Apolinarya : Merci beaucoup pour ce message, ça fait super plaisir de savoir que cette histoire plait 3 On est moins dans l'action qu'avec le Détraqueur : Je voulais que Drago puisse choisir quoi faire de sa vie sans être pris par l'adrénaline et l'urgence ^^
J'espère que la suite continua à te plaire ! Installe toi :D

Emilie Narya : Merci pour ton message ^^ J'espère que la suite te plaira tout autant !


La porte le narguait : noire, close et désespérément normale. Dans le couloir, il avait ouvert une fenêtre, tendu un bras vers l'extérieur, et était parvenu par il ne savait quel miracle à faire rentrer un albatros dans le château. Un individu sans nom – il aurait préféré que Vif-Eclair soit disponible – qui l'observait désormais, la tête penchée et l'air vaguement intéressé.

Drago poussa un énième grognement de frustration, puis, avant de risquer de changer d'avis, il posa sa main sur la poignée et poussa. La porte s'ouvrit sans un grincement et révéla la chambre habituelle et silencieuse.

Un nouveau coup d'œil à l'albatros et à son air blasé, puis Drago avança dans la pièce vide. En agitant une poignée de croquettes, il obtint que l'oiseau le suive et le regarde fureter. Sous son regard inintéressé, Drago partit ouvrir les deux portes intérieures qu'il avait déjà repérées, et qui révélèrent, comme il s'y était attendu, la première une salle de toilette dotée d'une baignoire qui avait l'air d'une piscine, et la seconde une garde-robe de taille plus modeste et qui dégageait une légère odeur de naphtaline. Au milieu de la pièce, une petite banquette surmontée d'une grille horizontale à laquelle pendaient chaînes et menottes. À droite, la penderie ouverte présentait une belle collection de robes élégantes et grandioses, dans des tons argentés ou ivoire, et Drago y passa les doigts pour en apprécier la douceur. Et puis d'un coup, les tenues devenaient des nippes rêches de moldus, encore amidonées par le sang séché. Des vêtements de matelots occidentaux principalement, mais aussi des pièces encore plus rustres de fourrures et de peaux et de vêtements inuits. Tous avaient droit au même cintre de bois flotté et au même soin dans la présentation. De l'autre côté de la banquette, le mur était tapissé de chandeliers et recouvert de traînées de cire fondue. Une gigantesque armoire de bois clair l'attendait.

Quand Drago s'en approcha, l'albatros émit son chevrotement grave.

Drago hésita, puis leva la main vers la poignée tout en observant l'oiseau, qui recommença aussitôt.

Un ricanement presque hystérique lui échappa. Il recula, vérifia d'un coup d'œil qu'il n'avait rien dérangé, sortit de la pièce et referma derrière lui.

Dans la chambre principale, il déambula un moment sans trop savoir quoi faire. Autant qu'il pouvait en juger, le Mage ne se servait de cette pièce que pour dormir, et aucune bibliothèque, aucun secrétaire, aucun outil de torture n'avaient être prévus pour le distraire en cas d'insomnie. Il n'y avait même pas de chandelier, de torche ou de lustre. Drago regarda sous le lit et ne découvrit que quelques moutons de poussière. Il ouvrit le tiroir de la table de chevet et se figea.

Un carnet, une plume, un pot d'encre.

Un carnet noir, mat, de la taille de sa main ouverte. Un carnet tristement ordinaire rappelant celui qui avait servi à ensorceler Ginny Weasley.

L'albatros se toilettait tranquillement.

Drago jura entre ses dents, s'empara du carnet et l'ouvrit au hasard. Les pages étaient noircies d'une écriture minuscule : les lignes de texte ondulaient sans jamais dépasser l'épaisseur d'un grain de riz et aucun retour à la ligne ne venait alléger l'ensemble. Le résultat donnait davantage une impression de dessin de vagues régulières que d'écriture. Admiratif malgré lui, Drago étudia la plume et ne découvrit qu'un vieil enchantement destiné à garder la pointe bien affûtée.

Drago hésita, puis montra ses trouvailles à l'albatros en s'abaisssant à son niveau :

« Qu'est-ce-que tu en penses ? C'est dangereux ? »

L'oiseau profita qu'il était accroupi pour farfouiller dans les poches de sa robe. Drago lui offrit une poignée de croquettes, puis réitéra sa question sans obtenir davantage de réponse.

Il se releva, haussa les épaules, glissa le carnet dans sa poche, puis ouvrit la fenêtre pour rendre sa liberté au volatile.

À cette heure, la réunion de Potter avec les Majors devait être sur le point de se finir. Drago se rendit sur place et se posta à quelques pas de la porte close. Après plusieurs minutes d'attente silencieuse, il sortit le carnet de sa poche et l'ouvrit à la première page. Il dût plisser les yeux et se déplacer pour obtenir une meilleure lumière afin de déchiffrer les pattes de mouche. Il leva les sourcils en constatant que le Mage avait rédigé ses pensées dans ce qui ressemblait à du vieux norrois, une langue qu'il maîtrisait mal. Il fit tout de même de son mieux pour décrypter la première phrase à lui passer sous le nez en utilisant ses connaissances en russe et en anglais, et celles, plus lacunaires, qu'il avait en norvégien et en scot. Il devint rapidement évident que s'il désirait comprendre les écrits du Mage, il lui faudrait réviser le champs lexical du corps humain et des organes le composant : avec une méticulosité confinant au génie, Ekrizdis dressait la liste des tortures pratiquées sur ses cobayes et les résultats obtenus. Membres coupés, arrachés, brûlés, limés, rongés, se succédaient tranquillement.

Draco était partagé entre la frustration et le soulagement de ne pas tout comprendre.

Soudain, un mot coupa la respiration dans sa gorge : « dementoris »

À cet instant précis, la porte devant laquelle il avait commencé à faire le pied de grue s'ouvrit. Drago fourra aussitôt le livre dans sa poche. Il vit sortir la Major Mullan suivie du Major Runcorn, puis enfin Potter dont le visage s'illumina à sa vue et qui le salua joyeusement.

Il avala sa salive puis justifia sa présence en inventant quelques questions sur les prisonniers participants au chantier.

Ses mains étaient moites et ses doigts fébriles. Sa respiration lui semblait assourdissante et ses cheveux se collaient à sa nuque et le démangeaient.

Dementoris. Dementor. Détraqueur.

Partager sa trouvaille ne lui semblait plus une si bonne idée. Si Ekrizdis avait étudié les Détraqueurs, s'il avait nourri les Détraqueurs ou qu'il les avait torturés, Drago voulait le savoir. S'il les avait aimés, s'il les avait compris, s'il les avait attirés sur cette île volontairement, il fallait que Drago le sache.

Une fois dans son bureau, il rédigea un bon de commande pour un dictionnaire de traduction anglais - vieux norrois et joignit à son pli une autorisation de prélèvement sur son compte à Gringotts.

Appliqué et paranoïaque, il passa ensuite une heure complète à tester sa Plume à Papote selon différents niveaux de conscience ou de méditation. Il finit par cacher le carnet dans un tiroir et par noter dans son agenda une autorisation à le consulter une semaine plus tard.

Potter avait sûrement pris la peine de sermoner ses hommes et la plaisanterie des manteaux ne se reproduisit pas. Le lendemain, quand Drago retourna voir Nguyen pour réitérer ses excuses, celui-ci se contenta de répéter « Une seule chance, Monsieur Malfoy », avant de l'accueillir comme à son habitude. Quand Drago lui demanda quand pourrait avoir lieu leur prochain échange thérapeutique, l'infirmier haussa les épaules et fit observer « Vous connaissez mon emploi du temps et mes disponibilités. Vous savez également que cette préparation de millepertuis m'occupera une bonne partie de la journée. Demain m'arrangerait ? Ou bien nous pourrions faire cela pendant la filtration solaire ? » En bref, la vie pouvait reprendre son cours.

Plus tôt ce matin-là, Drago s'était rendu sur la plage et avait assumé avec une certaine morgue sa posture de spectateur. Dès que Potter avait ralenti sa nage et obliqué vers le rivage, il était reparti vaquer à ses occupations, rassuré.

Il adopta la même technique chaque matin pour surveiller qu'aucun malheur n'arrive au Survivant, mais sans pour autant le laisser profiter de ces moments hors du temps pour lui parler.

Il croisa Kieran Price à quelques reprises et tâcha d'ignorer les regards chargés de tristesse que l'architecte lui adressa.

Il apprit que l'homme affirmait à qui oser l'interroger qu'il avait le cœur brisé, mais aussi qu'il n'en voulait pas à Drago d'avoir profité de lui pour raviver la passion de Potter, et qu'il ne savait par ailleurs rien sur cette affaire de manteau.

« Je ne l'ai jamais utilisé pour… Par Morgan, Potter ne m'a jamais lâché les basques et vous le savez tous très bien !

– Alors : oui. Mais quand-même, répliqua Wihelma Vine qui s'était assise sur son bureau. Tu admettras que depuis l'aventure Price, il est particulièrement généreux avec toi.

– Le manteau n'est même pas si exubérant que ça ! C'est juste un manteau de bonne qualité.

– Il paraît que les attaches sont en argent brossé. »

Drago lui adressa un regard meurtrier qu'elle ne remarqua pas. Elle prenait de plus en plus ses aises, et il ne supportait sa compagnie que parce que son amour des commérages pouvait – Merlin soit loué – aller dans les deux sens. Elle ressemblait beaucoup à Pansy, si on oubliait le fait que cette dernière s'était toujours abstenue de parler sur son dos.

« Entre parenthèses, commença-t-elle en tripotant ses tasses de porcelaine, tu pourrais calmer les rumeurs si tu étais un peu moins secret. Au final, c'était sérieux ou pas, avec Price ? »

S'il prétendait que non, il passait pour une succube. S'il admettait que oui, pour un inconstant ingénu.

« À moi, tu peux le dire : tu voulais vérifier si on pouvait réparer les cœurs brisés, pas vrai ?

– Mon cœur n'a jamais été brisé. Et oui, je suis capable d'amour. Quant à ma relation avec Kieran Price, elle ne regarde personne d'autre que nous, maugréa-t-il en tirant un parchemin de sous les fesses de la Surveillante.

– Et avec Potter, tu penses réessayer ?

– Que les Quatre m'en soient témoins : non.

– Tu voudrais pas essayer de draguer Medwin ? Ça pourrait me rendre jalouse et débloquer des trucs chez moi. T'en penses quoi ? »

Medwin Welbert se remettait mieux que son ex épouse et Drago avait surpris quelques regards admiratifs sur la poitrine de celle-ci quand elle s'étirait ou courrait. Il faisait parti des rares « anciens » à n'avoir jamais profité de lui, et cette délicatesse avait apparemment peu à voir avec le fait qu'il était marié à l'époque. Aucune chance que l'opération réussisse. L'idée de la jalousie n'était cependant pas si stupide.

« Je vais y réfléchir. Medwin Welbert a beaucoup de charme. »

·

Le lundi midi, Potter vint frapper à la porte de son bureau et resta épaulé au chambranle :

« Je prends le ferry dans dix minutes. On mange ensemble ce soir ? »

Une telle audace coupa le souffle de Drago qui se retrouva incapable de répondre. Sa bouche béat, muette, tandis que ses yeux s'écarquillaient.

« T'as une envie particulière ? Sucré ? Salé ? Viande, poisson, végé ?

– Je ne compte pas manger avec toi, Potter ! éructa-t-il enfin. Ni ce soir, ni jamais plus.

– Pourquoi pas ? Y-a plus rien qui t'en empêche.

– La dignité, peut-être ? »

Potter plissa les yeux, cherchant probablement à se rappeler la définition du mot.

« Sushis, alors, décréta-t-il.

– Tu les mangeras seul, prévint Drago.

– Tu as maigri à cause de lui. Il faut te remplumer.

– Ce n'est pas la faute de Price ! rétorqua Drago en sentant la honte l'envahir. C'était la Selkie qui me nourrissait, et elle est partie.

– Elle est partie ?

– Oui », maugréa Drago à qui la créature manquait.

Il baissa le nez et fit la moue.

Si Potter était capable de distinguer sa perte de poids malgré les robes larges et les manches longues, Lucile n'aurait besoin que d'un coup d'œil pour s'en apercevoir à son tour, et Drago serait quitte pour se nourrir de gras de phoque, à nouveau.

« On devrait peut-être en profiter pour lancer les travaux d'extérieur en avance, nan ? T'en penses quoi ? Elle est partie pour combien de temps ?

– Je l'ignore. Moins d'un an.

– Question précision, on repassera.

– Comme tu dis, Potter, soupira Drago.

– Qu'est-ce-que je pourrais te ramener qui te remotiverait à te nourrir ?

– Je vais me nourrir. Inutile de ramener quoi que ce soit, abdiqua Drago.

– Sushis, donc. Un classique.

– Quitte à me répéter : tu les mangeras seul.

– On verra bien. Allez, bisous, je file, je t'aime ! »

Potter asséna sa dernière tirade d'une traite, et quand Drago releva un visage médusé et des yeux écarquillés pour le dévisager, il avait déjà disparu.

Dans les jours qui suivirent, Potter fut si insistant et insupportable que Drago en regretta sa décision d'avoir mis un terme à sa relation avec Kieran Price. Après une soirée à faire apparaître sur sa souche des sushis auxquels Drago ne toucha pas, Potter fit installer un congélateur immense et vrombissant dans la salle de repos des gardiens. À l'intérieur, deux compartiments de tailles égales : celui de gauche était étiqueté « démerdez-vous » et celui de droite « interdit à tout le monde sauf à toi ». Des repas tout préparés y étaient entreposés dans des petites barquettes de carton ou d'aluminium. Transvaser les repas de ce compartiment vers l'autre aurait confirmé que Drago s'estimait destinataire du second message, et il se résigna à ne rien toucher. Heureusement, les Surveillants étaient scélérats, et d'eux-même, ils déplacèrent quelques barquettes vers leur domaine avant de les faire disparaître.

Quand il reçut la Nouvelle Gazette dans laquelle était imprimée son interview niant toute relation entre le Survivant et un détenu d'Azkaban, il attendit avec appréhension les réactions des Surveillants et ne fut pas étonné de les voir ricaner en faisant tourner les exemplaires. Même Potter semblait s'amuser de la situation, et s'il s'attira par là quelques commentaires désobligeants de la part des Bâtisseurs, le soutien de son équipe paraissait sans bornes.

Quand arriva le jour au Drago s'était autorisé à consulter les écrits du Mage Noir, il accueillit l'évènement comme une libération.