Dispute Ron
«Harry, tu ne peux pas juste transplaner comme ça au milieu d'une dispute!» s'énerva Theodore en apparaissant à ses côtés.
Pourtant il se coupa bien vite en voyant l'expression de son amant qui ne quittait pas la terrasse de la maison des Zabini. Harry était de mauvais humeur, Theodore n'avait pas besoin de ressentir sa magie pour le dire. Ça n'avait rien à voir avec leur querelles, Harry ne faisait jamais cette tête avec lui. Il tressaillit en voyant un sourire figé poindre au coin de ces lèvres. C'était cette expression commerciale qu'il sortait à ses collègues de travail où au secrétaire de Theodore. Ça n'avait rien de sincère et il ne comprenait pas que ses amis puissent y croire.
Theodore en comprit rapidement la raison en suivant son regard. Avec l'arrivée des beaux jours Blaise avait sorti la table d'extérieur et il profitait avec ses invités d'un petit apéro en attendant les deux retardataires. Theodore grimaça en voyant Ronald installé à côté de sa femme et parler énergiquement avec sa petit-sœur.
«On peut rentrer, si tu veux?» osa Theodore, ça l'arrangerait bien lui puisqu'il n'avait même pas voulu venir.
Mais Harry nia de la tête. Son amant n'eut même pas le temps d'insister, l'Auror se faisant rapidement kidnapper par les enfants de leurs amis qui le tiraient joyeusement par le bras. Theodore eut un petit rire malgré la situation, le garçon qu'il supposait être Hugo grimpait déjà sur le dos de son oncle avec difficulté alors qu'Ada s'agrippait à sa jambe et riait en se faisant déplacé ainsi jusqu'à leur cabane. L'Auror fit quelques gestes des mains et les autres petites filles se mirent à crier joyeusement alors qu'il leur faisait faire des pirouettes dans les airs. Ils étaient vraiment à l'aise avec Harry, il n'y avait aucun doute que ce soit leur tonton préféré.
Theodore supposa que ce n'était pas un problème de le laisser avec eux, au moins il n'aurait pas à faire face tout de suite à son ancien meilleur ami. Il finit par rejoindre la table d'où Ginny lui faisait un grand salut de la main. Il s'excusa pour l'absence de Harry, bien que tout le monde eût dû voir la scène. Theodore était mal à l'aise, Ronald ne cachait même pas sa grimace de dégoût en le voyant, bien que la réaction de Hermione fût plus mitigée. Elle semblait surprise, mais pas dégoûté et elle lui fit même la bise quand il passa à côté d'elle. Blaise l'entraîna rapidement vers la cuisine à son plus grand soulagement, là où Draco avait trouvé refuge.
«Pourquoi ils sont là?» rouspéta le blond dès qu'il eu son hôte dans son champ de vision.
«Je n'en sais rien.» grinça Blaise, visiblement peu ravi de voir son beau-frère. «Ginny les a juste invités sans prévenir quand elle a su que leur repas avec Molly et Arthur a été annulé.
- Elle ne sait pas pour la dispute de Harry et Ronald?»
Blaise soupira, ses deux idiots étaient de vrais casse-pieds.
«Ils font semblant devant elles. Ils ne sont pas super crédibles, mais c'est suffisant pour que Hermione et Ginny continuent de les mettre dans la même pièce.
- Ça explique pourquoi il est directement allé avec les enfants.»
Ses amis hochèrent la tête. Theodore hésita à aller le rejoindre et lui proposer une nouvelle fois de partir. Mais Draco l'en dissuada, Harry ne le ferait pas. Il détestait inquiéter ses proches et sa soudaine disparition le ferait certainement. Theodore soupira, décidant d'attendre avec ses deux amis que les minutes défilent jusqu'à ce que ce soit l'heure de passer à table. A son plus grand regret, cela arriva bien trop vite.
Il était vraiment stressé, Theodore savait que Ronald n'avait jamais caché son animosité envers les deux anciens Mangemorts et il ne pensait pas se faire épargner par ses piques. A son plus grand soulagement, Harry vint à sa rescousse alors qu'il ne restait plus qu'une chaise de libre entre les deux rouquins de la famille. Il le guida jusqu'à l'autre bout de la tablée, la où les enfants déjeunaient joyeusement. Harry le plaça entre le garçon et la fille de Ronald, Hugo et Rose lui semblait-il. Son amant s'installa en face d'eux, près de Ada et Selena pour les aider à couper leur nourriture.
«Pourquoi?» articula discrètement Theodore pour que les enfants ne l'entendent pas.
«Ron peut dire des méchancetés à Blaise et Draco, je m'en fiche. Mais toi, je ne le permettrai pas.
- C'est tellement gentil de ta part.» rit Theodore.
Petit à petit, il se dérida. Il pouvait presque comprendre pourquoi Harry choisissait toujours de fuir à cette place. L'atmosphère pesante n'atteignait pas les enfants qui ne pensaient qu'à s'amuser et rire. Ils ne comprenaient pas ce que ça voulait dire d'être un Mangemort, un Serpentard ou un Gryffondor. Pour eux, ils étaient juste une présence amicale là pour les divertir et devenir des amis. Ils étaient purs, innocents et c'était fichtrement rafraichissant. Theodore aima observer Harry se détendre à leur contact et voir son sourire franc et plein de malice revenir au grand galop. Il préférait le voir ainsi.
«Harry, j'ai fait tomber ma cuillère.» se plaignit Hugo, essayant tant bien que mal de la récupérer même s'il n'arrivait pas à atteindre le sol de ses petits bras.
«Je vais t'en chercher une nouvelle.» sourit l'Auror, faisant le tour de la table pour récupérer le couvert.
Theodore hoqueta de surprise lorsqu'il prit appuie sur sa cuisse pour se relever. Il n'était pas naïf, se redresser ne nécessitait pas de le toucher ainsi. «Espèce de pervers» lui glissa-t-il à l'oreille, Harry s'éloignait déjà dans un grand éclat de rire. Theodore observa la tablée du coin de l'œil. Il pâlit en voyant que Ronald était aussi absent, il se souvint que le roux avait marmonné un peu plus tôt quelque chose à propos d'une bouteille de vin vide. Theodore espérait seulement que lui et Harry ne se croiserait pas sur le chemin, même si c'était peine perdue.
Il dut se rendre à l'évidence, sa prière n'avait pas été entendu, des bruits de voix étouffés provenaient de la cuisine. La fenêtre était ouverte et donnait sur un coin de jardin un peu plus loin. Ce n'était pas une dispute, mais ça n'avait pas non plus l'air très amical. Puis, la voix de Harry parvint jusqu'à eux, Ron lui répondait avec la même colère. Hermione se leva, gêné par le comportement de son mari et de son meilleur ami.
«Je vais les arrêter avant que ça n'aille plus loin.» râla-t-elle. Ces deux là étaient encore de tels gamins.
«Granger.» intervint Theodore, n'en revenant pas de se mêler de ça. «Je pense que ça leur fera du bien de mettre les points sur les i. Harry a assez encaissé comme ça, tu ne crois pas?»
Hermione voulut lui rabattre son caquet et lui rétorquer que ça n'avait rien à voir avec lui. Mais elle ne put pas lorsqu'elle réalisa que tous ses amis étaient de l'avis du Nott. Ils ne la laisseraient pas intervenir et Ginny était déjà à moitié debout pour l'intercepter. Elle fit un pas en arrière, le regard rivé sur la fenêtre entrebâillée. Tant pis pour eux s'ils comptaient supporter l'humeur maussades des deux Gryffondors ensuite.
Harry soupira en tombant nez-à-nez avec Ronald en entrant dans la cuisine. Il farfouillait dans le garde-manger. C'était gênant, ils ne s'étaient pas parlé de la journée. Harry tenta bien de passer à côté de lui en l'ignorant, mais Ron ne le laissa pas faire.
«Ginny dit que tu passes la voir tous les week-ends.»
Harry fronça les sourcils, il ne comprenait pas où voulait en venir son ancien ami.
«Oui. Et?
- Tu pourrais aussi passer nous voir de temps en temps si tu as autant de temps libre. Hermione et les gosses ne parlent que de toi.»
Il serra les dents, n'en revenant pas de l'audace de Ron. Il le savait culotté, mais pas à ce point.
«Tu n'es pas sérieux?» Un rire hystérique lui échappa quand il réalisa que oui, le roux était très sérieux. «C'est toi qui m'as dit de ne plus venir vous voir.
- C'était il y a longtemps Harry.» soupira Ron, comme s'il ne comprenait pas pourquoi il en faisait une montagne. «Tu as bien dû guérir de ton truc depuis le temps.
- Ce n'est pas une maladie Ron! C'est comme ça que je suis. Il faudra t'y faire un jour ou l'autre.»
Ron grogna, se rapprochant d'un pas. Harry savait qu'il devrait s'arrêter là, que s'il continuait ça risquait d'en venir aux baguettes. Ron était un ancien Auror, ça ne serait pas beau à voir s'ils en arrivaient là. Pourtant il ne put se résoudre à faire volte-face. Harry en avait marre de toujours fuir, se cacher et de faire semblant que tout allait bien pour le bien de Ron. Il ne voulait plus se retenir juste parce que cet idiot refusait d'accepter la réalité.
«Arrête tes conneries Harry, on sait tous les deux que si tu le voulais vraiment tu passerais à autre chose.
- Et si je ne le veux pas. Et si je suis bien comme ça?»
Un nouveau pas vers lui, Harry pouvait presque sentir son souffle s'écraser sur son visage. La colère déformait leurs traits et leurs souffles s'accéléraient. Ce n'était pas bon, vraiment pas bon.
«Comment tu pourrais être bien comme ça? T'es seul Harry, tu n'as personne. Tu t'accroches stupidement à ces deux Serpentards au lieu de vouloir être avec nous, tes vrais amis. Et maintenant tu traînes avec Nott, tu ramasses vraiment tous les chiens errants!»
Le poing parti tout seul, fracassant la joue de Ron. Il partit contre le mur, s'affalant durement contre lui. Harry ne lui laissa pas le temps de se redresser ou de rendre le coup. Il l'épingla au mur, l'étranglant presque tant sa prise sur son col se resserrait. Il sentait sa magie bouillonner dans ses veines, n'attendant qu'une seule chose, enfin pouvoir éclater à la face de cet abruti.
«Arrête de rejeter la faute sur moi putain!» cria-t-il, à bout de nerf. «Des chiens errants? Mais tu t'entends parler enfoiré. Ils sont certainement bien plus humains que toi.
- Ce sont des Mangemorts, ils ont du sang sur les mains!
- Moi aussi j'en ai!» Harry peinait à retrouver son souffle, la colère brouillant tous ses sens. «Moi aussi j'ai tué des gens et toi aussi. On était en guerre putain, personne n'a eu le choix. Ils étaient des gamins avec les baguettes de leurs parents et de Voldemort pointées sur eux, s'ils désobéissaient, c'était la mort qui les attendait. Et putain qu'est-ce que je suis heureux qu'ils aient fait le choix de vivre. Peu importe qui ils ont été, ils sont mes amis désormais. Ils sont fiables, ils sont courageux, ils sont loyaux. Ils le sont définitivement plus que tu ne le seras jamais Ron!»
Ron frappa son bras, se redressant vivement. Son regard était noir de rage.
«Tes amis? Ne me fais pas rire! Ils sont des serpents et tu es le Survivant, ils t'utilisent. Ils se servent de toi pour redorer leur image et toi tu les laisses faire en remuant la queue. T'en as baiser combien au justepour les laisser te piétiner comme ça?
- Un seul et c'est le putain de pied.» grogna Harry alors qu'il esquivait la droite de Ron. «J'échangerai sans réfléchir nos dix ans d'amitié contre une seule nuit avec lui.»
Il rendit le coup en frappant de son pied sa cheville. Ron se rattrapa de justesse, son coude finissant dans les côtes de l'Auror. Harry le lui rendit bien, son nez frappé si fort qu'il craqua. Ils finirent au sol, roulant et se poussant pour réussir à prendre le dessus sur l'autre. Harry le plaqua au sol alors que Ron essayait de lui faire lâcher prise en le frappant comme il le pouvait dans cette position inconfortable. Harry lui asséna un coup plus fort que les autres, le rouquin fut sonné par le rebond de son crâne contre le carrelage froid.
Ils étaient à bout de souffle, se fusillant du regard avec plus de haine qu'ils n'en avaient jamais donné à quiconque. Ron était un Auror, lui aussi savait contrôler sa magie. Pas aussi bien que Harry surtout qu'il manquait d'exercice, mais il ne la laissa pas l'étouffer, le faire taire, le soumettre. Elles s'entrechoquaient avec force, elles aussi tentaient de prendre le dessus sur l'autre. Harry se pencha sur lui, les doigts serrés autour de son col, Ron ne se débâtit pas plus, complètement épuisé par la concentration que le contrôle de sa magie lui demandait. Le Survivant prit une profonde inspiration, c'était le moment ou jamais de dire à Ron tout ce qu'il gardait en lui depuis des années.
«Là où toi tu vois des Mangemorts, moi je vois mon beau-frère, mon meilleur ami et la personne que j'aime. Peut-être qu'ils m'utilisent et alors? Qu'est-ce que j'en ai à foutre? Ce ne sont pas eux qui m'ont demandé de choisir entre qui je suis et une foutue amitié. Ce ne sont pas eux qui m'ont regardé droit dans les yeux en me traitant de pédale. Ce ne sont pas eux qui m'interdisent d'approcher leurs enfants par peur. Ce ne sont pas eux qui me fliquent à chaque fois que je parle à leur fils comme si j'allais le violer à la moindre occasion. Ron, je suis gay, pas un putain de pédophile!» hurla Harry.
Il n'avait plus conscience de rien. Il n'y avait que Ron, face à lui, le visage couvert de sang et son regard si haineux. Harry ne pensait pas en arriver là un jour, pas avec le garçon qui avait traversé tant d'épreuves à ses côtés. Mais aujourd'hui, il comprenait que ce Ron n'était plus celui de leur enfance. Lui-même n'était plus le même. Aujourd'hui, il ne deviendrait jamais amis s'il venait à peine de se rencontrer. Ils étaient devenus trop différents. Ça faisait mal, tellement mal. Harry ne voulait pas dire toutes ces choses affreuses, pas parce qu'il avait peur de blesser celui qui fut son meilleur ami. Non, c'est lui-même qu'il écorchait avec ses paroles. Il réalisait tout ce qui n'allait plus entre eux depuis déjà tant d'années et les dire à voix haute, c'était comme se prendre un coup de poing dans l'estomac. Harry avait envie de vomir ses tripes, mais ce n'était pas de la bile qui lui échappait mais toutes les blessures qu'il avait enfoui dans son cœur et qui enfin, pouvait se libérer.
«Ce ne sont pas eux non plus qui m'interdisent de voir leur famille et qui viennent ensuite se plaindre parce leur femme veut voir son meilleur ami et ce ne sont pas eux qui sont trop lâches pour lui dire yeux dans les yeux qu'il est un foutu homophobe. Ce ne sont pas eux qui m'ont interdit de parler de ce qui me fait en me faisant du chantage. Je sais que tu déteste que je sois comme ça. Je sais que tu me hais et j'en suis désolé. Désolé de ne plus être ce gamin de onze ans en manque d'amour prêt à te suivre dans toutes tes conneries pour un peu d'amitié. Désolé d'avoir tiré un trait sur toi parce que tu ne peux pas m'accepter tel que je suis. Désolé de préférer l'homme que j'aime à un ami égoïste. Je suis désolé de tout rendre toujours si compliqué pour toi! Mais je ne vivrai plus ma vie en fonction de toi. J'en ai assez de vivre pour les autres. Putain Ron, j'ai fait le choix d'être heureux et si tu es trop puéril pour m'accepter, tant pis pour toi!J'ai fait semblant que tout allait bien pendant 10 ans pour que tu puisses vivre ton idylle avec ta famille parfaite, je pense que j'ai assez donné comme ça. C'est à ton tour de trinquer pour tes propres conneries. Quelqu'un m'a dit de dire aux gars comme toi d'aller se faire foutre. Et bien va te faire foutre Ron, profondément et avec une de ces bites que tu détestes tant! »
Harry sentit sa magie exploser plus qu'il n'en vit le résultat. Il se courba sous la douleur, peinant à enjamber Ron pour s'affaler contre le mur. Il n'arrivait plus rien à voir, les larmes embuaient sa vision et sa cage thoracique lui faisait si mal qu'il ne pouvait que se recroqueviller sur lui-même, ses mains agrippées à son t-shirt, ses ongles creusant contre sa peau. Harry n'avait plus conscience de rien, ni de ses amis qui débarquèrent au pas de course dans le couloir, ni de sa toux qui tâchait le carrelage de gouttelettes rouges, ni même des mains qui se posaient sur son visage pour attirer son attention. Il n'y avait que cette douleur qui pulsait dans sa poitrine.
Theodore avait été le premier à réagir, atteignant la porte de la véranda juste avant que l'explosion magique n'apparaisse. Il ne fit pas attention à ses amis qui le suivirent et restèrent bloqués dans le couloir devant la cuisine. Blaise dut même faire demi-tour pour réussir à garder son souffle. La magie de Harry les écrasait contre le sol, comme si la pesanteur devenait de plus en plus forte. Hermione fixait avec horreur le spectacle, les yeux rivés sur son meilleur ami et son visage crispé par la douleur. Le sang coulait le long de son visage, s'échappant par son nez et ses oreilles. Elle se sentait inutile, ignorant comment l'aider et encore plus comment ne serait-ce que réussir à l'approcher.
«Theodore, tu ne peux pas…» tenta-t-elle de le retenir quand l'avocat se précipita vers Harry pour s'agenouiller devant lui.
Elle ne put retenir une exclamation de surprise quand elle réalisa qu'il n'était pas affecté par la magie de Harry. Ou du moins, pas de la même façon qu'eux l'était. Elle serra les dents, frustrés de ne pas pouvoir en faire de même, elle ne pouvait qu'observer de loin.
«Harry, Harry, regarde-moi.» tenta Theodore, paniqué par l'état de Harry.
Ça ne faisait que quelques jours qu'il retrouvait son contrôle sur elle et la relâchait plus fréquemment. Ce n'était pas bon d'entrer ainsi en confrontation avec elle dans son état, ça ne ferait que le blesser. S'il était dans son état normal, ça ne poserait pas de soucis. Mais parce qu'il l'avait annihilée tout ce temps en vivant à ses côtés, elle devait avoir peur de ne plus jamais pouvoir se libérer comme elle était en train de faire.
«Harry!» mais rien n'y faisait, il ne l'entendait pas. «Tu dois libérer ta magie, relâche-là.»
«Les blesser… je vais leur faire du mal.» bégaya Harry entre deux respirations erratiques.
Theodore aurait voulu lui crier qu'il n'en avait rien à faire des autres à cet instant. Mais il savait aussi que son amant ne lui obéirait pas, même si ça devait le blesser lui à la place. Il se retourna vivement vers Ginny, sa panique clairement visible sur son visage.
«Ginny, les barrières anti-transplanage!» ordonna-t-il. «Il doit relâcher sa magie, il doit arrêter de la !» s'énerva Theodore en ne la voyant pas bouger d'un pouce.
La rousse sursauta, pâle comme la mort. Elle s'empressa d'exécuter son ordre. Theodore enclencha son transplanage à la seconde où les barrières s'effondrèrent. Une décharge magique fit trembler les murs et tomber à terre quelques aliments du garde-manger encore ouvert. Theodore avait agi juste à temps avant que Harry ne perde totalement le contrôle ici.
Un silence s'étendit dans la pièce alors que la pesanteur créer par la magie de Harry s'effaçait petit à petit.
«Ça ira pour Theodore?
- Ne t'en fais pas, la magie de Harry ne l'affecte pas.» Ginny ignorait si elle devait compatir avec la Née-Moldue ou l'enguirlander pour avoir laisser les choses empirer à ce point. «Tu as une autre personne de qui te soucier il me semble.
- Il peut bien attendre cinq minutes bon sang! » s'énerva Hermione, sa baguette la démangeait terriblement.
«Je n'arrive pas à croire qu'il ne l'a même pas relâché entièrement.» balbutia Blaise en fixant une fissure qui creusait le carrelage, il était heureux pour une fois de ne pas avoir été la cible de la magie de Harry.
Ses amis ignorèrent son commentaire, ce n'était pas le moment de s'extasier devant les prouesses du Survivant. Hermione jeta un coup d'œil à Ron, mais comme il respirait toujours et semblait juste évanoui, elle préféra faire comme s'il n'était pas là pour l'instant. Elle n'était pas en état de le soigner, elle craignait même d'empirer son cas si elle essayait de lui jeter un sort.
Elle recula de quelques pas, retournant vers l'extérieur où l'air était bien plus respirable qu'ici. Ses amis la suivirent, Blaise s'empressa de venir aux nouvelles comme il n'avait pas pu rester dans le couloir. Il était seulement apparu une fois les deux amants disparus pour constater les dégâts.
«Alors, vous saviez tous? Pour Harry, je veux dire?» sortit de ses pensées Hermione, interrompant leur conversation.
- Désolé Hermione. Mais ce n'était pas à nous de te le dire.» s'excusa piteusement Ginny. Elle la comprenait, elle aussi s'était sentie délaissée en apprenant que Harry leur avait caché ça depuis si longtemps.
«Ce n'est rien. Je le savais depuis un moment de toute façon. Je ne savais juste pas que Harry et Ron était en froid à cause de ça. Je pensais que c'était juste une de leur gaminerie comme ils en ont toujours eu. Si j'avais su que c'était à propos de quelque chose de si grave, je n'aurai pas laissé traîner les choses aussi longtemps.
- Tu savais?» balbutièrent Blaise et Ginny en cœur. «Pour tout? Depuis le début?»
Hermione eut un petit rire malgré la situation. Ses amis la prenaient vraiment pour une idiote.
«Evidemment, Harry courait partout après Theodore en dernière année. Et puis, je l'avais déjà vu entrer ou sortir quelques fois d'un bar gay pas loin du centre de formation des Aurors quand on étudiait encore. Je n'habitais pas loin à l'époque, alors c'est arrivé quelque fois.» haussa-t-elle des épaules. «Il est nul pour garder un secret.»
Ses amis étaient stupéfaits. A leur avis, Potter était au contraire terriblement doué pour garder un secret. Il n'y avait pas eu un article en dix ans, aucun ami hormis Hermione n'avait eu de doute et ils en étaient tous tombés sur le cul en apprenant la nouvelle. Vraiment, hormis sa phase à Poudlard Harry avait fini par faire oublier leurs soupçons à tout le monde.
«Alors j'étais la seule à ne rien savoir?» se plaignit Ginny, rouge de honte d'être la seule à être restée dans le noir si longtemps.
«Si ça peut te réconforter, je ne savais pas non plus avant que Theodore revienne à Londres.» la réconforta Blaise, caressant son dos.
«Mais pourquoi tu ne lui as rien dit?» intervint Draco qui avait l'impression que ses amis perdaient un peu le sujet de la conversation.
«Je ne sais pas comment ça se passe chez les sorciers, mais chez les Moldus c'est très mal vu de forcer quelqu'un à faire son coming-out. Même si ça n'avait été que me le dire à moi, je ne sais pas, j'avais juste l'impression que c'était mal de le forcer à en parler avant que ça ne vienne de lui.
- Je suppose que je peux comprendre.» grimaça Draco, n'en revenant pas d'être d'accord avec Granger.
Hermione se tourna soudainement vers les enfants, craignant qu'ils eussent eux aussi assisté à tout ça. Mais non, ils étaient sagement assis en babillant, insonorisé du monde extérieur. Elle sourit en comprenant que Theodore avait certainement été celui qui avait lancé le sort avant de l'interrompre dans sa volonté de stopper la dispute. Il était vraiment avenant, malgré ses airs discrets.
«Vous m'excuserez auprès de Theodore et de Harry, mais je vais devoir m'occuper du cas de Ronald avant de penser à quelque chose d'autre.» soupira Hermione.
«Ne t'inquiète pas, les enfants peuvent dormir ici cette nuit si tu veux.»
Hermione hésita mais finit par accepter. Elle savait qu'en rentrant chez eux, elle et Ron allait se disputer. Ce ne serait pas bon pour eux de voir ça. Elle soupira un grand coup, elle avait honte d'être marié à Ron. C'était la première fois de sa vie qu'elle songeait qu'en réalité, elle ne le connaissait pas du tout. Hermione n'était pas stupide, elle savait qu'il avait eu du mal à passer outre ses préjugés envers Draco et Blaise, mais elle n'avait pas imaginé qu'il garde toute cette haine en lui depuis si longtemps.
«Blaise, Draco, je suis désolé pour ce que Ron a dit. C'était affreux et vous ne mériter pas de vous faire traiter ainsi.»
Draco haussa les épaules, il n'en pensait pas beaucoup mieux de son mari alors il se fichait bien de son avis sur sa personne. Blaise lui tapota l'épaule, ça faisait bien longtemps qu'il n'écoutait plus l'avis des autres sur sa propre vie. Il incita Hermione à faire ses aux revoirs à ses enfants, prétextant une urgence à la boutique de Ron et qu'ils devaient tous les deux partir. Les enfants ne s'inquiétèrent pas beaucoup, ça arrivait de temps en temps et pour eux, ça ne ferait que plus de temps passer avec leurs cousins. Hermione eut même un petit rire lorsque Ginny lança un sortilège sur Ron pour être certaine qu'il reste encore assommé quelques heures.
«Tu devrais te reposer un peu Hermione avant de le réveiller. Ça fait beaucoup d'émotions.
- Merci Ginny.» soupira Hermione en la serrant dans ses bras. Elle sentait que cette soirée allait être longue.
Une fois restés seuls, les trois derniers compères s'affalèrent sur leurs chaises, toute envie de manger éloignée pour de bon. Soudainement, Draco se redressa comme un «i», inquiétant le couple.
«Potter m'a appelé son meilleur ami.» grimaça-t-il, mimant un réflexe vomitif.
«Arrête de faire semblant, on sait bien que toi aussi tu l'aimes bien.» pouffa Blaise plus fort face à son regard noir.
«C'est toi et Theodore mes meilleurs amis.
- Tu en as deux, tu peux bien en avoir trois non?» rejoignit Ginny le camp de Blaise.
«Non, un trio c'est chouette, un quatuor c'est juste ringard. En plus, le chiffre quatre porte la poisse.
- Ce n'est pas le nombre treize?» fit remarque l'Italien.
«Il doit bien y avoir un pays ou c'est un porte-malheur non?»
Ginny rit franchement, évacuant toute la pression accumulée. «C'est dommage que Hermione soit partie, elle aurait pu te le dire.
- Il doit aussi y avoir un pays ou c'est un porte-bonheur alors?
- Toi le beau-frère, la ferme.» bouda Draco, n'en revenant pas de l'humiliation que Potter lui faisait subir.
XXXXXXX
Theodore serra les dents en atterrissant durement sur le sol. Dans la précipitation, son transplanage n'avait pas été parfait et il sentait son estomac se contracter douloureusement. Il observa les alentours, bien qu'il pensa au chalet de Harry il semblerait qu'il n'est pas réussi à atterrir juste à côté. En réalité, il n'avait aucune idée d'où ils étaient, il n'y avait que des bois autour d'eux. Mais pour l'instant, ça n'avait pas d'importance.
«Harry, lâche tout. Tout va bien, tout le monde est en sécurité.»
Theodore ne put que le serrer dans ses bras en voyant son expression. Harry avait l'air complètement perdu à cet instant, comme s'il ne comprenait absolument rien à ce qu'il se passait. Il n'était pas dans son état normal et n'avait certainement pas à réaliser qu'il continuait de se brider tant ce geste lui était devenu naturel. Theodore décida de passer à la manière forte, manipulant sa propre magie pour provoquer celle de Harry, l'attirer hors de lui, lui faire comprendre que oui, elle pouvait se libérer.
Cette magie ne l'oppressait pas comme elle le faisait pour les autres, mais Theodore ne put empêcher que grimacer en la sentant l'engloutir. Il n'avait jamais assisté à un tel spectacle et il ne comprenait même pas comment un seul sorcier pouvait contenir tant de pouvoir.
Theodore sentait cette force sauvage se déchainer autour d'eux, claquant dans l'air comme un fouet. C'était violent et colérique, brisant arbre et rocher sur son passage. Mais il y avait aussi la peur, la panique, la terreur. Harry n'était pas dans son état normal et il ne savait pas quoi faire pour l'aider. Il avait beau l'appeler, le secouer, essayer de croiser son regard, rien n'y faisait. Son amant restait prostré à genoux, ses doigts tiraient sur son t-shirt à l'emplacement de son corps et il ne cessait de tousser encore et encore, comme si une force invisible le comprimait de l'intérieur.
«Harry, il faut que tu respires!» s'inquiéta Theodore en le voyant pâlir de plus en plus.
Bon sang, Potter faisait une crise d'angoisse et Theodore n'avait pas la moindre idée de comment l'aider. Il le serra dans ses bras, continuant de chuchoter à son oreille que tout allait bien, qu'ils étaient en sécurité, d'inspirer et d'expirer. Il tenta de cajoler sa magie de la sienne et cela sembla fonctionner, les flux s'enlaçant et se mêlant. Theodore avait le souffle court, craignant que Harry finisse par drainer toutes ses forces à ce rythme.
«Theo.» gémit Harry, l'air complètement perdu.
Theodore se redressa pour croiser son regard, heureux de le voir se reconnecter petit à petit à la réalité.
«Tout va bien Harry. On est chez toi.» murmura-t-il, appréciant le calme qui regagnait la clairière. En réalité, Theodore n'était pas sûr que ce soit le cas mais il ne devait pas en être très loin, supposa-t-il.
Il caressa doucement son visage, un sourire doux aux lèvres. Ce n'était pas le moment de lui montrer toute son inquiétude et la peur qu'il avait ressenti. Harry avait besoin d'être rassuré. Doucement, Theodore posa un baiser sur ses lèvres, comme s'il craignait de le faire fuir tel un animal sauvage. Mais bien au contraire, Harry s'accrocha à lui comme un noyé à une bouée de sauvetage. Leurs corps se pressaient, les mains se faufilèrent sous les vêtements et leurs bouches se joignirent encore et encore. Le baiser avait le goût du sang, mais ils n'y firent pas attention, ça n'avait pas la moindre importance pour l'instant. Ce n'était pas sexuel, ils n'étaient pas dans cet état d'esprit. C'était juste le besoin de sentir l'autre, de s'assurer que Theodore était à ses côtés et que Harry avait surmonter sa crise.
«C'est bon Harry, tu peux tout lâcher.» l'encouragea Theodore tout contre ses lèvres, sentant une larme humide s'immiscer dans leur baiser.
Et alors Harry craqua, comme s'il n'attendait que cette autorisation pour se laisser complètement aller. Il fondit en larmes, sanglotant comme un enfant jusqu'à ne plus pouvoir. Et Theodore resta là, avec lui. Il le serait dans ses bras, embrassait ses tempes, son front, ses joues. Theodore le soutenait. Theodore l'aimait, il le lui chuchotait à l'oreille, encore et encore. Theodore était de son côté, toujours. Theodore l'acceptait comme il était. Et plus Harry réalisait ses choses, plus les larmes coulaient sur ses joues. Il ne savait même pas pourquoi il pleurait, tout ce à quoi il pouvait penser était Theodore qui l'étreignait. Plus rien d'autre n'avait d'importance. Harry voulait rester là, avec lui, enlacés pour toujours.
Ils restèrent ainsi des heures durant à juste se câliner. Puis, l'air se rafraîchit, le ciel s'assombrit et la lune pointa le bout de son nez dans le ciel. Doucement, comme pour ne pas le brusquer, Theodore le fit se redresser. L'empressement s'était dissipé depuis longtemps et cette fois-ci il les fit bel et bien atterrir devant le chalet de Harry. Il l'entraîna jusqu'à la chambre sans jamais lâcher sa main. Ils s'enfouirent sous les draps, Harry enfouit contre son torse alors que son amant jouait distraitement avec se chevelure indisciplinée. Harry ne tarda pas à s'endormir, il se sentait en sécurité dans ses bras. Il était bien. Il était en paix.
Theodore attendit d'être certain que son amant ne se réveillerait pas pour se défaire délicatement de sa prise. Il se dirigea vers la salle de bain et humidifia une serviette au le lavabo. Il retourna ensuite aux côtés de Harry et le fit doucement rouler sur le dos. Theodore épongea la sueur et le sang qui avait séché sur son visage. Même dans son sommeil, le visage de Harry peinait à se décrisper, mais il fut soulagé de le voir un peu se détendre au contact du linge frais. Theodore tenta bien de descendre dans son cou et sur ses clavicules, mais le t-shirt de Harry ne lui permit pas de le nettoyer davantage.
Theodore fronça les sourcils en entendant un appel de cheminette résonner dans le salon. Il n'était pas à l'aise à l'idée de laisser Harry seul pour le moment, il craignait que sa magie fasse encore des siennes et de ne pas être à ses côtés pour l'aider à la gérer. Mais l'appel se faisait insistant et Theodore avait une petite idée de qui cela pouvait bien être. Un profond soupir lui échappa alors qu'il se motivait enfin à quitter le chevet de Harry. Il embrassa son front et quitta la chambre, espérant tout de même que ce ne soit pas trop long.
Sans grande surprise, il découvrit les visages de Ginny et Blaise dans les flammes vertes de la cheminée. Theodore s'installa sur le canapé qui lui faisait face et accepta l'appel d'un coup de baguette.
«Tout va bien Theodore?» s'inquiéta tout de suite Ginny en voyant sa mine épuisée. «Tu ne décrochais pas et on commençait à s'inquiéter.
- Tout va bien, on était dans la chambre c'est pour ça que je n'ai pas tout de suite entendu l'appel.
- Oh, je vois.» soupira la rousse de soulagement. «Et Harry?
- Il a un peu de fièvre, mais ça va mieux.»
Les deux époux semblèrent vraiment soulager d'apprendre que la situation s'était améliorée. Ils n'avaient jamais vu Harry ainsi et ça avait vraiment été terrifiant à voir. Blaise hésita, ça semblait être trop privé pour demander mais d'un autre côté, il était lui aussi vraiment inquiet pour Potter. Contrairement à Draco, il n'avait aucun mal à admettre que le Survivant était un ami précieux.
«Theodore, il sait passer quoi exactement?»
Nott hésita. Il n'était pas certain que Harry apprécie qu'il leur en parle sans son accord. D'un autre côté, jamais son petit-ami ne le ferait de son plein gré parce qu'il détestait inquiéter son entourage. Mais Harry ne réalisait pas que son silence les angoissait encore plus que la vérité. Theodore fourra son visage dans ses mains, ébouriffant ses cheveux. C'était un dilemme impossible.
« C'est vraiment aussi grave que ça?» pâlit Ginny.
«Non, ce n'est pas ça. Mais Harry n'aimera pas que je vous en parle dans son dos.
Le couple hocha la tête, lui accordant facilement ce point.
«Mais il ne le fera jamais de lui-même.» insista pourtant Ginny, elle arrivait aux mêmes conclusions que Theodore. Après tout, Harry était son ami depuis bien plus longtemps qu'il n'était son petit-ami. Elle le connaissait par cœur.
«Il est malade?» tenta Blaise. Si Theodore ne comptait rien dire, il pouvait au moins lui exposer ses théories. Vu son air coupable, il était sur la bonne voie. «Ça ne ressemble pas à Harry de prendre soudainement deux semaines de congés. Il n'a pas eu le choix, n'est-ce pas?
- C'est vrai Theodore?» insista Ginny face à son mutisme.
«Et puis merde!» grogna l'avocat. Il n'était pas comme Harry, il n'arrivait pas à gérer ses émotions tout seul dans son coin lui. Il en avait assez que son petit-ami prenne tout cela à la légère et qu'il soit le seul à réellement s'inquiéter pour sa santé. «Ce n'est pas si grave que ça, c'est juste une dissociation magique.
- Qu'est-ce que c'est?» hésita Ginny, elle n'avait jamais entendu parler de ça.
«Pour faire simple, à force de toujours brider sa magie, elle commence à prendre des décisions de son propre chef. Harry n'arrive plus à la contrôler très bien ces temps-ci et plus il la bride, plus elle se rebelle et le premier à en faire les frais, c'est son corps. Ça se soigne assez facilement, même si ça prend du temps.
- Qu'est-ce qu'il doit faire?
- Juste la laisser faire pendant quelques temps, d'où ses vacances. Honnêtement, on n'était pas censé venir aujourd'hui. Ça ne fait que trois jours qu'il a reçu son diagnostique et passer d'un état totalement relâcher à une cage aussi rapidement n'a pas dû plaire à sa magie.
- Mais pourquoi être venu?» s'énerva Ginny. «On aurait compris si vous nous aviez expliqué la situation!
- Parce que Harry est une tête de mule.» râla Theodore. «Honnêtement, on a eu une grosse dispute avant de venir et il a juste fini par transplaner de son propre chef. Je n'ai pas eu le choix.
- Je peux t'accorder ce point, personne ne peut forcer Harry à faire quoi que ce soit qu'il ne veuille pas.» rit Blaise, imaginant très bien la scène. «Donc, il ira mieux avec du repos et s'il se tient un peu à l'écart de nous, c'est bien ça?
- Exactement. Ça devrait aller mieux d'ici deux ou trois semaines. Après ça, il pourra à nouveau se permettre de bloquer sa magie pendant quelques heures sans que ça ne pose trop soucis. Il doit juste suivre à la lettre les instructions de rééducation des médecins, mais ce n'est pas gagné.»
Le couple sembla vraiment soulagé d'apprendre que la situation était bien moins grave qu'ils ne l'avaient imaginé.
«Mais je ne comprends pas. Harry fait ça depuis dix ans alors pourquoi est-ce que ça ne l'impact maintenant?»
Theodore hésita, il se sentait toujours aussi responsable de l'état de Harry. Toute cette situation n'aurait jamais eu lieu s'il avait mieux communiqué, s'il n'avait pas gardé ses pensées pour lui, s'il ne s'était pas énervé contre lui en appuyant sur chacun de ses points sensibles. Theodore avait parfaitement conscience que c'était de sa faute et ça faisait mal de réaliser que cette emprise qu'il possédait sur Harry pouvait faire bien plus de mal que de mal.
«Theodore?» le poussa Blaise.
«C'est de ma faute.» avoua Theodore, le cœur déchiré. Il se pencha en avant, l'air complètement dépité.
«Que veux-tu dire par là?
- Parfois, il arrive qu'un magico-sensible puisse sentir les émotions d'un sorcier. Il y a pas mal de conditions à remplir pour que ça soit transparent à ce point, mais Harry les réunis toutes et je peux lire en lui le moindre changement d'humeur. Quand on se dispute, c'est vraiment très difficile pour moi et cet idiot a pris ça comme une généralité. Plus on passait de temps ensemble, moins il prenait de temps pour la libérer comme il le faisait habituellement en étant chez lui. C'est comme ça qu'on en est arrivé là.
- Ce n'est pas de ta faute, Theodore.» le rassura doucement Ginny. «Harry a toujours été comme ça. Dis-toi qu'heureusement, ce n'est rien de trop grave et que c'est derrière vous désormais. Ça prouve juste à quel point vous tenez l'un à l'autre.»
Theodore haussa les épaules, incertain. Selon lui, ça prouvait surtout à quel point il n'avait pas réussi à faire comprendre que son amour n'était plus à sens unique mais mutuel. Ça lui fendait le cœur de le voir dans cet état, lui toujours si droit et rassurant. Theodore se sentait perdu, il n'arrivait plus à penser correctement et il avait l'impression d'être inutile.
«Enfin, si tout va bien maintenant, c'est le principal. On était vraiment inquiet en ne recevant pas de nouvel.
- Harry a mis du temps à se calmer, désolé.» s'excusa piteusement l'avocat, il n'avait plus du tout pensé à ses amis depuis qu'il avait quitté leur maison.
«Pas de soucis. On n'invitera plus Harry pendant un moment, pour qu'il puisse se remettre correctement.» le rassura Blaise. «Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu peux nous le dire. Ça ne doit pas être facile pour toi non plus.
- Ça devrait aller, je vous dirai si jamais …»
Theodore s'interrompit dans sa phrase, son attention volée par la panique qu'il sentait provenir de l'étage. Harry avait-il un cauchemar? Ou bien les douleurs avaient reprises? Il n'eut pas le temps de prendre congé de ses amis, Harry détalant dans les escaliers comme un damné.
«Theodore? Theodore?» appelait-il sans fin, le regard dans le vague.
«Je suis là Harry. Tu as de nouveau mal?» s'enquit-il.
Theodore eut le souffle couper quand son petit-ami se jeta presque sur lui, tombant à genoux devant lui et le serrant de toutes ses forces, son visage baigné de larme fourré contre son ventre. Il tenta bien d'attirer son attention en relevant son visage de ses mains, mais rien n'y fit, Harry ne semblait pas être conscient de ce qu'il se passait réellement. Pris d'un doute, Theodore posa sa paume sur son front, Harry était brûlant.
«Harry, tout va bien, je suis là.» tenta-t-il de le rassurer, caressant doucement ses cheveux.
«Le lit, il était vide.» haleta son amant. «J'ai cru que tu étais parti, parce que… parce que je suis malade et que je te rends la vie difficile. Je suis désolé Theodore, je suis tellement désolé. Je vais retrouver le contrôle, je te le promets. Je suis désolé. Ne me quitte pas. Je suis tellement désolé. Pardon d'être comme ça. Je vais guérir, ne m'abandonne pas.» suppliait Harry, la voix entrecoupée de sanglots.
«Je ne vais nulle part Harry. Je ne vais pas t'abandonner et ce n'est pas difficile pour moi, tu n'as pas besoin de t'en inquiéter. J'aime être à tes côtés, je te le promets.» tenta de le réconforter Theodore, peinant à réussir à caller quelques mots entre les suppliques de Harry.
«Mais tu es parti, tu n'arrives pas à rester avec moi.
- Ginny et Blaise ont appelé pour prendre de tes nouvelles. Je suis juste descendu pour répondre à leur appel. J'aurai dû te réveiller pour te prévenir, je ne pensais pas que tu allais déjà te réveiller.
- Vraiment? Tu ne voulais pas partir?
- Oui, vraiment.» sourit tendrement Theodore, se penchant en avant pour embrasser son front. «Viens, retournons nous coucher. Il est tard.»
Il l'aida à se redresser, satisfait de constater du coin de l'œil que Blaise et Ginny avait mis fin à l'appel depuis quelques minutes déjà. Ils avaient compris qu'à cet instant, Harry ne voudrait être vu ainsi par personne d'autre que Theodore et avaient rapidement coupé la liaison. Harry se laissa tirer par la main comme un pantin vide de toute énergie. Comme précédemment, il s'allongea docilement sous les draps, ses paupières se fermèrent au moment même où Theodore le rejoignit et le serra dans ses bras. Les battements de son cœur sonnaient comme une douce berceuse sous son oreille.
«Désolé Harry, je ne te quitterai plus sans prévenir. Tu peux te reposer maintenant, je ne vais nulle part.» lui promit Theodore en serrant son amant un peu plus contre lui.
Avec sa colère, il avait détruit toute la confiance que Harry pouvait lui porter. Il savait que ce serait dur de la regagner, mais Theodore était prêt à tout pour lui faire comprendre que cette fois-ci, il ne douterait plus jamais de lui, d'eux, de leur couple.
