Ce chapitre marque un tournant dans l'histoire de deux êtres... à tout jamais.


Chapitre 442 : My blood is yours

J'émerge d'un lourd cauchemar. Dont je ne me souviens guère. L'impression restante demeure l'angoisse. Et cette dernière me talonne depuis le réveil.

Je me fais couler un café lorsqu'il me rejoint.

Je choisis de donner le change pour ne pas plomber l'ambiance mais il me débusque rapidement, m'avisant avec un petit sourire, savourant son café en face de moi.

"Quelque chose te chagrine, Princesse ?"

"Un mauvais rêve."

"Oh." navré pour moi. "J'en suis désolé. J'ai prévu de chasser puis de faire acte de présence à Pomefiore pour remplir la chambre froide. Je te rejoindrai en fin d'après-midi."

"OK."


Cette impression tenace, d'une lourdeur extrême, refuse de céder.

J'ai résolu à me rendre au club pour un parcours de cross qui me changera les idées.

Na'ir effectue le parcours sans le moindre accro.

Je compte m'arrêter un instant à la lisière des bois, me demandant si Rook en a terminé avec sa chasse et les trophées qu'il a ramenés à Pomefiore.

La sensation de malaise se fait plus intense à mesure que j'aborde les bois, se muant en véritable alerte au danger !...

"Rook !..." talonnant ma monture, me fiant à mes sens.

Son aura est faible, elle qui est d'ordinaire éclatante et solaire !...

"Hiaaaah, Na'ir !" fendant les bois à vive allure.

Je le déniche enfin au fond d'un sous-bois, grièvement blessé, basculé sur le ventre.

"ROOK !" quittant mon destrier à la hâte, retournant le corps ensanglanté. "ROOK !"

Il ouvre faiblement les yeux. Au moment où il souhaite parler, du sang expectore de sa gorge, maculant son menton, glissant le long de son cou.

"ROOK, ROOK !" m'emparant de sa main gantée. "Reste avec moi ! Reste avec moi, Rook !..."

La panique qui s'empare de moi me ramène à cet instant... à cette tragique fin d'après-midi au cours de laquelle un fameux Shinigami est venu s'emparer du dernier souffle de vie de ma mère agonisante.

"Rook !" plongeant le visage dans son cou, sanglotante.

Cela fait un moment qu'il gît ici et il a perdu énormément de sang. Même si je parvenais à appeler les secours, ils arriveraient trop tard !...

Il vient de perdre totalement conscience ; je sens son corps s'alourdir dans mes bras.

"Non, non !... Rook, je t'en prie !... Tu ne peux pas me faire ça !..."

Je tâche de prendre son pouls, entre la manche à l'extrémité de dentelle sombre et la naissant du gant de cuir. Rien.

Il me reste une ultime solution... une seule. Et elle sera lourde de conséquences...

Je cherche de quoi m'entailler le poignet, le présentant, perlant, à l'une de ses profondes blessures.

L'effet relance immédiatement le cœur tel un shoot d'adrénaline et il rouvre les paupières à la volée.

Ses pupilles virent au carmin avant d'arborer à nouveau leur teinte émeraude.

"Prin... cesse ?..."

Il s'est vu partir.

"Rook... pardon, Rook... je ne pouvais pas..." sanglotant dans son cou.


Nous marchons, montures tenues à côté de nous. Son manteau porte les stigmates d'une violente attaque. Le sang qui l'imprègne est abondant.

Il n'a posé aucune question ; je crois qu'il sait parfaitement de quoi il en retourne.

A la sortie des bois, il ose finalement. "Que... va-t-il m'arriver, à présent, Princesse ?..."

"Tu... m'en veux ?..."

"Non, non. Je veux juste... être informé des conséquences." attrapant ma main gantée de la sienne.

"Les années n'auront plus de prise sur toi, Chasseur. Ni les maladies, ni la fatigue."

Il encaisse les données. Lui qui se voyait mourir dans sa cabane au fond des bois se trouve soudain confronté à l'éternité. Le vertige le gagne un moment.

"Comprends-moi, Rook, je... je n'avais guère le choix !... Même si j'avais pu faire appel aux secours, ils seraient arrivés trop tard."

"Princesse, calme-toi. Je comprends." s'arrêtant de marcher, me prenant par les épaules.

"J'ai... j'ai totalement paniqué, Rook, je..." venant sangloter contre son épaule.

"Princesse, ne pleure pas..." ému autant que touché.

"Je l'ai pressenti depuis ce matin... j'aurai dû t'empêcher de partir à la chasse..."

"Hey... c'est mon métier. Et il n'est pas sans danger."

"Tes sens vont davantage s'affûter." dis-je, posant le mug de thé blanc sur la table.

Petit rire. "Je les trouvais déjà... époustouflants pour un humain..."

"Je... comprendrai que tu m'en veuilles."

"Je ne t'en veux absolument pas, Princesse. Quel ingrat je ferai !..." outré que je puisse le penser, main venant se poser sur la mienne, l'enveloppant d'une douce chaleur. "Puis-je te poser une question ?..."

"Oui."

"Toi-même, d'où tiens-tu ce pouvoir ?..."

"Oh... c'est..." hésitant fortement à en parler.

"Je vois que je t'embarrasse. Oublie ma question, Princesse." savourant son thé.

"Tu... vas en parler à Vil ?"

"Quelle idée !..." rit. "Je ne compte pas en parler à qui que ce soit."

"Il va peut-être noter... le changement, Rook."

"Voyons... Vil est bien trop occupé avec sa propre personne pour noter ce genre de chose." sur une note cynique.

Je raconte l'aventure à papa et Eliott - papa a bénéficié du même sort et Eliott demeure mon fils en Hadès.

"Ce garçon m'a toujours paru très équilibré." me rassure mon père. "Cela aurait été plus problématique avec... quelqu'un de moins constant."

"L'essentiel est qu'il ne t'en veuille pas." me réconforte Eliott.

"J'ai... paniqué... le voir inanimé... baignant dans son propre sang..."

"Tu as fait ce qu'il fallait. Et s'il ne t'en veut pas, tant mieux." me prenant dans ses bras de fils.

"Princesse ?..." notant que je demeure silencieuse.

"Je... m'en veux terriblement, Rook..." tête baissée.

"Princesse, allons. Cesse de te torturer avec cela, veux-tu ?..." m'entourant de son bras, glissant un doigt sous mon menton. "Regarde-moi."

J'ose à peine.

"Tu étais face à un choix cornélien. La vie ou la mort. Te rends-tu compte du dilemme, Princesse ?"

"Je..."

"Tu as choisi la vie pour moi. Je serai vraiment ingrat de mépriser ce choix. Sois rassurée, Princesse, je ne suis pas du genre à cracher dans la soupe, pour reprendre l'expression populaire."

"Je... le sais, Rook. Cependant... tu avais peut-être d'autres projets..."

"Celui de mourir de vieillesse dans ma cabane se trouve, il est vrai, un peu contrarié. Mais j'en ferai mon affaire, Princesse. Cesse de te torturer."

"Je t'aime, Rook..." plaçant ma tête contre son épaule.

"Moi aussi, je t'aime, Princesse." souriant.


Les fléaux. Je les connais. Je les connais même plutôt bien pour certains. L'un d'eux, notamment, qui possède la sale vertu des mauvaises herbes ; renaître alors qu'on le pensait anéanti.

"Je t'ai manqué, Senshi ?..."

The first date's the worst date

It's hard to know just what to do

I take you to dinner you don't eat,

You just play with your food

And there's something familiar

About every word you say

It's hard to believe this happened again

I already met you

You're like my last girlfriend, the ex

And the girlfriend I had before her

I take you to my apartment in Venice just south of Beirut

You tell me you're bored

And don't like the color of my shoes

The picture gets clearer with every word you say

It's hard to believe this happened again

Don't mean to upset you

I already met you

You're like my last girlfriend, the ex

And the girlfriend I had before her

2.2 kids and a house on the hill

A dog named Boo and a sweet Uncle Phil

My head says you're different

You're the one with whom I should grow old

But that's not too convincing

While you're yelling at your dad on the phone

So I stare out the window and find me a smile

Because I still believe it gets better than this

I already met you

I already met you

You're like my last girlfriend, the ex,

And the girlfriend I had before her

Don't mean to upset you

I already met you

You're like my last girlfriend, the ex

And the girlfriend I had before her(*)


Noble Bell College. Son art. Ses lettres. Et sa discipline.

J'ignore de quelle manière les fléaux s'y sont pris pour grouiller dans cet établissement - sans doute parce qu'on y applique une sévérité quasi-militaire et que le Président du Conseil des Étudiants est lui-même, je l'apprendrai plus tard, torturé par le décès prématuré de son jeune frère.

Noble Bell College est donc devenu le nouveau terrain de jeu d'esprits divers et variés ; allant du plus inoffensif au plus sanguinaire ; du plus mesquin au plus retors.

Cela. ne. m'amuse. pas. du. tout.


Un mouchoir aux impressions célestes vient se placer devant le nez du Président. C'est un homme mince avec un air constamment pincé. Il note les difformités de ses trois camarades - Mahito excelle dans cet art pour le moins abstrait.

"L'autopsie nous en révélera les causes mais je penche, à vue de nez, à une surpression de la boîte crânienne."

"Comment... est-ce... possible ?..." choqué.

On emballe les corps dans des sacs sombres pour leur faire quitter discrètement l'établissement. Et on s'empresse de tout nettoyer avant l'arrivée des étudiants.


Rollo regagne la salle du Conseil, malaise le gagnant, haut-le-cœur lui nouant l'estomac, devant s'appuyer sur la table, devant l'âtre ronronnant.

"Vous allez vous en remettre ?"

Il se retourne comme si le diable en personne venait de lui adresser la parole !...

Je suis assise, fesse sur le bureau chargé, avisant quelques papiers.

"Qui... vous a permis de..."

"Vous êtes dans une sacrée panade, si je puis me permettre."

"Ne touchez à rien." sévère.

Je me lève et marche vers lui. Il émane de lui quelque chose de profondément dérangeant.

"Oubliez la quiétude de ce lieu. Vos camarades sont devenus la proie d'un jeu d'un nouveau genre."

"Allez-vous... décliner votre identité, à la fin ?" incommodé.

J'arrive à sa hauteur. Il culmine, m'avisant avec un dédain pour le moins prononcé.

"Et, pas de chance pour vous, vous êtes tombé sur l'un des pires d'entre eux."

"Votre... manière de parler par énigmes m'est fortement désagréable, Mademoiselle." irrité, sourcils fins froncés.

"Mais il semblerait que vous aussi, vous leur cachiez des choses."

"Impudente !..." mouchoir couvrant le bas de son visage - dont l'expression révulsée ne fait aucun doute.

Il stationne devant moi. "Sachez que je ne cautionne absolument pas votre présence ici. S'il n'avait tenu qu'à moi, nous aurions fait sonner la Salvation Bell et vos... esprits malfaisants auraient tous pris leurs jambes à leur cou."

Je le fixe, bouche bée. "Parce que vous pensez... qu'une cloche, toute magique soit-elle, les ferait fuir ?"

J'éclate de rire.

Mouchoir, le retour. Sourcil haussé sur un pan, mauvais. "Vous vous... moquez du pouvoir de la Bell of Salvation ?!"

"Oh, comme vous êtes observateur !... N'avez-vous pas vu ce que l'un d'entre eux a fait de vos camarades, Chairman ?"

Il a un titre, autant qu'il serve !...

Une présence, soudain se fait proche, penchée de ce côté du banc sur lequel je me trouve. "Il est amusant, celui-ci, pas vrai, Senshi ?... Voyons... que vais-je pouvoir en faire ?..."

Je grimace, me tendant d'un seul tenant. Mahito a toujours eu l'art de sortir de nulle part, s'invitant, à l'improviste, dans chaque conversation, qu'elle soit privée ou non !...

"Il me paraît bien incrédule... si je lui faisais une petite démonstration de mon talent... peut-être que..."

La frappe - une puissante salve énergétique - dégomme une partie du décor.

Mahito vient de bondir sur un toit et rit !... Rit si fort que mes tympans en pâtissent !

"C'est vraiment avec une frappe aussi faible que tu comptes m'abattre, Senshi ?..." presque chantonné.

Ce fléau - répertorié classe S tout de même - possède les manières d'un enfant. Childish comme on dit. Et il demeure aussi imprévisible que dangereux ! Il possède, en effet, une puissante capacité métamorphe !... Il m'a donné du fil à retordre à bien des égards.

Mais le pire... le pire demeure Sukuna. Le roi des fléaux. Une bête. Lui tue par principe, sans distinction.

"Tu viens de le traumatiser, Senshi !..." posant son hétérochromie malaisante sur Flamm.

Il se tient là, ébahi. "Quel... est ce... prodige ?... Est-ce... une forme de magie ?..."

"Il va voir rouge dans cinq secondes, Senshi, tu ferais bien de te préparer !..." chantonne toujours Mahito. "Et quand je dis voir rouge..."

"Vas-tu te la boucler, espèce d'enfoiré ?!" grogné à Mahito.

"Vous êtes... véritablement possédée..." me fixe Rollo.

Quelques étudiants, alertés par l'éboulement de la coursive, viennent se grouper autour de nous, dans un murmure grandissant.

"Oh ho ! Des jouets !..." s'extasie Mahito.

"FICHEZ LE CAMP D'ICI, BORDEL ! VOUS ÊTES TOUS EN DANGER DE MORT !"

"Faites sonner la Bell of Salvation." ordonne Rollo.

"Vous êtes bouché ou quoi ?! Je vous ai dit que ça ne leur fera strictement rien !"

"Faites ce que je vous dis." sec.

"HAHAHAHAHA ! Il est amusant, ton nouveau pote, Senshi !..." finissant par pencher la tête sur le côté. "Tu devrai creuser de son côté, il n'est pas clair."

J'ai vraiment que ça à faire, pauvre crétin !


La cloche sonne. Son aura magique couvre la Cité entière. Mais les fléaux se marrent, Mahito à leur tête !... Pour combattre un fléau, il faut de l'énergie occulte. La même que la leur. Le négatif ajouté s'annule, c'est mathématique.

Il est très dangereux de développer une telle énergie. Vous n'en sortez pas indemne, n'importe quel exorciste vous le dira !...

Les fléaux le savent et en jouent ; offrant souvent la pichenette nécessaire pour qu'un exorciste débutant bascule finalement de leur côté.


"Que vous faut-il comme preuve ?"

"Pardon ?..." plaçant son mouchoir sur le bas de son visage.

"Et vous-mêmes ? Que cachez-vous ?" directe.

Il me fixe comme s'il m'éviscérait !...

"Je ne vous permets pas."

"Si nous ne jouons pas cartes sur table alors nous leur offrons l'avantage."

"La Bell of Salvation a souvent tiré la Cité des calamités. Soyez assurée qu'elle ne manquera jamais à son devoir, Mademoiselle. A présent, si vous voulez bien m'excuser, j'ai à faire." passant devant moi dans une envolée de voiles et de tissu ornant sa prestigieuse tenue.


Je fais sortir Na'ir du box, suppliant qu'il évite de hennir et de rameuter les autres animaux qui somnolent dans leurs boxes.

"Shh, gamin."

Alors que je souhaite grimper sur son dos d'un bond, la lueur vive d'une lampe m'éclaire.

"Puis-je savoir où vous vous rendez en pleine nuit ?!" furieux.

Il ne manquait plus que lui !...

Je libère la crinière de Na'ir qui hennit son mécontentement face à l'intrus et à la vive lumière qui irrite sa rétine.

"Personne ne quitte l'établissement lorsque les grilles sont fermées. Il s'agit là du paragraphe 3 de notre règlement."

"Vous devriez mieux surveiller les alentours, Messire, notamment ceux menant aux bois." ironique.

"Impertinente ! Je ne vous permets pas !..." glissant le précieux mouchoir sur le bas de son visage pour camoufler le dégoût qui fige ses traits.

"Vous me semblez oublier qu'elle ne fait pas partie de l'effectif de cet établissement, justement." annonce la voix veloutée de celui que je m'apprêtais à rejoindre en secret.

Flamm se retourne violemment vers lui, l'éclairant de sa torche. "L'accès audit établissement vous est interdit, Monsieur !"

Rook affiche un sourire fugace. "Dans ce cas, surveillez avec davantage de zèle les accès par les bois, comme cela vous a été recommandé, Messire." pinçant le rebord avant de son chapeau à plume.

"Vous vous permettez de me... prodiguer des conseils, Monsieur ?!" irrité.

"Vous me semblez tant attaché à l'application du règlement que j'avais pensé que vous jugeriez mes conseils avisés."

Il nous fixe, tour à tour. La situation lui paraît d'emblée très claire. Son regard plisse tandis qu'il nous crucifie.

"La vertu vous semble étrangère."

J'interroge Rook du regard, lui cédant la réplique.

"La vertu,dont vous semblez faire référence, serait-elle celle qui consiste à mortifier les plus naturelles pulsions, Messire ?"

"Ne faites pas mine de ne pas avoir saisi !... Ce comportement est inconvenant, Monsieur." irrité autant que dégoûté.

"Que vous l'appliquiez pour votre compte, soit. Mais que vous l'imposiez à autrui, voilà qui me paraît dénué de la plus élémentaire tolérance."

"Je n'ai que très peu de considération à l'égard des pécheurs, Monsieur."

"Voilà la raison pour laquelle nous ne souhaitons pas davantage encombrer votre regard, Messire." passant de mon côté, bras glissant le long de ma taille, me rapprochant de lui.

Message clair ? Passé ? Oui, il semble.


(*) Superfine - "Already met you"