Merci beaucoup Nymphe et Jazzy pour vos messages ! Je viens tout juste de les recevoir — le site semble rencontrer quelques bugs en ce moment. Évidemment, j'attendais vos retours avec impatience avant de poster… et voilà que ça décide de bloquer pile à ce moment-là ! Voici la suite !

Chapitre 58

Vous aviez promis de la protéger.

La voix de Severus Rogue claqua dans le bureau de Dumbledore, tranchante comme une lame. Il faisait les cent pas devant le directeur, sa cape virevoltant dans son sillage.

Vous m'aviez assuré que votre fichu oiseau veillerait sur elle. Pourtant, elle a été blessée sous sa surveillance. Elle aurait pu mourir, Albus.

Dumbledore, assis derrière son bureau, joignit les mains devant lui, impassible.

Et elle n'est pas morte.

Rogue se figea, son regard noir brûlant d'une rage contenue.

Ne jouez pas à ce jeu avec moi. Laissez-moi y aller, ou laissez-moi au moins la suivre quand elle part.

Dumbledore poussa un léger soupir et planta son regard azur dans celui du maître des potions.

Vous savez que je ne peux pas vous laisser faire.

Vous ne pouvez pas, ou vous ne voulez pas ? gronda Rogue.

Les deux.

Dumbledore se leva lentement, contournant son bureau pour s'approcher légèrement.

Vous n'avez aucune chance, Severus. Vous voulez protéger Brittany, je le comprends. Mais ce n'est pas vous qui pouvez remplir cette mission.

Rogue serra les poings.

Et pourquoi pas ?

Dumbledore l'observa un instant, comme s'il pesait ses mots.

Parce que les centaures ne vous laisseront pas vous approcher aussi près.

Un éclat froid passa dans ses yeux noirs.

Je ne suis pas n'importe quel sorcier!

Non, en effet, concéda Dumbledore. Et c'est bien là le problème.

Rogue se raidit.

Ils sentent ce que vous êtes, Severus. Ils sentent ce que vous avez été.

Un silence pesant s'abattit dans la pièce.

Ils ne font pas confiance aux sorciers, reprit doucement Dumbledore. Encore moins à ceux qui ont plongé trop profondément dans les ombres.

Rogue détourna brusquement le regard, sa mâchoire contractée.

Et c'est pour cela que le Seigneur des Ténèbres ne m'a pas envoyé.

Dumbledore hocha lentement la tête.

Voldemort sait qu'il ne les approchera jamais lui-même. Il a essayé par la force autrefois. Il a échoué. Alors, il mise sur d'autres âmes. Des âmes qui ne portent pas encore en elles les stigmates de la magie noire.

C'est pour cela qu'il a envoyé un gamin, puis ma femme, souffla Rogue, plus pour lui-même que pour Dumbledore.

Il pense qu'une âme plus pure pourrait réussir.

Un ricanement amer s'échappa des lèvres de Rogue.

Elle ne réussira pas, Albus.

Dumbledore plongea son regard dans le sien.

Nous verrons.

Nous ne verrons rien du tout. Je ne la laisserai pas retourner dans la forêt.

Je vous interdis de faire quoi que ce soit pour empêcher Brittany d'accomplir cette mission. Et je vous interdis de la suivre.

Vous m'interdisez? Mais pour qui vous pre-

Vous avez promis, Severus. Il y a plusieurs années, vous avez promis de faire tout ce que je demanderai. Je vous demande de ne pas intervenir. Suis-je clair?

Un éclair d'angoisse passa dans les traits de Rogue.

Elle va bien, Severus.

Elle est à l'infirmerie.

Elle va bien, répéta Dumbledore avec calme.

Mais Rogue ne répondit pas. Il tourna les talons, sa cape fendant l'air, et quitta la pièce. Il ne retournerait pas la voir. Il ne pouvait pas.

oOoOo

Brittany avait à peine ouvert les yeux qu'elle sentit la douleur lui lacérer l'épaule. L'infirmerie baignait dans une lumière douce et tamisée, filtrant à travers les rideaux immaculés. Un instant, elle eut du mal à se rappeler ce qui s'était passé. Puis tout lui revint en mémoire : la forêt, le géant, les centaures, la flèche, le coup, Fumseck… Drago.

Elle avait mal, certes. Mais ce n'était rien comparé à cette autre douleur, plus sourde, plus insidieuse, qui la rongeait de l'intérieur. La honte. Elle savait que c'était dangereux. Elle savait qu'elle n'aurait jamais dû s'interposer. Et pourtant, elle l'avait fait, aveuglée par un mélange d'instinct et de stupidité. Elle se sentait comme une enfant inconsciente qui avait joué avec le feu, persuadée qu'elle ne se brûlerait pas. Mais cette fois, elle avait été rattrapée par la réalité. Elle ferma brièvement les yeux. Tout en elle lui criait qu'elle avait fait une énorme bêtise. Son corps, meurtri. Son esprit, embourbé dans le regret. Et son cœur, écrasé par cette sensation d'échec cuisant. Elle n'avait qu'une envie : se rouler en boule sous les draps et pleurer.

Ils s'en étaient sortis, mais de justesse. Drago avait couru prévenir Hagrid, qui s'était trouvé avec Neville non loin de là. Hagrid avait débarqué en rugissant comme un dragon furieux, s'interposant immédiatement entre les centaures et le géant. Il avait hurlé sur eux, leur rappelant qu'il ne cherchait pas la confrontation, qu'il n'avait blessé personne. Mais les centaures n'étaient pas d'humeur à parlementer. Ils étaient restés un long moment à se fixer, leurs arcs toujours tendus. Ce n'est qu'à contrecœur qu'ils avaient finalement baissé leurs armes et s'étaient retirés dans les profondeurs de la forêt. Hagrid s'était ensuite précipité vers elle. Brittany, encore groggy, avait à peine eu le temps de protester avant qu'il ne la soulève comme un fétu de paille pour l'emmener à l'infirmerie.

Elle avait dû endurer la colère de son mari. Mais pas celle à laquelle elle s'attendait. Severus n'avait pas crié, il n'avait pas cherché à la convaincre d'arrêter. Il n'avait même pas posé de questions. Il était simplement entré dans l'infirmerie, sa silhouette sombre se découpant dans l'encadrement de la porte, et il l'avait regardée. Un regard froid. Impénétrable. Puis il était reparti. Pas un mot. Pas un soupir. Pas même un reproche. Depuis, il ne retournait plus la voir.

Brittany savait qu'il s'était renseigné auprès de Mme Pomfresh, qu'il demandait des nouvelles, qu'il savait parfaitement où elle en était. Mais il ne franchissait jamais la porte. Il ne voulait pas la voir. Et Brittany n'arrivait pas à savoir pourquoi. Ils avaient trouvé un équilibre, un semblant de complicité. Et maintenant… c'était comme s'il l'effaçait. Comme si elle n'existait plus. Elle aurait préféré qu'il s'énerve. Qu'il la fusille du regard, qu'il crache son mépris, qu'il la blâme pour son imprudence. Mais il ne lui offrait même pas ça.

En vérité, il ne s'abstenait pas d'aller la voir parce qu'il était indifférent. Ou en colère. Ou déçu. Mais parce qu'il savait que s'il la voyait, il ne pourrait pas cacher l'inquiétude qui le rongeait. Il ne supportait pas de la voir dans cet état. De se sentir aussi impuissant. Alors il faisait ce qu'il savait faire de mieux : il se repliait sur lui-même.

Mais ce qui attendait Brittany maintenant était peut-être encore pire que la réaction de son mari.

La porte de l'infirmerie s'ouvrit brusquement, révélant une silhouette massive qui bloquait presque toute l'entrée. Brittany n'eut pas le temps de se redresser que Hagrid était déjà sur elle, les bras croisés sur son énorme poitrine, son regard noir de colère.

Qu'est-ce que tu faisais dans cette fichue forêt, Brittany ?! gronda-t-il, sa voix tremblante d'émotion.

Elle ouvrit la bouche, mais il ne lui laissa pas le temps de répondre.

Je t'ai toujours dit de rester loin des centaures ! Je t'ai prévenue ! Et voilà que j'apprends que tu traînes là-bas en secret ?!

Brittany serra les poings sous les draps. Elle chercha des yeux de quoi écrire, et vit son carnet posé sur la table de chevet.

«Je ne suis pas allée voir les centaures. J'étais venue voir le géant.»

Elle omettait volontairement le reste. Elle ne pouvait pas lui dire la vérité.

Mais Hagrid n'était pas idiot.

Ah oui ? Alors peut être que j'ai rêvé quand j'ai entendu l'un d'eux dire qu'ils t'avaient déjà chassée une première fois et que la prochaine, ils se montreraient moins indulgents ? Peut-être que j'ai aussi rêvé quand je t'ai entendue crier ?! Alors comme ça tu parles?

Brittany sentit un frisson la parcourir. Il l'avait entendue. Il savait. Hagrid fit un pas en avant, et cette fois, sa voix n'était plus seulement en colère. Il y avait autre chose. Une blessure plus profonde.

Tu te rends compte de ce que tu fais, Brittany ? Tu te rends compte de ce que ça signifie ?

Il secoua lentement la tête, sa crinière de cheveux emmêlés tombant sur ses épaules.

Je comprends pas, murmura-t-il. Je te faisais confiance. T'es qui en fait? Qu'est-ce que tu cherches?

Brittany sentit son cœur se serrer. Elle voulait lui parler, tenter de s'expliquer, mais les mots restaient bloqués. Les larmes commençaient à couler.

Mais Hagrid commençait déjà à partir. Il se redressa de toute sa hauteur et déclara d'un ton sans appel :

Tu restes loin de la forêt, Brittany. Loin des centaures. Loin de tout ça. T'as compris? Je t'interdis de retourner dans la forêt.

Puis, alors qu'il s'apprêtait à partir, il s'arrêta. Un instant, il sembla hésiter. Puis il se tourna de nouveau vers elle, son regard s'adoucissant à peine.

Graup, c'est mon p'tit frère, finit-il par dire, sa voix plus douce. Je voulais l'aider. L'intégrer. Mais il veut pas de moi. Pas complètement. Hagrid soupira lourdement. Mais toi… Toi, il t'a pas rejetée.

Il passa une main dans sa barbe, le regard perdu.

Graup t'a protégée, dit-il simplement.

Brittany hocha la tête.

Il fait jamais ça. Les humains, il ne les aime pas. Mais toi…

Brittany cligna des yeux, surprise. Puis, sans un mot de plus, il tourna les talons et quitta la pièce. Le silence qui suivit lui parut assourdissant. Un vide s'installa en elle, plus lourd que tout ce qu'elle avait ressenti jusque-là. Elle avait pourtant appris à être seule. Elle s'était endurcie, persuadée que l'isolement était une protection. Mais aujourd'hui, ce n'était plus une carapace qu'elle avait choisie.

Aujourd'hui, elle avait beaucoup perdu.

Hagrid ne lui faisait plus confiance.

Severus non plus.

Et pour la première fois depuis longtemps, la solitude lui parut insupportable.