La salle sur demande ne ment jamais

« Ce n'est pas parce qu'on a survécu à une guerre qu'on sait cohabiter. »
– Hermione Granger, sixième jour de mission.


La Salle sur Demande avait changé.

Elle n'avait plus ce côté rassurant qu'Hermione connaissait si bien. Fini l'atmosphère de bibliothèque ou les piles d'oreillers moelleux. Cette fois, elle avait des murs en pierre brute, un parquet noirci par le temps, une cheminée qui grondait d'un feu un peu trop vivant. Et un seul lit. Immense, trônant au centre, comme un piège tendu.

Elle avait demandé : « un refuge sûr pour deux Aurors en mission ».
Et la Salle avait... choisi ça.

— C'est une blague, dit-elle à mi-voix, les bras croisés, alors que Malefoy entrait à son tour.

Il jeta un œil autour de lui. Un coin repas modeste, des fauteuils profonds, une salle de bain derrière une porte coulissante. Et ce lit. Ce foutu lit.

— On dirait que la Salle a de l'humour, grinça-t-il.

Elle ne répondit pas. Ce n'était pas la peine. Cela faisait six jours qu'ils traquaient un groupe de sorciers renégats dans les souterrains de Poudlard. Une mission d'infiltration, à deux. Le Ministère, dans sa grande sagesse, les avait associés : Granger la brillante, Malefoy le repenti.

Un duo explosif. Littéralement.

— C'est toi qui prends le lit, dit Hermione plus tard, assise en tailleur sur le tapis.
— Tu t'attends à quoi, Granger ? Que je me sacrifie par galanterie ?
— Je m'attends à ce que tu restes fidèle à ta réputation de prince arrogant. Prends-le. J'ai dormi dans des grottes. Ce n'est pas un matelas qui va me troubler.

Il la regarda, surpris. Elle, imperturbable. Fatiguée mais digne. Les cernes sous ses yeux n'enlevaient rien à sa prestance.

— Très bien, concéda-t-il. Mais ne viens pas pleurer si je ronfle.

— J'ai vu pire. Ron Weasley fait des bruits de troll.

Le nom flotta entre eux un instant. Comme une poussière suspendue. Il ne répondit pas.

La nuit fut longue.

Hermione, roulée dans une couverture près de la cheminée, sentait le feu lui lécher les pieds. Elle fixait le plafond. Dans son dos, le rythme lent de la respiration de Malefoy, régulier, presque trop calme. Un silence tendu, rempli de mots qu'ils ne disaient jamais.

À l'aube, elle ouvrit les yeux sur une chose étrange :
La couverture s'était changée en couette. Son oreiller était devenu moelleux. Et... le lit avait grandi.

— Qu'est-ce que... ?

Elle se redressa. Malefoy aussi.
Le lit les attendait.

— Cette salle, murmura-t-il, veut quelque chose de nous.

Hermione le regarda. Il n'avait rien de l'adolescent hautain qu'elle avait connu. Il avait les traits tirés, les cheveux tombant légèrement sur les yeux, une cicatrice fine sur le cou. Il était devenu un homme. Un homme dangereux. Trop dangereux pour qu'elle se permette de ressentir quoi que ce soit. Et pourtant...

— La Salle sur Demande répond à ce qu'on souhaite... inconsciemment, dit-elle, presque pour elle-même.

— Alors tu veux dormir avec moi, Granger ?

Elle leva les yeux au ciel.

— Ou tu veux dormir avec moi, Malefoy.

Silence. Puis un éclat dans ses yeux. Un sourire. Presque... joueur.

— Touché.


Le septième jour, la Salle leur offrit un bain.

Pas une simple baignoire. Une pièce entière, marbrée, avec vapeur douce, huiles flottantes, et une odeur envoûtante de lavande mêlée à quelque chose d'indéfinissable. Quelque chose qui appelait.

— C'est une provocation, murmura Hermione, debout sur le seuil, les bras croisés.

— Ou une invitation, répliqua Malefoy en ôtant sa chemise, imperturbable.

Elle détourna les yeux. Trop vite.

Il éclata de rire.

— Relax, Granger. Je ne compte pas te sauter dessus dans l'eau. Tu ne serais même pas capable de survivre à mes sarcasmes, alors...

— Je t'ai vu jeter un Avada Kedavra à quinze ans, je survivrai à ton torse.

— Je vais le prendre comme un compliment.

Il entra dans le bain. L'eau monta doucement autour de lui. Hermione fit mine de lire un rapport, assise dans le fauteuil de cuir, mais ses yeux traînaient. Et la Salle le savait.

Lorsqu'elle finit par céder, lasse, engourdie, elle trouva, à sa grande honte, que l'eau était parfaite. Ni trop chaude, ni trop parfumée. Et qu'il avait eu la décence de fermer les yeux. Ou peut-être pas.

Ils mangèrent en silence, ce soir-là. Un ragoût chaud, du pain croustillant, une bouteille de vin – la Salle se permettait vraiment tout.

— Je me demande ce qu'elle nous montrerait si on demandait "la vérité", dit Hermione.

— Probablement une chambre remplie de mensonges qu'on se raconte.

Elle leva un sourcil. Il haussa les épaules.

— Tu fais semblant de ne pas me détester. Je fais semblant de ne pas te voir me regarder. On est à égalité.

— Tu me vois ?

Il planta ses yeux gris dans les siens.

— Je te vois tout le temps, Granger.

Le silence retomba. Pas pesant. Chargé.


La huitième nuit, le lit avait deux côtés bien distincts. Deux lampes, deux couvertures, deux oreillers.
Mais lorsqu'elle se retourna dans son sommeil, elle sentit la chaleur d'un autre corps. Un bras lourd, étendu sans intention claire, mais trop proche pour être accidentel.

Elle ne bougea pas. Elle n'osa même pas respirer.
Et la Salle... ne fit rien pour les séparer.


Le lendemain, le miroir de la salle de bain révéla un détail absurde : une trace de vin séché sur sa lèvre. Hermione frotta, agacée, jusqu'à ce qu'une voix derrière elle murmure :

— Tu t'es toujours autant acharnée contre les choses que tu ne contrôles pas ?

Elle sursauta.

Malefoy était juste derrière elle. Trop proche. Son regard dans le miroir était calme. Sombre. Il ne souriait plus.

— Tu crois vraiment que je veux ça ? dit-elle. Toi, ici, cette salle, ce lit ridicule ?

— Je crois que tu es comme moi. Fatiguée de faire semblant.

— Et tu crois que c'est une bonne idée de ne plus faire semblant ?

Un souffle. Un silence. Il s'approcha un peu plus.
Elle ne recula pas.


Ils ne s'embrassèrent pas. Pas encore.
Mais leurs souffles se croisèrent. Leurs peaux frémirent. Et la Salle... vibra.

Le feu dans la cheminée changea légèrement de couleur. La lumière devint plus tamisée. Et le lit… rétrécit.

— C'est intenable, murmura-t-elle.

— Alors pourquoi tu restes ?

Elle ne sut pas quoi répondre. Pas tout de suite.


Hermione ne dormait plus.
Depuis deux nuits, elle faisait semblant. Elle écoutait sa respiration à lui, tout près. Elle sentait sa chaleur. Et elle se haïssait de vouloir rester dans cette proximité dangereuse.

Ce soir-là, il ne se coucha pas tout de suite. Il restait debout, dos à elle, face à la cheminée. Son profil découpé dans la lumière dansante.

— Tu ne dors pas, dit-il sans se retourner.

— Et toi ?

Il ne répondit pas.

Elle se leva. Pieds nus sur le parquet froid. Sa voix s'éleva, presque un murmure :

— Qu'est-ce que tu attends, Malefoy ?

Il se tourna. Lentement. Et cette fois, il n'y avait plus de barrière dans son regard.

— Toi.

Elle sentit quelque chose exploser à l'intérieur. Un barrage cédait. Des mois de tension, de colère, de souvenirs impossibles à effacer. Il n'y eut pas de mots. Juste un pas. Puis un autre.

Et ils s'embrassèrent.

Ce ne fut ni doux, ni prudent. C'était brut. Fiévreux. Elle le gifla presque en posant sa main sur sa joue. Il répondit par une pression au creux de ses reins. Leurs corps se cherchaient avec une urgence inavouée. Chaque baiser était un reproche. Chaque souffle, une confession.

Elle murmura contre ses lèvres :

— Je te déteste.

Il répondit contre sa gorge :

— Moi aussi.

Mais leurs mains, elles, disaient autre chose.

Ils tombèrent sur le lit qui, fidèle à lui-même, s'élargit dans un soupir moelleux. Draps sombres, lumière tamisée, comme une scène préparée d'avance. Il effleura sa peau avec une lenteur exaspérante. Elle planta ses ongles dans son dos. Ils se connaissaient par l'ombre, maintenant.

Et la Salle les engloutit.


Au matin, il était encore là.

Allongé sur le côté, il la regardait dormir. Les cheveux en bataille. Une marque sur sa clavicule. Son prénom murmuré dans la nuit. Elle était magnifique.

Il l'aimait.

Il le savait, maintenant. Il l'avait toujours su, peut-être.

Et c'est précisément pour ça qu'il se leva, sans un bruit, et qu'il partit.


Quand elle ouvrit les yeux, il n'était plus là.
La Salle sur Demande était vide. Froide. Le lit, minuscule. Le feu, éteint.

Sur la table, une seule chose : un mot griffonné.

"Je voulais te dire adieu en face. Mais j'ai eu peur de rester."
– D.

Elle ne pleura pas.

Mais ce jour-là, la Salle refusa de se rouvrir.

Fin.