Drago et Blaise rejoignirent le hall d'entrée de la tour Waystar, où ils aperçurent déjà Théo.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda Drago.

- Je pourrais poser la même question à Blaise, rétorqua son ami en faisant un signe de tête vers le métis.

- Je crois que nous voulons tous voir arriver la nouvelle attraction des prochaines semaines, sourit Blaise.

- Tiens, elle arrive, dit alors Théo en désignant les portes coulissantes en verre qui s'ouvrirent à cet instant.

Kate Harrington apparut, aussi belle et élégante qu'à son habitude. Elle portait des escarpins qui la faisaient paraître aussi grande que l'homme qui l'accompagnait. Ce matin-là, elle avait revêtu un pantalon qui soulignait ses longues jambes et une veste de tailleur, sous laquelle elle avait un caraco en soie. Mais Drago n'eut d'yeux que pour son cou, qu'il put admirer alors qu'elle avait relevé ses cheveux en un chignon flou.

- Ça y est, on l'a perdue, commenta Blaise en pouffant de rire discrètement.

Théo ajouta dans un murmure :

- Il faut avouer qu'elle est hyper bien gaul…

- Évite de poursuivre cette phrase, si tu ne veux pas que je t'en colle une avant dix heures du matin, siffla Drago entre ses dents.

L'avocate s'approcha d'eux, un sourire assuré se dessinant sur ses lèvres rosées.

- Monsieur Malefoy, fit Kate Harrington en se plantant devant lui. Je suis très touchée de recevoir un accueil aussi chaleureux.

- C'est tout naturel, Maître Harrington.

Ils se serrèrent la main, Drago ancrant son regard métallique dans celui vert émeraude de l'avocate.

Il trouvait d'ailleurs que la couleur de ses prunelles était réellement magnifique et particulièrement saisissante. Ses yeux capturaient immédiatement l'attention de son interlocuteur, le rendant presque hypnotique, comme il l'était en cet instant.

- Drago ? l'appela Théo.

Le blond revint à lui et fit un pas en arrière, lâchant presque à contre cœur la main de la rousse.

- Maître Harrington, je vous présente mes deux collaborateurs et amis : Théodore Nott, – la rousse serra la main de Théo – et Blaise Zabini, qui est également mon beau-frère.

- Enchantée, fit-elle en serrant la main du métis. Messieurs, permettez-moi de vous présenter mon associé principal : Andrew Pike.

- Messieurs, fit l'homme en question.

Il serra la main de Théo, puis celle de Blaise, et enfin se tourna vers Drago. Ce dernier le salua à son tour, mais son geste se révéla brusque et bref, agacé intérieurement par le charme évident de cet homme.

- Bien, vous nous suivez, nous allons vous faire visiter ? proposa Blaise.

Ainsi, les cinq sorciers se dirigèrent vers les ascenseurs, sous le regard scrutateur des employés présents dans le hall.

0o0

Dorea était juste derrière Drago, entouré de Théo et Blaise. L'ascenseur étant légèrement plus petit que la moyenne, la jeune femme pouvait ainsi sentir le parfum de ce dernier.

Elle ferma les yeux et ne put s'empêcher d'inhaler son odeur familière, qui lui rappelait des souvenirs d'une autre vie.

Puis elle rouvrit les yeux et commença à le détailler de bas en haut, appréciant le costume ajusté, sa taille fine, ses épaules larges, et ses cheveux coupés avec soin. Elle tourna son attention vers sa nuque, puis vers l'angularité de sa mâchoire. Il choisit ce moment précis pour déglutir, et elle aperçut, d'un regard de côté, sa pomme d'Adam monter et descendre.

Andrew sourit, pouffant sous cape, et elle se tourna vers lui, les sourcils froncé portes de l'ascenseur s'ouvrirent enfin, et ils sortirent de l'habitacle.

Dorea se sentit soulagée, la proximité du blond paraissant l'étouffer lentement.

Ils marchèrent quelques mètres avant de passer une porte vitrée. Ils débouchèrent sur un open-space où des bureaux équipés d'écrans d'ordinateur étaient alignés en plusieurs rangées.

- Voilà l'espace de travail pour votre équipe, présenta Théo. J'espère que cela sera suffisant ?

- C'est parfait, je vous remercie, gratifia Dorea, ne s'attendant pas à une telle efficacité.

- Il y a un bureau pour vous de l'autre côté de la salle, continua Drago. Souhaitez-vous que je vous y accompagne ?

- Euh…

Mais Drago ne lui laissa pas le temps de répondre et se dirigea directement vers la double porte se trouvant au fond. Dorea, bon gré mal gré le suivit, se sentit tiraillée par le désir de se retrouver seule avec lui et celui de fuir à toute jambe. Elle lança un coup d'œil à Andrew qui engageait une discussion sur l'organisation de l'entreprise avec les deux autres.

Le blond lui ouvrit la porte, la laissant passer, puis la referma derrière lui.

Le mur principal était recouvert de briques rouges anciennes, conférant un caractère rustique et authentique à l'espace. Les briques affichaient des variations de couleur et de texture, ajoutant de la profondeur au décor.

Le bureau lui-même était en bois sombre, avec des lignes élégantes et un design classique. Une chaise Chesterfield en cuir était placée devant le bureau, apportant une touche de sophistication. Des étagères en bois, où étaient exposés des livres anciens et des objets décoratifs, bordaient le mur derrière.

Des luminaires en métal noir, comme les lampes de table avec abat-jour en tissu, apportaient un éclairage doux et chaleureux. Une grande fenêtre, à laquelle des rideaux en lin léger permettaient à la lumière naturelle de pénétrer, éclairait le mur de brique.

En somme, l'ambiance était intimiste et inspirante, parfaite pour travailler, tout en conservant le charme distinctif d'un bureau londonien. Le mélange de modernité et de vintage en faisait un espace unique et accueillant.

- J'espère que cela vous convient ?

C'est parfait, je vous remercie, dit Dorea en s'avançant vers la fenêtre pour observer les passants sur le Chemin de Traverse en contrebas.

- Si vous souhaitez changer la décoration, vous pouvez faire appel à mon assistante, Donna. Elle se fera un plaisir de vous aider.

- C'est gentil de sa part, dit Dorea en se retournant vers lui.

Elle réalisa alors qu'il la fixait intensément. Cette intensité dans son regard, elle l'avait déjà observée : lorsque Drago était sur le point de l'embrasser ou, à l'inverse, quand il était en colère, déchiré entre le désir de lui hurler dessus et l'envie de lui témoigner son désir.

Dorea toussota, tentant de se reprendre en main, puis se dirigea vers la table de travail où elle posa son sac.

- Quand comptez-vous commencer les interrogatoires ? demanda Drago alors qu'elle prenait place sur le fauteuil.

Dès demain. Mon équipe arrive cet après-midi, et j'ai déjà dressé une liste des témoins potentiels qui me seraient utiles. Les convocations ont été envoyées ce matin dès l'aube.

- Je peux me libérer demain matin, si vous le souhaitez…

- Non, cela ne sera pas utile pour le moment, Monsieur Malefoy. Je vais d'abord commencer par votre femme.

- Oh…

- Astoria, c'est bien cela ?

- Oui, confirma le blond.

Un silence s'installa alors que Dorea sortait son ordinateur portable de son sac, puis Drago s'approcha d'elle, enfonçant les mains dans les poches de son costume.

- Pourquoi voulez-vous interroger ma femme ?

- Parce que c'est la belle-fille de votre père, répondit la rousse placidement, prenant place derrière le bureau.

- Elle ne connaît quasiment pas mon père. Elle ne l'a aperçu que lors de quelques rencontres entre nos familles quand nous étions plus jeunes, mais…

- Monsieur Malefoy, dit alors la jeune femme en se penchant sur le bureau et en croisant les mains devant elle, j'ai toutes les raisons d'interroger votre femme, votre belle-sœur, votre beau-frère, vos amis, ainsi que ceux de vos parents pour brosser un portrait de votre père et pouvoir construire ma défense.

- Et vous n'allez pas m'interroger moi, ou ma mère ? Ou même le principal intéressé ?

- Je procède toujours ainsi. D'abord les proches, la famille et enfin l'accusé. Douteriez-vous de ma méthode de travail ?

- Si je vous ai embauchée, c'est bien parce que je sais que vous êtes la meilleure. Mais…

- Bien, alors c'est réglé. Maintenant, si vous voulez bien, j'ai du travail qui m'attend et je ne peux pas perdre de temps à discuter de ce qui convient de faire selon vos exigences, conclut-elle fermement. Surtout à cinq mille galions de l'heure, n'est-ce pas ?

Drago serra la mâchoire, tout autant que les poings dans ses poches. Il ouvrit la bouche pour rétorquer une de ces remarques dont il avait le secret, mais le téléphone de la rousse sonna à cet instant. Elle le chercha dans son sac et observa l'identité de l'appelant. Un fin sourire se dessina sur le coin de ses lèvres.

Elle leva les yeux vers le blond tout en haussant un sourcil condescendant, lui signifiant que la discussion était close.

Drago fit volte-face, marchant jusqu'à la porte, se promettant qu'il lui rappellerait très vite qui était le maître des lieux dans cet immeuble.

- Ah, et Monsieur Malefoy ?

Il se retourna vers elle, constatant qu'elle avait toujours le téléphone à l'oreille.

- Ce n'est pas vous qui m'avez embauchée, mais bien moi qui ai accepté de défendre le cas de votre père.

Puis elle lui tourna le dos, décrochant enfin.

- Oui, allo ?

Drago sortit de la pièce, agacé et frustré par le comportement de la rousse.

0o0

Drago confia son manteau à son majordome et pénétra dans le hall d'entrée d'Highclere Castle, s'acheminant vers le petit salon bleu où sa femme se trouvait généralement à son retour du travail. Il ouvrit la porte et la découvrit, comme chaque soir, allongée dans l'un des fauteuils en satin pervenche, absorbée dans la lecture d'un roman, probablement une romance ou, du moins, un ouvrage bien trop sentimental à son goût.

- Astoria, salua-t-il froidement.

- Drago, répondit-elle sur le même ton, sans lever les yeux de son livre.

Il se dirigea vers la table de service où se trouvaient les alcools et se servit un whisky pur feu dans un verre en cristal, orné des armoiries de sa famille.

- Alors, ta journée ?

Drago suspendit son verre en l'air, s'apprêtant à boire une gorgée. Cela faisait des mois qu'elle ne lui avait pas posé cette question, leurs échanges se réduisant à des salutations glaciales et à des crises de jalousie répétées.

- Plutôt bonne dans l'ensemble.

- Blaise et Théo vont bien ?

- Plutôt oui, dit Drago en s'approchant d'elle.

- Et je suppose que l'avocate de ton père s'est installée dans les locaux de Waystar ?

- Temporairement, en effet.

Elle tourna la page et poussa un soupir. Drago, intrigué par son calme un peu trop serein, après la crise qu'elle lui avait infligée durant le week-end, où elle lui avait même demandé de ne pas adresser la parole à Kate Harrington, s'avança encore et se posta finalement devant elle. La brune leva enfin les yeux vers lui, l'observant d'un air détaché.

- Tu as dû recevoir une convocation, non ? questionna Drago en plissant les yeux d'un air suspicieux

- Oui. Je dois m'y rendre demain matin à neuf heures.

- Et donc… ?

- Donc ?

- Il n'y a pas de problème pour toi ?

- Drago, fit-elle en se redressant et en refermant son livre, pourquoi cela serait-il un problème ? Je crois d'ailleurs que cela fait bien longtemps que tu ne t'en préoccupes plus.

- C'est vrai, mais je préfère éviter une nouvelle crise si cela est nécessaire.

Astoria l'observa, puis plissa le front, la colère transparaissant sur son visage. Toutefois, elle sembla se raviser. Elle referma son livre avec soin, puis se leva lentement, sans le quitter des yeux. Drago ne put s'empêcher de remarquer combien elle était particulièrement désirable dans sa robe en soie.

Elle s'avança, se collant à lui, et murmura d'une voix sensuelle :

- Le dîner est prêt, Drago.

Puis elle le contourna, caressant au passage sa main de ses doigts délicats. S'approchant de la porte, elle lui lança un regard aguicheur, et le blond pensa qu'il était peut-être temps que les tensions des derniers mois s'apaisent dans leur couple.

Ce soir-là, il lui fit l'amour à plusieurs reprises, ravi de pouvoir retrouver sa suite. Lorsqu'il s'endormit, il ne vit pas Astoria l'observer, un sourire victorieux s'affichant sur ses lèvres.

0o0

Dorea arriva à la tour Waystar très tôt le lendemain matin. Elle n'avait pas complètement terminé de s'organiser pour les interrogatoires qu'elle allait mener dans les semaines à venir. Et surtout, elle souhaitait se préparer mentalement à affronter Astoria Greengrass, le premier témoin sur sa liste.

Bien sûr, elle avait ordonné à ses employés de la placer en tête de liste.

Elle voulait savoir. Elle désirait comprendre ce qu'était devenu ce mariage, principale cause de son départ douze ans plus tôt.

Une part d'elle, plus vengeresse, plus perverse, avait le désir d'affronter la brune, espérant que cette dernière se retrouvait aussi malheureuse qu'elle l'avait été durant toutes ces années.

Lorsque Andrew lui avait révélé que Drago avait plus d'une vingtaine de maîtresses à son actif, elle avait d'abord été outrée que le blond traite ainsi la femme qu'il avait, bien qu'avec contrainte, épousée. Puis, dans un second temps, elle ne pouvait s'empêcher de se dire que le destin était parfois juste envers les personnes aussi mesquines et cruelles qu'Astoria Greengrass.

Cependant, elle ne comprenait pas un point : Astoria avait été enceinte au début de son mariage avec Drago. Et Drago avait été déclaré infertile par la suite. Comment cela pouvait-il être possible ? Toutes deux avaient été fécondées par lui, avec moins de deux mois d'écart...

Bien qu'elle ne crût nullement à l'infertilité du blond — Scorpius et Théia pouvant prouver le contraire — comment Drago lui-même avait-il pu croire en ce constat, alors que la grossesse hypothétique d'Astoria était justement la raison pour laquelle il avait été contraint de l'épouser ?

Elle pénétra dans l'open-space qui avait été aménagé pour son équipe, déjà occupée à travailler. Elle salua plusieurs employés, et avant même d'atteindre son tout nouveau bureau, Andréa et Karl lui sautèrent dessus.

- Bonjour à tous les deux, salua-t-elle d'un ton fatigué.

- Bonjour Kate, répondirent-ils d'une seule voix en la suivant alors qu'elle s'avançait vers son bureau.

- Du nouveau depuis hier ?

- Oui, la première date du procès de Lucius Malefoy a déjà été fixée, commença Andréa.

- Alors ?

- Ce sera pour le vingt-neuf mars, annonça Karl.

- Donc dans moins de six semaines.

- C'est cela, acquiesça Andréa.

Dorea entra dans son bureau et contourna sa table de travail, posant son sac dessus et se débarrassant de son manteau.

- Cela ne nous laisse à peine le temps d'interroger tout le monde, murmura-t-elle presque pour elle-même, frustrée.

La rousse se mordit les lèvres puis releva le regard vers Andréa et Karl, qui se tenaient près de la porte.

- Ils veulent nous mettre la pression. Et s'ils veulent nous mettre la pression, c'est parce qu'ils sont désavantagés. Ils n'ont rien de suffisamment solide pour que Lucius Malefoy retourne en prison et y finissent ses jours.

Elle s'installa sur son fauteuil, puis commença à réfléchir, tapotant le bureau de ses ongles parfaitement manucurés.

- Ok ! s'exclama-t-elle vivement. Ajoutez à la liste des témoignages éventuel de l'accusation ceux qui ont directement affronté les agissements de Lucius Malefoy. Je veux tout de leur passé. Dans les moindres détails.

« Bien que je connaisse déjà une bonne partie » pensa-t-elle.

- Comme qui ? demanda Andréa.

- Je n'en sais rien, moi ? soupira Dorea avec humeur, désirant en apprendre le plus possible sur eux. Dressez-moi une liste pour cet après-midi. Est-ce clair ?

- Très clair, assurèrent Andréa et Karl, qui commençaient à écrire frénétiquement sur leur bloc-notes.

La rousse jeta un œil à son bureau et fronça les sourcils.

- Où est mon café ?

Les deux assistants échangèrent un regard affolé.

C'était à toi d'aller le chercher, murmura silencieusement Andréa en direction de Karl.

- Non. Jamais de la vie, rétorqua Karl, tout aussi silencieusement.

- Je le veux dans cinq minutes, ajouta la rousse en sortant son ordinateur de son sac. Sinon, un de vous deux sera viré avant la fin de la journée, déclara-t-elle fermement.

Ouvrant le clapet de l'appareil, elle jeta un regard par-dessus son écran, remarquant qu'Andréa et Karl étaient encore présents.

- Qu'est-ce que vous fichez encore là ?! Vous n'avez pas de boulot ? s'énerva-t-elle.

Tous deux se confondirent en excuses et se précipitèrent au-dehors, bousculant presque Blaise Zabini qui se trouvait sur leur chemin. Il entra à son tour dans la pièce, un gobelet de café à la main.

Dorea, bien trop concentrée sur l'écran de son ordinateur, ne le remarqua que lorsqu'il déposa le gobelet sur son bureau.

Elle leva alors les yeux vers lui, l'expression intriguée.

- Mon petit doigt m'a dit que vous aimiez commencer la journée avec un bon café. Sans sucre et sans lait, c'est bien cela ?

- Euh… oui… Comment savez-vous que… ?

- J'ai demandé à vos employés, sourit l'homme avec assurance.

La rousse saisit le gobelet et but une gorgée, savourant le goût du breuvage.

- Excellent, fit-elle en affichant un sourire. Où l'avez-vous trouvé ?

- Oh, je suis allé chercher moi-même les grains en Colombie, ce matin.

Dorea suspendit son geste puis éclata de rire, comprenant que le métis plaisantait. C'était exactement comme lorsqu'ils étaient à Poudlard ensemble.

Tout à coup, son sourire s'effaça et un voile de mélancolie remplit ses yeux. Il était là, devant elle, et il ne se souvenait plus d'elle, ni de ce qu'elle avait représenté pour lui. À présent, elle était devenue une inconnue à ses yeux et ce passé à Poudlard n'avait plus d'importance.

- Tout va bien, Maître ? questionna Blaise d'un ton intrigué, percevant l'affliction de la jeune femme.

- Oh… euh… oui. Je vous remercie.

- Je crois que vous allez rencontrer ma femme la semaine prochaine, n'est-ce pas ?

- Oui, c'est bien ça. D'ailleurs, je souhaitais savoir si cela ne la dérangeait pas, au vu de son état. Je peux tout à fait me déplacer jusqu'à elle…

- Oh, vous ne devriez pas, sourit Blaise. Si vous lui proposez de venir à la maison parce qu'elle est enceinte, je suis certain qu'elle ne va pas apprécier.

- C'est… votre premier enfant ? demanda la rousse avec un froncement de sourcil.

- Non, le quatrième. Un quatrième… garçon.

- Oh… Ouah ! Toutes mes félicitations. Quatre garçons… c'est…

- C'est du sport. Nous espérions une fille cette fois, mais le gynécomage a été très clair.

- Peut-être que la cinquième fois sera la bonne ?

- Évitez de dire ça aussi à ma femme. Elle est déjà au bord de l'apoplexie, je voudrais éviter qu'elle me demande de subir une vasectomie.

Dorea éclata de rire, suivie par Blaise. Il était presque étrange de constater qu'ils retrouvaient, dans un sens, leur complicité d'antan.

- Mais… j'ai cru comprendre que vous aviez aussi des enfants, n'est-ce pas ?

Dorea s'interrompit brusquement, blêmissant à la remarque de son ancien camarade.

- Comment… je… je ne crois pas que…

- Oh, c'est Drago qui les a rencontrés dans votre cabinet à Dublin.

- Oh… je...

- Des jumeaux, c'est bien ça ?

- Euh… oui.

- Quel âge ont-ils ?

- Onze… – elle déglutit difficilement – onze ans, lâcha-t-elle à bout de souffle.

- J'imagine que c'est leur père qui les garde quand vous partez en voyage d'affaires, n'est-ce pas ?

- Euh… j'ai une nourrice à plein temps.

- Ah… donc leur père travaille aussi, déduisit Blaise.

Dorea plissa le front, se demandant où il voulait en venir.

- Et votre mari, que fait-il dans la vie ? Il est également avocat ? demanda Blaise, ayant l'air de s'intéresser réellement à elle.

- Je ne suis pas mariée.

- Oh, d'accord. Je comprends. Cela ne se fait plus vraiment de se marier de nos jours.

- Ils… ils… – Dorea se mordit la lèvre – mes enfants, n'ont jamais connu leur père.

- Oh…

- Il est mort avant même leur naissance, ajouta l'ancienne Serpentard.

C'était le mensonge auquel elle s'était accrochée depuis que Scorpius lui avait posé la question à l'âge de trois ans. Au vu de l'expression de surprise sur le visage de Blaise, ce dernier ne s'était certainement pas attendu à une telle réponse.

- Puis-je savoir… quelles étaient les circonstances de… sa mort ?

- Un malheureux accident. Il m'avait demandé de l'épouser, mais avant que je puisse accepter, il est parti.

- Je suis… désolé.

- C'est la vie, souffla Dorea dans un haussement d'épaules.

- Cela a dû être très difficile pour vous, non ?

- J'ai fait ce que j'ai pu. J'ai élevé mes enfants du mieux que je pouvais, tout en étudiant et en travaillant en même temps. Je me suis accrochée, bien que parfois, ce fût très dur. Mais je crois que je n'en serais pas arrivé là où j'en suis si je n'avais pas eu mes enfants comme réelle motivation.

- Vous avez… tout mon respect, dit Blaise avec gravité.

- Je vous remercie.

On frappa à la porte, et Astoria Greengrass entra dans la pièce, un grand sourire illuminant son visage.

Dorea constata avec un certain agacement que la jeune femme n'avait pas changé d'un iota. Belle et élégante, elle incarnait parfaitement le rôle de l'épouse du grand Drago Malefoy.

Astoria avait de longs cheveux bruns, légèrement ondulés, tombant en cascade dans son dos. Son visage affichait des traits délicats, avec des pommettes saillantes et une peau claire rayonnante. Ses lèvres pulpeuses étaient souvent ornées d'un léger gloss, lui conférant un air à la fois naturel et frais. Ses yeux, d'un bleu éclatant, captivaient immédiatement l'attention, reflétant une profondeur émotionnelle mêlant charme et mélancolie. Sa silhouette élancée et gracieuse, avec une posture droite et confiante, témoignait de son éducation distinguée.

- Bonjour, Maître. Je crois que nous avions rendez-vous à neuf heures, non ?

- Oui, c'est bien cela, rétorqua Dorea, plus sèchement. Veuillez-vous asseoir, nous allons commencer. Je vais aller chercher ma greffière.

Puis Dorea se leva et quitta la pièce.

0o0

La jeune femme qui sortit de la pièce, lâcha un souffle, sentant soudainement la chaleur de sa veste de costume qui la cintrait un peu trop. Drago avait vu ses enfants... Ses enfants... Elle ferma les yeux avec dépit, ressentant une soudaine envie de se cacher dans un coin de l'open-space et de pleurer.

Non... elle devait se reprendre et cesser de vouloir craquer à la moindre occasion depuis qu'elle avait mis les pieds ici.

Drago avait vu Scorpius et Théia. Très bien. Elle l'aurait su si le blond avait fait un quelconque rapprochement ou s'il s'était souvenu de quelque chose en les apercevant. Ce n'était pas si grave, et de toute manière, il n'aura jamais plus l'occasion de les revoir. Elle était ici, en Angleterre, et Scorpius et Théia à l'autre bout du monde. Aucun risque que le blond sache quoi que ce soit à leur sujet.

Forte de cette réflexion, elle s'en alla chercher sa greffière.

0o0

- Dis-moi, tu as l'air bien heureuse ce matin ? remarqua Blaise en observant sa belle-sœur après l'avoir saluée.

- C'est parce que Drago et moi nous sommes réconciliés, répondit Astoria.

- C'est vrai ?! s'exclama Blaise, son visage s'illuminant.

- Oui. Nous avons discuté et décidé de repartir sur de nouvelles bases. Il est vraiment désolé pour ce qu'il a fait, et je pense qu'il est sincère. Il s'est perdu en chemin, et… nous avons tous le droit à des erreurs, n'est-ce pas ?

- Le mariage, souffla Blaise.

- Le mariage, répéta Astoria. Il m'a quand même rendu heureuse toutes ces années. Et je sais que… je ne suis pas un cadeau. Mais… je crois que nous en ressortirons tous deux renforcés. Et en plus… nous avons décidé de tenter à nouveau d'avoir un enfant.

- Oh, comme je suis ravi pour vous deux ! s'exclama Blaise en enlaçant sa belle-sœur.

- Oui, il m'a promis d'aller consulter, puis de m'emmener en voyage dès que le procès de son père sera terminé. Et nous réitérerons ce que nous avons fait toute la nuit, murmura Astoria, rougissante.

- Cela ne m'étonne pas. Lorsqu'il s'agit de sexe, Drago est très inventif.

L'avocate ouvrit la porte à cet instant.

- Si tu savais, nous n'avons pas arrêté toute la nuit.

Blaise pouffa de rire et se tourna vers Maître Harrington, qui s'était figée sur place, le visage impassible.

- Oh, toutes mes excuses, dit Blaise. Je vais vous laisser. Tori, on déjeune avec Drago et Théo tout à l'heure ?

- Oui, j'irai voir Dray dans son bureau après avoir terminé.

Blaise éclata de rire en sortant, et Kate Harrington prit place derrière le bureau, sa greffière s'installant sur une chaise près de la fenêtre. Sortant sa baguette, elle transforma l'étagère en un bureau d'appoint.

- Madame Malefoy, pouvons-nous commencer ? demanda l'avocate d'un ton sec.

- Oui, bien sûr, dit la brune, son amabilité atteignant des sommets.

0o0

Dorea observa sa rivale prendre place face à elle, sentant ses oreilles chauffer à blanc aux échos de ce qu'elle venait d'entendre.

Elle pensa que la brune ne connaissait vraiment aucune pudeur avant de réaliser que le mariage de Drago et d'Astoria Malefoy ne semblait pas être aussi malheureux qu'elle l'avait cru.

Cette pensée la blessa beaucoup plus qu'elle ne l'aurait voulu. Il était grand temps qu'elle mette un terme à cette affaire. Plus vite elle clôturerait ce chapitre, plus vite elle s'éloignerait de leur vie et plus vite elle pourrait se libérer de cette douleur incessante qu'elle ressentait au fond d'elle. Comme si finalement, douze années n'avaient pas été suffisantes pour passer à autre chose.