Le lendemain, dans l'un des ravins à l'est d'Oblivia, H. Lin et Mimir descendent du skell de combat.
« Les suspensions de ce skell laissent à désirer quand même… marmonne Mimir en s'étirant.
- D'ici quelques jours nous devrions réussir à collecter assez d'argent pour pouvoir acheter un skell de meilleure qualité, rassure H. Lin. Nos sondes en Noctilum nous assurent des revenus plus que corrects, maintenant que je me suis penché en détail sur leur exploitation.
- C'est-à-dire ?
- Les sondes peuvent être configurées à distance pour favoriser l'extraction minière ou l'accès aux images de la zone qu'elles couvrent, explique H. Lin. En analysant les données relatives aux revenus et à la quantité de ressources extraites, j'ai pu maximiser les profits des sondes que nous avons déployées en Noctilum. J'en ai aussi profité pour engager des colporteurs pour récolter le miranium et les autres matières premières extraites par nos sondes pour les ramener à N.L.A.
- Trop bien ! Tu sais, je suis toujours fascinée par le nombre de choses que tu arrives à faire en simultané. J'ai l'impression qu'il y a pas assez de vingt-quatre heures dans une journée pour faire tout ce que tu fais.
- C'est une habitude à prendre, voilà tout.
- N'empêche, ça force le respect. »
Mimir observe le canyon autour d'elle. Quelques simius se battent un peu plus loin. Assez loin pour qu'elles ne soient pas en danger. Au sol, quelques pastèques suna ont visiblement survécues à la faune locale depuis le dernier orage, en particulier celles qui ont réussi à pousser au pied de rochers, se confondant facilement avec des mottes de sable. Il y a aussi ces étranges fruits bardés d'épines. Elle aurait bien essayé d'en collecter quelques uns pour les étudier, mais elle n'est pas équipée pour le faire sans se blesser. Autant reporter ça à un autre jour.
« Du coup, c'est quoi notre mission du jour ? demande Mimir en se retournant vers H. Lin.
- Nous allons prospecter la zone, tout simplement, répond-elle en relevant les yeux de son terminal. Les derniers relevés de FrontierNav laissent supposer que certains matériaux rares pourraient se trouver dans cette zone. Nous devons vérifier si cette supposition est exacte et, le cas échéant, déterminer l'emplacement idéal pour placer une sonde afin de les extraire.
- On va pas placer la sonde ?
- Non. Nous laisserons ce travail à Skoll et Baldr. Ils sont bien plus doués que nous pour cette tâche.
- … Mouais…
- Y a-t-il un problème ?
- C'est juste que… Je peux pas leur faire confiance après ce qu'ils ont fait, mais toi ça a pas l'air de te déranger.
- Et bien… Disons simplement que je sais reconnaitre quand d'autres personnes sont plus compétentes que moi, même lorsque nous sommes en froid. D'autant plus que j'ai vraisemblablement moins de ressentiment à leur égard que toi.
- Ça aussi, j'ai du mal à comprendre. Comment tu peux parler de tout ça aussi calmement ? Baldr t'a quand même qualifiée de traitresse ! Et de monstre !
- C'est Skoll qui a employé le mot « traitresse », corrige H. Lin, et ce n'est pas la première fois que des personnes me qualifient ainsi. Si mes années en politique m'ont appris une chose, c'est bien de laisser les insultes de mes détracteurs glisser sur moi et d'élever le débat plutôt que de rentrer dans leur jeu.
- J'en serais incapable…
- C'est le fruit d'un très long travail. Sans compter que, à nouveau, leur colère à mon égard est totalement justifiée. Celle de Skoll, en tout cas. Baldr, quant à lui, a réagi en fonction de son code moral, mais il aurait pu essayer de se détacher de ses émotions pour essayer de comprendre mes motivations.
- C'est un con de toute façon… crache Mimir.
- La blessure qu'il t'a infligée est certainement très profonde pour que tu continues de lui en vouloir avec tant de véhémence, mais elle finira par guérir avec le temps.
- Je sais pas… »
Mimir baisse les yeux au sol, le visage sombre, et soupire.
H. Lin l'observe en silence. Son amie a besoin d'un peu de temps pour rassembler ses pensées, visiblement.
« Tu sais… finit par reprendre Mimir. J'ai jamais eu d'amis. »
Mimir relève la tête et croise le regard de sa supérieure. Un regard étrangement bienveillant et compatissant. Elle ne dit rien, mais elle l'écoute avec attention.
« En fait, je suis seule depuis que je suis toute petite. J'ai jamais compris comment on se fait des amis, même encore maintenant, visiblement. J'imagine que j'ai une personnalité un peu trop… exubérante. Mais même au-delà de ça, je sais pas comment me comporter avec les autres. Tout ce que je sais faire, c'est parler de sujets qui m'intéressent jusqu'à l'écœurement de mon interlocuteur. Alors, depuis que je suis toute petite, les gens me fuient…
- Pourtant, tu as pu trouver des collègues qui partagent les mêmes centres d'intérêt que toi. Ne considères-tu pas les membres avec lesquels tu rédiges le bestiaire comme des amis ?
- Si, bien sûr ! Mais c'est pas tout à fait pareil… Ce sont des gens qui m'apprécient et que j'apprécie parce qu'on est intéressés par la même chose, pas forcément parce qu'ils m'apprécient en tant que personne. Et puis parmi eux tous, à part Vera que j'ai rencontrée la semaine dernière, il n'y a que Sullivan avec qui j'ai vraiment parlé en vrai. C'est pas tout à fait pareil, tu vois ?
- Je pense comprendre.
- Quand je suis rentrée à la fac, je me suis dit naïvement que j'allais enfin trouver des gens qui partagent les mêmes centres d'intérêt que moi, et avec qui je pourrais sociabiliser. Mais visiblement, j'étais encore trop « anormale », à parler pendant des heures de la différence entre felinaes et felidaes. En fait, les seules personnes avec qui je pouvais vraiment discuter, c'étaient mes parents.
- Tu n'avais pas de frère ou de sœur ?
- Je suis fille unique, donc même pas d'adelphe avec qui faire les quatre-cent coups. J'étais… seule. Les seules personnes qui osaient m'approcher, elles étaient motivées par leurs propres intérêts. Soit c'était pour que je les aide à comprendre leurs cours, soit pour essayer de se faire bien voir de mes parents, soit pour voir si ils avaient une chance de coucher avec moi… J'ai fini par perdre complètement foi en les relations humaines.
- C'est quelque chose que je comprends très bien.
- Ouais… J'imagine… Du coup, quand j'étais sur la Blanche et que j'ai vu Baldr se rapprocher de moi, avec sa gentillesse et sa bienveillance apparente, j'ai voulu y croire, au moins un peu. J'avais peur d'être encore déçue, mais je me sentais terriblement seule…
- Nous venions de perdre notre planète natale, après tout. Tu avais besoin de soutien.
- C'est exactement ça ! Au début j'étais méfiante, mais j'ai fini par apprécier la présence de ce type qui semblait réussir à supporter mon caractère explosif, au point où j'ai fini par le considérer comme mon seul et véritable ami… Et lui, pendant tout ce temps… tout ce qu'il voulait… commence à sangloter Mimir.
- Tu n'as pas à lui pardonner, tu sais ?
- Hein ?
- Il t'a blessée très profondément. Ce type de blessure met très longtemps à guérir, mais elle guérit. Dans l'intervalle, concentre-toi sur tes propres besoins, et n'hésite pas à refuser ses excuses si tu n'es pas prête à les accepter.
- Je… D'accord.
- Et surtout, n'oublie pas une chose : Depuis ton arrivée sur Mira tu as réussi à établir un lien tout aussi fort avec d'autres personnes. Tu n'es pas seule, d'accord ? »
Mimir dévisage sa supérieure avec surprise. Vient-elle de lui avouer à demi-mot qu'elle la considère comme une amie ? Qu'elle l'accepte telle qu'elle est réellement ?
Un puissant cri résonne au sud de leur position, les faisant sursauter.
« C'était quoi, ça ? » demande H. Lin.
En regardant en direction de l'origine du cri, les deux jeunes femmes voient un simius en train de secouer vivement sa main pour essayer d'en déloger le fruit aux épines acérées qui est planté dedans.
« Il faut vraiment être complètement stupide pour se blesser en essayant d'attraper un fruit comme ça ! rigole Mimir.
- En effet. Ces singes manquent un peu de jugeote. » répond H. Lin en souriant.
Grenade épineuse : Un fruit couvert d'épines acérées, apprécié pour ses effets hémostatiques. Cependant, il est souvent dévoré pour compenser les saignements provoqués par sa récolte.
Exploration de Mira : 27,10 %
