Hello,

Et oui je suis toujours vivante! Je sais que j'ai perdu mon rythme de publication mais j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop. Honnêtement je ne sais pas trop a quel vitesse je vais reprendre mais je m'efforce de garder le cap. Les petits commentaires font du bien alors n'hésitez pas.

Bises,

XCheschireCat.


Dani ne savait pas exactement quoi penser de la proposition de Killian. Fabriquer des explosifs… ce n'était pas rien, mais la fillette connaissait l'homme depuis des années. Killian l'avait logée, donné un travail et surtout lui avait accordé toute sa confiance. L'Irlandais avait été le premier à faire une chose pareille et ça comptait beaucoup. Si aujourd'hui Harry et elle avaient un chez-eux, c'était grâce à lui. Un véritable endroit où ils pouvaient grandir. Alors décevoir Killian, l'homme qui lui avait offert tout ça… c'était inconcevable.

Alors Dani lui préparerait ses explosifs, après tout ce n'était que pour des voitures. Mais il fallait qu'elle se montre à la hauteur. Que Killian ne soit pas déçu.

"-Qu'est-ce que tu fais là, à ruminer ?" fit Martin en s'affalant à côté d'elle. Tous les deux étaient installés sous le porche de l'église à regarder la neige tomber. La pierre sous leurs fesses refroidissait considérablement leur organisme, mais Martin avait décidé de rejoindre son amie après qu'elle soit restée une vingtaine de minutes sans bouger. Peut-être un peu inquiet pour elle, surtout que Dani détestait le froid et la neige. "Tu comptes te statufier ? Je ne pense pas qu'Harry en sera très heureux. Ou alors… Tu attends la visite du Père Noël ?" La fin de la phrase montait dans un ton moqueur typiquement martinesque.

Comme si elle reprenait contact avec la réalité, Dani se tourna lentement vers lui. "Le Père Noël ? Comme si un vieux barbu se promenait vraiment pour donner des cadeaux aux enfants. Et même si c'était vrai, je ne lui ferais pas confiance."

"-Comme avec tout le monde, boluda." La rouquine lui jeta un regard noir avant de lui donner un coup de coude.

Les deux avaient été très heureux de se retrouver après des années sans se voir et seulement quelques lettres par-ci, par-là. Le blond n'était pas monté jusqu'à Pré-au-Lard lors des escapades de la fillette, toujours trop inquiet à l'idée de tomber sur l'homme qui l'avait kidnappée à Rome, ou sur des anciens membres de Clearwater. Martin était donc bien heureux de rester dans le périmètre de l'église et de la campagne environnante.

"-Et sinon," demanda la plus jeune en volant son bonnet au jeune homme pour l'enfoncer sur sa propre tête. "Tu as eu des nouvelles de ton pote ?"

"-Mon pote ?" Si le blond avait reconnu sa pitoyable tentative pour changer de sujet, il fit mine de rien.

"-L'Italien qui t'a laissé en plan." D'un mouvement de tête, elle désigna la jambe encore branlante du voleur.

"-On ne peut pas vraiment dire que c'est encore mon pote… Me laisser sous les crocs de ces putains de chiens alors que c'était son plan foireux d'aller cambrioler cette villa." Le blond était toujours amer de sa sinistre aventure dans la campagne italienne, mais plus que tout il semblait en colère contre lui-même pour avoir fait confiance à ce garçon. Dani pouvait comprendre, avec tout ce qu'elle avait vécu lors de son premier trimestre à Poudlard. Elle avait l'impression de ne pouvoir faire confiance qu'aux gens présents dans cette église, et à Killian. "Mais Nick pointera le bout de son nez quand il aura besoin de moi… Mais tout ça ne me dit pas pourquoi tu rumines toute seule ici."

Ah, il fallait croire que Martin n'était pas le genre à se laisser distraire…

"-Il faudrait que j'aille à Powder Keg pendant les vacances. Tu viendrais avec moi ?" demanda la jeune fille avec espoir. "Je veux qu'Harry puisse voir un peu du monde sorcier et on ne sera pas trop de deux pour le surveiller."

"-Et tu penses que les sous-sols sont le meilleur endroit pour commencer ? Tu veux le traumatiser d'entrée ?" ricana l'Argentin, trop conscient que le quartier était dangereux, surtout pour un enfant aussi gentil et naïf qu'Harry.

"-Niveau entrée en matière, il a connu pire qu'un quartier mal famé. Ses parents se sont fait tuer par un sorcier noir, j'te rappelle."

Martin frissonna, mal à l'aise. Il avait tendance à oublier que le petit garçon n'était pas vraiment le frère biologique de Dani. Ces deux-là étaient accrochés l'un à l'autre, comme deux noyés à leur bouée de sauvetage.

"-On ira…" répondit Martin, un peu défaitiste. "Mais j'imagine que tu ne veux pas juste lui présenter le quartier. Tu comptes me dire pourquoi tu tiens à aller dans les sous-sols ?"

"-Peut-être." répondit mystérieusement la jeune fille avant de se lever. "Tu devrais y aller Martin, la messe de minuit ne va pas tarder à commencer."

Le blond hocha la tête avant de prendre la direction du vieux bâtiment en pierre où quelques fidèles commençaient à se réunir. Dani, qui avait toujours le bonnet de Martin enfoncé sur la tête, passa dans le jardin derrière la maison pour aller chercher son petit frère qui jouait avec les jumeaux Nelson.

Sous les rayons de la lune, les trois silhouettes qui jouaient à chat se distinguaient aisément pour quelqu'un qui avait des yeux aussi aiguisés que ceux de Dani.

"Castor ! Pollux !" cria la rouquine en s'appuyant sur la barrière. "Je vous ai vus ! Et vous devriez y aller vous aussi avant que vos parents ne se fâchent." Et les connaissant, il ne valait mieux pas les contrarier. Surtout le père, boucher de profession, qui avait des mains larges comme des pelles à tarte et la fâcheuse tendance à se laisser emporter par la colère.

"-Non… Encore cinq minutes." pleurnicha l'une des têtes blondes qui était debout sur une brouette en bois, dans un équilibre précaire. Lequel des deux, la jeune fille ne saurait pas le dire. Tous les enfants Nelson se ressemblaient, et leurs parents avaient eu la bonne idée de leur donner des noms semblables. Franck, Francesca, Francis et Franklin — du plus âgé au plus jeune. C'était d'ailleurs pour ça que les deux derniers avaient été surnommés Castor et Pollux. Dani secoua la tête en y pensant : comment pouvait-on laisser des gens comme ça avoir des enfants ?

"-Nope, vous y allez. Go ! Go ! Go !" se reprit-elle alors que les enfants attendaient impatiemment sa réponse.

Les jumeaux firent une accolade maladroite à Harry avant de passer devant elle en râlant que c'était trop injuste qu'Harry et elle ne doivent pas aller à la messe. Elle ébouriffa leurs cheveux en passant avant de prendre Harry par les épaules pour le ramener dans la maison de Cunningham où il ne restait qu'eux deux.

Ensemble, ils allumèrent une série de bougies posées devant l'une des fenêtres puis, blottis l'un contre l'autre, ils regardèrent l'un des téléfilms de Noël qui passait encore à la télévision. Ils furent rejoints plus tard par Martin et Piotr, eux aussi trop heureux de passer le reste du réveillon au calme.


Harry avait eu tout le loisir d'essayer ses nouveaux cadeaux, du pull tricoté par le frère Neil qui continuait à vivre en reclus au fond du jardin, à la mangeoire à oiseaux offerte par Piotr. Ce dernier n'était pas particulièrement doué pour choisir des présents, c'était un peu devenu une blague de savoir à qui il offrirait la pire chose. Cette année, c'était le Père Cunningham qui avait gagné avec une paire de claquettes en plastique – coup de chance qu'elles n'aient pas eu de paillettes. Les enfants avaient ri en imaginant le Père avec, même si pour certains le cœur n'y était pas. Harry pouvait voir que Martin n'allait pas très bien à seulement deux jours du Nouvel An, les souvenirs de la mort de Jaime revenaient le hanter.

Le petit garçon se rappelait aussi de leur séjour à Berlin lorsque leur ami préférait se battre et boire plutôt que de rester avec eux.

À l'époque, il n'avait pas bien compris, mais aujourd'hui, du haut de ses huit ans, il pensait pouvoir. Peut-être parce que le Père avait pris le temps de lui expliquer avec des mots simples, parce qu'il avait rencontré Remus qui semblait toujours porter le poids des morts après sept ans, parce qu'ici, en Irlande du Nord, il y avait beaucoup de personnes qui se noyaient au fond d'une bouteille.

Harry laissa son regard se perdre par la fenêtre de la voiture, jetant de temps en temps un regard sur le siège conducteur où Martin semblait se liquéfier sur place.

L'Argentin, Piotr, sa sœur et lui avaient décidé d'aller à Londres pour faire un tour sur le Chemin de Traverse et Powder Keg tous ensemble. C'était incontestablement le meilleur des cadeaux auxquels Harry aurait pu rêver.

Puisque d'eux quatre, c'était Martin le plus âgé – seize ans – mais aussi celui qui savait le mieux conduire, il avait été désigné conducteur. Pour son plus grand malheur. Il était terrifié à l'idée de provoquer un nouvel accident, surtout avec ses amis dans la voiture. Piotr prenait le relais de temps en temps quand ils étaient certains de ne croiser aucun policier.

L'Argentin gardait le dos droit, les mains à dix heures dix et les yeux braqués sur la route. Harry se demandait même s'il clignait des yeux de temps en temps. Il n'en était pas certain.

Leur petit road trip avait des allures irréelles pour le garçon qui avait perdu l'habitude de ne plus être supervisé par un adulte. Et si les deux autres passagers semblaient s'ennuyer ferme en l'absence de musique – bannie par Martin pour sa concentration – Harry était très heureux de regarder le paysage humide qui menait à Londres.

Arrivés dans la capitale, la voiture garée dans l'East End où ils logeaient pour leur séjour, les quatre aventuriers prirent la direction de Charing Cross Road.

"-Cinq livres que Martin se pète la gueule sur une plaque de verglas." murmura Piotr à Dani alors qu'ils luttaient contre le froid à l'approche du Chaudron Baveur. Sous sa casquette à picots, Harry ricana lorsque Martin se retourna pour leur faire un doigt d'honneur.

"-Tenu." murmura quand même la rouquine, morte de rire à la vue du blond avançant comme un canard, toujours un peu fragile sur ses jambes depuis sa blessure à l'automne. Et il ne dut son salut qu'à une pauvre passante qui le rattrapa alors qu'il vacillait dangereusement, délestant ainsi Piotr de cinq livres à leur arrivée au Chaudron Baveur.

Le pub était décevant du point de vue d'Harry, qui espérait une entrée plus glorieuse dans le monde magique.

"-C'est…

-Un peu triste ?" proposa Martin en secouant ses cheveux teints en noir pour l'occasion.

"-Ouais, je ne m'attendais pas à ça.

-Attends de voir le reste avant de trop critiquer." fit Dani, encourageante, en posant une main sur son épaule pour le conduire à l'arrière de la salle où elle sortit sa baguette pour ouvrir l'arche dans un mur de briques. "Tadam !"

Harry fit un pas de plus pour s'avancer sur la rue colorée et pleine de vie. "C'est beaucoup mieux de ce côté-là."

"-Et encore, tu n'as pas vu le meilleur. Les sous-sols du Chemin de Traverse sont bien mieux que ce que les gens pensent. En général, c'est simplement que le commun des mortels a trop peur pour descendre alors ils en font tout un film."

Piotr en tête, ils descendirent prudemment les escaliers en pierre qui menaient à Powder Keg, où Harry aurait moins de chance d'être reconnu. Principalement parce que, si vous n'aviez pas une prime sur votre tête, personne ne faisait attention à vous.

Harry ouvrit grand les yeux lorsque la porte s'ouvrit sur le quai de Powder Keg, c'était incroyable ! Le garçon fit un pas de plus et leva la tête, s'attendant à voir un plafond de briques, mais il ne vit qu'une épaisse fumée blanche s'accumuler. Un regard de gauche à droite lui apprit l'existence de maisons à colombages comme on n'en voyait plus beaucoup à Londres, ainsi qu'un parc entouré de hauts murs de briques grises. Mais le plus inattendu était incontestablement le canal fluvial face à lui.

"-Il y a des bateaux ?" s'exclama Harry tout excité en s'approchant du bord de l'eau.

"-Un peu mon neveu." ricana Martin en lui tapant l'épaule. "On va te faire visiter. Ici, on est dans le quartier des marchands, c'est le coin le plus sûr des sous-sols.

-Et le seul dans lequel on va rester." ajouta sa sœur avec un regard sérieux. "C'est dans ce quartier que sont produites la majeure partie des denrées alimentaires du monde magique. Une partie d'entre elles est directement vendue dans les marchés ici. C'est aussi ici qu'il y a le plus de familles.

-Et c'est ici que j'ai un… appartement." s'exclama Piotr d'une voix suraiguë tant il était excité. Il agita une paire de clés sous leur nez à tous.

"-Le fameux." râla Martin avec mauvaise humeur. "Depuis le temps que tu nous rabâches les oreilles, il faudrait qu'on le visite.

-Tu es juste jaloux, l'Argentin, alors je n'entends pas tes critiques." fit l'autre adolescent en mettant les deux mains sur ses oreilles avant de partir en trottinant devant eux, son trousseau de clés toujours fermement tenu entre ses doigts.

"-Ce serait tellement marrant si on le laissait partir devant sans le rattraper." murmura sa sœur, et Martin hocha la tête. Mais finalement, les trois suivirent leur ami.

La main de Dani toujours fermement accrochée à la sienne, Harry observait autour de lui avec attention. Les rues pavées des sous-sols étaient foulées par toutes sortes d'individus que le garçon n'avait vus que dans les livres. Il y avait plusieurs centaures dont les pas étaient rythmés par le bruit des sabots, tout comme les faunes. La plupart d'entre eux travaillaient dans des boutiques qui bordaient la rue, mais certains étaient couverts de poussière noire. Le petit garçon les pointa du doigt d'une manière qu'il pensait être discrète, mais Dani la lui fit baisser.

"-Ils travaillent dans les mines de diamant, comme les nains ?" Sa grande sœur fronça les sourcils avant de comprendre qu'il parlait des nains de Blanche-Neige.

"-Ce ne sont pas des mines de diamant mais de la gagate. Il n'y a pas de diamant en Angleterre.

-De gagate ?" Harry la fixa pour déterminer si elle se moquait de lui ou non, mais Piotr, qui leur tenait ouverte la porte d'un grand bâtiment, hocha la tête.

"-Désolé, kiddo, pas de diamant ici. Ceci dit, tu en trouveras en Russie autant que tu veux. Tu as juste à te pencher pour les ramasser."

Harry ouvrit de grands yeux à l'idée qu'il existait un pays où les diamants recouvraient la surface du sol.

"-Non mais écoutez-le, le frimeur !" s'exclama Martin en lui donnant une pichenette. "Il exagère, kiddo, les pierres précieuses, en Russie comme ailleurs, sont profondément enterrées dans le sol. Pour les atteindre, il faut creuser des mines immenses." L'adolescent parlait avec passion tout en montant les marches qui menaient à l'appartement de Piotr. "Elles font la taille d'un immeuble."

"-Un immeuble dans le sol ?

-Au moins." Il semblait à Harry que cette fois, c'était Martin qui exagérait, mais personne ne le contredit. Ceci dit, personne ne s'était jamais vraiment intéressé aux pierres précieuses. À moins qu'elles puissent être volées.

Finalement, les enfants passèrent le reste de la matinée dans l'appartement de Piotr, qui avait deux chambres et un grand salon. Harry, qui s'était toujours figuré les habitations de ville comme des clapiers à lapins, le trouva immense. D'ailleurs, il proposa gentiment au Soviétique de prendre la deuxième chambre pour lui, après tout Piotr vivait seul et Harry avait terriblement envie de connaître davantage le monde magique.


Piotr se leva doucement en faisant attention à ne réveiller personne dans l'appartement. Tous les quatre avaient décidé de retourner dormir dans l'ancien appartement de Dani dans l'East End, jugeant que Powder Keg n'était pas l'endroit le plus adapté pour y faire dormir Harry Potter. Rien que l'idée de l'emmener promener dans les sous-sols de Londres donnait des palpitations au Soviétique, bien trop conscient des risques s'il était arrêté comme kidnappeur du garçon qui a survécu. Il allait bientôt avoir seize ans, largement l'âge d'être jugé comme un adulte si les Aurors lui mettaient la main dessus.

"-Dani, debout, c'est l'heure." murmura-t-il en secouant doucement l'épaule de la plus jeune. Elle se frotta les yeux, l'air hébété, avant de jeter un regard vers la fenêtre où il faisait toujours nuit noire.

"-Franchement, on aurait pu rester sur place. Ça nous aurait évité le trajet de nuit." ronchonna-t-elle. Piotr secoua distraitement la tête, se demandant comment pouvait-elle être aussi inconsciente. Elle était pourtant à l'école depuis plusieurs mois, elle aurait dû comprendre l'importance d'Harry Potter dans le monde sorcier. Et la gravité du kidnapping du garçon.

"-Grouille, il faut qu'on y soit à une heure."

Piotr contourna le canapé où Martin avait élu domicile pour aller prendre les clés du van dans le manteau de l'Argentin. Dani se glissa devant lui dans l'étroit escalier et il garda une main sur l'épaule de la fillette, trop peureux à l'idée de la perdre dans le bordel. Bienheureusement, ils ne croisèrent que des portes fermées dans les étages supérieurs et Piotr ne s'attarda pas au niveau des salons, bien qu'un coup d'œil rapide lui apprit qu'il devrait se dépêcher s'il voulait tenter sa chance avec les plus jolies filles qui travaillaient cette nuit.

Le van brouta un peu au démarrage et Piotr lança une rapide prière pour qu'il ne pose pas de problème. Quelqu'un là-haut devait l'avoir entendu car les vingt minutes de voiture qui les séparaient de Charing Cross se passèrent sans problème. La fillette à ses côtés était à moitié rendormie sur le siège passager, visiblement pas très heureuse d'avoir dû se lever, mais le rendez-vous pour la poudre Shu ne pouvait pas être fixé au milieu de la journée. Question de sécurité.

Le van garé au plus près du pub, le duo descendit pour traverser la salle quasiment vide et se retrouver dans l'arrière-cour. L'adolescent jeta un coup d'œil à sa montre : 12h45. Ça ne leur laissait plus beaucoup de temps pour descendre.

Avant de prendre les escaliers qui menaient au sous-sol, il se tourna vers la rouquine.

"-En bas, je veux que tu restes près de moi. Si les fournisseurs font un truc que tu sens pas, on se tire.

-Je sais, tu radotes.

-Je m'assure simplement que ça rentre dans ton crâne épais."

Il prit une grande respiration avant de s'engager dans les marches. L'air lourd et humide s'infiltra dans ses poumons, lui laissant un goût âcre dans la bouche. C'était l'odeur de l'air qui ne se renouvelait jamais. Pourtant, Dani à mes côtés ne semblait pas gênée plus que ça, elle devait bien aimer les sous-sols malgré leur rusticité. Le soleil n'entre jamais ici et pourtant les habitants continuent de suivre le rythme circadien. La nuit, les lumières qui proviennent des voûtes se font plus faibles sans jamais disparaître. Les lampadaires qui fonctionnaient encore prenaient le relais pour éclairer les rues, mais Piotr n'avait aucune confiance en eux, toujours trop prompts à s'éteindre lorsque les bandits le voulaient.

À cette heure-ci, il n'y avait plus grand monde qui marchait dans les rues, contrairement à leur première visite de la journée. L'adolescent prit la route en face de lui, un pont passant au-dessus du canal souterrain, laissant derrière lui le quartier marchand de Powder Keg. De l'autre côté de l'eau se trouvait le point de rassemblement des fêtards, des ivrognes et de tous ceux prêts à se payer les services de filles de joie pour la nuit. Piotr avait déjà passé une tête dans ces établissements sans jamais y rester, trop de clients étrangers avaient tendance à finir nus et dépouillés au fond d'une ruelle.

Sous ses doigts, le manteau de laine de Daniella était torturé par ses spasmes, surtout quand il sentait le regard de la fillette s'attarder sur les vitrines.

"-Kiddo, avance plus vite." murmura le garçon.

Elle se mit à trottiner sans protester pour suivre ses grandes foulées. Ce n'est que dans le cimetière qui séparait le quartier des fêtards du Barrel que Piotr respira un grand coup. Il devait reprendre son sang-froid comme Killian lui avait appris.

"-Tu es certain que tu ne vas pas tomber dans les pommes ?" demanda Dani en lui jetant un regard inquiet. "Tu es encore plus pâle que la neige.

-T'occupe pas de ça, kiddo.

-En attendant, si tu t'évanouis, compte pas sur moi pour te traîner jusqu'en haut."

Piotr se dit que s'il s'évanouissait, la petite aurait bien d'autres problèmes que de le remonter à la surface. Alors il mit l'une de ses mains dans la poche de sa veste où l'acier froid de son revolver l'aida à reprendre pied, et reprit la marche d'un pas décidé jusqu'à l'armurerie où il avait rendez-vous.

La boutique était plutôt grande, mais elle n'avait que deux fenêtres, scellées par de grands barreaux recouverts d'argent. C'était prévisible, dans la mesure où le Barrel était le refuge de beaucoup de loups-garous. Ça leur évitait d'être recensés par le Ministère de la Magie. La porte, elle-même, semblait lourdement blindée, et le garçon dut la pousser avec son épaule. En face de lui, un homme — ou peut-être un loup-garou — se tenait debout derrière son comptoir, le dos droit. Ses sourcils broussailleux se froncèrent lorsque Daniella sortit de derrière Piotr pour observer les lieux avec curiosité.

"-Perdu ?" demanda le commerçant d'une voix rauque.

"-Non, à part si vous n'êtes pas Gorsky. J'ai une commande." L'adolescent était heureux d'entendre que sa voix était ferme et froide, une belle imitation de celle de Killian.

L'homme grogna un peu avant de tourner la tête vers la rouquine, qui regardait les couteaux exposés avec beaucoup d'attention. "Toi aussi, szczeniak, tu viens chercher des armes ?"

"-C'est ce qu'il semblerait." répondit la rouquine avec un sourire narquois qui crispa le Soviétique, mais le marchand fit un sourire qui dévoila des canines bien trop longues pour être celles d'un être humain.

"-Tu t'es trouvé un chien renifleur, le coco ?

-Elle vérifie simplement la qualité.

-C'est bien ce que je dis." L'homme, Gorsky, sortit un tonnelet de sous le comptoir avant de le desceller à mains nues, puis de le pencher vers le duo. "Fais donc ton travail, szczeniak."

Daniella s'approcha prudemment avant de se mettre sur la pointe des pieds, pendant que Piotr se tenait un peu en arrière, la main toujours sur son arme, prêt à s'en servir si l'homme s'en prenait à la fillette. La rouquine, inconsciente de la tension qui l'habitait, reniflait la poudre aussi noire que du charbon avec attention, avant d'en prendre un peu pour la mettre sur sa langue. Après un temps, elle la cracha au sol avec un air dégoûté qui aurait pu être comique dans d'autres circonstances.

"-Elle a été coupée." annonça-t-elle sans le moindre doute.

"-Évidemment, szczeniak, pour la quantité et le prix auquel vous la prenez, elle est forcément coupée.

-Vous l'avez coupée au salpêtre, non ?

-Tak, et au charbon, mais ça ne changera pas grand-chose." Gorsky leva les yeux vers lui. "Tu ne trouveras pas mieux à ce prix-là. Alors, tu la prends, le coco ?"

Piotr vit Dani faire oui de la tête. Si la poudre lui convenait, l'adolescent n'allait pas s'amuser à la négocier. Il balança sur le comptoir les pièces d'or convenues et referma le tonnelet pendant que l'homme vérifiait son paiement avec attention. Dani retourna se placer dans son dos, au cas où leur jeune âge pousserait Gorsky à demander plus, mais le commerçant grogna avant de ranger son dû dans une antique caisse enregistreuse. Piotr prit Dani par l'épaule et ils quittèrent la boutique sans plus de mots. Ce n'est qu'une fois sur le trottoir que l'adolescent reprit son souffle, inconscient de l'avoir retenu.

"-Je ne vois pas pourquoi tu étais aussi inquiet, il était plutôt sympa." remarqua Dani en le dépassant.

Piotr soupira longuement.