[13 ans en arrière]

- Coucou, Solus!

Un petit harfang des neiges au duvet blanc, à peine sorti de son œuf, ouvrait les yeux partiellement, encore endormi. Le nourrisson, porté par sa mère, souriait légèrement en entendant la voix de ses parents lui dire bonjour. C'était un immense bonheur pour eux d'avoir leur premier et unique enfant après tant d'années de galère.

- Oh, tu as vu ? s'exclamait doucement Hélios. Il a souri !

Le couple souriait à son tour, le nourrisson baillait pour se rendormir. C'était déjà l'heure de sa sieste.

[2 ans plus tard]

Solus, qui avait grandi et gagné un petit duvet gris, jouait dans son coin jusqu'à que la bibliothèque familiale attira son attention. Il avait remarqué que les livres n'étaient pas dans le bon ordre... en terme de couleur. C'était mélangé. Il laissa ses jouets de côté pour aller trier ces livres. Il commençait par l'étagère du bas puis grimpait petit à petit une fois que c'était fait. Hedwige arriva juste à temps, avant que le petit harfang des neiges ne chuta accidentellement. Elle le prit de justesse alors qu'il était presque au premier étagère avec difficulté et que la bibliothèque menaçait de lui tomber dessus, retenue aussi de justesse.

- Fait attention, Solus ! Qu'est-ce que tu faisais?

- L-L-Les livres n-n-n-n'étaient pas bien rangés...

Il jouait avec ses petites mains, pensant avoir fait quelque chose de mal. La mère de famille avait remarqué que les livres étaient triés par couleur et que c'était nettement plus joli visuellement, elle comprenait ce que voulait faire Solus et l'aida à trier le reste sous sa petite directive.

- Celui-là va av-v-vec l-l-là ! lui indiquait-il de sa petite voix avec bégaiement en pointant du doigt.

Résultat : La bibliothèque était joliment bien présentée.

Pour les siestes et les couchers, il demandait à son papa de lui lire les livres de Noctae. Quand c'était l'heure, il lui tendit le livre rouge avec difficulté car un peu lourd ou bien il se présentait avec en le tenant sous son petit bras, en pyjama, avec son doudou. Quand il ne lisait pas les livres de Noctae, Hélios racontait les histoires à propos des Chouettes Ancestrales, en général, surtout sur celle d'Aegolius, leur ancêtre. C'était en quelque sorte le leader du Conseil des Six. Ainsi, Solus avait du mal à choisir un modèle, un héros. Noctae ou Aegolius?

- Tu peux apprécier le Conseil des Six dans son ensemble, Solus. Aegolius n'était pas seul à gérer les soucis de la Communauté.

- Ah bon? disait-il alors qu'il était dans son petit lit, la couverture jusqu'au menton, son doudou à ses côtés.

- L'union fait la force, mon fils.

C'était un peu sur ces bonnes paroles (qu'il avait un peu oublié quelques années plus tard) que Solus s'endormit paisiblement.

[4 ans plus tard]

Solus venait d'avoir 6 ans, son duvet gris se faisait davantage visible, il portait déjà ses habits qu'il portera encore à ses 12-13 ans mais sans sa cape chouette qu'il aura à ses 10 ans, il était très impatient d'aller à l'école pour la première fois de sa vie. Il n'arrêtait pas de sautiller devant la fenêtre tout en regardant l'horloge, guettant l'heure de départ. Il avait déjà fini son petit-déjeuner, il ne restait plus qu'à partir mais pour partir, il fallait que papa et maman soient prêts ! Déjà 1 minute de retard !

- Du calme, Solus ! rigolait sa maman qui était prête. On a encore du temps avant de partir.

On aurait dit une petite puce ayant bu trop de café. Solus savait déjà lire l'heure avant de savoir lire les livres, ça fera du travail en moins pour le professeur.

- Vite ! Allez, vite, vite !

Toute la famille était prête pour l'école et c'était Solus qui ouvrait la porte le premier pour sortir du domicile avec son set de livres scolaires.

Sa mère le prévint lorsqu'il courut à toute vitesse droit vers lui.

- Regarde devant toi, n'oublie pas que tu te tiens sur un ilot flottant !

- Aaah ! Oui... Pardon...

Il s'était stoppé net devant le vide. Il se tourna vers sa mère qui le rejoignit à temps avant qu'il ne tombe car Solus était particulièrement maladroit lorsqu'il ne regardait pas devant lui quand il marche ou quand il court.

- C'est quand que je vais avoir ma propre cape chouette?

Hedwige le porta dans ses bras.

- Tu l'auras bientôt, sois patient.

- Tu dis toujours «bientôt» mais c'est long... J'ai vraiment peur que je sois trop lourd pour toi, maman...

- T'inquiètes pas, maman est forte !

- Hihi...

La famille s'envola en direction de l'école d'Advent, il y avait déjà beaucoup de monde dans cette capitale mais alors à l'école... Solus était stressé, il se demandait finalement si ce n'était pas une mauvaise idée... Il avait envie de rentrer à la maison mais ne pouvait pas sans cape chouette. Il se cacha alors derrière sa maman, intimidé. Quelques enfants, chouettes et humains, le regardaient d'un air moqueur en le voyant se cacher comme ça. Le jugement était vite fait pour eux.

Hedwige et Hélios rassuraient leur fils, qui était presque en larmes, en lui disant que tout allait bien se passer. La séparation était vraiment difficile pour lui comme pour eux. Le couple le regardait entrer en classe dès que le professeur était arrivé pour accueillir les nouveaux élèves. En le comparant aux autres enfants, les parents de Solus constatèrent que leur fils était un peu plus grand qu'eux mais bon, c'était normal, c'était dans leur gène familiale, d'être grands.

[4 ans plus tard]

Désormais âgé de 10 ans, Solus commençait à perdre son duvet gris devenu foncé. Parmi ses plumes blanches, il avait des plumes foncées juvéniles mêlées au duvet tombant, cela lui donnait un drôle d'air avec tous ces trous blancs sur la tête. Fort heureusement que ça tombait par poignet quand ça ne tenait plus et il avait une sorte de collier de duvets épais autour du cou qui se perdait encore petit à petit. Il était impatient d'avoir sa propre cape chouette en plus d'avoir un beau plumage blanc comme son père, cela faisait des années qu'il attendait ça ! Plus il grandissait et plus il se sentait comme un poids pour sa mère ou son père et la honte pouvait très vite venir sur lui d'après le jugement de certains enfants qu'il avait eu à l'école et même en dehors. Il avait envie d'être plus autonome lorsqu'il sortirait voler.

Ce fût une surprise pour lui lorsque ses parents lui offrirent sa cape chouette pour ses 10 ans et elle était stylée avec les motifs de damnier en forme de losanges à l'extérieur et les losanges verts à l'intérieur dominé par un fond doré !

- Et attention, Solus, elle est réversible !

- Oooh...

- Si tu veux passer inaperçu...

Le jeune harfang des neiges enfila sa cape chouette sur le dos. D'instinct, il se sentait bien, il avait hâte de voler avec et c'était ses parents qui lui apprenaient comment faire ! Son tout premier vol...

Au début, c'était difficile puis après, à force de persévérance, il comprenait la technique. Il arrivait à suivre ses parents, à se tourner dans une direction puis dans une autre. Content de son cadeau, Solus leur fit un câlin en guise de remerciement.

- Merci, maman... Merci, papa...

[Et c'était sur ce câlin familiale où Hedwige lui retirait une petite touffe de duvet sur la tête et le cou que le flashback prit fin]

[Retour au présent]

Otus, lui, ressentait cette immense douleur de la part du père de famille tout comme celle de la mère. Encore en pyjama et sans gants, il se tint le côté gauche de sa poitrine comme s'il allait avoir une crise cardiaque.

«Qu'est-ce qu'il m'arrive ?» pensait-il en étant un peu essoufflé. «Je me sens mal tout d'un coup...»

Soudain, il eut des flashs dans son esprit, il se souvient des moments qu'il avait passés avec Solus, avant et après la restauration de la planète puis vint celui du baiser qu'il avait fait avec lui. Sa propre douleur émotionnelle se manifestait en lui en plus de la douleur des deux parents qu'il ressentait. En s'approchant pour regarder le corps de Solus tout en se tenant encore la poitrine, Otus ne pouvait plus se contenir, il se sentait incontrôlable, envahi par la colère.

- Hé, dites..., disait un villageois inquiet aux autres. Qu'est-ce qu'il lui arrive à Otus?

Tout le monde se tournait vers lui. Une aura violette inquiétante entourait le jeune garçon-chouette et ses yeux étaient violets incandescents. La colère montait en lui de plus en plus mais ne se transformait pas, on voyait juste ses crocs apparaître à sa bouche alors qu'il serrait les dents ainsi que les griffes qu'il avait aux doigts sans qu'elles se noircissent, elles avaient conservé leur couleur naturelle.

Sans réfléchir, alors qu'il n'avait même pas sa cape chouette ni fait apparaître ses ailes de dragon, Otus s'envolait vers le chef des Armées pour lui asséner des coups de griffes par vengeance mais n'en reçut qu'une simple petite griffure sur la joue car Otus fut retenu à temps par Asio.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive, Otus ? Calme-toi ! Tu es en train de perdre la raison !

Le vieil homme le retenait de toutes ses forces alors que le jeune garçon se débattait en grognant de sa voix humaine, ce grognement était comparable à celui d'un petit chien enragé. Asio tenta tant bien que mal de l'éloigner du chef des Armées qui essuya sa plaie avec un mouchoir.

- Je vous remercie de l'avoir attrapé à temps sinon il se serait fait arrêter pour agression envers une autorité supérieure.

- Pas de souci... Filez vite ou sinon il risquerait de m'échapper...!

Une fois que l'Armée était partie, Otus avait pu se calmer, reprenant le contrôle de lui-même. Si Asio ne l'avait pas retenu, Otus aurait pu massacrer cet homme qui avait ordonné l'exécution de son meilleur ami Solus par pure vengeance. L'Armée se retrouverait sans chef à coup sûr.

- Il s'était passé quoi avec Otus ? s'étonnait un villageois en se posant la question après avoir assisté à cette scène. Il avait cette drôle d'aura violette puis... ZOOM ! Il avait filé comme fusée ! Et sans cape chouette !

- Pourquoi l'avoir retenu, Asio ? demandait un autre villageois. Ça aurait été une aubaine de le voir massacrer cette ordure après ce qu'il avait fait à Solus !

- S'il le tuait, il s'en voudrait d'avoir tué une personne sans défense et je le connais trop bien. Il n'arrivait pas du tout à se contrôler tellement il était en colère. Otus est trop gentil.

- Mais justement ! C'était l'occasion !

- «Surtout que je ne supporte pas de voir du sang...» signait le jeune garçon, triste.

- L'aura violette, c'était quoi ? De la magie ?

Asio se tourna vers son élève.

- C'est peut-être le moment de le dire, Otus... Ils ont vu l'état dans laquelle était Solus donc il vaudrait mieux leur annoncer ça tout de suite tant qu'ils n'ont rien à craindre...

Otus hochait la tête et expliqua tout aux villageois par langage des signes. Néanmoins, Asio retranscrivait ce qu'il signait à voix haute. Le jeune garçon chouette ne leur disait pas à propos des entités de peur qu'ils ne comprendraient pas. Les villageois avaient compris nettement la situation, l'un d'eux avait une question pertinente.

- Si tu as cet œuf en toi, comment Solus fait-il pour le garder alors qu'il est mort ?

Bonne question ! Mais Otus avait une hypothèse.

- «Je crois qu'il l'a intégré définitivement en lui. On ne peut pas le lui extraire.»

- Dites..., leur informa Hélios. Vous pouvez partir, s'il vous plait ? On a VRAIMENT besoin d'être seuls...

Les villageois s'excusaient et s'en allèrent sauf Otus car Hélios et Hedwige lui demandaient de rester auprès d'eux avec Marcus et Brindille pour ce moment de deuil devant le corps sans vie de Solus. À eux, Otus pouvait confier davantage son secret en leur disant qu'un couple d'entité vivait dans un œuf chacun. La mère de famille avait peut-être un espoir que cette entité puisse ressusciter Solus. Elle le supplia de toutes ses forces en priant de le faire revenir mais malheureusement il n'y avait pas eu de réponse. Otus prenait peur : Et si l'entité était morte en même temps que lui ? Ça expliquait sa réaction de tout à l'heure ! Sa colère incontrôlable c'était la colère de l'esprit de la stasis ! Il avait encore mal au cœur en y repensant.

En attendant, Solus fût enterré grâce à Otus et à Hélios. On y avait planté une fleur bourgeonnante à l'immense monticule de terre avec une pancarte indiquant son nom, sa date de naissance et sa date de mort... Solus allait avoir 13 ans dans 2 semaines ! C'était horrible... Pour ne pas qu'il s'ennuie, on avait enterré un livre à ses côtés. Celui de Noctae.

Pour respecter ce deuil, Brindille retira son costume en enlevant sa cagoule seulement. La couleur orange de sa peau était voyante mais il voulait vraiment respecter ce deuil en tant que phasme et non en tant qu'araignée. Marcus, lui, ne portait pas l'uniforme, il portait des vêtements empruntés par la famille de Solus. C'était lui qui pleurait le plus en même temps qu'Otus. Il avait perdu une perle rare en matière de virilité masculine. Otus ne pouvait pas le remplacer, il était trop mignon et il n'était pas du genre à exiber ses muscles comme l'avait fait Solus, il était trop timide.