle, Yéléna écoutait leurs échanges en silence, le regard perdu dans le paysage qui défilait à travers la fenêtre. Le retour à Poudlard lui laissait un sentiment étrange, mélange de soulagement et d'appréhension. Cet été avait été différent de tous les autres : entre les rires, les découvertes et les moments passés avec Sirius, elle sentait qu'un changement subtil s'était opéré.
Sirius, assis en face d'elle, la fixait par intermittence, mais détournait les yeux chaque fois qu'elle le surprenait. Leur complicité s'était développée d'une manière inattendue, et s'il y avait une tension non dite entre eux, ni l'un ni l'autre n'osait la nommer.
À leur arrivée à la gare de Pré-au-Lard, la fraîcheur de septembre les accueillit. Le brouhaha des élèves emplissait l'air tandis que les calèches les attendaient.
« C'est reparti pour une année mémorable, déclara James en aidant Lily à monter dans une des calèches. »
Rémus, toujours attentif, chargea leurs affaires avec Peter, tandis que Yéléna hésitait un instant avant de s'asseoir à côté de Sirius. Ils échangèrent un regard, et sans dire un mot, un sourire complice s'esquissa sur leurs visages.
La silhouette du château apparut dans la brume, imposante et réconfortante. Yéléna sentit une chaleur familière en la voyant. Pour elle, Poudlard était devenu un refuge, loin des responsabilités qui pesaient sur ses épaules en dehors de ses murs.
Au banquet de rentrée, l'excitation emplissait la Grande Salle. Les plats délicieux, les discours et les retrouvailles avec d'autres élèves faisaient de cette soirée un événement joyeux. Malgré cela, Yéléna se trouvait distraite, observant Sirius du coin de l'œil. De son côté, il semblait particulièrement enjoué, échangeant des blagues avec James, mais ses regards fréquents vers elle ne passaient pas inaperçus.
Après le repas, tandis que les autres montaient à la tour Gryffondor, Yéléna traîna légèrement derrière. Sirius ralentit pour marcher à ses côtés.
« Ça va ? lui demanda-t-il doucement. »
Elle hocha la tête, un sourire discret au coin des lèvres.
« Juste fatiguée. Mais… contente d'être de retour. »
Il acquiesça, puis, comme s'il cherchait ses mots, ajouta :
« Je suis content aussi… de te retrouver ici. »
Elle leva les yeux vers lui, un peu surprise, mais avant qu'elle ne puisse répondre, James appela depuis l'escalier.
« Hé, vous venez ou quoi ? »
Sirius fit un signe à son ami, mais ses yeux restèrent fixés sur Yéléna. Elle lui rendit un regard chargé de sens, puis monta à son tour.
Cette année s'annonçait différente, et ils le savaient tous les deux.
Et posa la plume qu'il faisait tourner entre ses doigts.
Le lendemain matin, dans la salle commune de Gryffondor, le petit groupe s'était rassemblé comme à son habitude. James était affalé sur un fauteuil, jouant distraitement avec une plume. Peter grignotait des biscuits volés dans les cuisines, tandis que Rémus, toujours studieux, lisait un livre en silence. L'ambiance était détendue, empreinte de cette camaraderie typique qui leur appartenait.
Sirius, assis à côté de Yéléna sur le canapé, semblait plus nerveux qu'à l'accoutumée. Il échangea un regard avec elle, cherchant son assentiment.
« Bon, on a quelque chose à vous dire, lança-t-il finalement, brisant le silence. »
Toutes les têtes se tournèrent vers lui. James releva un sourcil
« Qu'est-ce que tu as fait encore, toi ? demanda-t-il en plissant les yeux, visiblement amusé. »
Sirius lâcha un rire nerveux.
« Pour une fois, rien de stupide. Enfin… je crois. »
Yéléna esquissa un sourire, glissant une main discrète dans celle de Sirius pour l'encourager. Il inspira profondément avant de continuer :
« On est ensemble. »
Un silence se fit, comme si les mots flottaient dans l'air, demandant à être pleinement intégrés.
Peter écarquilla les yeux et faillit s'étouffer avec son biscuit.
« Quoi ? Toi et elle ? Sérieusement ?
_ Oui, répondit calmement la jeune femme, en maintenant son regard. »
James éclata de rire, un éclat sincère et surpris.
« Attends, attends… Tu veux dire que toi, Sirius Black, le charmeur invétéré, t'es posé avec une fille ?
_ Eh bien, personne ne reste célibataire éternellement, Cornedrue, rétorqua Sirius en croisant les bras, un sourire narquois sur les lèvres, mais avec un soupçon de rougeur sur les joues. »
Rémus, qui jusque-là était resté silencieux, referma son livre avec un léger claquement.
« J'avoue que je m'en doutais, murmura-t-il.
_ Ah bon ? s'étonna Peter.
_Il y avait des signes, expliqua-t-il en haussant les épaules. Et… honnêtement, je trouve que c'est bien. Vous vous comprenez, tous les deux.
Un silence accueillit cette remarque, avant que James ne reprenne la parole.
« Bon, j'espère au moins que ça ne va pas perturber notre dynamique. Parce que je vous préviens, si ça dégénère, je prends le parti de Yéléna.
_ Bien sûr que tu le fais, souffla Sirius avec ironie. »
Yéléna laissa échapper un rire léger, ses yeux pétillant de gratitude.
« Merci, James, dit-elle simplement. »
Peter sembla encore un peu perdu, mais il se fendit d'un sourire maladroit.
« Ça veut dire qu'on va devoir supporter encore plus vos moments mielleux, hein ?
_ Oh, t'inquiète pas, Patmol reste insupportable, plaisanta James, provoquant un rire collectif. »
Sirius, malgré ses habituels airs désinvoltes, semblait soulagé. Il glissa un regard vers Yéléna, qui lui répondit par un sourire complice.
C'était officiel. Leur relation n'était plus un secret, et l'approbation de leurs amis allégeait un poids qu'ils n'avaient même pas réalisé porter.
Yéléna était installée près de la fenêtre de la salle commune, un parchemin froissé entre les mains. La lumière du crépuscule se reflétait sur le papier, donnant à l'écriture élégante de sa grand-mère une teinte presque dorée.
Elle lut encore une fois, chaque mot pesant lourdement dans son esprit.
« Ma chère Petite,
Les jours semblent plus longs, et pourtant mon énergie diminue à vue d'œil. Mais ne t'inquiète pas pour moi, ma chère enfant. Je suis bien entourée, et mon rôle ici reste le mien jusqu'à mon dernier souffle.
Ton père lutte avec une ténacité qui me rappelle celle de ta mère. Mais les ombres grandissent en Russie, des murmures inquiétants parcourent nos terres. Nous faisons tout pour préserver ce qui doit l'être, mais les temps sont troubles, ma chère.
Je te demande une chose, et j'espère que tu la respecteras. Quoi qu'il arrive, reste où tu es. Reste à Poudlard, reste chez ceux qui t'aiment. Ne viens pas ici, car ici, ce n'est pas un endroit sûr pour toi. Tu es bien plus précieuse que tu ne l'imagines, et ton avenir dépend de ta sécurité.
Je t'aime de tout mon cœur,
Babouchka. »
Yéléna resta immobile pendant de longues minutes après avoir lu la lettre, ses yeux fixés sur les mots soigneusement tracés par sa grand-mère. L'écriture élégante semblait contenir plus que des mots, comme si chaque lettre portait le poids des inquiétudes de sa famille.
Elle plia le parchemin avec une lenteur presque cérémonieuse, le glissant dans une poche intérieure de sa robe. Ses mains tremblaient légèrement, mais elle les serra pour calmer le tourbillon d'émotions en elle.
Un regard rapide autour de la salle commune confirma que personne ne faisait attention à elle. Rémus était plongé dans un livre à l'autre bout de la pièce, Sirius jouait avec James et Peter à un jeu de cartes magiques bruyant, et Lily discutait avec Alice près du feu.
Yéléna inspira profondément, comme pour se recentrer. Elle avait besoin de réfléchir, seule. Se levant discrètement, elle quitta la salle commune en direction de la volière.
Le froid du soir l'accueillit avec une douceur apaisante alors qu'elle gravissait les escaliers en pierre menant à la tour. La brise jouait avec ses cheveux, et pour une fois, elle trouva cela réconfortant.
Arrivée en haut, elle regarda l'horizon. Le ciel, teinté de pourpre et d'or, semblait se fondre dans l'obscurité naissante. Tout ici semblait si calme, si éloigné des troubles évoqués dans la lettre.
Yéléna sortit le parchemin et le relut à la lueur déclinante du jour. Elle sentit ses yeux s'embuer, mais elle ne permit pas aux larmes de couler.
« Reste avec ceux qui t'aiment… murmura-t-elle. »
Mais pouvait-elle vraiment faire cela, sachant ce que sa famille traversait ? Cette question tourbillonnait dans son esprit, sans réponse claire.
Elle remit soigneusement la lettre dans sa poche et s'adossa à un mur de la volière, laissant le silence l'envelopper. Elle n'était pas prête à partager cela, pas encore. Mais au fond d'elle-même, elle savait qu'elle ne pourrait pas le garder pour elle éternellement. Un jour, elle aurait besoin de l'aide de ceux qui l'entouraient.
Pour l'instant, elle laissa le vent porter ses pensées, cherchant un semblant de paix dans l'incertitude.
Les jours suivants, Yéléna trouva refuge dans des moments passés avec Régulus et Sévérus. Ce n'était pas prémédité, mais leurs conversations avaient une intensité différente de celles qu'elle partageait avec ses amis habituels. Régulus, toujours élégant et posé, avait un humour acéré qu'elle appréciait malgré sa tendance à se moquer subtilement. Sévérus, de son côté, se montrait d'une patience inattendue lorsqu'il parlait de potions ou d'enchantements complexes, échangeant des idées avec elle comme avec une égale.
Ils s'étaient retrouvés dans une salle de classe vide, un lieu qu'elle avait choisi pour sa tranquillité. Les rayons de lumière passaient à travers les hautes fenêtres, éclairant les visages concentrés autour d'un chaudron fumant.
« Tu vois, expliqua Sévérus d'une voix basse, si tu ajoutes cette poudre avant que le mélange ne refroidisse complètement, tu risques de le rendre instable. C'est pour ça que je préfère la méthode par infusion lente.
_ Et si tu chauffais à feu plus doux dès le début ? répliqua-t-elle en fronçant légèrement les sourcils. Ça ralentirait peut-être la réaction, mais tu éviterais l'instabilité. »
Il la regarda, un sourcil levé, avant d'acquiescer légèrement.
« Ce n'est pas idiot, admit-il.
_ Pas idiot ? intervint Régulus avec un sourire narquois. Elle vient de t'apprendre quelque chose, Snape. Accepte-le. »
Un éclat de rire échappa à Yéléna, léger mais sincère. Ces moments, où elle pouvait débattre et se sentir utile, lui apportaient un apaisement qu'elle ne trouvait pas toujours ailleurs.
Pourtant, elle sentait parfois des regards brûlants dans son dos, comme si quelqu'un l'observait. Lorsqu'elle se retournait, personne n'était là, mais elle savait. Sirius la surveillait, même s'il ne disait rien.
Un soir, alors qu'elle quittait la bibliothèque après une longue session de lecture avec les deux Serpentards, elle aperçut sa silhouette appuyée contre le mur du couloir. Il n'y avait ni reproche ni colère dans son regard, seulement une ombre de tristesse qu'il masquait derrière un sourire nonchalant.
« Bonne lecture ? demanda-t-il, d'un ton léger mais un peu forcé.
_ Très, répondit-elle simplement avant de continuer son chemin. »
Il n'insista pas, mais elle sentit son hésitation, comme s'il voulait dire quelque chose mais n'osait pas. Ce silence respectueux la toucha plus qu'elle ne l'aurait cru.
Même si cela ne plaisait pas à Sirius qu'elle passe autant de temps avec Régulus et Sévérus, il semblait avoir décidé de ne rien dire, de peur d'envenimer les choses. Et malgré tout, elle lui était reconnaissante de ce respect tacite, même si elle percevait ses luttes intérieures.
Dans ces moments-là, elle se demandait combien de temps cet équilibre fragile pourrait durer.
