Fleur d'Ange - ahhahaa ;u; il est possible que j'ai supprimé par mégarde un passage qui racontait que Nguyen et Drago décidaient d'inventer la psychomagie, oui X)
Ce serait pas étonnant, je fais plein de retours en arrières et de corrections, en ce moment, c'est insup...
Je suis heureuse de t'annoncer que beaucoup de tes souhaites vont se réaliser °u° Si je supprime pas d'autres trucs par mégarde XD (je fais des copié-collés entre les chapitres et nooooormalement, je garde des copies de tout, mais... hem. voila voila.

Lamourloi - c'est adorable, merci tellement pour ce genre d'encouragements _
(evidemment, qu'il va succomber : il est FAIBLE)

Yza - L'espoir, c'est pour les autres, voyons
(ceci dit, harry en a assez pour partager)


« Ce que c'est glauque. Et lourd. Il fait jamais de pause ? »

Potter se renversa en arrière sur sa chaise et étira ses bras au-dessus de sa tête avant de faire craquer sa nuque.

Drago refusa de regarder sa chemise se tendre sur ses pectoraux.

C'était leur troisième séance et c'était de pire en pire : ils faisaient ça le soir, quand Potter n'avait plus l'énergie de maintenir une attitude irréprochable. Il passait sans arrêt ses doigts dans ses cheveux désordonnés, s'asseyait comme un voyou, un pied sur sa chaise et le bras pendant sur son genou, il grattait son menton de ses ongles courts et le son produit envoyait des décharges dans le cerveau de Drago…

Il se frotta les yeux à la recherche d'une horloge. En vain. Comment Potter et les Majors supportaient-ils de se réunir chaque jour dans cette salle si mal équipée ?

Son regard dévia vers la montre moldue au poignet du Survivant. Puis sur les veines et les tendons saillants.

Il soupira et replongea dans le carnet d'Ekrizdis.

« Jamais, répondit-il laconiquement. Je ne suis même pas certain qu'il lui arrive de dormir.

– Il me faut du café, décréta Potter.

– Il est tard. Nous pouvons nous arrêter là pour ce soir.

– Oh… Si tu veux, supposa Potter en tripotant le cadran de sa montre. Je crois… Attends… Ouaip, demain, si tu veux, on peut remettre ça.

– Tu as une déclaration à écrire pour le musée de Stornoway, rappela Drago.

– Tu t'en étais pas déjà chargé ?

– J'ai rédigé une introduction et une conclusion, mais je ne peux pas répondre à ta place à leur questions sur la Baguette de Sureau.

– Elle me saoulera longtemps, cette histoire… »

Drago se leva et rassembla les documents sur lesquels ils avaient pris leurs notes, vérifia l'ordre des pages et claqua les tranches sur le bois de la table de réunion pour les aligner parfaitement.

Potter le regardait faire, un sourire en coin, les mains désormais croisées derrière sa nuque, visiblement amusé par le moindre de ses gestes.

« Ça va ? Pas trop flippé de voir le temps passer ? »

Drago sourit doucement.

« Ce serait mentir que de prétendre n'avoir aucune appréhension. Mais non. Les choses s'enchaînent plutôt bien.

– Tu sais où tu vas crécher, une fois dehors ? Je sais toujours pas quoi faire du 12 square Grimmaurd, je pourrais te louer une chambre.

Louer ? répéta Drago en levant un sourcil, circonspect. Tu ne m'hébergerais pas gracieusement ?

– Bien-sûr que si, sourit Potter. Je plaisantais. »

Drago se rassit et tapota la table du bout de ses doigts.

« En fait, je repensais à ce que tu m'avais dit à propos… À propos de ma mère.

– Oulah. Rappelle-moi ce que je t'avais dit, pour voir ? »

Drago étouffa un ricanement. Il garda le visage résolument dirigé vers la jonction de sa peau avec le bois.

« Tu m'avais dit qu'elle m'attendait et que… Qu'elle n'était peut-être pas aussi responsable de mon sort que je l'ai toujours pensé.

– Elle donnerait sûrement la moitié de sa vie si ça lui permettait de te voir en échange, oui. Et elle a tout fait pour que tu sois jugé en tant que mineur et que…

– Je veux dire, le coupa Drago, je veux dire que je pourrais peut-être retourner au manoir, si elle… Si elle m'y autorise.

– Arrête tout de suite de baliser. Elle va accepter.

– Je n'arrive pas à lui écrire et le lui proposer. J'ai peur qu'elle puisse penser… que seul le manoir m'intéresse, alors que…

– Oh, t'inquiète, intervint Potter puisque Drago ne trouvait plus ses mots. Ta nouvelle signature montre bien que c'est pas que ça. Et t'as commencé à l'utiliser y-a longtemps. »

Drago Black Malfoy. Bien avant de penser à cette histoire de logement, Drago avait récupéré ce nom et décidé de le faire sien. Il n'avait entamé aucune démarche officielle mais le Registre Magique des Sorciers de Grande Bretagne avait dû anticiper sa requête puisque la lettre du Magenmagot lui était parvenue avec les bon titres.

« Que ferais-tu, à ma place ? » souffla Drago.

Il n'était pas sûr que l'avis de Potter ait un intérêt réel. Drago n'avait pas l'habitude de se tourner vers ses semblables pour demander conseil. Son père avait toujours été sa seule figure d'autorité.

« Qu'est-ce que je ferais si je pouvais écrire à ma mère ? » reformula Potter.

À ce moment, Drago prit conscience de sa maladresse. Il leva les yeux vers le visage narquois de Potter. Paniqué, Il s'empara de sa main en un geste qui précipita l'ensemble des documents au sol, et se confondit en excuses :

« Par Merlin, Potter, je suis désolé ! Je n'ai pas réfléchi ! Je ne voulais pas te rappeler que…

– Ahaha, t'inquiète, t'inquiète ! T'inquiète, je te dis, c'est pas comme si ça arrivait jamais avec personne qu'on me demande si je passe les fêtes en famille ou ce genre de conneries… »

Drago ne lâcha pas sa main et malaxa sans y penser les métacarpes épais à travers la peau fine. Il avait envie de se lever, d'enlacer Potter, de maintenir son visage contre son torse et de lui caresser le dos.

Il ne savait pas trop s'il s'agissait d'une réaction appropriée entre deux amis.

Il ne prêta qu'une demi-attention au début de la réponse de Potter, mais se secoua mentalement pour se concentrer sur ses mots et sur la façon dont il les prononçait :

« J'imagine que ça doit pas être évident de savoir par ou commencer. C'est clair que "Bonjour Maman, quelles sont les nouvelles de ton côté ?" tomberait un peu à plat. Mais tu peux faire comme d'habitude et m'utiliser comme excuse : "Ma très chère mère, Harry Potter m'a informé de…" Enfin, je sais pas. Tu l'appelais bien "Mère", non ? Comme ton père ? »

Drago hocha lentement la tête, un peu mis mal-à-l'aise par ce nouveau pseudo sacrifice du Survivant :

« Okay. Faut rester simple, alors : "Mère, Harry Potter m'a enfin donné son autorisation pour recevoir de la visite à Azkaban et je ne veux penser à personne d'autre que toi", récita Potter avant de se reprendre : Ou "vous" ? Tu vouvoies ta mère ? Tu la tutoies ?

– Je la vouvoie, marmonna Drago en clignant des yeux.

– Ouais, nan. Tu devrais passer au tutoiement. "Mère, blablabla, à toi. Tu m'as terriblement manqué pendant toutes ces années : non seulement celles que j'ai passées à Azkaban, mais toutes celles qui nous ont éloignés l'un de l'autre bien avant le retour du Seigneur gnagnagna. J'ai peur de ne pas être capable d'affronter les épreuves à venir seul, et je regrette de ne pas avoir été là pour toi. Je voudrais t'assurer que…"

– Tu l'autoriserais à venir ici ? »

Potter le toisa en levant un sourcil et quelque chose se contracta dans le ventre de Drago.

« On a un parloir tout neuf, évidemment que t'as le droit de recevoir une visite comme n'importe quel détenu. Sauf que contrairement à n'importe quel détenu, toi, tu pourras la voir hors du parloir et lui montrer nos albatros et lui servir du thé. À condition que tu le prépares tout seul comme un grand. Hors de question que tu reprennes tes attitudes de petit seigneur que l'on sert, tout ça parce que Monsieur reçoit sa Maman. »

Drago adressa un regard meurtrier à Potter mais lui se contenta de sourire et de poursuivre :

« "Blablabla. Ma date de libération approche et ta présence à mon débarquement à Londres serait un soulagement. Je t'aime. Drago." »

Le cœur de Drago rata un battement et il garda la bouche entrouverte, les yeux écarquillés fixés sur Potter et terriblement conscient de la moiteur de sa peau.

Un frisson glacé qui parcourut l'échine.

Je t'aime. Drago.

Il reprit une respiration calme.

Même.

Même si ces mots lui avaient été adressés, rien ne pourrait mener nulle part. C'était trop tard, mille fois trop tard, et depuis leur toute première rencontre. Le simple fait d'envisager, d'espérer, de…

Il lâcha Potter et plaqua sa main sur son crâne, victime du pire mal de crâne qu'il ait jamais eu à supporter.

« Drago ? Ça va ?

– Je vais bien, gémit-il. Ça va passer.

– Drago ! »

Le cri lui fit redresser la tête et il sentit un goût salé sur ses lèvres. Un réflexe lui fit pointer le bout de sa langue et il reconnut la saveur du sang. Il voulut s'essuyer, mais Potter était sur lui, lui avait saisi le visage et le fixait avec une attention inquiète. Un pouce doux mais autoritaire glissa sous son nez et Drago réalisa qu'il saignait.

Il ricana.

« Putain, qu'est-ce qu'il se passe encore ? s'alarma Potter. C'est un truc qui arrive régulièrement ? Depuis quand ? Nguyen est au courant ? Qu'est-ce qui…

– Ce n'est rien, Potter, marmonna Drago en fermant tranquillement les yeux. Oui, c'est habituel. Je souffre quand je tire sur mes souvenirs arrachés. Ça passe rapidement. Cette fois, je suppose que j'ai tiré sur mon espoir, et il semblerait que c'était un peu trop pour mon pauvre cerveau. »

Potter ne répondit pas, mais Drago sentait son souffle sur sa peau. Brûlant sur ses joues ses lèvres, et glacé au niveau du sang et de l'humidité. Glacé au coin de son œil. Il se retint de pleurer.

« Ça arrive, répéta-t-il. J'ai l'habitude. J'ai reconnu la sensation. Il suffit que je pense à autre-chose. »

Les doigts de Potter passèrent sur ses joues, sur les dents tranchantes, sur ses lèvres.

Par jeu, par habitude, comme quand il tordait son petit doigts blessé, Drago chercha la douleur : il s'imagina Potter penché sur lui, son regard inquiet, son cœur toujours épris, et ses lèvres qui venaient se poser sur les siennes pour soulager…

Il sentit le courant écarlate gonfler et éclater.

Il rouvrit les yeux, et l'expression de Potter était presque semblable à ce qu'il s'était imaginé.

« Je suis désolé, Potter. C'est quand tu as dit "je t'aime". Je pense que c'était trop pour moi. »

·

On ne perd pas rapidement des habitudes longuement éprouvées.

Son attirance pour le corps de Potter était inoffensive, et Drago pouvait fantasmer autant qu'il le désirait. Il pouvait l'imaginer nu, en costume élégant, en vêtements moldus grossiers, provoquant, séducteur, romantique ou désintéressé, et rien ne se passait…

Mais s'il imaginait ses yeux pétiller d'affection, sa bouche prononcer des mots d'amour, ou même ses cheveux grisonner sans que leurs mains jamais ne se lâchent, la douleur venait et le sang coulait.

On aurait dit un doloris uniquement cantonné à la tête : une douleur effroyable mais brève, si fugace qu'il n'en restait que le doute et l'horreur.

Il était incapable d'aimer ou espérer aimer Harry Potter.

Il ricana et essuya son nez dans un mouchoir de papier.

Il avait volé deux boîtes dans la salle des gardes : une pour son bureau et une pour sa cellule. Les mouchoirs de tissu se salissaient trop rapidement. Pas qu'il exagérait. Pas vraiment. En tout cas, Nguyen ne lui avait pas formellement interdit de s'exercer deux ou trois fois par jour. Tester ses limites.

« Vous n'avez jamais expérimenté ceci quand vous entreteniez une relation avec Monsieur Price ? avait-il demandé.

– Non. Jamais. Pourtant j'envisageais souvent l'avenir avec lui.

– Et bien au moins, vous ne semblez pas condamné à ne plus jamais pouvoir connaître l'amour. Ce ne sera simplement pas avec Monsieur Potter.

– Oui. Pour une fois, il semblerait que ma Magie et moi-même soyons d'accord. »

Trois venait plus souvent que deux.

À quelque chose, malheur était bon : la lettre que Potter lui avait suggéré d'écrire n'était pas si mauvaise. Drago changea les formulations comme il convenait, puis la réécrivit en modifiant l'ordre des paragraphes pour insister davantage sur le plaisir plutôt que le soulagement qu'il aurait à la revoir, puis il la modifia à nouveau pour ajouter un passage sur la façon dont il avait vécu l'enfermement et prévenir son pauvre cœur de femme et de mère que son petit garçon avait été marqué. Après réflexion et une bonne nuit de sommeil, il remit une dernière fois sa lettre au propre, en précisant qu'il désirait s'excuser et espérait qu'elle parviendrait à lui octroyer cette chance.

Il confia la missive à Lady Rowena, de loin la plus élégante des albatros de l'île, puis se prit le visage dans ses mains et gémit, affreusement conscient que le plus élégant des albatros restait une espèce d'éruptif volant quand il s'agissait d'atterrir dans un jardin.