2011 . 02 . exe
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Notes : Je cauchemarde en Anglais, je parle avec mon chéri en Anglais, et je regarde les films et séries en Anglais, donc : pour mes histoires ici, j'essaye de traduire comme je peux, mais parfois la version originale est mieux. Désolée.
Création de l'icône générée par une IA : ChatGPT.
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23 Avril :
Je suis allée partout : dans le passé, dans le futur, dans l'espace, sur d'autres planètes, j'ai sauté dans des centaines d'univers. La plupart du temps, mes PTSD me ramènent toujours en 2011. Dans mon 2011.
Je n'avais jamais pensé au fait qu'ils pouvaient y en avoir plusieurs.
D'autre 2011, sur d'autres lignes temporelles. Des lignes qui se sont créées, mais pas pour moi. J'en ai pris une, et les autres se sont étendues à l'infini, comme des racines de champignons, étalant son infection sur des kilomètres, sous nos pieds.
Comme l'immonde Ophiocordyceps Unilateralis, que les gens surnommaient désormais "Cordyceps". Ce n'était pas mon Monde. Ce n'était pas mon univers. Ce n'était pas ma dimension.
Mais, ces dernières nuits, j'ai sauté dedans.
Contre ma volonté. Toujours.
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J'ai vite compris qu'il y avait pire que de retourner en 2011, c'était de retourner en 2011, dans une dimension parallèle, où un Fungus transformait les gens en Zombis. Certes, j'ai déjà survécu à des Apocalypses Zombis. C'était toujours dû à des virus et non à des champignons.
J'étais dans une ligne temporelle que je haïssais et dans une dimension inconnue.
Alors, je suivais sans broncher l'homme devant moi.
Je ne le voyais que de dos, il était grand, musclé, avec des cheveux bruns recouverts de mèches blanches. Il devait pourtant être à peine plus âgé que moi, mais je n'avais pas un seul cheveu blanc. Je faisais toujours plus jeune que mon vrai âge.
Il portait une grande veste kaki avec de grosses chaussures de randonnée. Son long fusil pendait toujours du côté droit, prêt à être utilisé à tout moment.
Mes longs cheveux châtains étaient noués en une grossière tresse décoiffée. Je portais une vieille robe azur, trouée par endroit, avec des Converses blanches aux pieds. J'avais la peau pâle, parsemée de grains de beauté. Mes yeux noisette analysaient le paysage, où ce qu'il en restait.
Je soufflais en pressant le pas pour rattraper mon ami. Tout en trottinant plus vite, j'ai hurlé :
- Joel ! Attends-moi !
Il se retourna pour me faire face, avec son fusil chargé et l'index sur la gâchette, près à tirer sur le moindre Clickers.
- Alisone, nous devons rejoindre la maison avant la tombée de la nuit...
- Je sais, je sais...
J'ai repris la marche à côté de lui.
Il faisait soleil, et je détestais ça, mais je pouvais voir la mer briller au loin, sous les rayons qui illuminaient les flots. Joel avait trouvé une vieille bicoque, qui servait autrefois d'entrepôt pour une attraction d'un parc abandonné. L'attraction en question était un ersatz de : "Indiana Jones et le Temple Maudit" avec les wagons sur les rails qui partent dans tous les sens, en passant par des loopings et des virages serrés.
C'était si étrange de voir un paysage aussi beau et paisible, cela pouvait presque nous faire oublier l'apocalypse.
Presque.
Nous arrivions au refuge à la fin de la journée et Joel fouilla l'intérieur en éclaireur, fusil en main, juste au cas où. Lorsque l'endroit fut établi "zone sécurisée" par mon ami, je pus entrer à l'intérieur.
Il y avait beaucoup de poussières et de toile d'araignée. Néanmoins, les baies vitrées immenses laissaient passer la lumière en éclairant les grandes salles d'un halo orangé assez relaxant. Pendant que Joel ouvrait les portes de placards pour trouver des vivres, je me suis dirigé vers une salle géante, construite entièrement en bois. C'était sombre à l'intérieur, mais en allumant les lampes grésillantes, je découvris la plateforme d'envoi de l'attraction, avec les rails sur le sol, les estrades et rambardes en bois avec la queue des visiteurs. Il y avait encore la machinerie pour faire partir les wagons, dont certains se trouvaient encore dedans, sur le sol où la végétation reprenait ses droits. C'était beau et étrange à la fois.
Joel ouvrit la porte-fenêtre et je pus entendre le bruit des vagues au loin. La mer était plus proche que je ne le pensais, à marée haute, l'eau s'étalait sur la terrasse.
Pendant que j'admirais mon océan, Joel se dirigea vers une salle à notre droite, puis revint quelques secondes plus tard en me donnant un flacon jaunâtre :
- J'ai trouvé de l'aspirine pour tes migraines. Les cachets sont périmés, tu dois en prendre quatre au lieu de deux.
J'acquiesçais en ouvrant la fiole pour avaler les comprimés, tout en priant pour que ma migraine passe enfin.
Nous nous sommes installés dehors, sur la terrasse en bois, sur les tables et bancs en rondins. Cet espace était autrefois réservé à un Café-Restaurant. Le toit en planches nous protégeait de la pluie et du froid. Joel avait ouvert deux vieilles bières et nous parlions jusqu'à tard dans la nuit.
Puis, je me suis endormie au son de la voix de Joel...
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Une brise froide me fit frissonner, mais ce fut en sentant une main sur mon visage que je me suis réveillée en sursaut. En ouvrant les yeux, je découvris Joel, au-dessus de moi, me faisant signe de me taire. Sa main sur ma bouche m'empêcha de crier de surprise. Une fois que mes pensées se réveillèrent complétement, il me fit signe de le suivre sans un bruit. Ce que je fis. Nous sommes rentrés lentement, à pas de loup, dans la maison.
À l'intérieur de la salle des wagons, les néons au plafond éclairaient des silhouettes mouvantes.
Je n'arrivais pas à savoir si c'était des Clickers ou des survivants qui pillaient les maisons. Je tendais les oreilles pour entendre d'éventuels cliquetis, qui indiqueraient la présence de Zombis.
Mais, rien.
Les intrus étaient donc des Humains.
Ce n'était cependant pas une bonne nouvelle.
Toujours sans un bruit, Joel glissa sa main dans la mienne et me tira loin des pilleurs. De son autre main, il tenait fermement son arme, juste au cas où.
Mon cœur tambourinait si fort dans ma poitrine, que j'avais peur qu'il explose à tout moment. Heureusement que la présence de Joel me calmait.
Je n'étais plus seule.
Doucement, nous avons quitté la salle des wagons pour nous enfuir vers la porte-fenêtre. Mes pieds tombèrent directement dans l'eau. La marée était montée jusqu'à la maison. Peut importe, nous restions trempés en longeant la demeure, le long des vagues, jusqu'à nous sentir assez en sécurité pour enfin parler.
- Des survivants ? demandais-je, à bout de souffle.
- Yes. From QZ.
- Shit...
La lueur de la lune éclairait la mer. Les lumières à l'intérieur de la maison ressemblaient à un phare en pleine nuit.
Nous ne pouvions pas rester ici, alors nous sommes partis dans la direction opposée.
24 Avril :
J'entendais une douce musique résonner contre les murs sombres. Une mélodie que je connaissais sans parvenir à m'en souvenir totalement. Ces quelques notes m'appelaient vers le Monde dont elles provenaient. Tel un enchantement magique, je ne pus m'empêcher de marcher vers le portail étrange. Une immense arche en briques claires entourait une faille étoilée. Une vision d'un espace rutilant qui ferait rêver Perceval.
Et moi.
Car, au rythme de la musique, je suis allée vers la porte dimensionnelle et je suis passée au travers. Des millions d'étoiles et de galaxies m'encerclèrent, comme si je marchais au centre d'un trou de ver. L'univers dansait autour de moi.
Puis, tout est devenu sombre...
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- ... Alisone... ?
J'avais mal partout et une violente migraine tambourinait dans mon pauvre crâne.
- Alisone ?
Cette voix familière se rapprochait de plus en plus de moi, comme si mes oreilles faisaient enfin la mise au point sur la personne qui hurlait mon prénom.
- Alisone ?!
J'ouvris difficilement les yeux et, sans surprise (ou un peu) je découvris Joel qui jetait des coups d'œil furtifs tantôt vers moi, tantôt autour de nous, comme à l'affût de quelque chose.
- Alisone, nous devons partir !
Je grognais, mais Joel se pencha vers moi pour me prendre par le bras et me relever en douceur, mais aussi rapidement que possible. Ma tête tournait et la migraine redoublait d'intensité. Néanmoins, j'ai observé l'endroit où nous étions. Cela ressemblait à un flanc de montagne, au-dessus d'une ville détruite. Nous marchions sur des falaises et Joel n'avait pas changé depuis mon dernier Jump.
Ni moi non plus, d'ailleurs.
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Joel glissa sa main dans la mienne et me traîna hors du sentier pour nous jeter dans la forêt et disparaître de la vue de nos ennemis. Heureusement qu'il était là pour me tenir, car j'avais beaucoup de mal à courir.
- Joel, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Nous traversâmes la jungle pour passer de l'autre côté de la vallée.
- Nous avons fui le dernier refuge par la mer, et tu as fait un malaise sur le matin. Je t'ai portée jusqu'à maintenant.
Mon cœur se serra.
- Désolée.
Il étouffa un rire.
- Tu es plutôt légère, tu sais.
J'esquissais un sourire. J'étais peut-être légère, mais lui était surtout sacrément musclé !
Une fois la végétation hors de vue, nous pouvions découvrir la colline verdoyante devant nous. Avec, en son sommet, la carcasse d'un avion de ligne complétement disloqué et recouvert de verdure. Comme si les plantes essayaient d'enfouir l'ancien Boeing dans le sol.
Une fois sur un vrai sentier, j'ai pu reprendre mon souffle. Le soleil au Zénith me déprimait. Mon moral tomba plus bas encore lorsque je découvris un vieux charnier non loin du crash de l'avion. Des squelettes abîmés par le temps et l'épidémie pourrissaient sur l'herbe carbonisée. Ces pauvres gens n'étaient probablement même pas infectés lorsqu'ils sont morts. Heureusement, mon ami me tira de mes pensées :
- De l'autre côté de la colline, se trouve un port, un bateau nous y attend. Des Pirates. Ils nous aideront à traverser la côte Est en la longeant par l'océan. L'idée est de retrouver mon frère et de mettre le plus de distance entre nous et la QZ de Boston.
J'acquiesçais. C'était une très bonne idée.
Néanmoins, Joel se tourna vers moi et un voile d'angoisse traversa son regard sombre. Il rajouta, avec mystère :
- Et Agatha. Agatha t'a retrouvé, Alisone. Elle te cherche. Elle ne s'arrêtera pas tant qu'elle ne t'aura pas.
Mon cœur s'arrêta net dans ma poitrine.
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Le bateau des Pirates s'élevait devant nous comme un phare en pleine mer. Nous n'étions qu'à un petit kilomètre du navire, le soleil se couchait lentement à l'horizon. J'entendais derechef cette douce mélodie, ce chant connu à ma mémoire.
"The bell has been raised,
From its watery grave,
Do you hear its sepulchral tone?
We are a call to all,
Pay heed the squall,
And turn your sail toward home."
Une mélodie aussi calme que l'océan à côté de nous, aussi régulière que les vagues qui venaient frapper nos pieds, aussi enivrante que l'odeur iodée. Mais je crois que j'étais la seule à l'entendre, comme des voix lointaines qui murmuraient des paroles apaisantes rien que pour moi :
"Some men have died,
And some are alive,
And others sail on the sea,
With the keys to the cage,
And the Devil to pay,
We lay to Fiddler's Green."
J'étais perdu dans mes pensées, lorsque Joel dit, sans contexte aucun :
- Je sais que je ne suis pas Mick.
J'ai tiqué.
- Sorry ?
- Je sais que je ne suis pas Mick. Tu préférerais sûrement être avec lui dans cette aventure.
J'étouffais un rire.
- Chacun son univers. Je t'aime de plus en plus.
Il tiqua à son tour.
- C'est vrai ?
Je soufflais et m'arrêtai net sur le sable.
- Je suis fatiguée...
- Faisons une pause.
Il s'arrêta à son tour et enleva le sac de son dos pour prendre une bouteille d'eau. Je repris :
- Non, je... Je suis fatiguée des sauts, Joel. Je suis fatiguée de sauter de lignes temporelles en nouvelles dimensions. Je suis épuisée des réveils en sursaut. Je suis explosée de douleur à cause des migraines et des névralgies. Je suis exténuée des changements de temporalité, de planètes, de galaxies. J'en peux plus des PTSD, je n'arrive plus à survivre à 2011...
Il m'observa un long moment, cherchant une logique dans mes propos.
- Je... Je ne suis pas sûr de comprendre, Alisone...
- Moi non plus, Joel, moi non plus...
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Puis, je me suis réveillée.
Avec cette même chanson en tête.
"The king and his men,
Stole the queen from her bed,
And bound her in her bones,
The seas be ours,
And by the powers,
Where we will, we'll roam."
Note 1 :
Cette histoire regroupe plusieurs cauchemars que j'ai écrits en une fois.
Note 2 :
Je me traîne une migraine des Enfers depuis des jours et des jours. J'ai dû acheter des médicaments spéciaux pour m'aider, mais ça ne passe PAS !
Jouer du violon est difficile, alors souvent, j'essaye de me détendre.
Tout me fait mal : mes cervicales, le soleil, la lumière, les écrans. En fait, garder les yeux ouverts me donne envie de crever. Ça cogne dans ma tête, j'ai une barre au front, je me tartine de "baume de tigre blanc" en gobant mes cachets. J'en peux plus...
Mais bon, les cauchemars s'en foutent pas mal de mes histoires de céphalées...
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24.04.2025
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