Dans la plaine au nord du lac Janapath, dans l'est de Primordia, Mimir et H. Lin enchainent les allers-retours entre le skell de transport et la sonde que leur équipe a plantée ici il y a plus d'un mois.
« T'avais pas dit que t'avais engagé des colporteurs pour récolter le miranium de nos sondes, d'ailleurs ? demande Mimir.
- Si, pourquoi ?
- Parce que c'est précisément ce qu'on est en train de faire, non ? »
Mimir finit de charger une nouvelle caisse dans le skell, puis prend une pose pour souffler. C'est quand même la troisième sonde de la journée !
« Je suis pas faite pour ce genre d'exercice physique, moi…
- Tu devrais peut-être essayer de te muscler un peu, répond H. Lin en apportant l'une des dernières caisses.
- Très drôle… Comme si je pouvais gagner du muscle dans un corps comme celui-là. Depuis quand tu fais des blagues, toi ?
- J'ai eu envie de paraitre moins stricte. Si ça te dérange, je peux redevenir la supérieure acariâtre qui te réprimande sans arrêt.
- Non merci ! Je préfère largement la version avec des blagues nulles !
- Comment ça, « nulles » ?
- Et je te ferais remarquer que t'as toujours pas répondu à ma question : Pourquoi on se farcit ce travail ? répète Mimir en scrutant les environs.
- Les colporteurs que j'ai engagés s'occupent de nos sondes en Noctilum, répond H. Lin en finissant de charger sa caisse. Nous perdrions bien trop de temps à nous rendre en Noctilum, il vaut mieux laisser des personnes plus qualifiées s'en occuper, surtout maintenant que la voie vers les régions reculées de Noctilum a été cartographiée en détail.
- Grâce à nous !
- Ainsi qu'à d'autres équipes. Nous ne pouvons décemment pas nous attribuer tout le mérite. Nous avons ouvert la voie, mais d'autres équipes ont suivi nos traces afin de sécuriser les accès, renforcer la couverture FrontierNav, éliminer les indigènes hostiles…
- Ouais, c'est vrai, consent Mimir en posant les yeux sur un arbuste sur lequel pousse un unique fruit jaune.
- Cela dit, il est vrai que notre travail a grandement facilité celui des équipes qui nous ont suivis. Malgré cela, tout ce à quoi nous avons eu droit, c'est une réprimande pour avoir disparu des radars et avoir dépassé d'un jour la durée prévisionnelle de notre mission.
- Ah ouais ? On nous a réprimandés ? Je savais même pas qu'on avait une durée prévisionnelle…
- On m'a réprimandée, plus exactement. J'avais informé le Q.G. que nous partirions pour deux à trois semaines. Notre mission a duré très exactement vingt-deux jours. Chausson a voulu se servir de ce détail pour faire pression sur moi, mais il me connait très mal.
- Il s'est passé quoi ?
- Je l'ai renvoyé dans les cordes sans ménagement en lui rappelant le contrat que nous avions signé avec Nagi avant de partir.
- Quel contrat ? J'ai signé un contrat, moi ?
- Celui qui stipule que nous refusons que le Q.G. envoie une équipe à notre recherche, et qui nous permet donc de planifier des missions bien trop dangereuses et bien trop ambitieuses par rapport aux standards du BLADE. Tu ne t'en souviens pas ?
- Si… Ça me dit vaguement un truc…
- En tout cas, moi je m'en souviens. Une fois que je lui ai jeté ses quatre vérités à la figure, Chausson n'a rien trouvé à répondre. Ce n'est pas allé plus loin, alors j'ai pensé que je n'avais pas de raison de vous faire part de cette « entrevue ».
- Ouais. Je vois le genre.
- Il ne reste que deux caisses, me semble-t-il. Je peux m'en occuper seule, si tu veux. Tu peux te reposer pendant ce temps, tant que tu ne t'éloignes pas trop.
- Merci cheffe ! »
Mimir n'attend pas une seconde de plus avant de s'élancer vers l'arbuste qu'elle a repéré depuis un petit moment.
H. Lin n'est pas dupe. Elle a très bien vu que Mimir lorgne ce petit arbre au fruit jaune dès l'instant où elles ont posé le pied hors du skell. Mais malgré son envie évidente d'aller l'observer en détail, elle s'est concentrée sur sa tâche jusqu'à ce qu'elle soit finie.
Depuis quand est-elle devenue aussi raisonnable ? En Noctilum, déjà, elle faisait preuve de prudence malgré sa curiosité insatiable, mais cela pouvait s'expliquer par l'environnement particulièrement hostile dans lequel ils évoluaient. Aujourd'hui, elles sont en Primordia, la région la mieux connue et la plus sécurisée de Mira – tant que la nuit n'est pas tombée en tout ca, car les manctis restent un sérieux problème. H. Lin se serait attendu à un peu plus d'inconscience de la part de sa collègue. Elle doit bien avouer qu'elle est très agréablement surprise.
L'arbre que Mimir observe ressemble de très près à un citronnier terrestre, si on exclut la forme des feuilles, l'allure du tronc, la disposition des branches, la taille… Bon, d'accord, il ne ressemble pas du tout à un citronnier. C'est juste que son fruit ressemble à un citron, en un peu plus allongé.
Mimir approche sa main pour le cueillir. La peau est légèrement rugueuse, parfaitement inodore…
« Pas touche à citron ! » s'exclame une voix derrière elle.
Mimir se retourne en sursaut et se retrouve nez-à-nez avec un Nopon.
« Pote donne citron à Muimui ! Muimui a besoin tout plein citrons !
- Houlà ! Du calme ! C'est moi qui l'ai trouvé en premier je te signale, répond Mimir.
- Mêh-mêh ? Mais pote pas Nopone. Pote a pas besoin citron !
- Et pourquoi j'en aurais pas besoin ?
- Et puis comment pote a fait pour arriver avant Muimui ? Muimui a couru dès que Muimui a entendu citron !
- Comment ça, « entendu » ? relève Mimir.
- Pote a pas entendu citron ? s'étonne Muimui. Comment pote a pu trouver citron avant Muimui ?!
- Il fait pas de bruit ce citron… Ou alors…
- Pote fait pas semblant d'ignorer Muimui ! se fâche le Nopon. Et pote donne citron à Muimui tout de suite !
- Hé ! s'indigne Mimir. Muimui il va parler mieux, sinon Mimir elle va se fâcher !
- Gasp ! Comment pote connait nom de Muimui ? Pote lit dans pensées ? s'inquiète Muimui.
- Pas vraiment, non, soupire Mimir. Écoute, j'ai besoin de ce citron pour mes recherches, donc je peux pas te le laisser. T'as qu'à en trouver d'autres !
- Mêh-mêh ! Pote se rend pas compte à quel point citron est rarissimissime.
- Un problème ? demande H. Lin en arrivant après avoir chargé la dernière caisse.
- Ce Nopon exige que je lui donne mon citron, explique Mimir.
- Muimui a besoin citron !
- Il me semble que cette situation est très simple à résoudre, répond posément H. Lin. Mon amie a cueillit ce citron, donc, à moins que vous ne possédiez un titre de propriété statuant que cet arbre est en votre possession, ce citron appartient à mon amie, que ce soit selon les règles humaines ou nopones.
- Mêh…
- Si vous voulez en faire l'acquisition, vous pouvez toutefois essayer de le lui acheter, comme le veut la tradition nopone, poursuit H. Lin. Mimir, contre quoi accepterais-tu de t'en séparer ?
- Ben… Un exemplaire de chaque espèce de végétaux de la région, j'imagine.
- Mêh ! s'exclame Muimui avant de s'effondrer au sol. Pote a gagné… Muimui va chercher autre citron…
- Judicieuse conclusion. » répond H. Lin en se dirigeant vers le skell, suivie par Mimir.
Citron sonar : Ce citron émet des ultrasons imperceptibles à l'oreille humaine. Les autochtones mirans qui les entendent les traquent sans relâche.
Exploration de Mira : 27,80 %
