Bonjour!
Petit tour sur le Chemin de Traverse.
N'hésitez pas à me laisser un commentaire, ça me fait toujours plaisir!
Bonne lecture!
Ellyana Zoé
Chapitre 3: Les amies des gobelins
Je suis dans la chambre avec Andrea. J'ignore comment me comporter avec elle. J'aimerais la réconforter, mais je sais que c'est impossible. Aucune amie n'a le pouvoir de remplacer une mère.
Ne retournez jamais chez une fille du passé, Nathalie Stragier
Cette nuit-là, Yel eut le sommeil agité. Ses amis africains parcouraient l'école et à chaque fois qu'elle tentait de les rattraper pour leur parler ils disparaissaient dans un nuage de poussière qui révélait le visage d'Alys hurlant une floppée de juron qu'elle avait entendu la veille dans la bouche du portrait grossier. Morgane expliquait à un Harry Potter comment dépecer un cadavre sans laisser de traces tout en la montrant du doigt et, alors qu'elle tentait de fuir, elle se retrouvait dans un labyrinthe dont les murs se composaient de têtes d'elfes empaillés empilées. Elle se réveilla en sursaut, Morgane au-dessus d'elle, la main sur son dos pour la secouer.
«…aller au Chemin de Traverse aujourd'hui, Alys voudrait partir tôt, pour éviter les autres tu te doutes. Tu ferais bien de te dépêcher avant qu'elle ne te jette du lit.»
Yel prit quelques secondes pour finir de se réveiller puis elle se leva d'un bond. Morgane était assise sur le matelas et lisait La gazette du sorcier. Elle lui indiqua la salle de bain distraitement et lorsque Yel eut fini de se préparer, les deux femmes l'attendaient déjà au bas de l'escalier et discutaient à voix basse pour ne pas réveiller la vieille femme de peinture. Yel fut la première à sortir et elle inspira à pleins poumons l'air frais de ce dernier matin d'août.
«Comment va-t-on y aller? demanda-t-elle.
⸻ On va marcher un peu pour rejoindre une rue adjacente puis on transplanera. On passera par le Londres moldu, comme ça on pourra te montrer Big Ben et le Tower Bridge.» s'exclama Morgane avec enthousiasme. Alys semblait plus modérée.
Elles ne mirent pas longtemps pour rejoindre ladite rue et transplaner et il en fallut presque plus pour que Yel se remette du saut. Elle cessa toutefois de râler en apercevant la grande horloge que lui montrait la blonde. Loin du Square Grimmaurd, les deux adultes avaient repris leurs habitudes et un caractère plus léger. Elles se tenaient la main et ne cessaient de se taquiner, s'embrassant régulièrement. Yel savait qu'Alys n'était pas particulièrement amoureuse de ces marques d'affections publiques mais elle faisait de réels efforts pour faire plaisir à sa compagne qui se moquait de savoir s'il y avait ou non du monde autour d'elles. Elle se prit facilement au jeu de la touriste et Morgane se révéla être une bonne guide. Elle fut presque déçue d'arriver devant Le Chaudron Baveur, qu'elle savait être le pub dissimulant l'entrée moldue du Chemin de Traverse, jusqu'à ce que les deux femmes lui annoncent qu'elles allaient – enfin – pouvoir déjeuner. Son ventre poussait de douloureux gémissements depuis plus d'une heure déjà. Elle soupira d'aise devant un chocolat chaud et regretta les katogos – des bananes plantains cuites à la vapeur - qu'elle avait l'habitude de manger le matin. Les œufs brouillés que lui avait servi Tom, le barman du pub, étaient excellents mais bien loin de lui rappeler son pays. Quand les trois femmes eurent réglé le repas, elles se dirigèrent vers l'arrière-cour et Alys tapa sur certaines des briques qui composaient le mur du fond. Yel ouvrit la bouche d'ébahissement en voyant la rue commerçante apparaître.
«Bienvenue sur le Chemin de Traverse.» dit Morgane en riant.
Elle était stupéfaite et aurait voulu pouvoir tout regarder. Alys la poussait doucement dans le dos pour qu'elles avancent mais elle ne cessait de s'arrêter pour admirer les différentes boutiques. A Uagadou, aucune rue ne ressemblait à celle qu'elles parcouraient à présent. Les marchés africains étaient la grande fierté du continent et c'était un spectacle fantastique que de voir des étals se déplacer tous seuls pour venir s'installer sur les emplacements qui leurs étaient réservés. Souvent, les commerçants ne s'encombraient pas de structures en bois et étalaient leurs marchandises sur de grands draps qu'ils dépliaient à l'aide de la magie. Lorsqu'il pleuvait, les placiers lançaient un immense sort de protection qui se tendait comme une toile au-dessus de la rue envahie par la foule. Les marchés moldus, investis par les touristes de plus en plus nombreux dans la capitale, vendaient diverses spécialités, des herbes et des épices, et aussi des babioles et autres contrefaçons, se protégeant des intempéries avec peine en déployant de nombreux parasols aux couleurs bariolées. Le marché sorcier de la capitale ougandaise était le plus grand et l'un des plus réputé d'Afrique de par sa proximité avec Uagadou, l'école de magie. On y accédait par une rue parallèle à l'avenue moldue, via un portail gravé d'un de ces fameux parasols. Sur les bâches tendues des sorciers, on trouvait de nombreuses herbes pour le vaudou local qui régnait encore par tradition dans la région, des ingrédients à potions et des chaudrons de terre, des vendeurs de tapis volants et plus rarement de balais, des livres et des instruments en cuivre pour l'astrologie.
Sur le Chemin de Traverse, il n'y avait aucuns draps posés à-même le sol. Les marchandises prenaient place dans des boutiques biscornues spécialisées parcourues par les gens qui faisaient leurs courses en entrant dans l'une ou l'autre selon leurs besoins. Certains passants discutaient dans la rue et il y avait bien quelques vendeurs à la sauvette et une clameur populaire ambiante mais en rien ressemblante à l'agitation ougandaise. Personne n'hurlait pour faire la promotion de ses produits ou ne vous alpaguait dans les allées pour vous attirer vers ses propres marchandises.
Alors que Yel tournait la tête en tous sens, Alys et Morgane s'arrêtèrent enfin devant un grand bâtiment d'une blancheur dénotant avec les couleurs vives des autres enseignes. Elles passèrent un portail de bronze qui scintillait sous les éclats du soleil et elles se retrouvèrent dans l'un des bâtiments les plus richement décorés que Yel avait eu l'occasion de voir de sa vie. Le hall était tout en marbre et les gobelins, de petites créatures qu'elle n'avait pas souvent eu l'occasion de côtoyer, étaient assis face à de grands registres sur lesquels ils écrivaient. Morgane s'approcha du comptoir et s'exprima en une langue rude, produisant des bruits gutturaux et grinçants. Le gobelin, qui n'avait jusqu'alors pas relevé la tête de son registre, posa son attention sur la sorcière qui s'exprimait dans un Gobelbabil presque parfait. Alys avait traduit la demande à Yel qui ne possédait de la langue des gobelins qu'une maitrise approximative. La langue était d'une complexité incroyable et malgré ses efforts – Alys et Morgane tenaient à ce qu'elle connaisse les rudiments de nombreuses langues, même celles qui lui paraissaient inutiles – elle ne la parlait pas très bien.
«Pourrions-nous voir Ivold Gringott s'il-vous-plait?
⸻ Qui le demande?
⸻ Morgane, douzième Lame, héritière de Sydell Swales, épouse d'Alys Snape Prince Ime, amie des gobelins sous la distinction d'Ivold Gringott, héritier d'Oshez Gringott, fondateur de Gringotts.»
Le gobelin s'inclinait à mesure que Morgane déclinait son identité. Lorsqu'il releva la tête, il annonça avec une déférence certaine qu'il allait chercher le directeur. Lorsque celui-ci arriva, personne parmi les sorciers ne remarqua les marques de salutations que lui adressaient les gobelins sur son passage. Il faisait environ deux têtes de moins que Yel, le teint sombre, un bouc finement taillé et un visage et des mains fines, presque pointues.
«Morgane! Cela faisait bien longtemps que vous n'aviez pas foulé le sol de ma banque. Sorcière Ime, Sorcière…mais serait-ce donc la jeune Yel Varda?
⸻ Ivold! Je suis ravie de vous revoir.» répondit Morgane, et elle fronça les sourcils en se rendant compte de l'attention curieuse des sorciers qui avaient enfin réalisés que des sorcières conversaient avec des gobelins dans leur langue. «Pourrions-nous aller dans un endroit plus intime? Je vous présenterais Yel dans les règles.
⸻ Evidemment. Suivez-moi.»
Il tourna les talons en leur faisant un geste de la main et les sorcières le suivirent en contournant le long comptoir. Ils empruntèrent l'une des centaines de portes qui s'y trouvaient derrière, parcoururent un autre couloir, passèrent deux nouvelles portes et arrivèrent dans un salon qui brillait sous l'éclat du lustre de diamants. Les murs portaient des tapisseries richement décorées et brodées au fil d'or et le sol était d'un marbre immaculé sur lequel se reflétait leurs ombres et les éclats de lumière. Des fauteuils bleus entouraient une table de chêne aux pieds finement sculptés.
«Ivold, je vous présente Yel Zoé Varda,
Héritière de la famille Sorcière Alfr Varda sous l'esprit de la fondatrice Varda SirthaalEllyana ;
Héritière de la Sans-Nom Morgane – douzième Lame, héritière de Sydell Swales -;
Héritière des familles Ime et Snape-Prince par Alys Snape Prince Ime– Maîtresse des potions de la Maison Vélane Ime des Illusionnistes, héritière du sorcier et Maître des potions Severus Snape Prince -;
Sujet de la prophétie sorcière de S.P.T. à A.P.W.B.D. Yel Zoé Varda, Seigneur des Ténèbres et (?) Harry Potter.;
Sujet de la prophétie Alfr de P. à F.V. Yel Zoé Varda et Varda Sirthaal Ellyana.
⸻ Que de titres pour une si jeune sorcière au sang noble des Alfr.» salua le gobelin en s'inclinant face contre terre et Yel lui rendit son salut de la même manière.
⸻ Je suis enchantée de faire votre connaissance, Ivold Gringott, héritier et chef de famille d'Oshez Gringott – fondateur de Gringotts -, directeur de Gringotts.
⸻ Vous parlez le Gobelbabil? s'exclama le gobelin, surpris.
⸻ Oui chef gobelin. Morgane me l'a enseigné.
⸻ Vous pouvez m'appeler Ivold, qu'il en soit noté ainsi, amie des gobelins. L'éducation de Dame Morgane n'est pas à refaire. Que faites-vous donc en la demeure des Gobelins?
⸻ Rien de cérémonieux, Ivold. Nous venons de réemménager en terres anglaises et nous souhaiterions débloquer certaines voûtes mises de côté en attendant ce jour. répondit Alys, prenant pour la première fois la parole.
⸻ Cela indique-t-il que la prophétie humaine est en passe d'être réalisée?
⸻ Les conditions commencent à être réunies pour son achèvement. Notre retour était inévitable.
⸻ Soyez assurées du soutien Gobelin.
⸻ Merci Ivold.» dit Morgane et les trois femmes s'inclinèrent. Obtenir le soutien Gobelin n'était pas offert à n'importe quel être – et prix. Morgane et Alys discutèrent encore un peu mais le langage devint vite trop technique pour Yel qui n'arrivait plus à suivre. Il était question de l'ouverture des voûtes pour accéder à leur argent et leurs biens mais elle savait que l'on n'ouvrait pas des voûtes comme l'on ouvre des simples coffres. Enfin Ivold Gringott se leva et les conduisit dans une salle adjacente plus simple. Les murs étaient nus de toute décoration et il n'y avait rien d'autre qu'une voûte de marbre blanc qui sortait du sol de pierre au centre de la pièce. Sur le marbre des inscriptions en Gobelbabil étaient creusées, créant des rainures reliées les unes aux autres et invisibles si l'on n'y prêtait pas attention. Un gobelin plus jeune entra quelques minutes après eux en portant un bol fait d'argent et un couteau à la lame transparente puis il ressortit aussi vite de la salle. Ivold avait profité de l'attente pour commencer à leur expliquer la marche à suivre – Alys traduisait à voix basse pour Yel - et les trois sorcières furent vite prêtes. Ivold posa le bol rempli d'herbes de l'autre côté de l'arche, prit le couteau, et s'entailla le poignet gauche. Son sang gicla immédiatement. Il possédait cette caractéristique propre à son espèce et était d'une couleur d'un bronze parfait. Il se pencha sur l'arche en murmurant les paroles d'Ancien Gobelbabil – la langue était encore plus rauque et guttural que le Gobelbabil moderne – qu'il leur avait appris peu de temps auparavant et il fit couler son sang dans les rainures que formaient les lettres gravées dans la voûte. Le sang parut couler une éternité et Ivold attendit impassible qu'il se soit propagé tout du long du marbre pour passer sous la voûte. Lorsqu'il fut arrivé de l'autre côté, Morgane s'avança. Elle avait récupéré le poignard de cristal et elle commença à son tour la litanie en s'entaillant le poignet gauche et le sang rouge des humains ruissela le long de la colonne où elle le faisait couler de la même manière qu'Ivold quelques instants auparavant. Yel sentit ses jambes trembler et son cœur battre plus vite. Elle avait une peur folle du sang et si celui du gobelin ne lui avait fait aucun effet – sa couleur ne le faisait pas ressembler à du sang – voir celui de Morgane couler lui donna le tournis. Alys posa sa main dans son dos pour la soutenir – et la rassurer. Elle savait qu'elle ne pouvait pas flancher sans compromettre la cérémonie et les obliger à recommencer l'ouverture de la voûte. Morgane venait de traverser l'arche et Yel sentit la main de la blonde se détacher de son dos avec une douceur infinie mais en laissant une empreinte glacée au creux de ses omoplates. Alys n'hésita pas une seule seconde pour s'ouvrir le poignet et ce fut un sang d'or blanc qui sortit de ses veines. Du sang de vélane. Et aussi long que fut le passage d'Ivold et Morgane, celui de la blonde ne sembla durer que quelques secondes. Yel regarda le couteau. Son regard était flou et elle apercevait derrière l'arche qui brillait des trois sangs les trois adultes qui l'attendaient, genoux à terre. Sa main trembla lorsqu'elle posa le poignard sur sa veine. Des flashs de lumières parasitaient sa vision, ou peut-être était-ce des souvenirs, de très anciennes réminiscences. Elle trancha sa peau d'un geste peu assuré et son sang bleu azur se mit à couler sur sa peau pâle qui avait pris des reflets verts sous le jeu de lumière que créait le cristal sur son poignet. Elle s'approcha de l'arche en se concentrant sur les paroles qu'elle devait déclamer en tentant d'ignorer les différents bruits parasites qui résonnaient dans sa tête. Ses oreilles bourdonnaient en un incessant et pénible acouphène qui sifflait et lui vrillait le crâne au fur et à mesure que son sang coulait dans les rainures de la voûte, se mélangeant à celui du gobelin, de la sorcière et de la vélane. Elle passa enfin le portail, finit la formule et s'agenouilla à côté des adultes. L'arche brilla de mille éclats, et bientôt ils se seraient crus en plein jour d'été à l'heure où le soleil est le plus haut dans le ciel, et même cette comparaison faisait pâle figure face au brasier qui illuminait la voûte. Ivold prononça les quelques derniers mots nécessaire et l'arche s'éteignit aussi soudainement que la lumière était apparue, les plongeant dans un noir d'encre. Lorsqu'une certaine lueur se réinstalla dans la pièce, identique à leur arrivée, le sang avait disparu de la voûte et Ivold passait déjà les herbes sur leurs quatre poignets, arrêtant aussi magiquement que subitement l'écoulement de sang. Yel s'était laissée tomber sur le sol de pierre et elle se tenait la tête entre les mains. Des larmes coulaient sur ses joues sans qu'elle ne les cherche à les contrôler et la panique faisait battre de manière anarchique son cœur. Sa respiration était sifflante, laborieuse et elle entama un lent balancement qui prit de court le gobelin. Alys comprit tout de suite la crise d'angoisse et elle se précipita sur l'enfant, lui murmurant des paroles qui se voulaient rassurantes en swahili. C'était presque une berceuse, une comptine que l'on chanterait à des enfants tristes ou n'arrivant pas à s'endormir.
«Le rituel ne provoque pas ce genre de réactions…Je ne comprends pas, s'adressa le gobelin à Morgane en Gobelbabil, des excuses dans la voix.
⸻ Ce n'est pas le rituel, ce n'est pas de votre faute. Yel…Yel peut être sujette à des crises de panique. Alys sait gérer, il leur faut seulement quelques minutes.»
Les quelques minutes parurent durer une éternité mais comme Morgane l'avait annoncé, Yel finit par reprendre sa respiration et conscience de l'endroit où elle se trouvait, sa main solidement accrochée à Alys. Elles se relevèrent et Yel marmonna des excuses à l'attention d'Ivold qui les balaya d'un geste de la main. Le reste de la visite à Gringotts se passa dans un brouillard dense. Plus tard Yel réaliserait qu'elle ne se souvenait pas de ce qu'il s'était passé à la suite du rituel : ni leur descente à bord du wagonnet dans les coffres de la voûte, ni la découverte des richesses qui s'y trouvaient, ni même la remontée ou leurs remerciements au directeur de la banque. Yel ne reprit conscience – et ses souvenirs – qu'à leur sortie de l'établissement à l'air libre. Le soleil brillait toujours et elle en fut surprise. Alys annonça rapidement qu'il était un peu plus de quinze heures – elles n'avaient passé que deux heures dans la banque des sorciers – alors qu'elle s'était attendue à trouver la lune briller dans le ciel, la nuit déjà bien installée. Les trois sorcières descendirent enfin les quelques marches de marbre blanc pour rejoindre l'agitation du Chemin de Traverse et finir leurs courses.
«On va commencer par ton uniforme.» annonça Alys et elles guidèrent Yel dans une boutique à l'enseigne en forme d'une paire de ciseau qui cliquetait. Une petite sorcière les accueillit un sourire aux lèvres et leur demanda ce qu'il leur fallait. Alys expliqua qu'elles étaient là pour des robes de sorciers pour Yel et aussi rapidement que l'information fut donnée, celle-ci était déjà debout sur un tabouret à essayer diverses robes tandis que les ourlets et mesures se faisaient seuls sous l'œil avisé de Mrs Guipure. En sortant de la boutique, elles passèrent acheter quelques nouvelles plumes – non pas que Yel eut décidé de s'en servir, elle préférait largement les stylos billes – et elles firent un arrêt par Fleury et Bott, la librairie, pour acheter les manuels scolaires dont elle aurait besoin pour son année – et quelques autres livres pour leur plaisir, tels que la dernière édition d'Antivenins asiatiques pour Alys, Le bouclier magique: dérives modernes pour Morgane et Précédés de la table d'Emeraude, un livre d'alchimie pour Yel. En sortant de la boutique, leurs achats déjà rangés dans le sac que portait Alys en bandoulière, Morgane annonça d'un ton joyeux qu'elles – Alys et elle – avaient décidé d'offrir à Yel un cadeau de bienvenue en terre anglaise.
«On pensait à un balai mais si tu as une autre envie bien sûr…
⸻ Est-ce que je peux avoir un animal? demanda d'une voix hésitante l'adolescente. Morgane et Alys lui avaient toujours refusé son propre hibou sans qu'elle n'en comprenne vraiment la raison mais maintenant qu'elle se trouvait à des centaines de kilomètres de ses amis, elle espérait qu'elles disent oui.
— Tu sais bien que non, répondit Alys.
— Justement, je ne sais pas pourquoi c'est non.
— Ça reste non. Du coup, est-ce que tu veux un balai? Tu vas avoir l'occasion d'en faire à Poudlard.
— Mais si tu as une autre idée, dis-nous!
Yel s'apprêtait à répondre à nouveau qu'elle voulait un animal mais le regard froid d'Alys la dissuada d'insister. Elle soupira, balaya du regard les boutiques autour d'elle et se décida.
— Un balai c'est bien. Merci, ajouta-t-elle.
Elles se rendirent donc à la boutique de balais en s'arrêtant juste avant à l'apothicairerie et à la boutique d'alchimie. Aucune d'entre elles n'y connaissait grand-chose et elles éliminèrent d'office l'Eclair de feu qui coûtait les yeux de la tête, d'autant plus que Yel ne savait pas vraiment monter sur un balai et les rares essais qu'elle avait pu faire en Afrique – les tapis dominaient encore le marché africain – n'avaient pas été suffisamment longs pour qu'elle en retire une pratique correcte. Elles suivirent les conseils du vendeur et optèrent pour le Nimbus 2001 qui possédait d'excellentes caractéristiques de vol. Elles sortirent du magasin la bourse allégée – malgré ses trois ans d'ancienneté, ça restait un Nimbus – et la joie de Yel fut contagieuse, l'épisode de l'animal déjà lointain. Elles se promenèrent ensuite sans but précis sur l'allée pavée. Yel n'avait aucune hâte de rentrer au Square Grimmaurd et les deux adultes non plus. Quand sonna dix-sept heure trente, elles furent bien obligées de se rendre à la dernière des boutiques de leur liste avant que celle-ci ne ferme. Aucune d'elles n'étaient très pressées d'y aller. Alys et Yel avaient conscience qu'utiliser la magie corporelle n'était pas bien perçu en Angleterre mais devoir s'équiper d'une baguette magique leur semblait être un affront – et consistait un nouvel apprentissage qui leur prendrait plus de temps qu'elles n'en voyaient l'utilité. Morgane, elle, possédait déjà sa baguette modifiée par les soins d'Artémis. La boutique d'Ollivander, qu'on leur avait vivement conseillée, ne payait pas de mine. La peinture de la façade et de l'enseigne s'écaillait et la vitrine était recouverte d'une épaisse couche de poussière. Lorsqu'Alys poussa la porte, une clochette retentit et un vieux sorcier apparut devant elles. A quatre dans la boutique, ils étaient particulièrement serrés. L'espace était surchargé de différentes étagères où s'empilaient des boites rectangulaires à perte de vue. Il régnait dans les lieux un silence étrange, presque cotonneux, malgré les bruits du parquet qui craquait et le sifflement de leurs respirations.
«Bonjour, dit le sorcier d'une voix douce. Il les regardait sans cligner des yeux et ses iris pâles brillaient dans l'obscurité de la boutique. Que puis-je faire pour vous?
⸻ Nous venons acheter deux baguettes, répondit Alys. Pour moi et pour la jeune fille.
⸻ Bien sûr, bien sûr. Commençons par vous si vous le voulez bien.» Il agita sa propre baguette et un mètre ruban avec des marques argentées s'agita autour de la blonde. Il manipula avec douceur Alys pour lui faire tendre les bras, les plier, mesurer son tour de tête ou la taille de ses mains. «De quelle main tenez-vous la baguette?» demanda-t-il pendant que le ruban prenait les dernières mesures – et Yel se demandait à quoi pouvait bien servir la taille de l'écartement des narines ou des sourcils.
«Gauche.
⸻ Bien, bien. Alors voyons… Et pourquoi n'avez-vous pas de baguette? Je m'en souviendrais si je vous en avais déjà vendu une.
⸻ Nous venons d'Afrique, répondit Alys et Ollivander ne cacha pas son mécontentement.
⸻ Bien sûr. Les baguettes ont du mal à s'implanter là-bas, on se demande bien pourquoi, quel gâchis. Et vous? demanda-t-il la moue contrarié à Morgane.
⸻ Je possède déjà la mienne, je suis française.
⸻ Puis-je la voir? l'interrogea-t-il soudainement, curieux.
⸻ Je peux vous la montrer mais vous ne pourrez pas la toucher, répondit Morgane. Elle a subi un traitement spécial, elle ne peut être manipulée par quelqu'un d'autre que moi.
⸻ Hum. Montrez-moi cela.» dit-il et cela sonna comme un ordre que Morgane satisfit sans un mot. Yel pensa qu'Alys aurait été beaucoup moins coopérative à la place de sa compagne. «Oh…oh…Intéressant… Vous faites partie de la Guilde d'Artémis n'est-ce pas? Cet anneau sombre qui délimite la poignée… Je n'ai pas eu beaucoup d'occasions d'en voir. J'adorerais connaître le secret de leurs transformations…». Le vieil homme parlait tout seul sans se soucier des sorcières en l'observant, le dos plié pour se rapprocher de la baguette que tenait Morgane, son nez à moins de dix centimètres de l'artefact. «Du sorbier…peut-être trente-deux ou trente-trois centimètres, sûrement rigide. Quel est son cœur? demanda-t-il en relevant la tête vers Morgane.
⸻ Du crin de Sphinx.
⸻ Oh…c'est…inhabituel. Étrange. Cela doit en faire une baguette particulièrement efficace en sortilèges de protection, oui, bien sûr. Une gardienne…de la jeune fille? Bien,dit-il soudain à Alys en se relevant, à vous!»
La jeune femme leva ses yeux qui paraissaient noirs dans l'obscurité de la boutique sur la baguette que lui présentait le vieillard. Elle eut à peine posé un doigt dessus pour s'en saisir qu'elle la relâcha aussitôt, comme brulée.
«Non, plutôt celle-ci, bois d'acajou et crin de licorne. Non, en fait, pas celle-ci. Bois de cèdre et ventricule de dragon.»
Commença un long défilé de baguettes. Morgane, au bout d'une dizaine de minutes, avait fait apparaître deux sièges pour elle et Yel. L'attente paraissait toute aussi longue assises mais au moins elles avaient pu se faire oublier par le sorcier qui jurait en agrandissant le tas de baguettes sur le bureau. Au bout de ce qui sembla être une éternité, il avait eu l'air satisfait en en présentant une énième à l'adulte qui commençait à perdre patience.
«Je pense que c'est celle-ci. Bois de sureau noir, plume de Jobarbille, 23,7 centimètres, fine et flexible.»
Alys se saisit de la baguette grise-beige. Le bois était creusé par endroit de symboles presque invisibles à l'œil nu. Sitôt qu'elle s'en fut saisie, la sorcière la leva devant elle et l'agita gracieusement. Elle prenait grand soin de l'objet, ironie mordante quand l'on connaissait son estime pour les baguettes magiques. Une gerbe d'étincelles argentées jaillit de l'extrémité du bois et Ollivander s'exclama de joie.
«Enfin! C'est parfait, parfait. Une baguette puissante. Une combinaison…originale et difficile mais une bonne baguette tout de même… Vous êtes destinée à de grandes choses… un pilier dans les moments les plus sombres…vous et elle…»
Il y eut un silence pendant lequel aucun n'osa bouger. Le vendeur de baguettes avait braqué son regard sur Yel et la détaillait fixement. Enfin Morgane poussa la jeune fille et le mouvement le fit réagir.
«Oui, oui, à vous. Voyons voir.»
De nouveau les rubans-mètres s'agitèrent dans la boutique et vinrent prendre différentes mesures, se mouvant autour de l'adolescente qui éternua lorsqu'ils passèrent sous son nez. Entre-temps, Ollivander avait rangé le tas de baguettes inutilisées qui avaient envahi son bureau et farfouillé dans les étagères surchargées pour en sortir une nouvelle boîte plus poussiéreuse que les autres.
«Essayez celle-ci Miss. Je ne pense pas me tromper au vu de…Enfin. Essayez.»
Yel prit la baguette. Cela semblait trop simple. Il avait fallu plus d'une heure pour en trouver une à Alys et voilà qu'Ollivander pensait lui en trouver une dès le premier essai. Pourtant, dès qu'elle eut enroulé ses doigts autour du fin objet, une étrange chaleur parcourut son corps et elle sentit, littéralement, la magie s'enrouler autour de son poignet et la lier à la baguette. Des étincelles en jaillirent en une pluie dorée d'étoiles, créant des ombres sur les murs de la boutique.
«C'est vraiment…tellement…Vous avez les camarades que vous méritez jeune fille. Je crois que le monde n'a pas hâte de savoir quels choix vous allez faire.
⸻ Elle est faite en quoi?» coupa un peu sèchement Yel que le discours du fabriquant mettait mal à l'aise tout en fixant la baguette qu'elle tenait. Son bois était entièrement blanc mais les différentes lueurs qui s'y projetaient lui donnaient des reflets nacrés et rosés. Elle était très simple, sans forme particulière ou symboles gravés. Juste un manche un peu plus épais où la paume de sa main trouvait parfaitement place.
«Bois de frêne, 27,6 centimètres, fine, relativement souple, crin de Sombral.»
Yel resta silencieuse pendant que Morgane payait et remerciait Ollivander. Alys, pourtant peu encline à l'achat de baguettes, ne s'insurgea pas du prix excessif – 41 gallions tout de même - qu'elles mirent dans les deux objets, elle reconnaissait la rareté des artefacts. Ni leurs cœurs ni leurs bois ne composaient les éléments courants des baguettes magiques. Elle scrutait l'adolescente de son regard perçant et elle posa sa main sur son épaule, la rapprochant d'elle dans un mouvement maternel à leur sortie de la boutique.
«Peut-être pourrions-nous manger ici avant de rentrer? proposa Morgane après leur avoir jeté un coup d'œil rapide à sa propre sortie de la boutique.
⸻ Bonne idée.
⸻ Super! Il y a un petit restaurant qui a l'air bien sympathique! s'exclama la rousse et elle les guida dans le Chemin de Traverse avant de les arrêter devant une devanture bleue. Ici! Ça vous va?
⸻ Parfait.» répondit sobrement sa compagne et elle poussa la porte, faisant tinter au passage une petite clochette.
Un serveur accourut aussitôt, des cartes dans les mains. Il les guida à une table dans un angle du restaurant. Yel, le regard flou, fixait sans regarder la peinture aux murs qui représentait un paysage de bord de mer où se promenait un Kelpy qui s'arrêtait parfois au-dessus d'une table, l'air intéressé face au contenu des assiettes des clients. Le Tir na nOg proposait des plats typiquement irlandais et Yel choisit un peu au hasard le Sheperd's pie – du hachis parmentier. Elle n'avait pas très faim ni très envie de discuter et c'est un peu le moral au plus bas qu'elle attaqua son plat lorsqu'il arriva, laissant les deux adultes discuter entre elles sans y faire attention. Elle jouait avec sa fourchette à créer des traits dans le hachis depuis plusieurs minutes lorsqu'Alys se décida à l'interpeller.
«Yel? Qu'est-ce qu'il y a? Depuis Ollivander tu es…silencieuse.»
Elle ne répondit pas. Elle ne savait pas quoi répondre. Elle sentait les yeux brûlants de la blonde sur elle et elle avait juste l'impression qu'elle allait se faire submerger dans les secondes à venir. Se concentrer pour maîtriser les sanglots qu'elle devinait coincés dans sa gorge était déjà un exploit. Alys n'insista pas. Sans doute que Morgane lui avait fait signe de ne pas continuer. Elle continua de jouer avec son assiette jusqu'à ce qu'elle lui fût enlevée magiquement par le serveur et elle refusa un dessert. Sans rien dans les mains pour les occuper, elle se sentit encore plus désarmée. Les pensées tourbillonnaient dans sa tête.
«Tu as dit que tu étais ma mère.»
C'était une affirmation mais aussi une question et les deux femmes braquèrent à nouveau leur attention sur la jeune fille.
«De quoi parles-tu Yel? demanda doucement Morgane.
⸻ A Granger. Alys a dit à Granger que c'était ma mère.
⸻ Oui. Est-ce que cela t'a dérangé? interrogea sérieusement la blonde.
⸻ J'aurais voulu que tu sois ma mère.»
Ni Morgane ni Alys ne répondirent. Il n'y avait rien à répondre. Elles se contentèrent d'attraper ses mains qui s'agitaient et se torturaient pour la calmer, lui montrer qu'elles étaient là, qu'elles l'aimaient, qu'elles savaient. Il n'y avait rien de plus à faire ou à dire. Elles savaient. C'était déjà beaucoup.
