re-re-désolée du retard et du manque de réponses de ma part... grosse période remise en question de mon scénar, ici ;u;
je vais essayer de reprendre un rythme d'écriture et de parution plus régulier, ça me tient vraiment à coeur... mais c'est difficile de faire aller mes personnages dans la bonne direction...
Trente-cinq jours
Il comprenait les réserves de Potter.
« Il rêve d'une belle histoire d'amour. Il pense que nous sommes capables de construire quelque chose de solide à partir de ce que nous avons. Il me pense capable de cela. Il croit qu'avec un peu de temps et d'encouragements, je saurai surmonter ce traumatisme magique. Il ne se rend pas compte que les exploits qu'il réalise chaque jour ne sont pas à la portée de n'importe qui. »
Un long silence suivit sa tirade.
« Vous ne m'avez pas habitué à vous considérer au niveau de n'importe qui, Monsieur Malfoy. Il me semble même que vous auriez plutôt tendance à surestimer vos capacités. »
Drago jeta un regard mauvais à Nguyen qui le fixa en silence quelques secondes avant de noter quelque chose sur son parchemin.
Leurs séances de psychologie moldue avaient de moins en moins de sens. Ils croyaient désormais tous les deux au pouvoir de cette science, mais avaient bien été forcés de reconnaître les faiblesses et les irrégularités dans leur façon de faire. Ils poursuivaient, néanmoins. La misanthropie de Nguyen empêchait ce dernier de prendre plaisir à fouiner dans la vie de son patient ou à colporter les rumeurs, ce dont Drago lui savait gré. En outre, ce dernier appréciait de pouvoir parler à quelqu'un. S'exprimer à voix haute lui laissait le même genre d'impression de propreté et de clarté que les tableaux bien faits.
Malheureusement, il arrivait de plus en plus souvent à l'infirmier de titiller du doigt la limite entre le détachement professionnel et l'amitié. Un jeu d'équilibriste que Drago surveillait avec une pointe d'appréhension. Il avait hâte de dégoter dans le Londres moldu un Soigneur véritablement formé à la pratique et de pouvoir reléguer sa relation avec Nguyen dans une case aux bords moins flous.
« Vraiment ? Peut-être parce que j'ai pris l'habitude que mes pouvoirs soient encensés ! Le Professore Kenaran lui-même a souligné ma maîtrise de l'Occlumancie. Vous ne cessez de me rappeler à quel point mes facultés de guérison sont époustouflantes. Je crois avoir une idée assez précise de mes capacités pour la simple et bonne raison qu'il ne s'agit pas d'un avis personnel, mais d'observations objectives, collectives et répétées. »
Le sourire moqueur de Nguyen lui fit réaliser son erreur trop tard. Il chercha comment enchaîner rapidement sur un autre sujet, mais ne trouva le temps que de bafouiller une syllabe avant que l'infirmier lui coupe l'herbe sous le pied :
« Je suis en effet positivement impressionné par cette volonté que vous déployez à accorder une nouvelle chance à cette romance. Vous progressez bien plus rapidement que ne le font Wihelma Vine et Medwin Welbert.
– Vous n'êtes pas censé comparer les patients, contre-attaqua Drago. Et vous m'avez interrompu. Vous n'avez pas le droit de faire cela pendant nos séances.
– Pardonnez-moi. Un égarement passager. Vous parliez de vos capacités supérieures à la normale. »
Drago pinça les lèvres en fixant le sourire satisfait de l'infirmier qui faisait mine de l'ignorer. Finalement, il reprit la parole. S'il ne s'en chargeait pas, Nguyen risquait de nouveau de l'entraîner sur des sujets dangereux.
« Je veux dire que pour donner une chance à notre histoire, il faudrait déjà que je le veuille. Et je ne suis pas sûr que ce soit le cas. J'aime… J'apprécie passer du temps à ses côtés. J'aime sa façon de voir le monde. Son optimisme, sa candeur aussi. Sa façon de raconter les choses. Son… »
Drago soupira et termina là sa liste. Il s'agissait de toute façon de sujets qu'ils avaient déjà évoqués.
Potter avait remis en place les charmes de protection autour du couloir qui menait à la Chambre d'Ekrizdis. Drago était passé dans le coin « par hasard » et avait constaté leur solidité à cent pas.
Il devait retourner là-bas, mais il savait devoir attendre le moment opportun. Il regrettait que cette séance de psychologie ait lieu alors qu'il n'avait pas encore trouvé l'occasion de se rendre sur place et d'y organiser ses pensées. Le simple fait de savoir qu'il désirait réfléchir au fait de songer à peut-être…
Le mal de tête apparaissait immédiatement. Il s'embrouillait dans les méandres de son cerveau et seuls les souvenirs du Détraqueur, qui n'étaient pas les siens et lui semblaient donc simples et délicieusement fades, parvenaient à le calmer.
« Il ne se rend pas compte que j'exècre cet endroit bien davantage que je ne suis capable d'aimer qui que ce soit. S'il devait arriver quelque chose entre nous, notre histoire ne survivrait pas à mon départ de l'île. Et il est absolument hors de question que je reporte une nouvelle fois mon départ. »
Cette certitude-là, en tout cas, était solidement ancrée en lui.
Derrière Nguyen, il y avait la petite fenêtre et, comme toujours, un albatros perché sur son rebord. Les oiseaux lui manqueraient. Ils étaient à peu près la seule chose qu'il ne pouvait pas emmener et qu'il regretterait. Il avait commencé à leur expliquer son départ et tous, en particulier Vif-Eclair, avaient réagi en boudant ses caresses et ses friandises.
Il soupira.
Lucile, également, lui manquerait. Il craignait de plus en plus de devoir quitter l'île sans être parvenu à revoir la Selkie. Comme les autres, il lui arrivait de plus en plus souvent d'oublier son existence. Il tombait par hasard sur l'un des documents indiquant la mise en pause du chantier, et peinait à se rappeler des raisons de cette précaution. De plus en plus inquiet, il s'était décidé à rédiger à sa propre intention une note expliquant la situation. Plus tôt, ce matin-là, il avait retrouvé le parchemin, l'avait parcouru des yeux, l'avait jugé inutile et inintéressant, et l'avait jeté à la corbeille. Une heure plus tard, fébrile, il avait fouillé entre les brouillons et les missives raturées, l'avait retrouvé, et lui avait adjoint à l'encre rouge la mention « Document important à conserver quoi qu'il en coûte. » Ensuite, il lui avait fallu lutter de longues minutes contre lui-même pour ne pas replacer le parchemin dans la poubelle et s'embarrasser de ce message déroutant et trop alarmiste.
« Si cela peut vous rassurer, sachez que j'ai engagé mon honneur auprès de Sainte Mangouste en ce qui concerne votre présence et votre professionnalisme là-bas. Il est hors de question que ma réputation soit entachée par un nouveau changement d'avis de votre part. Vous quitterez la prison dans un mois. Je m'y engage. »
Drago sourit doucement en observant l'albatros gonfler ses plumes.
« Votre détermination me rassure, mais elle n'est pas nécessaire, indiqua-t-il. J'ai hâte de partir. Vraiment. Mais j'aimerais partir sans regrets. Sans prendre le risque de trop m'interroger, une fois dehors, sur ce qu'aurait pu être ma vie si je nous avais laissé une chance. J'aimerais partir sans regret, mais si ce n'est pas possible, je partirai tout de même. Je le mérite. »
Il prononça la dernière phrase sur un ton plus bas mais moins mélancolique que le reste de son discours. Il voulait se convaincre lui-même de cette affirmation.
À présent que les cours privés de Patronus avaient repris, Drago saisissait un peu mieux quel était cet espoir que le Survivant lui avait arraché. On le lui avait expliqué auparavant, mais il n'avait alors pas compris. Il n'avait pas été à même de comprendre. Désormais, il mesurait à quel point l'idée que Potter puisse être celui capable de le rendre heureux l'angoissait.
« Je crois… Je crois qu'au fond de moi, j'espère obtenir la preuve que rien n'est possible entre nous. Nous serions tous les deux apaisés par cette prise de conscience. Nous pourrions cesser d'espérer. Nous pourrions cesser de nous acharner. »
Le grattement de la plume de Nguyen sur le papier le tranquilisait.
« J'ai peur que mes sentiments pour lui puissent avoir été si puissants qu'ils continuent de gâcher mon existence. Je voudrais pouvoir clôturer ce pan de mon histoire. »
La plume gratta encore une minute puis, puisque Drago n'ajoutait rien, la voix de Nguyen retentit de nouveau :
« Quelles raisons vous font craindre que ce puisse ne pas être le cas ? Votre brève aventure avec Monsieur Price nous a prouvé que vous pouviez aimer une autre personne que Monsieur Potter, que rien ne vous empêchait de vous projeter dans un avenir avec quelqu'un d'autre que lui.
– En effet, mais… Malgré tout, vous voyez où j'en suis aujourd'hui. Il m'attire. Il ne devrait pas être capable de m'attirer. Pas après ce qu'il s'est passé entre nous.
– Et bien, il sait être charmant. Et il vous connaît bien. Il sait ce que vous appréciez et ne se prive pas d'en profiter.
– Il n'y a pas que cela, ronchonna Drago en se trémoussant malgré lui sur sa chaise. Il… Il y a la façon dont je réagis à ses débordements magiques. Ce… Ça date d'avant le Patronus Chimérique. Ça date même d'avant le Détraqueur.
– Je ne crois pas que nous ayons déjà évoqué ce sujet… énonça Nguyen en glissant ses longs doigts entre les différents feuillets de son classeur pour vérifier l'information.
– Non, je ne pense pas… maugréa Drago.
– Et bien ? » interrogea Nguyen puisque Drago n'ajoutait rien.
Celui-ci remua les jambes, mal à l'aise. Il adressa un regard de reproche au postérieur touffu de l'albatros à la fenêtre mais ignora ostensiblement le regard de l'infirmier. Il haïssait évoquer le sujet de sa sexualité avec lui. Les ouvrages qu'ils avaient parcourus ensemble stipulaient pourtant qu'il s'agissait là d'un domaine qu'il ne fallait pas omettre.
« Ses débordements magiques ont un effet non négligeable sur ma concupiscence », avoua-t-il finalement à demi-mots et sur le ton du défi.
Nguyen ne répondit pas et Drago, rouge de honte et de confusion, parvint par mouvements saccadés à venir affronter son regard.
« Vous voulez dire que sa Magie vous excite ? demanda crûment l'infirmier.
– Oui. »
Drago garda la tête haute et l'air décidé. L'infirmier n'avait pas le droit de le juger. C'était stipulé dans les livres.
« Et bien ce n'est pas si étonnant, décréta Nguyen en reprenant sa prise de notes. Les interactions entre Magies ascendante et descendante s'avèrent souvent étonnantes. Je crois que vous avez assisté plusieurs fois à la démonstration du pouvoir du Professore Kenaran ? Vous étiez sur la plage quand ce dernier, Monsieur Potter, ainsi que nos vénérables Chefs d'Etat ont perdu leur Sang-Froid, le jour où ils ont brisé par inadvertance la cage qui retenait le Détraqueur ? Avez-vous alors ressenti les mêmes effets ?
– Non, grommela Drago, affreusement gêné. Il n'y a qu'avec lui. Ce n'est pas sa Magie en elle-même. Au contraire, celle-ci me fait autant de mal qu'à la plupart des gens. C'est sa présence ensuite. Mon esprit s'embrouille et… Et je ne peux que penser à ça. »
Nguyen fronça les sourcils un instant. Il écrivit ensuite une phrase sur son parchemin, posa sa plume, puis se leva et fit le tour de son bureau pour venir s'asseoir sur la chaise située à la droite de Drago.
« Permettez-moi de procéder à une expérience, Monsieur Malfoy. Je vous assure que vous n'avez rien à craindre de moi. »
Il lui tendit alors une main, paume vers le haut.
Drago hésita presque une minute entière avant de hocher la tête et de s'en saisir. Nguyen referma ses doigts autour des siens et Drago éprouva une brusque bouffée de chaleur en admirant le contraste de leurs peaux, l'une contre l'autre. Il avait toujours trouvé du charme à l'homme. La forme de ses yeux et son petit air méprisant. Sa façon de s'exprimer et de ranger ses affaires. Il avait été blessé lors d'un éboulement d'une partie du Château et en gardait des séquelles physiques visibles sur le crâne – les Gobelins Maléfistiniens qui l'avaient soigné se souciaient peu de l'esthétisme – mais les cicatrices ajoutaient un charme sauvage à son visage.
L'infirmier avait fermé les yeux et s'était mis à psalmodier dans une langue asiatique que Drago ne reconnaissait pas.
Après quelques phrases, il ouvrit de nouveau les yeux et une décharge magique heurta Drago de plein fouet. L'homme qui lui tenait la main n'était plus Nguyen mais son prédecesseur : Bardolph Ward, un fou, furieux et sadique. Drago se releva d'un bond, voulut reculer et tira sur son bras, sans résultat.
Il n'eut pas le temps de crier que Nguyen avait repris son apparence normale, son air poliment supérieur et ses yeux scrutateurs.
Le cœur de Drago tambourinait dans sa poitrine.
Il arracha sa main à la poigne de l'infirmier et cracha dans sa direction :
« Je n'apprécie pas ce genre de démonstration !
– Éprouvez-vous une attirance inhabituelle à mon égard, Monsieur Malfoy ?
– Loin de là ! s'exclama Drago, outré.
– Qu'éprouvez-vous ?
– De la répulsion ! » hurla presque Drago.
Nguyen sourit, puis se leva et retourna derrière son bureau.
« Et bien, il me semble évident que votre attirance pour le corps de Monsieur Potter n'a rien d'alarmant. Je vous l'ai déjà dit : votre magie fonctionne de façon descendante. Vous êtes simplement victime d'engorgements. »
L'infirmier n'ajouta rien, se contenta de faire apparaître sur son bureau un autre classeur, de l'ouvrir et d'y noter quelque-chose, un sourire satisfait sur ses lèvres fines.
Draco répéta poliment :
« D'engorgement ?
– Vous n'êtes pas familier du terme ?
– Je ne me permettrais pas de nous faire perdre notre temps si tel était le cas. »
Drago lissa sa robe sur son ventre et sous ses fesses avant de se rasseoir. Il réprima son réflexe de croiser les bras qui lui aurait donné l'air d'un enfant boudeur.
« Les Sorciers puissants peuvent connaître des épisodes de débordements, quand la Magie profite d'une erreur d'inattention pour jaillir. Le cas de Monsieur Potter est un excellent exemple de débordement massif et incontrôlé… Quoi qu'il ait extraordinairement progressé, dernièrement », ajouta Nguyen d'une voix plus basse et pensive.
Il leva le visage et fixa quelques secondes le vide derrière Drago. Il hocha ensuite la tête et, tout en poursuivant ses explications, sortit de ses tiroirs un troisième classeur, dans lequel il se mit à annoter un document quelconque.
« Je comprends désormais pourquoi. Quoi qu'il en soit, les débordements peuvent prendre de nombreuses formes. Il s'agira, le plus souvent, d'un phénomène de protection et de défense. La Magie cherche à protéger sa source en faisant adopter à celle-ci une apparence qu'elle juge effrayante. D'où le fait que la Magie de monsieur Potter évoque tant celle des Détraqueurs.
« L'engorgement est un phénomène à la fois contraire et semblable au débordement. Quand une source magique est à votre portée, votre tendance naturelle va vous pousser à vouloir vous en emparer. Vous savez l'affection que Monsieur Potter vous porte. Votre Magie fait en sorte de le garder à portée. »
L'infirmier pinça les lèvres et barra une phrase d'un long trait de plume.
Drago était hagard.
« Vous voulez dire… Vous voulez dire qu'il suffit à n'importe qui de… de déborder, et je vais, à chaque fois, perdre la raison et me comporter comme un… comme une… »
Nguyen releva un œil amusé.
« Notre petite expérience nous prouve que non, Monsieur Malfoy. De toute évidence, ma puissance Magique – pourtant considérable, je vous l'assure – est trop faible pour vous émoustiller, de même que le sont celles de ces Chefs d'Etat que j'ai évoqués. Non, votre supériorité est telle que seule la magie du Survivant trouve grâce à vos yeux. »
