Morte... Ce mot ne me quittait plus, s'étant incrusté dans mes pensées. Morte. Gravé derrière mes paupières closes, je n'espérais même plus dormir. Morte. Par ma faute. Morte, à cause de mes conneries. Morte, parce que j'avais pas réfléchi aux conséquences. Une fois de plus. Une de plus, la dernière de mes sœurs, celle qui aurait dû rester en vie, malgré tout. C'était notre devoir, et me voilà maintenant seule... Je les avais toutes tuées de la même manière. En étant trop conne !
Trois jours. Elle était morte depuis trois jours et je ne vivais plus. Lazarée, la plus jeune de nous toutes, noyée... Une des pires morts existantes et c'était la plus douce et celle n'ayant jamais eu de sang sur les mains qui l'avait eue... Comment pouvais-je encore respirer, alors qu'elle était morte ? Comment osais-je, même, respirer ? J'aurais dû mourir pour elle ! Telle était la promesse que j'avais faite... Aucune de vous n'aurez dû mourir par ma faute... Une fois de plus, j'avais failli à mon devoir !
Sur cette énième pensée, qui tournait en boucle dans ma tête, je brisais le verre d'eau que j'avais dans la main. Sanji soupira dans un coin de la pièce, assis, une clope aux lèvres. Il était près du hublot ouvert, laissant passer un courant d'air frais dans la pièce.
- C'est le quatrième...
Dans ma colère, je ne l'entendais même plus. Je me levais juste pour partir, ayant téléporté les débris directement dans la poubelle. Je m'étais presque entièrement remise. Étonnant, comment la colère permettait de carburer et de guérir même les plus cruelles des blessures... Ma main droite, que je maltraitais était entrain de guérir, une quatrième fois, des éclats de verre qui s'y étaient incrustés.
Je percutais l'homme-élastique, en passant la porte. Je serrai le poing en essayant de le contourner, rapidement. Il ne me laissa pas faire, me bloquant la route, par trois fois, le chapeau cachant son regard. Je bouillonnais de rage, et il me cherchait ? C'était vraiment pas le bon moment... Mes dents se crispèrent, tandis qu'un tremblement commença à prendre possession de mes membres. Bouge, bordel !
- Tu veux te défouler, hein ? Frappe-moi, qu'est-ce que t'attends ?
Dés les mots sortis de la bouche du capitaine du bateau, j'éclatais dans un rire silencieux. Plus aucun son n'était sorti d'entre mes lèvres, depuis que je l'avais tuée, depuis le hurlement que j'avais poussé. J'entendis à peine le cuisinier essayer d'empêcher ce qui allait se passer que ma main blessée fut propulsée en avant, avant de percuter le plexus du garçon.
- Myla ! Arrête !
Cela le fit reculer de trois pas, tandis que je chargeais, droit sur lui. Je lui mis un autre coup dans les jambes, le faisant tomber au sol, tandis qu'il ne réagissait pas. Sans m'occuper de ce détail, je le bloquais de mes jambes, le tenant par le col de sa chemise rouge à boutons, assise sur lui, pour garder l'ascendant sur lui. Je vis alors ses yeux, lorsque son chapeau glissa au sol, dans sa plus grande indifférence, ce qui fit que je me stoppais, la main à deux centimètres de sa joue.
Il me fixait, de ses yeux noirs. Depuis combien de temps, je n'en savais rien, mais ces yeux, où du moins, ce qu'ils reflétaient, ne me plaisaient pas. Pitié. Tristesse. Pas de haine, pas de colère, alors que je le frappais. Ma main trembla, avant de retomber au sol. Je n'avais même pas à le frapper, bon sang ! Il n'y était pour rien... Qu'est-ce qui tournait pas rond chez moi ? Je me redressais alors, horrifiée de mon acte.
- Calmée... ? Me demanda-t-il simplement, en se redressant sur les coudes, son regard ne quittant pas ma personne, je le sentais.
Je n'osais pas le regarder, simplement debout devant lui, les mains serrées, les yeux se remplissant d'eau. Il soupira avant de se relever, époussetant son chapeau de paille, qu'il ne retirait presque jamais.
- Tu t'en veux, hein ?
Je n'ai rien répondu, rien montré. Je n'ai pas bougé, m'évertuant à fixer la rambarde du bateau, à ma droite.
- Elle est morte, par ta faute, hein ?
- Luffy ! S'exclama alors Sanji, dans mon dos.
Des larmes perlèrent de mes yeux, s'écoulant sur mes joues creusées par des sillons déjà similaires. J'étais un monstre. Entendre ces mots de quelqu'un d'autre avait quelque chose de pire, que de les penser...
- C'est ça que tu te dis...
Je l'entendis s'avancer vers moi, alors que je fermais les yeux, refusant de voir le dégoût dans les yeux de celui qui m'hébergeait sur son bateau, celui qui me protégeait et que je venais injustement de frapper... Il avait un nombre incalculable de m'en vouloir, après tout...
- Eh bah, c'est faux.
Je tournais la tête vers lui, directement en ouvrant les yeux. Quoi ? Il était juste devant moi, me regardant droit dans les yeux, l'air sérieux, avant que son chapeau ne se pose délicatement sur mes cheveux.
- Tu as tout fait pour la protéger. Tu as failli mourir pour ça ! Tu crois que ta sœur t'en veux ? Tu crois qu'elle t'en veux parce que tu es vivante ? Regarde-moi bien, Myla. Ta sœur, Lazarée, elle n'aimerait pas que tu penses ça. Elle est ravie que tu sois vivante. Parce que sinon, c'est pas une sœur.
Il se tourna alors, sans un mot de plus, partant dans la direction opposée, droit dans la cuisine, que je venais de quitter. Les larmes coulèrent alors sur mes joues encore plus rapidement, tandis que je posais une main sur mes lèvres, désolée. Ma sœur... Mon angelot de petite sœur n'arriverait pas à m'en vouloir... C'était pas son genre. Je salissais son souvenir de penser ça d'elle... C'était ma propre honte qui parlait, sans preuve.
- Tu comptes te laisser mourir, maintenant ? Déclara une voix dans mon dos.
C'était Zoro. Je n'avais pas besoin de me tourner pour le savoir. Je le devinais presque les bras croisés, adossé au mur, le regard sévère. Je baissais la tête en réponse. Non... C'était pas la solution...
- Vas voir Chopper. Ta main est dans un sale état. Ensuite, vas t'excuser auprès de ta sœur.
J'hochais la tête en l'écoutant rejoindre la vigie, en prenant la direction du cabinet de Chopper. Ce dernier soupira en voyant les morceaux de verres dans ma main, ainsi que les signes que j'avais frappé quelque chose. Il soigna ma main sans mot, avant que je ne le prenne dans mes bras, profitant de cette étreinte pour calmer les larmes qui me ravageaient.
Voilà deux heures que j'ai compris, acceptant par la même occasion la mort de ma petite sœur Lazarée. Je me sentais si mal, que mon cœur semblait constamment sur le point d'imploser. Tout était encore de ma faute. Si j'avais été plus vigilante... Si j'avais empêchée Lazarée de se rendre en ville... Elle... Non. Stop. On ne refait pas le monde avec des « si ».
« Elle n'est pas dans le bon monde... Elle doit regagner celui qui lui apportera le bonheur... Tu comprends, n'est-ce pas ?»
Dans ce flash étrangement apaisant, semblant venir d'une autre époque, j'eus un sursaut alors que la main du cuisinier se posait sur mon épaule.
- Hey, ça va... ? Fit le blondinet attitré de l'équipage.
J'hochais la tête doucement, montrant ma main bandée au cuisinier, un sourire un peu nerveux aux lèvres.
- Tu veux venir dans la cuisine, pendant que je prépare le dîner ?
Dîner ? Il était si tard que ça ? Cela faisait peut-être plus de deux heures finalement... J'hochais la tête, un peu surprise. Il me sourit gentiment avant de partir devant, les mains dans les poches de son pantalon. Je le suivis, restant un peu derrière lui, chancelante encore un peu quand je forçais trop sur la marche. La douleur dans mes pieds, à cause des pieux qui y avaient été plantés, était insistante, malgré que le temps soit passé. Chopper me disait qu'il me faudrait quelques mois encore pour qu'elle disparaisse complètement. Néanmoins, d'ici quelques semaines, la blessure se sera suffisamment cicatrisée pour que je puisse m'exercer sans trop de problème. Pour mes mains, le problème était diffèrent. N'ayant pas tout mon poids dessus, mon pouvoir les avait pratiquement déjà suffisamment guéris pour que je puisse tenir des objets fins, tels un crayon ou un livre. Je m'asseyais donc près de lui, au bar, le regardant cuisiner gentiment, sans faire plus de vagues que je n'en avais déjà fait. J'admirais son talent pour la cuisine. D'un rien, il faisait un plat merveilleusement odorant et les papilles de l'équipage s'en régalaient toujours !
- Tu casseras pas de verre, cette fois ?
J'acquiesçais de la tête pour répondre, en soupirant, posant celle-ci sur le rebord du bar, les bras croisés juste en-dessous.
- Tu sais... Ta sœur est partie dans un monde meilleur, j'en suis persuadé...
J'ai relevé le regard vers lui, sans comprendre pourquoi il me disait cela. Essayait-il de me réconforter ? Je lui souris alors en réponse, un peu tristement, mais c'était déjà ça de gagner. Il déposa tranquillement une tasse de chocolat chaud devant moi.
- Le chocolat est le meilleur remède contre la tristesse ! Fit-il, en souriant, la clope au bec.
J'étais incroyablement touchée de son geste. C'était peut-être un Don Juan avec les autres filles, mais avec moi, il agissait plus comme un grand frère, et j'en étais ravie, je n'aurais pas pu supporter sa fameuse danse à mon encontre. Je m'empressais donc de prendre la tasse entre mes mains, me redressant. Je fus alors étonnée. Il était parfaitement à la bonne température ! Il ne me brûlait pas, alors que mes mains étaient fragiles... Je mimais un merci du bout des lèvres, tandis qu'il m'ébouriffait les cheveux doucement. Il se retourna vers les feux de cuisson, tandis que je savourais mon chocolat, me tournant vers un hublot pour admirer le soleil se couchant. C'était beaucoup trop bon ! J'écrivis quelques mots sur le carnet avant de le lui présenter sous le nez.
- T'as pas à t'excuser. Même Luffy ne t'en veut pas pour les coups. On comprend tous, tu sais. C'est dur, de perdre ses proches. On aurait aimé pouvoir t'aider mieux que ça...
Je regardais Sanji dans les yeux. Je m'étais levée, m'étais plantée devant lui et lui avais fait un câlin. Je fis semblant de vouloir lui briser les côtes, se qui le fit rire.
- D'accord, je ne dirais plus jamais ça... J'ai compris, on a fait beaucoup...
Il m'ébouriffa les cheveux une deuxième fois, avant que je ne m'éloigne pour le laisser finir de cuisiner. J'en profitais pour nouer mes cheveux en une queue de cheval suffisamment haute pour que les pointes de mes cheveux retombe dans ma nuque, en laissant deux mèches sur le côté droit de mon visage. Je regardais dehors, mon chocolat entre mes mains, dans l'atmosphère chaleureuse de la cuisine. Nami entra finalement dans la pièce. Elle me vit, soupira avant de s'asseoir près de moi. Elle resta là, deux minutes, sans parler, juste tapotant sur la table, avec une gêne perceptible. Inquiète, je penchais la tête sur le côté en posant doucement une main sur son poignet.
- Myla... Je dois te demander se que tu veux faire maintenant...
Je la poussais à m'expliquer un peu mieux, d'un signe de ma main libre.
- Eh bien... Que doit-on faire du corps... ? Si tu restes avec nous ou sur l'île... ?
Je fermais les yeux, en enlevant ma main. Je n'y avais même pas pensé... Où se trouvait seulement le corps de ma sœur ? Peut-être dans un coin de l'infirmerie... Bon sang...
- Nami... C'est peut-être un peu tôt.. Dit Sanji, dans mon dos, occupé à ranger les ustensiles de cuisines.
Nami regarda bizarrement Sanji, jusqu'à ce qu'il lui demande ce qui clochait.
- Tu ne m'as pas appelée « Nami-chérie »...
- Je savais que ça te manquerait, Nami-chérie !
Et c'était reparti... Nami et moi soupirâmes simultanément.
« Je n'y avais pas pensé... » Écrivis-je, sur mon carnet.
- Excuse-moi, alors. Mais on a besoin de savoir. Luffy aimerait que tu restes, pour ne pas dire qu'il ne te laisse pas vraiment la possibilité de choisir. Fit-elle, avec une tête de six pieds de long.
« Je suis touchée... Je voulais rester. Je ne veux pas rester sur cette île. »
- Trop de mauvais souvenirs ?
Pour toute réponse je lui ai montré mes paumes bandées, où la marque des clous était encore visible. Elle grimaça.
- J'ai été un peu indélicate.
Je lui fis signe que ce n'était rien. Franchement, Athlanta était pire qu'elle...
- Donc tu vas rester ? Fit la voix de Chopper à ma droite.
Dans un sursaut, je me retournais pour voir Ussop et Luffy bâillonnant le pauvre petit renne.
- Évidemment, ils espionnaient... Soupira Nami, dépitée, la tête dans l'une de ses mains. Excuse-les.
Je souriais, en regardant les garçons, en leur montrant une page du carnet sur laquelle était inscrit « Oui, je reste », pour le bonheur des trois compères, sautillant dans toute la pièce, avant d'être rappelés à l'ordre par Sanji. Tous s'installèrent à table, ainsi que ceux qui furent appelés par le cuisinier dehors, pour le repas. J'eus juste le temps d'écrire à Nami comme quoi, je m'occuperais du corps le lendemain, avant d'avoir mon plat servi en priorité, par Sanji évidemment.
