- Eh, beh alors .. ? Ça fait quoi d'être là, sur cette croix ? Abandonnée de tous, même de ta propre petite sœur ? Rit une voix, pas loin de moi.

Je me réveillais par un coup porté dans mon torax, ouvrant avec peine mes paupières. Mes yeux étaient durs à garder ouverts, il fallait presque lutter à chaque seconde pour y parvenir. La faim, la soif et la douleur m'affaiblissait de plus en plus. Je n'allais pas tenir encore bien longtemps… Si je tenais encore trois jours ce serait sans doute un miracle…

Le Maire venait de me parler, comme chaque soir, me permettant d'une certaine manière de savoir environ où l'on en était. C'était un homme blond, à la coiffure excentrique, vêtu du bleu royal, comme tous les autres foutus nobles... Tss, pathétique homme. Cependant, je crois que je haïssais plus les blancs que les bleus... Je ne réagissais pas, me contentant de le regarder droit dans les yeux. Il détourna le regard, une fois de plus, tel le lâche qu'il était. Ce n'était pas la peine de me fatiguer plus que nécessaire pour cet homme. Autant attendre que le Marine soit là, histoire d'avoir une chance de lui faire la peau... Je gardais donc mes forces, bougeant le moins possible, évitant donc que mon sang ne s'échappe encore plus de mes plaies. Pourtant, je savais que plus le temps s'écoulait au rythme des gouttes de sang, moins j'avais de chances de le revoir avant d'y passer…

- Je n'ai aucune idée de comment tu as pu assommer et ses gardes... Mais, je sais ce que je ferai à ta sœur si je la trouve, par contre.

Change de disque, bon sang… Ce genre de remarque, tu m'en fais tous les jours. Pourquoi je réagirais encore ? Il ne la trouverait pas de toute manière, me rassurais-je, lassée. Daniel la protégeait. Elle n'avait rien à craindre avec lui. Il avait absolument toute ma confiance, je le connaissais depuis longtemps... Cet homme mettrait sa vie en jeu pour protéger un enfant... Et avec tout ce qu'il disait me devoir, je ne doutais pas de lui.

Ce Maire venait m'insulter, comme chaque jour, juste pour me provoquer, que je réagisse, pour son petit plaisir personnel de me voir impuissante face à lui. Plaisir qui allait s'arrêter, à sa grande contrariété, de ce que j'en voyais... Bientôt, je ne ferais plus rien. Je n'en serais, de toute manière, plus capable et ça, cela l'agaçait. Les limites physiques d'un corps humain étaient inoccnues pour lui, apparemment.

- De toute façon, tu mourras bientôt, et alors ta sœur m'appartiendra. Crachat-il, en se retournant, comme pour partir.

Je tiquais, fermant le poing par habitude. Il se tourna alors, en souriant, il m'avait vue. Fils de pute… Un mouvement dans la foule attira mon attention, me faisant relever un peu plus le visage. Non ! Je la vis s'avancer vers cet homme, une haine indiscible que je n'aurais jamais voulu voir dans son regard bleuté.

- Oh... Il suffit que je parle de ce que je ferais à ta sœur pour te faire réagir ? Bien... Alors, je vais tout te raconter, à toi, petite traînée, ce que je-

Il fut coupé par un coup, porté au menton. Ma sœur, Lazarée, était devant moi, me contemplant, les larmes aux yeux, et je ne voyais plus qu'elle. Le désespoir commença à me broyer les côtes, plus efficacement que la faim. Vas-t-en, bon sang ! Elle me tourna le dos, tandis que je la suppliais du regard de s'enfuir. Je regardais la foule, voulant qu'il y en ait, ne serait-ce qu'un seul, qui parte, emportant ma sœur, loin de lui ! Le Maire, vacillant, avait reculé d'un pas, sous la surprise du coup inattendu, qui n'avait pas été réellement fort. Ma sœur était peut-être pirate, mais ne possédait pas suffisamment de force physique pour en venir à bout, pour le moment. Il releva son regard dégouttant sur le corps gracile de la fillette. La reconnaissant, il se redressa, souriant narquoisement, me toisant d'un air victorieux. J'avais peur. J'étais terrifiée, même. Il s'avançait vers elle, lentement, comme un prédateur devant sa proie acculée. Je serrais difficilement les poings, les faisant pisser le sang. Le village ne ferait rien... Comme toujours lorsqu'il s'agissait de passer à l'action. Moutons. C'est aussi à cause de ça, que je suis bloquée sur cette foutue croix au lieu de pouvoir la protéger. Daniel, qu'est-ce que tu fais, bordel ?

Je devais me décrocher. La peur, l'adrénaline me donnaient la force de bouger. Moi, pourtant aux portes de la Mort, avait l'impression de pouvoir réfléchir plus vite, de pouvoir soulever des montagnes pour elle, pour ma petite sœur, la dernière chose qu'il me restait. C'était fou ce que l'amour pouvait nous donner l'envie de nous battre, même dans les états les plus critiques. Alors je ruais vers l'avant, utilisant tout mon poids, tentant vainement de me décrocher, ne comptant pas le sang qui s'écoulait, sous le regard effrayé des villageois, la douleur n'atteignant même plus mon cerveau. Je le vis l'attraper par le cou, la soulever. Elle était restée là, sans bouger, cette idiote, à m'observer faire... Je regardais mes liens, détournant mes yeux quelques secondes. Je devais enlever le silice sur mon bras droit. Une fois celui-ci enlevé, je pourrais descendre rapidement. J'analysais rapidement comment je pouvais me l'enlever. Pris d'une illumination, je tirais soudainement sur ma main droite. Petit à petit, je la délogeais du clou de bois, saignant cependant abondamment. Une personne lambda se serait évanoui, ou mort avec la perte incroyable de fluide vital, sous la douleur mais l'urgence augmentait mon adrénaline à l'intérieur de mes veines, me soulageant pour l'instant de ma souffrance et de ma faiblesse. Je l'entendais la frapper dans le silence des villageois. Ils me dégouttaient tous, à cet instant. Lorsque je regardais la scène, je la vis, me regarder faire, l'horreur se peignant sur son visage, devant ma main fragmentée. Qu'elle réagisse bon sang ! Qu'elle se défende ! Qu'elle s'enfuie, merde !

De ma main droite, nouvellement libérée, j'arrachais les liens me scellant les lèvres. Les cordelettes tombèrent silencieusement à terre, sonnant comme une délivrance, tandis que le sang touchait ma langue, me donnant un goût ferreux dans la bouche. Mes dents s'approchèrent rapidement du bracelet en granit marin enserrant mon bras, écorchant ma peau profondément. Les cicatrices ne seraient pas belles, mais qu'en avais-je à faire, si elle était vivante ? Je l'agrippais entre mes canines, la rage au cœur. D'un coup sec, je l'arrachais sur toute la longueur de mon bras, me blessant encore plus, bien que je n'en eu rien à faire. Je pris dans une main le silice, pendant légèrement de l'autre encore accrochée, D'un grand mouvement de bras, je le jetais sur l'enfoiré qui se disait être Maire, avec toute la force que je pouvais y mettre. L'objet lourd le toucha violemment, le faisant lâcher Lazarée. Parfait. A l'instant précis où il se retourna vers moi pour savoir qui avait osé le frapper, je puisais dans mes forces pour utiliser mon pouvoir et me retrouver sous ses yeux, le talon le frappant au visage, lui aspergeant le visage de sang, le faisant s'éloigner violemment de ma sœur, en le reculant de deux mètres. Je tenais à peine sur mes jambes, je sentais que je tremblais de tout mon être. Ce qui n'était pourtant pas bien étonnant. Les causes pouvaient être multiples : froid, faim, peur, anémie peut-être...

- Je vais te faire payer, enflure... Plus jamais tu ne toucheras à mes sœurs... Assénais-je, la voix tellement rauque, que mes mots étaient à peine compréhensibles, mais mon regard devait parler pour moi.

Je sentais mes mains, mes pieds et mes lèvres guérir, peu à peu. Mon fruit du démon me sauvait, sans aucun doute, la vie. Mon sang se serait sinon complètement enfui de mon corps et ça aurait été la fin de mon parcours. Je devais avoir perdu pendant l'action, au bas mot, plus d'un litre de sang, en plus de ce que j'avais déjà perdu. Je m'agenouillais aux cotés de ma petite sœur, en l'examinant des pieds à la tête à la recherche des blessures apparentes. Une rougeur autour de son cou, des bleus apparaissant aléatoirement sur ses bras et jambes étaient déjà visibles. Il allait me le payer... Ma colère me donnait la force de me battre, elle aussi. Soulagée tout de même du nombre plutôt minime de blessures, je la giflais. Elle ne m'avait, encore une fois, pas écoutée. Je la pris, ensuite, dans mes bras, tant j'étais contente qu'elle aille bien, oubliant momentanément l'autre enfoiré.

- Myla... Tu trembles…

M'en cogne. Peu importait pour le moment, je tenais ma raison de vivre dans mes bras. C'était la dernière à mes côtés… Le Marine ne m'avait même pas laissé les enterrer, emportant leurs corps… Toi, tu ne payais rien pour attendre...

- Sale chienne ! Rugit soudain le Maire dans mon dos.

Ah, oui. Je ne l'ai pas encore tué. J'entendis un déclic, comme un chien de sécurité qu'on retirait. Le coup de feu ne tarda pas à partir, sous les exclamations de la foule. L'idiot m'avait tiré dessus... Pas malin, pour lui. J'étais une femme-portail, au fruit du démon éveillé. Me tirer dessus revenait à se faire tuer par sa propre balle. J'esquissais un sourire sanglant, tandis que la balle me traversa le crâne, sans qu'aucune blessure ne me soit administrée. Elle rebondit sur le sol. Non, il ne mourra pas d'une simple balle, il méritait pire que ça.

- Myla, vas-y.

Je m'apprêtais à lui répondre sauf qu'aucun son ne sortit de ma gorge. Je ne pouvais pas. Ma voix ... J'hochais la tête à la place, sans rien montrer, avant de me relever lentement. Le sourire glaçant que j'affichais en regardant l'arme à feu qu'il tenait dans sa main, le fit trembler. Je vais te tuer. Je m'approchais, le faisant tirer droit sur moi. Les attaques furent inutiles car les balles touchèrent les gardes autour de lui, ceux qui avaient pris plaisir à me faire mal. J'épargnais les autres. Les voyant tomber un à un, il finit par lâcher son arme pour se mettre à courir, vers les extrémités de la place. D'un portail, j'arrivais droit devant lui, le choppant par la gorge, en serrant.

- Attends, attends… Je peux te payer. Je te donnerais tout ce que tu veux. Laisse-moi vivre, je t'en prie. On est entre gens civilisés, non ?

La reflexion me fit éclater d'un rire silencieux, tandis que la dernière lueur de doute dans mes yeux disparut. Je ne pouvais laisser un tel déchet vivant. C'était tout bonnement impossible. Civilisé ? Lui ? La blague. Je sentis mon cœur pulser sa substance dans mes veines, alors que je me m'étais à serrer plus fort. Pas la patience de le tuer lentement. Je le jetais au sol, récupérant son arme d'un petit portail. Je vérifiais qu'il restait des balles.

- Attends ! Tu m'en veux, pour tout ce que je t'ai fait ? Je… Je m'en veux ! Je recommencerais plus !

Avec ce que je te réserve, tu risque pas, t'façon… Bingo. Il en restait une. Une soudaine envie de jouer me prit. Je récupérai la balle dans ma main, pour la lui montrer, le faisant pâlir. Ah, tu comptes même pas tes munitions ? Bah, tant pis pour toi. Je la mis dans le barillet, avant de le faire tourner à toute vitesse en le réenclenchant. Je souris, tandis qu'il se faisait carrément dessus. Erk. Même pas un homme.

- Trois chances. Me dit Lazarée, comprenant ce que je voulais faire.

La moitié du barillet. Ouais, c'était équitable. Je levais trois doigts en l'air, d'une de mes mains perforées. Ah, j'avais oublié ça… Mes veines semblaient noires, me donnant l'air d'un démon. Je tirais une fois. Pas de balle. Chanceux. En abaissant un doigt, je tirais une nouvelle fois. Toujours rien. Je continuais le décompte d'une main, en tirant une dernière fois. Une auréole sanglante se peignit sur son haut, tandis qu'il s'écroulait au sol. Je te souhaite un bon séjour en Enfer, s'il existe. Le soulagement me faucha les jambes, me faisant tomber assise sur le sol, tandis que mon cerveau recommençait à tourner dans le bon sens. Lazarée vînt me soutenir en me chuchottant que cela n'était pas grave, que tout allait bien. J'avais encore perdu le contrôle de mes gestes… Je venais encore d'assassiner un homme… Le froid me transperça, ainsi que la douleur, me coupant le souffle. J'allais mourir ici, vraiment ?

Un chapeau me recouvrit le crâne, fait de paille jaune, sans que je ne m'y attende. Surprise, je me tournais vers le garçon brun qui me fixait, accroupi derrière nous, la main encore sur ma tête. Il portait une chemise rouge et un bermuda bleu. Il avait une cicatrice à demi circulaire sous l'œil gauche. Il me regardait en souriant, sans aucun jugement, ce qui me réchauffa le cœur. D'où sortait ce type ?

- Ne t'inquiète pas, on s'occupe de vous.

Sur ces mots, je m'évanouis sans autre forme de procès, ma sœur encore au creux de mes reins, soulagée. Comment je savais que je pouvais lui faire confiance ? Il me rappelait mon grand-frère perdu... C'était peut-être stupide, mais je me sentais rassurée, maintenant.

Lorsque je m'éveillais, je ressentais un poids contre mon bras droit. Une couverture me recouvrait aussi, me gardant au chaud. Je me sentais en sécurité. Alors, j'ouvris les yeux sans peur. Un homme recouvert de fourrure me tenait en me faisant une prise de sang. J'attrapais le bras de l'hybride abruptement, une peur panique s'écoulant dans mes veines à toute vitesse. Il me regarda, cependant, calmement. J'ouvris la bouche pour parler, mais, une fois encore, aucun son n'en sortit. Muette, je me rappelais de ce qu'il s'était passé, me mettant à paniquer. Le médecin me sentit me mettre à trembler. Un nom, Lazarée. Où était-elle ? Allait-elle bien ? Combien de temps avais-je comaté ? Où me trouvais-je ? L'hybride me força à me calmer, sans grand résultat tandis que ma respiration se fit de plus en plus vive, se dégageant de ma poigne assez faible, me faisant rager au plus profond de moi.

- Restes ici, j'appelle le Capitaine.

Le capitaine ? Je sentis enfin le remous des vagues, que j'avais d'abord prit pour un tournis de ma part. J'étais sur un navire, accosté à un port, le remous était faible. Je me trouvais dans une pièce simple, avec pour seul mobilier le lit où je me trouvais et plein de matériel médical. Qu'est-ce que je fichais, ici ? Je n'eus pas le temps d'essayer de demander des explications qu'il était déjà parti, profitant de mon inattention. Soudain, l'homme revînt avec le garçon au chapeau de paille, celui qui m'avait parlé, avant que je n'ai aucun souvenir, calmant ma crise de panique, rien que par sa présence. Wow. Lui, un capitaine de navire ? Il semblait tellement jeune... Enfin... Je n'avais potentiellement rien à dire non plus... Je réprimai le sourire que ma pensée me procurait.

- Hey, tu vas bien ? Me demanda le brun, en souriant, une main sur son chapeau.

Je baissais la tête, ma main se posant sur ma gorge. Je serrais les dents. Je ne peux pas parler…

- Luffy... Fit l'homme hybride, prudemment. Je crois qu'elle est traumatisée...

- Gné ?

- Elle... Elle a eu très très peur. Lui expliqua-t-il, comme à un enfant de cinq ans. Elle a un blocage qui l'empêche de parler.

Je leur fis signe, en claquant des doigts, en venant d'avoir une idée, ramenant leur attention sur moi. Je mimais d'écrire. Je pouvais peut-être pas parler mais je pouvais toujours m'exprimer. Le médecin me tendit le nécessaire. Je possédais peu de place... Ça suffira.

« Ma sœur ? »

- Elle est partie avec Nami et Usopp au village.

Cette information ne me faisait pas plaisir. Qui était ce Ussop et cette Nami ?

« Dormi combien de temps ? »

- Ça va faire deux semaines. Tu étais épuisée par la faim, la soif et le froid.

J'hochais la tête, acceptant ce fait.

« Pas anémie ? »

- C'est vraie que tu as perdu beaucoup de sang... Néanmoins, ton métabolisme et sans doute ton fruit du démon t'ont aidés à parer la perte.

- Ouais, en plus il est trop classe ton fruit ! Rajouta le capitaine Luffy, des étoiles brillantes dans les yeux.

Il avait donc bien vu le… Eh merde… Je tentais de me lever quand le médecin me força à me rasseoir, fermement. Je devais voir ma soeur. C'était vital. Le capitaine demanda, tandis que j'arrachais mon bras de la poigne du renne :

- Chopper... Combien de temps devra-t-elle rester à l'infirmerie ?

Ainsi, le médecin se nommait Chopper. A retenir.

- Trois jours, tout au plus... Ta sœur est revenue sur le bateau. Elle arrive, je l'entends. Me fit-il avec un sourire, tandis que j'arrêtais de vouloir me lever.

Aussitôt dit, une personne toqua à la porte avant d'entrer. Je vis Lazarée apparaître avec un énorme coquard accompagné de bleus visibles un peu partout avec les dénommés Nami et Usopp, semblant mal à l'aise devant mon regard. Elle me sauta dessus dès qu'elle me vit, les yeux ouverts. Elle pleurait, et moi aussi. Ma petite sœur avait souffert et devait avoir eu tellement peur par ma faute. Je la serrai compulsivement contre moi, la berçant, lui caressant les cheveux, comme pour être sûre de ne pas rêver. Tous les autres personnes de la pièce avaient disparues de mon champs de vision, pour nous laisser tranquilles.

Le silence me fit mal. Les cinq autres me manquaient... Atlanta, avec toujours le mot qu'il fallait... Oriane, une berceuse ou un morceau de métal pour nous apaiser et nous donner du peps... Keridween, des souvenirs pleins sa chambre et son appareil, nous redonnant à chaque fois le sourire... Tillie et Sillianne se faisant des concours pour savoir quel était le meilleur art, nous impliquant tous. Les regrets m'assaillaient... Si seulement j'avais été plus forte et moins conne... J'aurais peut-être pu empêcher tout ça… J'aurais déjà du me contenir, l'autre jour…