Myla et Lazarée vivaient depuis quelques temps déjà dans une maison, au bout d'une impasse qui semblait peu recommandable. Pourtant, elles y vivaient paisiblement. C'était calme, apaisant même pour la plus vieille qui rêvait de vengeance... Myla, accablée d'une nouvelle nuit remplie de cauchemars et de souvenirs affreux, n'avait pas dormi, une nouvelle fois. Agacée, celle-ci descendit les marches de la maison, le plus délicatement possible pour ne pas réveiller la petite marmotte. Lazarée avait effectivement du mal à se lever le matin, donc elle ne se lèverait sans doute pas avant plusieurs heures, à part si elle avait eu un réveil tôt ce matin, ce qui était très rare.

La brune se mit à préparer du thé noir, à base d'agrumes diverses et de réglisse. Elle en aurait besoin pour tenir jusqu'au soir. Armée de sa tasse, elle marcha jusque dans le grand salon, où la fenêtre donnait une vue magnifique sur l'océan. La vie en mer lui manquait parfois, et à chaque fois que c'était trop dur, elle se rappelait la raison pour laquelle elle avait acheté cette maison et mis Lazarée à l'école.

Assise sur son fauteuil préféré, elle soupira, avant d'avaler une gorgée de son breuvage ambré. Cinq sœurs manquaient dans cette maison. Elle savait que Lazarée avait mal encore de l'absence des quatre brunes et de la blonde, quand venaient les anniversaires. Sillianne, Oriane, Athlanta, Keridween et Tilly leur manquaient indéniablement. Les yeux perdus dans les vagues enchanteresses, elle ne vit pas la plus jeune, au pas de la porte, avec son doudou dans les bras, semblant bien réveillée au vu de l'heure... Doudou ours qui en avait vu passé des choses, vu l'état dans lequel il était. Il manquait une oreille, partiellement recousue, la couleur avait ternie à certains moment, et un petit incendie avait brûlé et noirci un côté de la peluche. Cependant, Lazarée y tenait énormément.

- Tu dors pas, My' ?

- C'est moi qui devrait te demander ça, petite marmotte... Fit-elle, posant sa tasse sur la table de chevet à côté de la fenêtre. Je t'ai réveillée ?

- Je t'ai entendue descendre, je lisais.

Myla se leva pour aller faire chauffer l'équivalent d'un bol de lait dans une casserole, tandis que Lazarée s'asseyait à la grande table de la cuisine. Tandis qu'elle s'affairait, la voix de Lazarée retentit encore dans son dos.

- C'est bientôt l'anniversaire de Tilly...

Myla s'appuya alors contre le plan de travail, laissant le lait chauffer tranquillement.

- Tu veux aller brûler un cierge, sur la falaise ?

Lazarée hocha la tête, les larmes lui montant aux yeux. Myla la regarda tristement, avant d'aller la prendre dans ses bras, sentant elle aussi du chagrin pour les sœurs disparues.

- Pleures pas, petite sœur...

- Elles me manquent...

- Je sais, Laz'... Je sais...

Myla lui embrassa le front avant d'aller sortir le lait du feu, pour éviter qu'il ne déborde. Coupant le feu, elle vînt lui servir son lait chocolaté, la laissant déjeuner en paix. Il fallait qu'elle mette un peu d'ambiance... Cela lui faisait mal au cœur de la voir ainsi. Elle retourna dans le salon, en tête de récupérer sa tasse pour rejoindre sa sœur, mais lui vint alors une nouvelle idée. Elle regarda longuement le piano trônant au fond de la pièce. C'était une idée...

Elle se plaça devant le pupitre, soulevant le clapet des touches. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas pu s'asseoir ici, sur ce petit tabouret. Ses doigts effleurèrent les touches, pour vérifier qu'elles fonctionnaient toujours. Un sourire satisfait aux lèvres, des notes s'élevèrent dans un rythme que tout pirate qui se respecte connaît.

Elle chantonnait le cœur, avant que sa voix claire ne s'élève.

- Je m'en vais de bon matin,

Livrer le bon rhum de Binks.

Les vagues dansent et je chevauche,

Les flots au gré du vent.

Elle pu entendre sa sœur se figeant dans la cuisine, tandis qu'elle chantait, les yeux fermés. Les notes de ce morceau lui venaient maintenant naturellement, tant elle l'avait joué avec Keridween. Le violon était quand même son instrument favori.

- Alors que je prend le large,

Le soleil entame sa course

Et les oiseaux dessinent des cercles,

Dans le ciel en chantant !

Lazarée, attirée par le chant, vint s'asseoir prés de sa sœur. Elle aimait beaucoup ces moments-là. Cela la calmait toujours, quand tout allait mal. Myla n'était pas la meilleure musicienne au piano mais elle se débrouillait comme elle pouvait.

- Adieu port de ma jeunesse,

Adieu mon village natal.

Chante avec moi quelques couplets,

Le navire met les voiles...

On sentant presque toute la mélancolie de la plus vieille. Lazarée regarda sa sœur, se disant qu'un jour, Myla retournerait fatalement sur les Mers. Elle était trop attachée à l'horizon, les yeux s'y perdant, si elle ne faisait pas attention...

- Il balaie sur son passage ,

De grandes vagues d'or et d'argent.

Je mets le cap là où la mer,

Jusqu'à plus fin s'étend !

Une nouvelle fois, elle avait surpris le regard de sa sœur sur les vagues en se levant. Cela la rendait triste de ne plus pouvoir naviguer. Oui, sa sœur était immensément triste et en colère... Pourtant, elle faisait tout pour garder le sourire et que Lazarée ne voies rien. Alors Lazarée ne faisait aucune remarque, pour ne pas rendre le sacrifice de sa sœur vain. Connaissant le refrain par cœur, ainsi que ces derniers couplets, plus souvent chantés par les sept sœurs, la voix de la plus jeune s'éleva en même temps que son aînée, un peu plus tremblante par l'émotion qui l'assaillait.

- Je m'en vais de bon matin,

Livrer le bon rhum de Binks.

Je suis un pirate,

Je passe mon temps a dompter l'océan.

Lazarée profita alors du moment présent, gardant son doudou sur les genoux et prenant l'exemple de sa sœur, en gardant les yeux clos.

- Les vagues sont mon lit douillet,

Le bateau est ma maison.

Et à son mât flotte au vent,

Un noir pavillon.

Elles étaient des enfants de la Mer. Du moins, sa sœur l'était assurément. C'était une pirate, une vraie. Tuer ne lui apportait aucune satisfaction, mais elle avait du le faire à de trop nombreuses reprises pour sauver leurs vies. Aujourd'hui, elle vivait avec ses fantômes, espérant qu'un jour ils s'effacent de sa conscience. Elle ne se pardonnait pas une seule de ses victimes. Pour le moment, c'était compliqué. L'adrénaline constante lui avait permise d'oublier cela en Mer. Maintenant, tout était plus complexe. Payer un loyer, gagner de l'argent... Toutes ces choses, dont elle n'avait jamais compris l'utilité auparavant.

- Une tempête a l'horizon,

Obscurcit le ciel immense.

Les vagues dansent roulez tambours,

Le tintamarre commence !

Cependant, Myla savait une chose. Si un pirate arrivait à ne tuer personne sur son chemin, alors elle le respecterait plus que n'importe qui d'autre. Cela semblait facile, cela ne l'était pas, encore moins, lorsque l'on portait une arme...

- Si la peur m'envahit,

Ce sera mon dernier soupir.

C'est ainsi,

Je ferai une croix sur mon bel avenir.

Les tempêtes lui manquaient elles-aussi. Elle te lançait le défi de survivre à elle, de t'en sortir sans trop de dommages pour ne pas couler. Oui, c'était glorifiant de passer une tempête ; Encore aujourd'hui, le son de la tempête qui s'approche de lui tirait un sourire et un frisson d'excitation.

- Yoh-ohohoh Yoh-ohoh-oh,

Yoh-ohohoh Yoh-ohoh-oh,

Yoh-ohohoh Yoh-ohoh-oh,

Yoh-ohohoh Yoh-ohoh-oh,

Je m'en vais de bon matin,

Livrer le bon rhum de binks.

Jour après jour,

Le même rêve occupe mes pensées.

Adieu silhouettes lointaines,

Agitant leur grand mouchoir.

Pourquoi pleurer ?

La lune brillera à nouveau demain soir !

Oh, des rencontres, elles en avaient faites ! Des pirates, des gens respectables, des ordures, des marines... Elle avait rencontré Garp, le vice amiral de la Marine, surnommé Héro de la Marine. Un sacré personnage celui-là. Toujours à rire, à faire des blagues, bien qu'un peu insouciant quelque fois... C'était comme ça qu'elle s'était échappée, d'ailleurs ! Elle avait hurlé qu'un donut géant était derrière lui, le faisant se retourner, et elle, prendre ses jambes à son cou. Belle époque...

- Je m'en vais de bon matin,

Livrer le bon rhum de Binks

Chante avec moi,

Cet air du large connu des grands pirates !

Quoi que tu fasses mon ami,

Tu finiras les os blanchis.

La vie est une longue comédie,

Pleine d'aventures, promis !

Des aventures, elles en avaient vécues. Entre tempêtes, marines, pays loufoques et monstres marins, cela avait donné d'excellents souvenirs à la plus vieille des brunes. Elle s'y raccrochait, quand ses pensées allaient trop loin dans l'obscur noirceur de son âme...

- Yoh-ohohoh Yoh-ohoh-oh,

Yoh-ohohoh Yoh-ohoh-oh,

Yoh-ohohoh Yoh-ohoh-oh,

Yoh-ohohoh Yoh-ohoh-oh,

Les mains de Myla lâchèrent les touches du piano, sans bruit. Elle referma le clapet délicatement. Elle eut un petit rire, avant d'éclater en rire franc. Cela faisait longtemps que c'était pas arrivé. Elle serra sa petite sœur contre elle, qui la regardait comme si elle était devenue folle.

- Euh, ça va, Myla ?

Il fallu quelques secondes pour que la brune retrouve son calme suffisamment pour pouvoir répondre.

- Je repensais à Garp, t'en fais pas.

- Le vieux monsieur flippant ?

- Lui-même.

Elle finit de se calmer véritablement, avant de caresser le crane de sa petite sœur affectueusement. Elle avait encore grandi la petite Lazarée, il lui faudra de nouvelles affaires... Elle le nota donc dans un coin de sa tête, en ébouriffant les cheveux de Laz'. Elle lui sourit doucement, tandis que l'autre pestait pour ses cheveux brutalisés.

- Tu sais que je t'aime, petite sœur ?

- Moi aussi, My'... On ira cette après-midi, brûler le cierge ?

- Oui, ne t'en fais pas. Tu veux qu'on fasse un gâteau ?

- Pourquoi faire ?

- Bah pour le manger.

- T'es vraiment pas possible, des fois...

- Eh oh. Petite sœur indigne. C'est pas grave, je le mangerais toute seule.

- Non, mais j'en veux !

La journée passa donc ainsi, entre petites piques, gâteau au chocolat, et cierge et prières pour les morts...