Bonjour à toutes et à tous ! Je suis ravie d'avoir pu terminer ce chapitre si peu de temps après la dernière mise à jour. Un grand merci à ma bêta-lectrice pour ses précieux retours et sa chasse aux fautes d'orthographe et de grammaire. ?

Je vous souhaite une excellente lecture et j'ai hâte de lire vos impressions !


CHAPITRE 6 :

Un silence oppressant s'était abattu sur la pièce, alourdissant l'atmosphère comme un couvercle invisible. Lulubell fixait les jumeaux avec l'intensité d'un chat surveillant un canari immobilisé, et ils le sentaient. La sueur perlait sur leurs fronts, témoignant de la tension. Ses talons résonnaient à chaque pas, rythmant son approche lente et implacable.

Arrivée devant l'objet enveloppé, Lulubell s'arrêta. Sous leurs regards paniqués, elle entreprit de défaire les draps, méthodiquement, avec une lenteur calculée. Debitto fit un pas en avant, prêt à intervenir, mais il se figea net quand elle leva les yeux vers lui. Son regard glacial suffisait à le clouer sur place. Un frisson lui traversa l'échine, tandis qu'il serrait les poings, impuissant.

Derrière elle, Lero trépignait d'impatience. Les yeux de Lulubell se plissèrent légèrement derrière ses lunettes alors qu'elle découvrait l'objet du chaos : emprisonné dans un bloc de glace brute, un humain se tenait là. À en juger par ses vêtements usés, c'était un fermier. Son visage, figé dans une expression d'incrédulité presque tragique, semblait capturer l'instant où il avait compris son sort. Il tenait encore un fusil, prêt à tirer, comme s'il espérait se défendre.

Lulubell détourna lentement son regard vers les jumeaux. Elle examina leurs vêtements déchirés et, surtout, la plume marron coincée dans les cheveux du blond. Ses yeux perçants firent rapidement le lien. Tout était clair.

« Je rapporterai personnellement cette situation à Earl-sama, » déclara-t-elle froidement. « Pensez-vous réellement qu'il vous ait donné la liberté de parcourir le monde pour semer un tel chaos ? »

Jasdero, les épaules affaissées, trahissait une culpabilité évidente, tandis que Debitto, en revanche, affichait un mépris insolent. Qu'elle en parle au Comte ou non, cela ne changerait rien à ses yeux.

Lero, lui, plissa ses orbites avec une expression malicieuse. Un sourire sadique déforma sa bouche sculptée tandis qu'il flottait joyeusement autour des jumeaux. Dans une voix chantante, il dit : « J'en connais qui vont être punis, Lero~ ! Privé de sortie, Lero~ ! »

La tempe de Debitto pulsa violemment. Furieux, il tenta d'attraper le parapluie, mais ce dernier esquiva avec aisance, se réfugiant derrière Lulubell tout en gardant son sourire moqueur bien visible. Ce foutu bout de bois semblait se délecter de la situation, à l'abri sous la protection de Lulubell.

« Espèce de- »

Avant qu'il ne puisse terminer, Lero, ravi de l'occasion, entreprit de tout raconter à Lulubell. Avec une précision cruelle, il exposa leur idée stupide, leur combat de coq — littéralement — et l'enchaînement d'événements qui avait conduit à la situation actuelle : le fermier congelé.

« Saloperie de bout de bois ! Tu crois que tu vas t'en tirer comme ça après nous avoir balancés ? Je vais te transformer en vulgai- » explosa finalement Debitto, hors de lui.

« Tais toi, » coupa Lulubell, d'un ton intransigeant. « Je ne veux rien entendre de plus concernant cette histoire grotesque. Si je suis ici aujourd'hui, c'est uniquement pour vous informer d'une situation survenue au manoir, rien de plus. »

Cette déclaration eut pour effet immédiat de calmer – temporairement – le brun, tout en attisant la curiosité des deux jumeaux. Debitto se redressa, un intérêt palpable sur son visage, tandis que Jasdero cligna des yeux, confus. Même Lero, habituellement si bruyant, concentrait toute son attention sur elle.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Le pervers a clamsé d'une hémorragie nasale ? » lança Debitto avec un sourire narquois.

« Non. »

La déception flagrante sur son visage n'arracha pas la moindre réaction à Lulubell, qui resta de marbre. L'antipathie entre Sheryl et Debitto était de notoriété publique parmi les Noah, mais elle n'avait ni le temps ni l'envie de s'y attarder. Elle poursuivit, relatant sans détour la nouvelle du dernier ajout au manoir, ainsi que les implications qui en découlaient pour eux.

À peine avait-elle terminé que Debitto lâcha un sonore : « Putain, le Comte est devenu sénile ! » Jasdero, hilare, renchérit avec un rire aigu : « Complètement fou, hi hi hi ! »

Lero, lui, eut assez de bon sens pour garder pour lui ses réflexions concernant la santé mentale – visiblement vacillante – de son maître. Et au vu de l'expression glaciale de Lulubell, il avait bien fait. Dommage que les jumeaux, eux, n'aient pas assez de neurones fonctionnels pour en faire autant.

Le visage, déjà peu expressif, de Lulubell se ferma encore davantage. Visiblement, ils avaient besoin d'apprendre le respect avant d'espérer pouvoir retourner au manoir. Heureusement, elle était prête à leur donner une leçon.

DGM

Les enfants du clan de Noé franchirent la porte créée par Road et se retrouvèrent dans l'un des longs couloirs du manoir. Road posa les sacs à terre et ordonna mentalement à un Akuma de venir les ranger.

Elle jeta ensuite un regard à son jeune protégé, dont la main était toujours fermement agrippée à la sienne. La force de sa prise en était presque douloureuse, mais elle avait fini par s'y habituer dès la troisième ville qu'ils avaient traversée. Elle ne pouvait cependant s'empêcher de ressentir une pointe de compassion pour lui. Allen semblait encore moins bien supporter ce moyen de transport que les jumeaux eux-mêmes.

« Allons-y. »

Le trajet jusqu'à la salle à manger se déroula dans un silence presque pesant. Lorsqu'ils arrivèrent enfin, Road ouvrit les grandes doubles portes d'un geste vif, et son visage s'illumina aussitôt à la vue du plus ancien des Noah.

« Millénie ! »

Elle entraîna sans attendre Allen vers la chaise du patriarche, ne lâchant sa main qu'une fois qu'ils furent à ses côtés, puis se jeta dans les bras de l'homme avec un sourire radieux.

« Tu m'as tellement manqué ! »

L'homme lui rendit son étreinte d'un bras, tout en tapotant doucement la tête du plus jeune avec l'autre. Il ignora volontairement le léger tressaillement d'Allen sous son geste.

« Alors, comment s'est passée cette matinée, Allen ? » demanda-t-il d'une voix douce.

« C'était bien, » répondit Allen, se mordant la lèvre un instant avant de redresser la tête pour croiser le regard du patriarche. « Merci, Mons-Millénie, pour les vêtements. »

Les yeux mordorés du Comte s'adoucirent, laissant transparaître une chaleur réconfortante. Il posa doucement une main sur les mèches écarlates du garçon et les ébouriffa avec une tendresse inhabituelle.

« Tu n'as nullement besoin de me remercier, bien au contraire. Je te dois des excuses pour ne pas y avoir pensé plus tôt. Pour être honnête, je n'y aurais sans doute pas pensé avant un bon moment, sans l'intervention de mon très cher petit rêve. » dit-il en baissant les yeux vers Road, un sourire complice sur les lèvres.

Voyant Allen sur le point de protester, Road prit les devants.

« Millénie travaille beaucoup trop ! Il devrait prendre des pauses de temps en temps pour jouer avec nous, non ? Hé, tu n'es pas d'accord, Allen ? »

Allen hocha timidement la tête, sincère malgré sa gêne.

« C'est important de se reposer quand on travaille trop, » murmura-t-il.

Adam laissa échapper un léger rire, ébouriffant une dernière fois les cheveux d'Allen avant de serrer tendrement Road dans ses bras.

« Votre inquiétude à mon égard me touche profondément. Je ne pourrais rêver d'une meilleure famille. »

Allen sentit ses joues s'embraser. Les mots du Comte faisaient naître en lui une chaleur qu'il n'avait connue que dans les bras de Mana.

À l'invitation du patriarche, ils prirent place autour de la table. Road questionna le Comte sur l'absence de Tyki, et celui-ci répondit que celui-ci avait préféré ne pas se joindre à eux pour le repas. Elle n'insista pas et combla le silence en racontant avec enthousiasme les détails de leur matinée, tout en attendant que les plats soient servis.

DGM

Les enfants se séparèrent du Comte à l'angle d'un couloir, chacun regagnant ses quartiers pour se reposer avant de se rendre à la résidence Kamelot. Adam leur avait suggéré de faire une sieste, et Allen, épuisé par les longues heures de marche à travers les villes, trouva l'idée parfaite.

« Je viendrai te réveiller dans une heure. »

« D'accord. À tout à l'heure. »

Road disparut rapidement dans sa chambre, et Allen fit de même. Il retira soigneusement ses bottes et les rangea près de l'entrée avant de se traîner jusqu'au lit. Glissant sous les draps, il ferma les yeux. Il n'avait pas encore sombré dans le sommeil qu'une violente quinte de toux secoua son petit corps.

Ailleurs dans le manoir :

Confortablement installé sur le rebord de sa fenêtre, une jambe pendant à l'intérieur, Tyki savourait une cigarette de sa marque favorite tout en observant la vue paisible qui s'offrait à lui. Le soleil, dissimulé derrière de lourds nuages, diffusait une lumière tamisée qui ne l'éblouissait pas. Une douce brise caressait son visage, ajoutant à la sérénité du moment.

Son regard se détourna vers la porte lorsqu'un coup vint interrompre le silence. Son œil gauche se contracta légèrement sous l'effet de l'agacement. Qui donc pouvait bien venir le déranger à un tel moment ?

« Entrez. »

Tyki se renfrogna en découvrant son visiteur surprise. Sans un mot, il détourna les yeux et retourna à sa contemplation, tirant plus vivement sur sa cigarette.

« Pourquoi tu n'étais pas présent au repas ? »

Jetant l'embout restant de sa cigarette dans le cendrier, Tyki sauta du rebord de la fenêtre pour se diriger vers sa chaise de bureau. Il s'y affala sans la moindre grâce, puis daigna enfin poser son regard sur la fille de son frère.

« Je n'avais pas faim, voilà tout. Et toi, pourquoi t'es là ? »

Road bondit au pied de son lit, balançant ses jambes d'avant en arrière. Elle jouait avec le mouvement, amusée par sa petite taille qui accentuait l'effet.

« Né, né, Tyki, tu sais que ton comportement envers notre nouveau membre commence sérieusement à m'irriter. »

« Oh ? Vraiment ? » Tyki se redressa légèrement dans sa chaise, croisant une jambe sur l'autre et s'accoudant avec nonchalance. Un sourire narquois étira ses lèvres.

« Tu m'en vois ravi de l'apprendre. »

L'atmosphère changea brusquement. Un silence lourd s'installa, emplissant la pièce. Leurs regards se croisèrent, intenses, comme deux prédateurs prêts à s'affronter. Les secondes s'étirèrent, se transformant en longues minutes. Puis—

« Que tu es rabat-joie ! Tu es encore fâché à cause de ton livre ! » gémit Road en se laissant tomber sur le matelas, les bras écartés.

Le coin de l'œil gauche de Tyki tressaillit. Il dut mobiliser toute sa volonté pour ne pas bondir sur elle et l'étrangler.

« Tu en parles comme si c'était un accident ! Et non, je ne suis plus "fâché" pour mon bien-aimé livre. Je suis profondément frustré et agacé par ton comportement. »

Road releva la tête, lui lançant un regard innocent, mais Tyki la fusilla des yeux.

« Et inutile de me faire ce petit numéro de charme ridicule. Ça ne marche pas. »

Elle soupira, se redressa complètement et leva une main pour lui intimer le silence. Tyki, après un claquement de langue agacé, obtempéra à contrecœur.

« Tu es fautif, » déclara-t-elle, son ton devenant sérieux.

Tyki remarqua immédiatement le changement.

« Depuis que le Comte est rentré avec Allen, tu es désobligeant, » déclara Road, son ton empreint d'un calme glacial. « À force de faire des remarques sur le départ du garçon et en insistant pour l'ignorer, tu remets en question l'autorité du Comte. »

Tyki soupira en passant une main sur son visage.

« Road, je ne remets rien en question. Je suis simplement réaliste sur cette situation. Le gosse est tenu dans l'ignorance totale de la fabrication des Akuma et des massacres. Et alors quoi ? Tu penses qu'il réagira différemment des autres humains quand il découvrira tout ça ? »

Sa main s'abaissa et un rire sans joie s'échappa de ses lèvres.

« Quelle blague ! Si le prince veut se bercer d'illusions, c'est son problème. »

Se levant d'un bond, il se dirigea vers la porte, qu'il ouvrit d'un geste brusque.

« Mais ne me demandez pas de participer à cette mascarade ridicule. »

Road resta un moment immobile, assise sur le lit, le fixant sans un mot. Puis, lentement, elle se leva et marcha jusqu'au seuil. Elle leva les yeux pour croiser le regard sombre et moqueur de Tyki.

« Tu seras surpris, » murmura-t-elle simplement.

Tyki haussa un sourcil, un sourire narquois aux lèvres.

« Mais bien sûr. »

Et il claqua la porte derrière elle.

DGM

Le patriarche du clan de Noé était installé dans son fauteuil, les doigts habiles en plein tricot, lorsqu'un coup retentit à sa porte. Accordant la permission d'entrer, il posa son ouvrage à moitié achevé sur ses genoux et attendit patiemment que son visiteur se manifeste.

Une lueur de surprise traversa brièvement son visage avant d'être remplacée par une curiosité bienveillante en voyant une tête familière apparaître dans l'entrebâillement.

« On ne te dérange pas ? »

« Pas du tout, » répondit-il avec chaleur, leur faisant signe d'entrer.

« Que puis-je pour vous, mes enfants ? »

Road et Allen s'arrêtèrent à quelques pas de sa chaise, laissant au patriarche tout le loisir d'observer le jeune garçon. Allen portait un tee-shirt blanc, une veste noire, un short gris, un collant noir et des bottes blanches à lacets montant jusqu'aux genoux.

« Adorable, »pensa Adam avec un sourire imperceptible.

Le regard d'Adam s'attarda un instant sur le bras gauche du garçon, caché sous des gants bien trop grands pour lui. Allen portait toujours ceux qu'il lui avait prêtés, malgré le fait que Road avait mentionné lors du repas qu'ils en avaient acheté une nouvelle paire. Ce détail, insignifiant pour d'autres, lui semblait étrangement attachant.

« On va bientôt se rendre chez papa, et on voulait savoir si tu avais pu le joindre ? » demanda Road, brisant le silence.

« En effet. »

Leur regard, empli d'expectative – bien que plus réservé dans le cas d'Allen – troubla légèrement le patriarche.

« Et de quoi avez-vous parlé ? » insista Road, feignant une curiosité innocente.

Adam ajusta ses lunettes avec calme avant de répondre : « Nous avons discuté de l'actualité. »

Un éclat de compréhension traversa les yeux de sa sœur, mais elle ne sembla pas vouloir en rester là.

« Et rien d'autre ? »

Les sourcils d'Adam se froncèrent légèrement.

« Non. »

Sa réponse contraria Road, tandis qu'Allen, visiblement déçu, baissa les yeux vers le sol.

« Sheryl devait me parler d'un sujet particulier ? » demanda Adam, intrigué par leur réaction.

Road secoua subtilement la tête, son mécontentement visible uniquement pour son frère aîné. Elle posa une main réconfortante sur l'épaule d'Allen et lui offrit un sourire doux lorsqu'il releva timidement la tête vers elle.

« Papa est un homme très occupé, surtout en ce moment. Tu sais, son travail est très important, il a parfois des oubl— »

« Attendez ! » l'interrompit soudainement Adam.

Il simula un rire gêné, grattant la base de son cou dans un geste qui semblait parfaitement calculé.

« Ma mémoire commence à me jouer des tours. Maintenant que j'y pense, Sheryl a effectivement mentionné une requête qu'il souhaitait me soumettre. Malheureusement, il était assez occupé et m'a demandé s'il pouvait m'en parler à votre retour. »

Un faible éclat d'espoir illumina les yeux orageux d'Allen, ce qui attira immédiatement l'attention d'Adam. Eh bien, il saurait bien assez tôt de quoi il retournait. Nul doute que Sheryl viendrait effectivement lui rendre visite pour cette requête.

« Merci, Millénie. On va te laisser, » dit Road joyeusement en prenant la main d'Allen.

Adam hocha la tête avec un sourire en coin, regardant les deux enfants quitter la pièce.

« Passez une bonne journée, mes enfants. »

Adam leur adressa un geste de la main, auquel Allen répondit timidement avant de quitter la pièce en compagnie de Road. Le patriarche se retrouva à nouveau seul.

La sonnerie de l'un de ses innombrables téléphones coupa court à ses réflexions. Son comportement changea instantanément, son expression se durcissant. Le travail passait avant tout.

« Dites-moi… »

DGM

Assis derrière son imposant bureau, le 1ᵉʳ ministre des Affaires étrangères écoutait attentivement son interlocuteur au téléphone. Son visage impassible semblait taillé dans la pierre, reflétant un professionnalisme inébranlable.

« Voilà une bien triste nouvelle que vous m'apprenez, » déclara-t-il solennellement, son regard balayant les piles de documents soigneusement signés et classés.

Il avait tout réglé en avance pour s'assurer une demi-journée paisible en compagnie de son petit rayon de soleil et de l'enfant humain, sans être dérangé.

« Envoyez mes condoléances à ses proches, en attendant que je puisse leur rendre visite personnellement. »

Quelques mots supplémentaires furent échangés avant qu'il ne mette fin à l'appel. À peine le combiné raccroché, son expression changea du tout au tout. Sa façade sérieuse s'effaça pour laisser place à un sourire satisfait. Un résistant de moins dans son parti, grâce à un coup de pouce de mère Nature. Que soient bénies les crises cardiaques.

Un frappement à la porte attira son attention.

« Entrez. »

Son visage s'illumina lorsque ses visiteurs franchirent le seuil. Se levant immédiatement, un large sourire étirant ses lèvres, il contourna son bureau et ouvrit grand les bras.

« Ma petite princesse, te voilà enfin ! Tu m'as tellement manqué ! »

Road ne se fit pas prier pour se jeter dans ses bras.

Après un court moment, elle s'éloigna à contrecœur, affichant un sourire. Elle revint aux côtés d'Allen et attira l'attention de Sheryl sur le garçon. Le ministre nota aussitôt son apparence changée, satisfait qu'il ne porte plus les vêtements de son précieux petit ange.

« Bonjour, Monsi—Sheryl. Comment allez-vous aujourd'hui ? » demanda Allen avec une politesse mesurée.

« Merveilleusement bien depuis votre arrivée, » répondit Sheryl en remontant son monocle, un sourire guilleret aux lèvres. « Et nul besoin de me vouvoyer, nous sommes de la même famille. »

Allen acquiesça timidement, murmurant un « d'accord ».

Road prit alors la parole pour la première fois depuis leur arrivée : « On ne te dérange pas ? »

« Pas du tout ! Je viens tout juste de terminer ce qui nécessitait mon attention, » répondit-il en rayonnant. « Je suis tout à vous. »

Road fit semblant d'être impressionnée.

« Pile à temps pour le goûter. Tu es le meilleur papa de la terre ! »

Sheryl faillit s'évanouir devant l'air admiratif de sa fille adorée. Il sortit un mouchoir de la poche de son veston pour essuyer le saignement de nez soudain provoqué par son compliment. De son autre main, il ébouriffa tendrement les cheveux du neuvième disciple.

Allen détourna les yeux. L'amour paternel évident de Sheryl lui rappelait bien trop celui de Mana. Les paroles de Road lui laissèrent un goût amer dans la bouche.

Il n'avait jamais dit à Mana qu'il l'aimait. Il ne l'avait jamais félicité pour ses spectacles, ni pour quoi que ce soit d'autre. Et maintenant que Mana était mort, il ne pourrait jamais le faire.

« Allez Allen, pleurer est inutile. Mana voudrait que je reste fort », se réprimanda-t-il mentalement.

Parvenant à refouler ses larmes, il tourna à nouveau les yeux vers la paire, ne ressentant qu'un pincement douloureux dans sa poitrine. Sa curiosité fut néanmoins piquée lorsqu'il entendit la fin de la phrase de Road, prononcée sur un ton clairement déçu : « ... mais j'aurais voulu qu'elle le rencontre. »

Sheryl tapota affectueusement les cheveux de sa fille en soupirant discrètement. Il tourna ensuite son attention vers Allen, simulant un sourire triste avec une facilité pratiquée.

« Ma femme a toujours eu la santé fragile. Elle est clouée au lit depuis quelques jours. J'ai pu brièvement lui parler de toi, et elle est impatiente de te rencontrer lorsqu'elle ira mieux. »

« Oh, j'espère qu'elle se rétablira rapidement, » répondit Allen d'une voix douce.

Sheryl arqua un sourcil, intrigué. Il pouvait dire que l'enfant humain était sincère dans ses paroles.

« Ne t'inquiète pas, maman ira mieux en un rien de temps ! » assura Road avec un sourire réconfortant.

Sheryl tapa alors dans ses mains, attirant immédiatement l'attention d'Allen et de sa fille.

« Et si nous sortions de ce bureau étouffant pour enfin commencer ce fameux goûter ? » déclara-t-il d'un ton enjoué, ses yeux pétillant de malice.

« Yeah ! » s'exclama Road, toute excitée.

Allen acquiesça et se leva, clignant plusieurs fois des yeux lorsqu'il remarqua que Sheryl lui tendait la main. Il regarda un instant cette main tendue, puis l'homme qui la lui offrait, une hésitation visible dans son regard.

Sheryl resta immobile, un sourire agréable étirant ses lèvres. Finalement, Allen finit par prendre sa main, jetant encore quelques regards discrets à l'homme avant de se laisser guider. Sheryl lui fit un clin d'œil avant de tourner son attention vers Road, qui avait déjà attrapé son bras et le tirait joyeusement vers la porte – entraînant Allen par la même occasion.

« Allez, dépêchons-nous, j'ai hâte de voir ce qu'il y a pour le goûter ! » s'exclama Road avec enthousiasme.

« Ça ne va pas disparaître, » lui fit remarquer Sheryl d'un ton faussement exaspéré, empreint d'une tendresse évidente.

Pour toute réponse, Road lui tira la langue, ce qui le fit rire doucement. Il se laissa alors entraîner par son adorable princesse.

Allen, quant à lui, ressentait une certaine crainte face au dédale de couloirs qu'ils traversaient. Mon Dieu, la maison de la famille Kamelot était aussi immense que celle du Comte. Il était certain que s'il se promenait seul, il se perdrait à coup sûr.

Bientôt, ils arrivèrent dans ce qui semblait être un salon. À la surprise et confusion d'Allen, ils ne s'arrêtèrent pas là et continuèrent jusqu'à une porte-fenêtre. Sheryl lâcha leurs mains pour ouvrir les deux battants avec élégance.

Père et fille franchirent le seuil, tandis qu'Allen restait en arrière, ébloui par ce qu'il voyait. Le balcon était spacieux, avec un sol en mosaïque de rose foncé et de marron clair formant des motifs en losanges. Des plantes variées décoraient les coins, ajoutant une touche de fraîcheur. La balustrade, d'un violine aux reflets marbrés de blanc, était aussi inhabituelle qu'élégante.

Une petite table ronde recouverte d'une nappe blanche trônait près de la balustrade. Trois chaises en osier étaient disposées autour, et au centre de la table se trouvait un présentoir à gâteaux à trois étages, chacun garni d'une variété de pâtisseries. Un service de vaisselle pour trois avait été soigneusement mis en place, accompagné de carafes de jus de fruits et d'une théière en porcelaine.

La vue était tout aussi spectaculaire, offrant un panorama dégagé sur le jardin en contrebas et les environs paisibles.

« Ne reste pas planté là, mon garçon, viens t'asseoir, » invita gentiment Sheryl.

Allen s'empressa de s'installer sur la chaise à côté de Road, baissant les yeux vers ses mains gantées. Il ne remarqua pas le regard suspicieux que le ministre lui lançait.

« Alors, comment trouves-tu la vue ? » demanda Road soudainement, tendant déjà la main pour attraper un cookie aux pépites de chocolat au lait.

« C'est très beau, » répondit Allen simplement.

Sheryl inclina légèrement la tête en reconnaissance tout en se versant tranquillement une tasse de thé.

« Pourquoi ne pas me raconter ce que vous avez fait ce matin ? »

Le visage de Road s'illumina, et elle ne perdit pas de temps à relater leur matinée de shopping avec enthousiasme. Sheryl l'écoutait attentivement, un regard empli de tendresse posé sur sa fille.

Quant à Allen, il ne lui prêtait aucune attention. Il avait déjà entendu cette histoire au déjeuner, lorsqu'elle l'avait racontée au Comte. Son regard dériva vers la carafe de jus de fruits posée à portée de bras.

« Ai-je le droit de me servir, ou dois-je demander la permission ? » pensa-t-il avec hésitation.

Après avoir jeté un regard discret à la paire, il prit une profonde inspiration et tendit une main tremblante vers la carafe. Ses doigts s'enroulèrent doucement autour du récipient, et il se versa un verre. Père et fille ne semblaient toujours pas le remarquer.

Prenant une gorgée, il sentit un soulagement immédiat. Sans s'en rendre compte, il avait déjà fini son verre et s'en resservait un autre.

Ce n'est qu'à son troisième verre qu'une voix interrompit sa concentration.

« Eh bien, tu avais vraiment soif, jeune homme, » lança soudain Sheryl d'un ton amusé.

Allen sursauta, réalisant qu'il avait maintenant toute l'attention de la paire. Rouge de honte, il baissa les yeux vers ses mains gantées qu'il se mit à triturer nerveusement.

« Désolé, » murmura-t-il, presque inaudible.

Road voulut soupirer face à la réaction gênée du rouquin et réprimander son père pour sa remarque. Faire s'ouvrir Allen était déjà une tâche assez compliquée en soi ; elle n'avait pas besoin que Sheryl la rende encore plus difficile.

« Papa, tu peux me servir à boire aussi, s'il te plaît ? Je meurs de soif ! »

« Bien sûr, ma puce. »

Sheryl remplit son verre, et Road le vida en un temps record, un sourire satisfait aux lèvres. Sans attendre, elle en demanda un autre, ignorant le froncement de sourcils de son père et la surprise visible sur le visage d'Allen. Sheryl obtempéra tout en la dévisageant, incrédule, alors qu'elle vidait ce deuxième verre tout aussi rapidement.

« Ah, ça fait du bien ! Ce jus de fruits est excellent, n'est-ce pas, Allen ? » dit-elle joyeusement.

Le garçon acquiesça timidement, semblant déjà un peu moins nerveux.

« Et les cupcakes du chef sont tout simplement à tomber par terre, tu devrais les essayer... »

Sans attendre de réponse ni lui laisser le choix, elle se mit à remplir l'assiette d'Allen de petits gâteaux, une expression malicieuse sur le visage.

Sheryl, quant à lui, sentit un tic agiter violemment son œil en observant sa fille servir l'humain.

« Calme-toi, Sheryl », se répéta-t-il mentalement.

Ce garçon n'était pas un vulgaire humain pris au hasard. Il faisait partie de la famille désormais. Il allait devoir accepter cette réalité, pour le bien du Comte… même si s'en convaincre risquait de prendre du temps.

Pendant ce temps, un frisson parcourut la colonne vertébrale d'Allen. Une sensation inquiétante rampait dans son esprit, comme un avertissement d'un danger imminent. Nerveusement, il jeta un regard discret autour de lui, par-dessus sa frange. Mais ne voyant rien d'anormal, il se détendit légèrement, bien qu'une tension persistante restât tapie au fond de lui.

DGM

« À tout à l'heure, » lança Road joyeusement à Allen alors que le garçon disparaissait à l'intérieur, guidé par un domestique – qui n'était autre qu'un Akuma – jusqu'aux toilettes.

Son sourire s'effaça aussitôt, laissant place à une expression grave.

« Nous devons parler, » déclara-t-elle froidement.

Sheryl inclina légèrement la tête, sirotant calmement son thé.

« Je suis du même avis, » répondit-il en se penchant légèrement en avant. « Bien que le Comte m'ait expliqué les événements ayant conduit à l'intégration de ce garçon dans notre famille, je n'en reste pas moins dans le noir. »

« Je n'ai pas plus de réponses que toi, mais je ferai de mon mieux pour éclairer ton chemin, » répondit Road.

Il hocha la tête, acceptant cette réponse pour l'instant.

« Notre patriarche a-t-il montré des signes de regret ? »

L'expression de Road resta impassible.

« Aucun. Depuis qu'il a ramené Allen, il semble même plus heureux. »

Sheryl fronça les sourcils, réfléchissant.

« N'y a-t-il pas une chance qu'il finisse par se lasser de la nouveauté que lui procure cet humain ? »

Les traits en porcelaine du visage de Road se durcirent instantanément, ses yeux s'assombrissant dangereusement.

« Surveille tes paroles, » dit-elle d'une voix menaçante. « Allen n'est pas une vulgaire distraction aux yeux du Comte. Il fait désormais partie intégrante de cette famille, et rien ne changera cette réalité. »

Sheryl se redressa, transperçant Road du regard. Il se retrouva momentanément abasourdi en percevant, sous la colère froide qu'elle projetait, une lueur protectrice qu'il n'avait encore jamais remarquée.

« Tu n'as nullement besoin d'être sur la défensive, » dit-il d'un ton neutre. « J'ai assuré à notre patriarche que je ne traiterais pas ce garçon comme un intrus, et je tiendrai parole. »

Tout comme le Comte, Road comprit parfaitement ce que cette formulation impliquait : Sheryl ne considérait pas Allen comme un membre de leur famille. Il reconnaîtrait son existence, lui accorderait une courtoisie minimale, mais rien de plus.

Road relâcha un profond soupir, ses yeux semblant vieillir d'une décennie en un éclair. Un sourire triste étira ses lèvres.

« Sheryl, s'il te plaît, donne-lui une chance. »

Son ton était calme, mais ses mots étaient lourds de sens, ce qui troubla visiblement son frère.

« Allen a un réel effet positif sur Adam. J'ai vu de mes propres yeux le bonheur qu'il lui apporte, et cela malgré le peu de temps qu'ils ont passé ensemble. »

Ses yeux se voilèrent un instant, perdus dans ses souvenirs. Elle revoyait la forme déguisée de son bien-aimé frère aîné, ses yeux mordorés vibrant de vie et son sourire sincère malgré son costume.

« Je ne suis pas naïve, » continua-t-elle, détournant son regard pour admirer l'horizon. « Je sais qu'il est tenu dans l'ignorance des horreurs de la guerre sainte. Mais… je ne peux m'empêcher d'espérer que, même s'il en venait à découvrir la vérité, il ne réagirait pas comme les autres humains. »

Sheryl fronça les sourcils, intrigué.

« Pourquoi ? »

Road tourna la tête vers lui et lui adressa un petit sourire mystérieux.

« Qui sait ? »

Sheryl resta silencieux, déconcerté par l'affection qui brillait dans les yeux améthyste du neuvième disciple. Cela le fit réfléchir. Peut-être y avait-il plus chez cet humain qu'il ne l'avait d'abord cru. Après tout, il semblait s'être fait une place dans le cœur des deux Noah les plus âgés en un temps remarquablement court.

Il porta sa tasse à ses lèvres, sirotant calmement son thé. Il allait observer pour l'instant, mais il ne pouvait s'empêcher de se demander : jusqu'où cet humain pouvait-il vraiment aller ?


Merci d'avoir lu ce chapitre ! Vos retours me font toujours super plaisir et m'aident énormément à progresser, alors n'hésitez pas à me partager vos impressions. Qu'avez-vous pensé des interactions entre Allen, Road et Sheryl ? Si une scène vous a marqué, intrigué ou fait sourire, je serais ravie de le savoir. ?

Hinatanatkae : Merci beaucoup, ton commentaire me fait super plaisir ! Je comprends totalement ce que tu ressens, et j'avoue que je me concentre beaucoup sur les réactions et points de vue des Noahs plutôt que sur Allen… mais promis, cela va bientôt changer ! Je vais commencer à équilibrer les choses, car moi-même je trouve qu'Allen manque un peu de mise en avant (je plaide coupable !).

Yeah, je suis trop contente que mon humour passe bien ! J'adore écrire sur les jumeaux et les mettre dans des situations où leur stupidités les mènes à leur perte

Pour finir, j'ai une petite nouvelle qui devrait te plaire : Tyki aura un rôle beaucoup plus actif dans le prochain chapitre ! ;-)

Enfin, une petite précision importante : Je reçois parfois des propositions pour adapter cette fanfiction en manga ou autre. Même si je comprends que cela part souvent d'un bon sentiment, je tiens à rappeler que cette histoire reste une simple fanfiction et un hommage à l'œuvre de Katsura Hoshino, l'autrice originale de -Man. Par respect pour son travail, je ne peux accepter ce genre de propositions. Merci pour votre compréhension.

Sur ciassu.