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oo Août 1993 – Bella a 5 ans oo

Edward

Je revins le lendemain puis le surlendemain. Pendant le reste de l'été, je la vis presque tous les jours. Je ne pus pas toujours lui parler. Charlie était très attentif après son accident au bord de la rivière et il n'aimait pas la perdre de vue trop longtemps.

Il faisait passer ses allusions à 'l'homme étincelant' pour des fantaisies d'enfant. Ce qui était plutôt providentiel. Je n'avais pas vraiment pensé à la difficulté qu'aurait un enfant de cinq ans à garder un secret.

Le jour où je réalisais le premier croquis arriva naturellement - même si j'avais attendu le déclic - mais c'était aussi l'un des plus tristes.

Lorsque j'arrivai ce jour-là, elle était étendue sur l'herbe, avec une boîte de crayons de couleur à côté d'elle.

"Bonjour homme Etincelant," me dit-elle en souriant magnifiquement.

"Bonjour, Bella." Je lui rendis son sourire avec joie.

J'avais renoncé aux présentations en bonne et due forme pour l'instant, ne voulant pas que son ami imaginaire - du moins aux yeux de Charlie - porte un nom qu'il rencontrerait dans douze ans lorsqu'il serait présenté comme petit ami de sa fille unique. Je comptais les jours jusqu'à ce qu'elle puisse garder mon secret.

"Qu'est-ce que tu fais là ?" demandai-je.

"Je dessine. Je veux te dessiner."

"Ça a l'air amusant. Est-ce que je dois prendre la pose ?"

Ses sourcils se froncèrent de confusion. "C'est quoi la pose ?"

"C'est quand tu restes assis sans bouger, comme quand ta maman prend une photo de toi avec un appareil photo."

"Oh !" Elle réfléchit un instant puis acquiesça d'un signe de tête décidé. "Tu dois poser."

Personne ne pouvait prendre la pose comme un vampire. Je m'allongeai sur l'herbe, m'appuyant sur les coudes, restant parfaitement immobile.

Elle me fixa, évaluant ma forme puis choisit un crayon et se mit au travail.

Je ne connaissais rien des capacités des filles de son âge mais il était évident, même pour moi, qu'elle était nulle. Elle avait oublié de me donner des bras et je n'avais qu'une jambe. Mon visage était plus grand que mon corps et mes cheveux étaient d'un orange fluorescent.

Son manque d'habileté n'était pas dû à un manque d'effort. Elle travaillait avec concentration. Le bout de sa langue passait entre ses lèvres et son front se plissait sous l'effet de l'effort. Pendant un moment, les seuls bruits étaient le grattage de son crayon sur la page et le bruit sourd et régulier de son cœur. C'était agréable. Je me détendis et appréciai.

Lorsqu'elle eut terminé, elle écrivit son nom en lettres majuscules tremblantes et me le montra.

"C'est très bien," mentis-je.

"C'est pour toi." Elle me le tendit pour que je le prenne.

Je le pris en souriant. Esmée serait ravie de voir ça, ils le seraient tous. J'avais découvert que je pouvais emporter des choses avec moi. Les vêtements que je portais dans mon présent revenaient avec moi et la boue de mes chaussures marquait toujours le tapis à mon retour. Je pouvais ramener cela avec moi et leur donner une preuve physique de mes histoires.

"Je peux aussi faire un dessin ?" demandai-je.

"Pour moi ?"

C'était gênant. Elle ne pourrait jamais considérer mon travail comme le sien mais le croquis existait, je l'avais vu.

"Et si je faisais un dessin et que je le gardais pour quand tu seras une grande fille ? Si papa voit un dessin que j'ai fait, il sera très troublé. Il pourrait être triste parce qu'il apprendrait la magie et ne pourrait pas la voir aussi."

"D'accord."

Elle essaya de prendre la même pose que moi, en s'appuyant sur ses coudes mais ne réussit pas à trouver l'équilibre. Au lieu de cela, elle roula sur le ventre et posa sa tête sur ses mains. C'était l'image que je connaissais.

Je pris un crayon dans la boîte et commençai à dessiner sa silhouette. J'ombrai ses cheveux, créant des reflets avec la légère modification de la pression. Lorsque j'eus terminé, je lui montrai le dessin.

"Qu'en penses-tu ?"

Elle l'examina attentivement avant de répondre. "C'est joli mais il n'y a pas de couleurs. Les dessins devraient avoir des couleurs."

Eh bien, c'est ce que je me disais.

"Bien sûr qu'il est joli," dis-je, sans tenir compte de sa critique. " C'est un dessin de toi, et tu es très jolie."

"Je ne suis pas…"

Elle fut interrompue par Charlie qui l'appelait depuis la maison. "Bells, tu dois rentrer maintenant. Nous devons préparer tes sacs !"

Ses sacs sont prêts !

"Je dois y aller maintenant, homme Etincelant." Elle se leva d'un bond. "Maman me ramène à la maison demain. Tu viendras me voir dans mon autre maison ?"

Oh Seigneur. Comment expliquer cela ?

"Je ne peux pas," dis-je maladroitement. "Je ne peux te voir que lorsque tu es chez papa."

Je retins mon souffle, m'attendant à une crise de colère ou pire à des larmes mais il n'y en eut pas. Elle avait l'air déçue.

"Tu es comme Billy et Sarah, je ne te vois qu'en été."

Je hochai la tête tristement.

"Est-ce que je te verrai l'été prochain ?"

"Absolument, je serai là l'été prochain. Je te le promets."

J'étais tout ému par cet au revoir. Je ne m'étais pas préparé correctement, quand elle m'avait dit qu'elle m'avait vu pendant ses étés chez Charlie, j'avais pensé que cela signifiait que j'avais tout l'été avec elle. Je n'avais pas envisagé la possibilité qu'elle passe du temps avec Renée pendant les mois d'été également.

Elle haussa les épaules. "Au revoir homme Etincelant."

"Au revoir, Bella."

Elle m'adressa un dernier sourire éblouissant et courut dans la maison.

Je reculai dans les arbres, serrant les dessins que nous avions faits dans une main et attendis la sensation de vertige alors que je revenais à mon présent.

"Prends soin de mon cœur," murmurai-je. "Je te l'ai laissé."


oo Janvier 2005 oo

Edward

C'était un démon. Arrachée directement aux flammes de l'enfer pour me tourmenter. Non, pas un démon. Démon n'était pas un mot assez fort pour décrire ce qu'elle était. Iln'y avait pasde mot assez fort pour la décrire.

Le simple souvenir de son odeur suffisait à faire s'enflammer ma gorge. Sans l'arrivée d'Alice, je l'aurais tuée sur-le-champ, au mépris des conséquences. Personne ne pourrait me le reprocher, pas s'ils comprenaient son odeur. Mais Alice était venue et la vie de la jeune fille avait été épargnée. Pour l'instant.

Alice m'avait montré ce qu'elle avait vu. Mes yeux rouges et repus, mon visage frappé par la douleur, je me tenais debout, entouré des cadavres d'une salle de classe remplie d'élèves, le corps de la jeune fille toujours dans mes bras.

Il n'aurait pas suffi de fuir cette fois, nous aurions été obligés de tuer encore plus pour couvrir nos traces. Une fuite de gaz, des corps brûlés au point d'être méconnaissables. La famille aurait été obligée de se séparer et de fuir lorsque les Volturi auraient commencé à avoir des soupçons.

Toutes ces pertes à cause d'une humaine insignifiante. Tout cela à caused'elle.

Pourtant, j'avais beau énumérer ses défauts, les dégâts qu'elle pouvait causer, je n'arrêtais pas de penser à elle. Elle était bien plus que ça. Peut-être pas un démon après tout mais une malédiction. Conçue par le destin pour me punir de toutes les vies que j'avais prises. Sinon, pourquoi m'aurait-elle attiré comme elle le faisait ? Pour quelle autre raison son esprit serait-il silencieux ?

Si j'avais pu lire dans ses pensées, j'aurais peut-être pu comprendre. Elle devait savoir à quel point elle m'affectait, après tout, elle s'en était excusée. Puis il y avait eu son appel à Alice alors qu'on m'emmenait hors de la pièce."Aide-le."

A moins qu'elle n'ait voulu parler de l'urgence familiale mentionnée par Alice. Une question de vie ou de mort, avait dit Alice. C'était : sa vie, sa mort.

Je balayai la neige qui s'était déposée sur mon visage et regardai l'étendue insondable des étoiles au-dessus de moi. Ce n'était pas bon. Même celles-ci étaient perdues à mesure que son visage se superposait à leur motif.

"Qui es-tu ?" demandai-je à voix haute. "Qu'est-ce que tu es ?"

Le visage au-dessus de moi sourit de façon énigmatique et disparut en clignant des yeux. Un vampire pouvait-il perdre la tête ? C'est en tout cas l'impression que j'avais.

J'étais en Alaska depuis près d'une semaine. Après qu'Alice m'eut sorti de la salle de classe, Emmett et elle m'avaient conduit jusqu'à la voiture où Rosalie et Jasper nous attendaient. Pris en sandwich entre Jasper et Alice sur la banquette arrière, j'avais raconté ma rencontre avec la jeune fille. Jasper s'était montré compréhensif à mon égard mais Rosalie était irritée. Elle se comportait comme si j'avais intentionnellement créé ce scénario pour l'incommoder.

Lorsque nous rentrâmes à la maison, Carlisle nous attendait. Alice l'avait appelé de l'école et l'avait mis au courant de ce qu'il s'était passé. Je racontai mon histoire une fois de plus, décrivant l'appel qu'elle avait lancé, et comment j'avais été à deux doigts de tout détruire.

"Je suis fier de toi, Edward," me dit-il. "Tu as trouvé la volonté de résister. Nous comprenons tous à quel point cela a dû être difficile."

Il était peut-être fier de moi mais il était trop confiant. Déjà, mon esprit travaillait à trouver un moyen de satisfaire mon besoin de son sang. Je pourrais aller chez elle, m'excuser pour mes actes, lui serrer la main, l'attirer à moi et enfoncer lentement mes dents dans la chair tendre de son cou. Je serais enfin rassasié.

Je suivis la vision dans les pensées d'Alice. La jeune fille sourit en me voyant à sa porte. Prenant exemple sur elle lorsqu'elle s'est excusée pour ce qu'il s'était passé, je lui tendais les bras et elle tombait dedans, ma main repoussait les cheveux de son cou, puis je baissais la tête et je la dévorais.

Je savais que si je restais, je la tuerais. En présence de son odeur, cela me semblait être la solution la plus raisonnable. Mais il me suffisait de regarder le visage sage et confiant de Carlisle pour savoir que je ne pouvais pas le faire. Il me pardonnerait, il nous pardonnait tous mais la mort de cette fille le tourmenterait. Il avait consacré son existence à sauver des vies humaines. Pour moi, en prendre une volontairement serait l'ultime trahison envers lui.

Je leur fis des adieux précipités, serrant Esmée contre moi un peu plus longtemps que les autres, permettant à mon étreinte de dire les mots que je n'arrivais pas à formuler puis je m'enfuis. J'arrivai à Denali au milieu de la nuit. J'expliquai ma situation à Tanya puis je fuis ses paroles compréhensives et m'enfonçai dans la nature.

Tanya m'avait cherché quelques jours après mon arrivée. Ses pensées la précédaient, me montrant ce dont elle voulait discuter. Je courus à nouveau. Elle me vit disparaître dans le paysage mais ne me poursuivit pas. Je ne voulais pas entendre ce qu'elle avait à dire : qu'Esmée avait encore appelé, que la famille était inquiète. Je le savais déjà.

Alice avait appelé hier soir pour me dire que le reste de la famille retournait à l'école aujourd'hui, notre absence avait été expliquée comme une urgence familiale, l'expression sombre de Carlisle et la beauté d'Esmée avaient empêché le Principal Green de poser plus de questions.

Le ciel s'éclaircit progressivement et le soleil remplaça la lune. Jedevrais rentrerà la maison, jedevraisappeler chez moi et parler à Esmée, mais tout ce que je pouvais faire, c'était m'allonger ici dans la neige et penser à la fille.

Mon téléphone sonna peu après neuf heures et je répondis sans vérifier le numéro. Pensant que mes frères et sœurs seraient à l'école, je m'attendais à ce que ce soit Carlisle ou Esmée qui appelle. Je fus surpris d'entendre la voix de Rosalie : "Je pensais que tu aimerais savoir que la fille est morte, alors tu peux rentrer à la maison maintenant. Il n'y a plus de sang pour te tenter."

Je bondis sur mes pieds. "Elle est morte ?"

"Morte ou mourante, de toute façon, ce ne sera pas long," dit-elle nonchalamment. "Un imbécile a dérapé sur la glace et c'était un humain contre une camionnette. La camionnette a gagné."

Comment pouvait-elle parler ainsi ? Comme si c'était une blague. Je ne pouvais pas supporter de l'entendre dire ces choses. Je fermai mon téléphone puis pour faire bonne mesure, je l'écrasai et laissai tomber les morceaux par terre. Je devais retourner à Forks. Maintenant. Je devais savoir ce qu'il s'était passé. La fille ne pouvait pas être morte, c'est juste qu'elle... ne le pouvait pas.

Le fait que j'avais planifié sa disparition il y a quelques jours à peine semblait désormais sans grande conséquence. Tout ce qui comptait, c'était que je devais parler à quelqu'un qui puisse me le dire avec certitude. J'attrapai mon téléphone mais bien sûr, il était réduit en éclats de plastique.

Je courus vers la maison de Tanya et je fis irruption dans le salon. J'arrachai le téléphone du mur, écrasant presque les touches dans ma hâte alors que je composais le numéro de la maison.

"Edward, que s'est-il passé?" demanda Tanya, mais je lui fis signe de se taire.

Il n'y eut pas de réponse sur le téléphone de la maison ou sur le portable d'Alice, mais quand j'essayai celui d'Emmett, il répondit.

"Elle n'est pas morte," dit-il en guise de salutation. "Je ne suis pas sûr exactement de ce qu'il s'est passé mais Alice est à l'hôpital avec Carlisle et nous rentrons tous à la maison. Tu rentres aussi ?"

"Oui. Je serai là dès que possible. Ne laisse personne planifier quoi que ce soit avant mon arrivée," dis-je fermement.

Je ne compris pas pourquoi j'avais ajouté cette demande. Il n'y avait aucune raison pour qu'ils planifient quoi que ce soit. Il s'agissait d'un accident humain mais on soupçonnait de plus en plus qu'il y avait autre chose. Et surtout le sentiment de vide dévastateur que j'éprouvais depuis les paroles de Rosalie n'était pas le moindre.

'La fille est morte."

ooo

J'arrivai à la maison vers minuit. Ils étaient tous rassemblés dans la salle à manger et m'attendaient à l'exception de Carlisle qui devait encore être à l'hôpital.

Esmée se précipita pour m'embrasser à mon arrivée, et je lui rendis son étreinte avant de tourner mon attention vers Alice dans une demande silencieuse d'informations.

Une succession rapide d'images me vint à l'esprit. La jeune fille arrivait dans son pick-up, le regard plein d'espoir en voyant mes frères et sœurs qui s'est transformé en une tristesse intolérable après un moment. Sa progression prudente sur la glace, ses mains agrippant l'arrière du véhicule. C'est alors que l'horreur commença. Des freins qui grincent. Un visage terrifié à travers un pare-brise. La jeune fille qui se jette hors de la trajectoire de l'impact. La camionnette frôlant le bord de son pick-up puis rebondit pour le taper à nouveau. L'odeur du sang épaisse dans l'air. Des cris et les hurlements des humains.

Les images ralentissaient. J'ai regardé à travers les yeux d'Alice alors qu'elle demandait à Emmett, Rosalie et Jasper de s'éloigner de l'odeur. Elle se déplaça à travers la foule de lycéens entourant le pick-up et la camionnette et se tortilla entre le petit espace à côté de la jeune fille. Elle savait qu'elle serait morte mais elle ressentait un besoin impérieux d'être avec elle.

"Je pensais que quelqu'un devrait au moins lui tenir la main," dit doucement Alice.

Les images continuaient. Alice arriva aux côtés de la fille. Il n'y avait pas de sang là-bas. En fait, elle avait l'air de dormir. D'une manière ou d'une autre, son corps s'était abrité sous son pick-up. Sa tête reposait contre l'asphalte dans le petit espace créé là où l'arrière de la camionnette avait rencontré un poteau en béton marquant la limite du parking ; sans cela, elle aurait été écrasée entre les deux véhicules.

Alice se laissa tomber à ses côtés et lui prit la main. Les yeux de la jeune fille s'ouvrirent et regardèrent ceux d'Alice avec une claire accusation.

"Pourquoi ne m'as-tu pas prévenu ?" demanda-t-elle. "Pourquoi n'as-tu pas vu ?"

Puis les yeux se fermèrent à nouveau et la prise qu'elle avait sur la main d'Alice se relâcha.

Mon souffle était comme un sifflement alors que je sortais de l'esprit d'Alice. C'était exactement la même accusation que je voulais lui lancer. Pourquoi n'avait-elle pas vu ? Plus important encore, pourquoi avais-je l'impression que c'était mon erreur ? Je n'aurais rien pu faire. Je n'étais même pas là.

"Que voulait-elle dire ?" demandai-je.

Alice secoua tristement la tête. "Je ne sais pas, je n'ai pas eu l'occasion de lui parler à nouveau. Elle a été blessée. Ils l'ont emmenée d'urgence à l'hôpital et Carlisle m'a renvoyé chez moi."

"Est-ce qu'elle…" Je n'arrivais pas à terminer la question. Je n'étais pas sûr de vouloir connaître la réponse.

"Elle n'est pas morte." Rosalie semblait ennuyée par le fait que la fille continue d'exister. "Pas encore du moins. Nous devons prendre des dispositions. Alice a insisté pour attendre que Carlisle et toi rentriez à la maison avant de pouvoir en parler mais nous savons tous ce qu'il doit se passer maintenant."

Que devait-il se passer maintenant ? Elle savait clairement quelque chose mais comment aurait-elle pu savoir ce qu'Alice pouvait faire ?

J'entendis le bruit d'une voiture qui passait de l'asphalte lisse de la route à l'allée de terre. Carlisle était à la maison. Une minute plus tard, le doux bourdonnement du moteur s'arrêta alors qu'il s'arrêtait devant la maison. Esmée se dépêcha de le saluer et j'essayai de rassembler mes pensées. Il enregistra mon odeur dans la maison et soupira de soulagement.Bienvenue à la maison, fils.

Il entra dans la salle à manger, ôta son lourd pardessus et le jeta sur une chaise vide. "Bella va s'en sortir," dit-il en se laissant tomber sur une chaise. "Elle a eu une chance incroyable de ne pas avoir subi de blessures plus graves... Elle a une vilaine commotion cérébrale mais elle survivra."

C'était la première fois que j'entendais l'un d'entre nous utiliser son vrai nom ; elle avait toujours été "la fille". Je découvris que j'aimais l'entendre, ça lui allait bien.

"C'est génial," dit sarcastiquement Rosalie. "Elle va vivre, donc nous sommes tous foutus."

"Pas nécessairement," dit-il calmement. "Qu'a-t-elle dit exactement, Alice ?" Il l'avait déjà entendu mais il souhaitait que tout le monde l'entende à nouveau avant d'aborder le sujet.

"Elle m'a demandé pourquoi je ne l'avais pas prévenue, pourquoi je ne l'avais pas vu."

"Ce qui prouve qu'elle sait quelque chose," dit Rosalie. "Quelqu'un a dû bavasser. Alice, tu es bizarre avec cette fille depuis le début. Lui as-tu parlé ? Raconté des secrets ?"

En quoi Alice avait-elle été bizarre avec elle ? Apparemment, j'avais raté quelque chose pendant mon absence.

"Oui, Rosalie," dit-elle sarcastiquement. "Je suis avec vous tous depuis qu'Edward est parti pour l'Alaska, mais je me suis faufilée pour dire à Bella que je peux avoir des visions du futur, juste pour que tu aies une excuse pour la tuer maintenant."

"Eh bien, comment aurait-elle pu le savoir autrement ?" demanda Rosalie.

"Nous ne savons pas si elle le sait," dis-je prudemment. "Elle faisait peut-être référence à l'avertissement d'Alice dans le sens actuel. Vous aviez une meilleure vue sur la trajectoire de la camionnette après tout."

C'était un argument assez faible et nous le savions tous mais je ne trouvais rien d'autre à dire pour sa défense.

"Elle sait quelque chose," dit doucement Jasper. "Il y a quelque chose chez cette fille qui me rend nerveux. Pensez à sa réaction envers Edward."

"Donc elle est bizarre. Cela ne veut pas dire que nous devons la tuer," dit raisonnablement Emmett.

"Nous n'allons pas la tuer," dit fermement Carlisle. "C'est une fille innocente qui n'a rien fait de mal. Ce n'est pas sa faute si son sang appelle Edward et sa déclaration à Alice bien que déroutante, ne représente pas un risque pour nous."

Rosalie avait l'air rebelle mais elle n'irait pas contre Carlisle. Jasper quant à lui, avait eu un début de vie très différent du nôtre et n'allait pas se laisser dicter sa conduite par Carlisle s'il croyait qu'Alice était en danger.

"Il y a trop de choses en jeu ici pour lui permettre de vivre," dit-il, toujours du même ton calme et mesuré.

Je sentis quelque chose qui s'apparentait à de la haine s'installer en moi. Jasper était mon frère, il faisait partie de notre famille depuis plus d'un demi-siècle, et pourtant à ce moment-là, il était une menace.

Il haussa un sourcil, ressentant mes émotions et s'interrogeant sur la cause derrière cela. Je ne le comprenais pas vraiment moi-même. C'était juste une fille. Une fille avec le sang le plus tentant que j'aie jamais rencontré, c'est vrai, mais une fille quand même. Pourquoi est-ce que je me souciais autant de ce qui lui était arrivé ?

"Si elle n'était pas là, Edward pourrait rester," cajola Rosalie. Elle espérait que l'amour de Carlisle pour moi l'influencerait.

"Arrête, Rosalie," dit-il fermement, sachant exactement ce qu'elle faisait. Il était à peine capable de cacher son dégoût face à ses manipulations.

"Qu'en penses-tu, Alice ?" demanda Esmée, parlant pour la première fois. "Tu penses qu'elle sait quelque chose ?"

"Je ne pense pas que ce soit le cas. J'essaie de voir ce qu'il se passera si je lui parle demain, mais je ne peux pas car son avenir est trop confus." Elle lança à Jasper un regard significatif.

"Pourrions-nous tous arrêter de projeter de tuer la fille pendant un instant pour qu'Alice puisse vérifier sa boule de cristal, s'il vous plaît." Emmett essayait d'alléger la tension mais son humour tombait à plat face à tant d'anxiété.

Alice ferma les yeux et se concentra, une fois de plus elle fut confrontée à la confusion vide qui signifiait qu'il y avait toujours quelqu'un qui complotait contre nous.

"Jazz, s'il te plaît," dit-elle doucement. Il était sans défense face à ses supplications. Dès qu'il abandonna son projet, l'avenir s'éclaircit immédiatement.

Alice chercha l'avenir immédiat de Bella mais elle fut aspirée vers un rendez-vous dans une période de temps inconnue.

J'haletai alors que l'image s'éclaircissait. Alice et Bella debout dans un champ verdoyant. Le soleil brillait, projetant des prismes de lumière sur la peau d'Alice. Leurs bras étaient entrelacés et elles étaient chacune perdues dans des éclats de rire.

Dans la foulée de cette vision une autre vint. C'était la même scène, bras entrelacés, rires, mais maintenant le soleil éclairait leurs deux bras. Quand Bella ouvrit les yeux, ils étaient la topaze d'un vampire végétarien.

"Non !" sifflai-je.

Alice hocha la tête avec impatience. "Tu vois comme c'est solide ? Il n'y a aucun doute… elle sera l'une des nôtres. "

"Bella va devenir un vampire ?" demanda Carlisle, incrédule.

"Oui," dit joyeusement Alice, une lueur fanatique dans les yeux. "Elle sera transformée et elle sera mon amie."

Elle était ravie à cette perspective. Pour elle, cela semblait être la situation parfaite. Pour moi, c'était le pire. Bella était trop bonne, trop innocente pour cette vie.

Encore une fois, je fus arrêté par la direction que prenaient mes propres pensées. Comment étais-je passé de la comparer à un démon envoyé pour me détruire à la protéger des plans extatiques de ma sœur ?

"Comment cela se produit-il ?" demandai-je. Si je connaissais le déclencheur, je pourrais peut-être changer la vision.

Alice ferma les yeux et glissa à nouveau dans le futur. Cette fois, la vision mit plus de temps à venir mais une fois arrivée, elle était aussi solide que l'autre.

Bella était humaine, ses joues étaient rouges et ses yeux brillaient de bonheur. J'étais le même que maintenant, comme je l'étais depuis l'âge de dix-sept ans et que le venin de Carlisle avait fini de se frayer un chemin à travers moi, faisant de moi ce que je suis. Non, pas tout à fait pareil. Je souriais comme je n'avais jamais souri auparavant, le bonheur dans mes yeux était indubitable. Je baissai mon visage pour rencontrer celui de Bella et nos lèvres se rencontrèrent dans un baiser. Alors que je m'éloignais, ma main traçait la courbe de sa joue."Je t'aime, Bella."

La vision s'acheva et Alice rencontra mon regard avec un sourire ravi.

"Comment cela peut-il être vrai ?" haletai-je.

"Je ne sais pas mais ça va arriver," dit-elle joyeusement. " Celle-là est encore plus solide que les autres. "

"Qu'est-ce qu'il se passe?" demanda Esmée.

"Edward et Bella, je les ai vus ensemble," dit-elle. "Ils sont amoureux, ou du moins ils le seront bientôt. Cela ne semblait pas si loin. Il va être si heureux."

Esmée sourit joyeusement. "Oh, Edward, c'est merveilleux."

"Non !" Ma voix était un grognement sourd. "Ce n'est pas possible. Je ne peux pas l'aimer. Elle est humaine."

"Pas pour longtemps," chanta Alice. "Je me demande comment ça arrive."

Son esprit s'emballa avec les scénarios possibles. L'un d'entre eux, très répandu, prévoyait que je la transforme, ce qui était tout à fait ridicule.

"Regarde encore, Alice," demandai-je. Je me résolus à tout faire pour l'éviter, en refusant cet avenir.

Alice chercha mais il n'y eut aucun changement. La même scène se reproduisait encore et encore, quelle que soit la ligne de conduite que je choisissais.

D'une manière ou d'une autre, j'allais tomber amoureux de Bella Swan.


Alors… Edward est tout confus et Alice est ravie. C'était un chapitre vraiment amusant à écrire. J'espère qu'il était aussi amusant à lire.