Bonjour les lecteurs !
Actuellement je ne suis pas dans une grande période de production en termes d'écriture, mais j'ai pu pondre ce petit chapitre pour conclure la chasse. J'espère que ça va vous plaire et n'hésitez pas à me donner votre avis en commentaire ;)
Le son des trompettes résonna dans les airs. Lord Gryffondor venait d'arriver sur le dos de sa monture. Un arc en main, Lord Gryffondor dégageait la fougue d'un guerrier prêt à se lancer dans la bataille. Il portait fièrement les couleurs de sa maison avec ses armoiries brodées sur sa tenue de chasse. Accompagné de ses troupes de veneurs et de chiens, le maître des lieux annonçait le début de la chasse en incitant ses invités à monter sur un cheval.
Salazar aperçut son père se tenir près de Lord Gryffondor. Les deux adultes s'échangèrent quelques mots durant une poignée de main. Il voulut rejoindre son père mais Godric le retint par la manche.
— Tu ne veux pas chasser avec moi ?
La question de Godric fit douter Salazar. Évidemment qu'il voulait chasser à ses côtés, mais il adorait passer du temps avec son père. Il était rare de voir Lord Serpentard faire autre chose que d'être plongé dans ses recherches. Cette chasse était une occasion en or pour partager un moment à ses côtés.
En le voyant hésiter, Godric afficha une moue triste et tira un peu plus sur la manche.
— Je t'assure que nous allons bien nous amuser ensemble ! Aller, Salazar, ne me laisse pas tomber.
Salazar lança un regard vers la monture de son père et le vit s'éloigner avec un groupe. Il baissa un peu la tête, déçu de ne pas avoir su saisir sa chance. Il se tourna vers Godric et accepta sa proposition d'un sourire timide.
Persuadé d'avoir réussi à le convaincre, Godric s'élança avec entrain vers les servants qui s'occupaient des armes. Il attrapa un arc adapté à sa taille et enfila un carquois remplis de flèches sur son épaule. Il l'incita à faire de même et s'empressa de rentrer dans la forêt à la suite des autres chasseurs.
Avant de le rejoindre, Salazar remarqua du coin de l'œil Velia en train de le fixer avec insistance depuis la table du banquet. Il lui fit un geste de la main, en ayant le doute qu'elle souhaiterait les suivre. Velia, l'apercevant dans son geste, se cacha immédiatement derrière sa mère. Salazar, attendri par sa réaction, se détourna pour rejoindre son ami.
La toile des tambours se mit à vibrer. La chasse débutait enfin.
Comme d'un seul même corps, les différents groupes qui s'étaient formés, avancèrent dans les bois. La horde de chiens, qui se tenait en tête de file, menait la danse à coup d'aboiements et de grognements.
Lord Gryffondor, le chef de cette chasse, montait fièrement son cheval, le regard dirigé vers les tréfonds de la forêt. Il espérait achever la bête la plus imposante qui croisera leur chemin, et ramener sa fourrure en guise de cadeau pour sa bien aimée.
— Avancez ! ordonna-t-il joyeusement en pointant du doigt la direction décidée par les chiens. Débusquez tout ce que vous pouvez !
Godric et Salazar se lancèrent à pieds, leur arme en main. De là où il était, Godric regardait son père avec envie. Il rêvait d'être à ses côtés, ou même, prendre sa place de chef et mener une chasse de cette envergure. Mais selon les dires du Lord Gryffondor, Godric était encore bien trop jeune pour chasser sur un cheval. Il devait se contenter des plus petites proies pour l'instant.
Sauf que Godric en avait décidé autrement.
Sur un coup de tête, il se mit discrètement à s'écarter de son groupe.
— Où tu vas ?
Godric jura et mit sa main sur la bouche de Salazar pour le faire taire.
— Chut ! Ne fais pas de bruit et suis-moi, lui murmura Godric.
Il le tira par le bras pour qu'ils puissent se cacher dans des buissons. Salazar n'aimait pas trop l'idée de se retrouver là, mais garda le silence. Ils restèrent un moment cachés, côte à côte, avec des branches qui griffaient leur visage et leur dos.
Le son des sabots et des aboiements s'éloigna à mesure que les chasseurs s'enfonçaient dans les bois. Quand Godric fut certain qu'ils étaient enfin seuls, il sortit du buisson en poussant un cri de frustration.
— Que mon dos me démange ! cria-t-il en le frottant contre l'écorce d'un arbre. Je devrais faire couper ces buissons pour en faire du petit bois !
Salazar s'empressa de sortir à son tour, gigotant pour faire tomber les feuilles et épis qui s'étaient accrochés à sa tenue.
— Je peux savoir pourquoi tu voulais qu'on s'éloigne ? demanda Salazar en tripotant nerveusement son arc. Si mon père remarque que je ne suis pas là, il pourrait se mettre en colère.
— Pas besoin de t'inquiéter ! Nous allons juste chasser de notre côté, comme ça on n'aura pas besoin de partager avec le reste du groupe, fit-il en se grattant malicieusement le menton. Je peux facilement retrouver leur trace, ils n'auront même pas le temps de remarquer notre absence.
— En es-tu sûr ?
— Mais oui ! chouina Godric en levant les yeux au ciel. Fais-moi confiance !
Godric s'approcha et posa une main sur son épaule, un sourire conspirateur sur les lèvres.
— Imagine un peu la tête de ton père quand il verra que tu auras attrapé quelque chose durant ta toute première chasse.
Durant un bref instant, Salazar visualisa son père en train de le féliciter avec chaleur. Cette chimère lui réchauffa le cœur et termina de faire fondre ses dernières craintes.
— Qu'attendons-nous ? fit-il en lui rendant son sourire.
Godric tapa avec force dans son dos.
— Voilà ce que je voulais entendre ! Viens, empruntons la direction de l'Est. Nous aurons moins de chance de croiser quelqu'un.
Ce fut ainsi que Godric entraîna Salazar dans la nature. Les deux garçons, attentifs à ce qui les entourait, se permettaient de murmurer des messes basses pour passer le temps.
Salazar, au bout d'un moment à marcher, cru qu'ils n'allaient jamais rien trouver. Son attention baissa à mesure que l'ennui montait. Du peu qu'il connaissait de chasse, il savait que cette activité n'était pas faîte pour lui. La brutalité de ce sport lui déplaisait, même s'il reconnaissait qu'en dehors d'elle, un bon chasseur devait être sage et doté de précision. Cet art barbare l'impressionnait autant qu'il le répugnait.
Il était plutôt un enfant calme, qui préférait passer son temps à cultiver des plantes pour les potions de son père et étudier la magie. Entouré de livres, Salazar se sentait capable de tout grâce au savoir. Mais ici, dans cette forêt, il n'y avait que cet arc pour l'aider dans sa tâche. Il n'était même pas sûr de pouvoir bien viser. Pourtant, il n'avait pas le choix. La vision de son père, plantée par Godric dans son esprit, ne le quittait pas. Sans elle, il aurait probablement déjà fait demi-tour pour retrouver le buffet.
Soudainement, l'allure de Godric se stoppa. Un détail avait retenu son attention. Il fit signe à Salazar de s'arrêter.
— Qu'as-tu vu ? chuchota Salazar en scrutant les environs.
— Ne bouge pas, lui ordonna Godric qui avait commencé à préparer une flèche.
A quelques mètres d'eux, une fourrure orangée dépassait des feuillages. Un renard était en train de gratter la terre, sûrement à la recherche de restes qu'il aurait caché non loin de son terrier.
Le corps de Godric se tendit comme la corde de son arc. Sa respiration prit un rythme régulier et, d'un geste souple, leva son arc pour le pointer vers le buisson. Il décocha sans hésitation et la flèche fendit l'air. Un couinement de douleur leur parvint. Sa flèche avait touché sa cible.
— Tu l'as eu !
— Ce n'est pas encore terminé, répliqua Godric en fonçant vers le buisson. Tiens, j'aurais pu le parier, il est blessé mais il est allé se cacher. Je reviens !
Sans attendre sa réponse, Godric se mit à pister les traces de sang. Salazar resta en arrière et le regarda s'éloigner au milieu de la végétation. Il attendit contre un arbre, se balançant d'avant en arrière. Le temps lui paraissait bien plus long quand il n'était pas avec lui.
Il se décida à suivre ses traces quand sa patience fut à bout.
— Godric ! Où es-tu ?
Godric ne répondit pas à son appel. Salazar avait beau chercher, il n'apercevait pas les boucles cuivrées de son ami. En prenant le temps de bien observer le paysage, Salazar trouva que la forêt était devenue bien plus sombre qu'à leur départ de la chasse. Les arbres et leurs ombres, à travers ses yeux d'enfants, devenaient de dangereux ennemis prêts à le dévorer.
— Godric ! implora Salazar en tenant fermement son arc contre lui.
Il se mit à courir tout en scandant le nom de Godric. De petites larmes de détresse apparurent au coin de ses yeux. La peur de se retrouver seul dans cette forêt se renforçait à mesure que les minutes défilaient.
Alors qu'il courait, il sentit une branche s'accrocher à son vêtement. Déséquilibré, Salazar tomba la tête la première dans de la boue.
— Fallait me le dire si tu voulais te salir, se moqua une voix.
Salazar leva les yeux et vit Godric assis sur une branche, le corps du renard pendant de sa main.
— Tu m'as laissé seul, lui reprocha Salazar en se relevant couvert de boue.
— Je pensais que tu m'avais suivi. C'est le concept de la chasse, Sali, répondit Godric en sautant de sa branche.
— Regarde le massacre, souffla Salazar en tirant sur le tissu de sa chemise. Mon père va me tuer.
— Tu sais que tu peux être dramatique parfois ? se moqua Godric en le poussant de l'épaule. Ce n'est pas un peu de boue qui va l'énerver. Je te rappelle qu'on est là pour chasser, pas pour se pavaner dans de belles tenues. Enlève cet air morose de ton visage, il faut qu'on te trouve une proie.
— Je ne suis pas sûr d'en avoir encore envie.
— Vraiment ? Tu abandonnes déjà ? fit-il, les sourcils froncés et le regard se remplissant de déception.
Salazar regarda ses vêtements et Godric à tour de rôle. En vérité, Godric n'avait pas tort. Ce n'était pas son accoutrement qui pouvait l'empêcher de chasser. Son père saurait être miséricordieux avec lui, certainement.
— D'accord…abdiqua Salazar en réaffirmant sa prise sur son arc. Tu veux bien m'aider ?
Le sourire de Godric revint à le charge, comme s'il n'avait jamais quitté son visage.
— Reprenons ! Passe devant, tu auras plus de chance de toucher ce que tu vises.
Salazar l'écouta et prit le rôle de meneur avec un pas plus hésitant que celui de Godric. Ils reprirent les recherches, les oreilles et les yeux bien ouverts. Et alors qu'ils comptaient s'enfoncer un peu plus dans les bois, un craquement les fit se retourner vers un arbre.
Dans une panique mesurée, Salazar prépara une flèche tout en se remémorant les gestes de Godric. Il visa vers la zone d'où venait le bruit et attendit de longues secondes. Dès qu'une boule de fourrure se montra, Salazar lâcha sa flèche sans réfléchir.
La flèche fila dans la bonne direction mais, comparée à celle de Godric, manqua de force. Elle toucha sa cible au niveau de ses pas. Un couinement plaintif les avertit, Salazar avait réussi à blesser un animal.
— Vite, allons voir ! s'empressa Godric en le poussant pour qu'il avance.
En s'approchant de l'arbre, Salazar et Godric tombèrent nez à nez avec un ourson. Le tout petit essayait tant bien que mal de marcher avec sa pâte transpercée. L'ourson gémissait de douleur et cherchait autour de lui une échappatoire.
Salazar ne remarqua pas la peur dans les yeux de Godric. Tout ce qu'il voyait, n'était que cette chose craintive qu'il avait lui-même blessé. La lame accrochée à sa ceinture l'appela, il devait en finir. S'il réussissait, son père ne pourrait qu'être fier de lui.
Sa main se posa sur le manche de son couteau. Prêt à le sortir.
— SAL ! hurla Godric.
Godric le bouscula pour le faire reculer. Salazar, sans comprendre comment, vit le corps de Godric se faire écraser par une énorme pâte. Il réalisa que trop tard que la mère du petit avait répondu à son appel à l'aide. Devant eux se dressait une ourse remontée et sur le point de venger son petit.
Salazar chercha à tirer Godric de là, mais l'animal avait bien trop de force pour lui.
— Fuis ! cria Godric avec peine.
— Godric, pleura Salazar en le voyant se faire aplatir par l'ours.
Godric hurlait à plein poumons, trois de ses côtes venaient de se briser sous le poids. Il n'avait pas beaucoup de temps avant qu'il ne meure, étouffé par la mère. Salazar reprit son arc, et dans une veine tentative, lui tira dessus. La flèche se planta dans l'épaule de l'ours, mais ce geste ne fit que d'accentuer sa rage.
— Stop…souffla Salazar démuni.
D'un coup de pâte, l'ours fit valdinguer le corps de Godric plus loin. L'odeur de sang frais se mit à remplir l'air et agressa les narines de Salazar. Il entendait à peine la douleur de Godric à travers les rugissements de la bête. Instinctivement, Salazar fit deux pas en arrière, conscient qu'il n'avait aucune chance d'affronter ce monstre. Impuissant, il la regarda se diriger vers lui, la mâchoire montrant les dents.
Salazar peinait à tenir sur ses deux jambes, ses genoux tremblants. Il n'aurait pas su dire quel sentiment était le plus fort entre la peur et la colère.
S'il ne faisait rien, Godric allait mourir de ses blessures. Lui aussi, la mort comptait le dévorer. Une soudaine terreur retourna les tripes de Salazar. La vision de sa propre mort l'avait frappé. Il voulut s'enfuir, mais ses jambes s'étaient figées, paralysées par la peur.
Car au fond de lui, Salazar savait bien que même s'il courait, elle le rattraperait.
Il n'y avait pas d'échappatoire.
Aucune fuite.
L'ours arriva à sa hauteur, prêt à le broyer à son tour.
L'ancienne supplication de Salazar se transforma dans sa gorge en un puissant cri.
— STOP !
Désorienté par un tel cri, l'animal s'arrêta un instant. Durant ce bref moment, leur regard se croisa. L'un était noir, primal. L'autre était brillant de haine. Cette simple seconde brisa la paralysie de Salazar. Il se retourna et courut de toutes ses forces à travers les arbres. Toujours son arc en main, il se préparait à décocher une seconde flèche contre son adversaire.
Sa fuite attisa la soif de sang de l'ours. La bête se mit à le poursuivre, avec comme but de lui rompre le cou.
Salazar zigzagua avec l'idée de trouver un arbre assez haut pour s'y réfugier. Sauf que l'ours était juste derrière lui, non loin de pouvoir abattre ses crocs dans sa chair. Il sentit le souffle du monstre trop proche de sa peau, ce qui le fit faire un pas de côté précipité. Dans son élan, il réussit à se cacher derrière un tronc que l'animal se prit de pleine face.
Il bandit son arc avec l'énergie du désespoir et tira. L'ours rugit quand la flèche vint blesser le coin d'un de ses yeux. Salazar, sans même avoir le temps de reculer, se prit un coup de la part de la bête. La force du coup le propulsa et le fit rouler sur le sol. Il perdit son arc et son dos se cogna contre un arbre.
Des larmes de douleur montèrent à ses yeux. Son souffle s'était bloqué dans sa poitrine et il peinait à se redresser contre l'arbre. L'écorce du tronc avait perforé la peau de son dos et faisait couler son sang.
Salazar, démuni, ne ressentait plus de colère. Dans son cœur, il n'y restait plus que de l'effroi.
— Pitié, aidez-moi, hurla-t-il avec les dernières forces qui lui restaient.
L'ours, attisé par son cri, fonça dans sa direction, ses griffes prêtes à frapper. Dans un geste inconscient, Salazar leva ses bras devant lui en guise de dernier rempart et ferma les yeux.
Il attendit, en pensant qu'il allait sentir l'assaut de l'animal et rencontrer sa fin. Mais au lieu de ça, il entendit des sifflements étrangement harmonieux.
— Nous vous avons entendu, cher prince, lui dit une voix proche de lui.
Surpris, Salazar abaissa les bras et ouvrit les yeux. Devant lui, entre l'ours et lui, se tenait un serpent à la tête fine et à la couleur des abysses, enroulé près de ses pieds. Le reptile, en position défensive, montrait ses crochets venimeux, prêt à attaquer pour le défendre.
Au début, Salazar crut qu'il n'était qu'un mirage. Pourtant, ce serpent n'était pas seul. D'autres, sortis de l'ombre de la forêt — couleuvres et vipères — s'étaient regroupées, à deux doigts de se jeter sur l'ours.
La bête hésita un instant en apercevant leur nombre. Elle leva une patte et l'abattit sur le plus proche d'entre eux. Ce geste fut le déclencheur. Dans un mouvement coordonné, les serpents s'élancèrent et s'enroulèrent autour de l'ours, le mordant à plusieurs reprises.
Salazar, à moitié sonné, ne comprenait plus ce qui se passait. Il n'entendait que des sifflements furieux et les rugissements d'agonie de l'ours. Puis, un silence pesant retomba.
Sa vision troublée n'enregistrait plus les détails. Il vit néanmoins le serpent noir s'approcher de lui et effleurer doucement son visage de sa langue fourchue.
— Reposez-vous.
— Godric, parvint-il à murmurer, il faut…Il faut le sauver.
— N'ayez crainte, cher prince. Nous sommes là pour vous aider.
Salazar voulut lui répondre, et en savoir plus, mais il sombra bien avant qu'il ne puisse formuler le moindre mot.
