Hey lecteurices, désolée pour le retard, c'est compliqué le noel ici u_u
Bonnes fêtes à ceux qui kiffent, et bon courage à ceux qui en ont besoin !


Six semaines.

Quarante-deux jours.

Dans quarante-deux jours, Drago était supposé quitter Azkaban.

Il frissonna en observant le calendrier punaisé au-dessus de son lit avant de lui apposer une nouvelle petite croix.

Quarante-deux jours si Lucile et Mullan ne décidaient pas de tout gâcher. Celà faisait trois jours, deux nuits – il avait consciencieusement noté l'événement dans la case correspondante – et la Selkie n'avait toujours aucune envie ou pas le temps de lui accorder un moment. Il ne pouvait que s'efforcer de ne pas mourir, comme elle le disait si bien, et attendre son bon vouloir.

Il jeta sa peau de morse sur ses épaules et prit la route du hall et de la plage.

La plage qui semblait plus minuscule que jamais : il parvint à rejoindre l'embarcadère d'où Potter plongeait en ce qui lui sembla être cinq ou six pas. La Magie des Selkie distordait sa perception du temps et de l'espace là où elles dissimulaient les cadavres de leurs chasses. Il devinait toutefois leur présence : les oiseaux pullulaient, les crabes et les écrevisses se promenaient entre les galets en transportant des morceaux de viscères, et le rivage était agité des frémissements de poissons argentés.

Drago s'immobilisa aux côté de Potter, observa l'eau et fronça le nez de dégoût.

« Es-tu obligé de nager là-dedans ?

– Ouais… répondit Potter d'un air absent. Je sais pas pourquoi il y en a tellement. C'est bizarre.

– Les Selkies, répéta patiemment Drago.

– Ah. Oui. »

Potter ferma les yeux, fronça les sourcils et remua les lèvres, se répétant peut-être un mantra ou récitant un quelconque psaume mnémotechnique qui ne semblait pas bien efficace. Il s'immobilisa, hocha la tête avec entrain, puis recula d'un pas pour commencer à enlever ses chaussures.

« Je sais pas comment on va se débrouiller quand tu seras plus là. J'ai l'impression de compter sur toi pour à peu près tout. Il faudrait un deuxième secrétaire.

– C'est parce que tu m'attribues le travail de Mullan, expliqua Drago avec un temps de retard. C'est un nouveau Surveillant Major qu'il faut nommer. Pour gérer les détenus non-humains et…

– Ah, oui. »

Le compliment avait beau tenir sur un postulat erroné, Drago ne pouvait s'empêcher de l'apprécier. Un mélange de honte, de fierté et de nostalgie. L'idée d'être indispensable au Survivant avait de quoi l'enorgueillir.

Ou plutôt, se dit-il en le regardant se redresser et commencer à dégrafer les attaches de sa cape, celle d'être nécessaire à Harry Potter.

Son coeur se serra un peu.

« Je n'aime pas l'idée que tu nages, en ce moment, avoua-t-il. Ni ici, ni là-bas.

– T'as jamais aimé ça et tu t'es toujours beaucoup trop inquiété à ce sujet, rétorqua Potter en riant doucement.

– Est-ce que tu as pris le bocal que je t'ai donné ? »

Potter ne répondit pas, se contenta de lui adresser ce sourire blagueur et bravache, et Drago s'apprêta à le sermonner, mais d'un coup, il ouvrit les pans de sa chemise et révéla la chose la plus ridicule qu'on puisse imaginer : Entre ses pectoraux, sur la toison brune de sa poitrine, le petit bocal reposait, soigneusement retenu par une ficelle nouée autour du couvercle et passée autour du cou de Potter.

« Qu'est-ce que tu as fait ?! »

Drago éclata de rire et se jeta sur lui pour lui arracher cette breloque. Potter rit à son tour, mais se protégea de ses bras :

« Non ! Arrête, c'est le mien ! Au voleur ! À l'aide !

– Rend-moi ça ! tais-toi ! »

Drago tenta de passer sa barrière, de se glisser dans les interstices, d'attraper ou de cacher l'objet du délit, mais Potter était plus rapide, plus doué, et bien décidé à ne pas lui accorder davantage que l'espoir de plus en plus mince d'arriver à son compte. Ils se chamaillèrent ainsi un bon moment, comme deux gosses dans une cour de récré.

Finalement, Drago parvint à repousser Potter contre l'un des bancs de l'embarcadère, et celui-ci l'inquiéta en abandonnant son ton faussement victimaire pour un plus sérieux « Oups. Ouille. Attention. »

Drago cessa aussitôt ses attaques, haletant et un peu fiévreux. Ses mains et ses avant-bras étaient plaqués contre le torse brûlant de Potter, qui parvint à l'enlacer à demi pour se redresser et éviter la chute. Évidemment, Potter n'était même pas essoufflé, à peine plus décoiffé qu'à l'ordinaire, et seules ses lunettes, un peu de travers, prouvaient qu'il avait été chahuté.

Il redressa le visage vers lui et Drago sentit sa respiration se bloquer dans ses poumons.

Il n'avait pas réalisé qu'ils étaient aussi proches, il n'avait pas réalisé que Potter était à demi-nu, il n'avait pas réalisé qu'il le touchait de façon aussi franche. Ses doigts se crispèrent malgré lui, et le bruit de ses ongles raclant sa peau lui sembla sonner aussi fort que celui des vagues.

Les yeux de Potter pétillaient de malice, mais doucement – aussi lentement que Drago prenait conscience de la situation – leur éclat se transforma en quelque chose de plus doux, de plus songeur.

Sa respiration était encore plus bruyante que le son de ses doigts. Il ferma la bouche d'un coup.

« Tout va bien. »

Il sursauta, malgré le calme murmure de Potter, et baissa les yeux vers ses lèvres qui souriaient tranquillement. Drago les fixa un moment, puis il prit appui un peu plus fermement sur le corps de Potter et recula. Il sentit le bras qu'il avait glissé dans son dos le quitter, et la main qu'il avait posée contre son poignet s'en aller. Il frissonna.

C'était comme émerger d'une piscine chauffée et se retrouver nu, froid et mal assuré, les pieds glissants, à l'air libre.

Il regarda autour de lui, par terre, et repéra sa peau de morse, tombée de ses épaules pendant l'affrontement. Il la ramassa, la secoua un peu et la replaça à sa place. Son poids combla un peu le manque.

Quand il se sentit de nouveau capable de faire face à Potter, celui-ci tripotait son pendentif de fortune, comme pour vérifier qu'il n'avait pas été abîmé. La vision était grotesque et Drago ne put retenir un gloussement : le héros des Sorciers, à moitié nu, décoré d'un bocal à confiture rempli de cheveux blancs. Pourtant, elle avait quelque chose de touchant et, une nouvelle fois, Drago ressentit l'envie de se rapprocher de Potter, le regret que les choses ne soient pas plus simples.

Il renifla et sentit le goût du sang.

Potter s'approcha, leva la main…

Drago avala sa salive, s'immobilisa, sentit son cœur s'emballer.

La main de Potter se posa sur sa joue, caressa la mâchoire, la pommette abîmée.

S'il l'embrassait… Si Potter se décidait à l'embrasser alors…

« C'est bon, de te voir rire à nouveau. »

Drago cligna des yeux. Ceux de Potter étaient brillants. Comme toujours. Toujours, toujours, toujours aussi brillants.

« Je suis content qu'on ait cette relation, ajouta-t-il. Je suis content que tu te sentes suffisamment en confiance pour ça, maintenant. »

Ça ne suffisait plus à Drago.

« Je suis soulagé qu'on en soit arrivés là avant que tu t'en ailles. »

Et c'était tout ce qu'il aurait jamais.

Sa main s'attarda un peu. Juste assez pour rendre son départ possible à supporter. Et puis elle s'en alla.

Drago se força à ricaner, de nouveau, sans trop savoir s'il s'agissait de faire sourire Potter à nouveau, ou bien de dissimuler son humeur véritable.

« C'est absolument ridicule, marmonna-t-il en désignant le pendentif énorme qui reposait sur sa poitrine. Je vais passer commande d'une chaîne plus élégante et d'un contenant plus…

– Si tu veux. Mais je garde celui-là. Je vois pas pourquoi mes bocaux seraient ridicules alors que les tiens ont jamais posé problème.

– Les miens étaient ridicules aussi, admit Drago. Je n'avais juste rien d'autre, à l'époque.

– Si t'en veux plus, je les prends.

– Hors de question. Ce sont les miens. »

Ils se regardèrent en souriant et Drago se recoiffa timidement.

« Merci, Potter, pour… Pour tout ce que tu as fait pour moi. Pour ce que tu continues à faire. Je… Jamais je ne serais capable de te rendre la pareille, alors je… »

Il haussa les épaules, mal à l'aise.

« J'espère que nous pourrons continuer à être amis », supposa-t-il.

Potter ouvrit largement les bras et Drago n'hésita qu'une seconde avant de le rejoindre à nouveau et de l'enlacer. Il fût aussitôt enveloppé de sa chaleur, de son odeur… Son dos large et puissant sous la paume de ses mains. Le rythme réconfortant de sa carotide contre ses lèvres. Ses cheveux bouclés pour chatouiller son oreille… Puis sa voix :

« Nox. »

Drago sursauta quand les lampadaires s'éteignirent tous d'un coup. Et puis il se détendit. C'était une bonne idée de cacher leur étreinte à un éventuel curieux matinal. Une idée que Drago aurait dû avoir bien plus tôt. Il se détendit, ferma les yeux, et enfouis un peu plus profondément son nez dans le cou de Potter.

C'était Azkaban.

L'air froid, la plage aride, la mer cruelle qui déchiquetait tout. Ses monstres et ses dangers.

Et pourtant, pendant quelques minutes, il se sentit bien.

·

Quarante-et-un jours.

« Par Merlin, Malfoy, t'es sérieux ?! T'as dit à Medwin que je te plaisais ?! »

Wihelma Vine fit irruption dans son bureau et tira à elle le document sur lequel il avait été occupé à travailler. Il ne leva pas sa plume à temps et une belle rature griffa le papier.

Il pesta, mais garda son calme et se renfonça dans sa chaise de bureau.

« Je n'ai jamais dit ça », affirma-t-il même s'il l'avait – en revanche – sous-entendu. « Medwin Welbert est un idiot. Et un Sang-mêlé. Tu mérites mieux que ça.

— Medwin n'a rien d'un idiot et je me cogne de ces histoires de pureté du sang. Pourquoi tu lui as dit ça ? »

Elle jeta un coup d'œil à la lettre qu'elle tenait encore, grimaça en constatant son état, puis la reposa soigneusement sur le bureau, comme si un peu de délicatesse pouvait suffire à lui rendre son état original.

« Il fallait bien que je trouve quelque-chose pour entamer une conversation avec lui. Mais je n'ai jamais prétendu que tu m'intéressais. »

Drago récupéra le parchemin, jaugea son état, puis le laissa tomber dans la corbeille à papier. Il reprit une feuille vierge dans son tiroir et maugréa à voix basse :

« S'il n'est pas idiot, alors il le cache bien.

– Je croyais que tu l'aimais bien. Tu as dit qu'il était charmant.

– J'ai toujours eu un faible pour les crétins », supposa Drago en haussant les épaules et en notant les salutations d'usages.

Le visage joyeux de Potter flotta dans son esprit, mais il le repoussa. Il n'y avait pas que lui. Il avait grandi persuadé que le monde était peuplé de crétins. Gregory et Vincent étaient devenus ses amis et il avait douté que le reste de l'humanité vaille beaucoup plus qu'eux.

« Mais il te plait, du coup ?

– Welbert ? s'étrangla Drago. Par Merlin, non. C'est toi qui m'a demandé de le draguer, tu te souviens ?

– Et bien, t'as pas l'air bien doué parce qu'il se doute de rien.

– Parce que c'est un crétin.

– Non ! »

Drago soupira et poursuivit sa rédaction.

« Mais tu lui as dit quoi, exactement ? Parce qu'il m'a vraiment donné l'impression de croire à son délire.

– Et bien nous avons principalement discuté de toi, en effet. Tu lui plais beaucoup physiquement.

– Super… maugréa-t-elle sur un ton qui allait à l'extrême encontre du mot prononcé.

– C'est déjà ça », supposa Drago.

Il eut le temps de terminer sa lettre avant qu'elle ne se redresse d'un coup, le faisant sursauter, et manquant de peu de lui faire faire une nouvelle rature :

« C'est déjà ça ?! Comment ça : c'est déjà ça ? Genre, j'ai rien d'appréciable à part une paire de nichons ?

– Et bien… » Drago loucha sur la paire en question. « En ce qui me concerne, non. Je n'ai jamais eu d'intérêt à ce genre de caractéristiques physiques, comme tu t'en doutes. Mais en ce qui le concerne, lui, et bien…

– Je vais le tuer.

– Comme je t'ai dit, tu mérites mieux, de toute façon.

– Il est très bien !

– Si tu le dis… »