De retour dans la région tempérée de Vellie, Solus se sentait mieux en mangeant un fruit qu'il avait cueilli.
«Je me demande comment font les dragons pour manger une proie entière sans vomir... Ils ont sûrement un estomac en acier... Le mien est encore fragile. La honte... Je suis une chouette et les chouettes, ça mange des rongeurs ! Quoique...»
Il se souvenait d'une information cruciale où les chouettes animales «vomissaient» les restes de leurs proies comme les poils et les os qu'elles ne peuvent pas digérer après les avoir gobés donc ça concernait aussi les chouettes humanoïdes. Il se frappa plusieurs fois le front, se sentant stupide. C'était son instinct de dragon qui avait agi dans la chasse, l'estomac c'était l'instinct de chouette. Moitié-moitié.
«Heureusement que les fruits n'ont pas d'os juste un noyau ou des pépins ou même rien, et c'est ça l'avantage. Note à moi-même : Ne pas gober tout rond les petites proies comme les rongeurs...»
L'estomac apaisé, il voulut retourner dans la région froide de Mesos, il était accro à cette température glaciale ! Même si cette région avait attéri sur l'océan comme les autres continents, il faisait toujours froid et la neige était toujours présente.
Pour ne pas succomber à cette addiction, il fouilla dans sa cape chouette s'il n'avait pas un livre sur lui, il voulait rester à Vellie et non aller à Mesos pour s'amuser à frimer comme les deux autres fois. Pour lui, ce n'était pas sérieux de penser à la toute puissance et donc il essayait de se contenir pour ne pas craquer.
Tadaa ! Il avait pensé à emmener un rien qu'en sentant les pages entre ses doigts!
«Je me demande lequel j'ai amené...»
C'était très souple... Il le sortit, c'était un livre sur... les jeunes hommes gays ?!
Ce n'était pas un livre mais un magazine ! Solus avait fait les petits yeux de surprise et rougissait à travers sa capuche en découvrant ça ! Quoiqu'il faisait, ça le ramenait vers ses pensées perverses. Il avait complètement oublié qu'il avait mis ce magazine dans cette cape chouette, il avait tellement peur que ses parents ne découvrent son attirance pour les hommes qu'il l'avait caché sans réfléchir. Il avait acheté ce magazine en même temps que le livre yaoi alors qu'il se cherchait. Ça lui plaisait quelque part.
Là, c'était sûr et certain qu'il aimait les hommes, il relut ce magazine que s'il trouvait quelque chose d'autre dans sa cape chouette.
Tadaa ! Jackpot ! Un livre sur les créatures mythiques !
Solus souffla un bon coup, il s'assit sur l'herbe pour profiter de sa lecture dites intellectuelle. Il «alluma» son cerveau, il le mettra sur pause quand il aura terminé de lire ce livre.
En lisant une des pages des créatures mythiques, il y a bien le dragon mais aussi le griffon. L'illustration de cette créature le faisait un peu rire.
«Tiens, il me ressemble drôlement.»
Le griffon, en général, ça a la tête d'un aigle avec des aigrettes et avec les serres avant de l'animal et ainsi la moitié de corps arrière d'un lion. La ressemblance avec sa forme de dragon était assez frappante pour Solus. Pas étonnant que durant sa détention, il avait entendu les soldats dire «Mais... c'est un dragon ou un griffon, cette chose?!»
La seule différence entre un dragon-chouette et un griffon c'était que le griffon ne posséde pas d'épines dorsales ni de griffes sur les ailes. La créature avait aussi un cri spécifique qu'on pouvait différencier du dragon. Ce cri était semblable à celui d'un aigle mais nettement plus aggressif. Le dragon, lui, grondait et rugissait dans un cri très rauque et profond, ce qui concernait Solus.
Les proies des deux créatures sont quasiment pareilles. Le griffon ne posséde pas de souffle de feu contrairement au dragon, c'était utile pour celui-ci de dévaster des villages et faire cuire ses proies avant de les dévorer.
En ce qui concerne la gestation, les deux créatures pondaient des œufs. Égalités.
Après le dragon et le griffon, Solus lut une page sur une autre créature mythique : la manticore.
«Tiens...? Mais on dirait un peu Otus...»
À quelques exceptions près ! La manticore a une tête (surtout la crinière) et le corps d'un lion mais a le visage d'un humain ! Otus avait la silhouette d'une manticore mais c'est un dragon lorsqu'il prit sa forme 100% dragon !
En plus d'avoir la tête et le corps d'un lion avec le visage d'un homme à cette tête, la manticore posséde des ailes de chauve-souris et une queue de scorpion.
En dragon, la queue d'Otus, avec une panache de fourrure au bout ressemblant à une flamme, pouvait être prise pour une queue scorpion avec son aiguillon mortel. Si les villageois le voyaient comme ça, ils pouvaient facilement le prendre pour une manticore.
Solus avait une idée de défense pour Otus en se souvenant de cette caractéristique physique si paticulière qui pourrait être aussi utile qu'anodin. Il fallait qu'il retienne cette information afin de la lui faire parvenir quand il rentrera chez lui.
Après la manticore, vint ensuite le loup-garou appelé aussi le lycanthrope. Et là, comme tous les continents étaient à l'eau, il va falloir être prudent avec de potentiels étrangers voyageurs qui peuvent enlever des enfants ou même des personnes vulnérables dans les villages lors des nuits de pleines lunes...
Solus ne pouvait pas croire à l'existence de cette créature mais plus ça allait et plus il avait des doutes et rien que d'y penser, il en avait peur !
La conscience de l'harfang des neiges lui disait de ne pas avoir peur en lui rappelant qu'il est un dragon désormais et qu'il pouvait défendre Vellie ! Sa simple taille pouvait faire fuir un simple loup-garou s'il y en avait un !
«Mais... Et si je me faisais mordre?»
«La morsure ne fera pas effet, idiot ! On ne peut pas avoir une deuxième transformation sinon ce serait trop surcôté !»
C'était sa conscience qui lui parlait, pas l'entité divine !
«T'as raison, ce ne serait pas logique...»
Il reprit ensuite sa lecture jusqu'à la terminer, il rangea le livre dans sa cape chouette (Oui, ça faisait office de poche !). Il mit son cerveau sur pause en saisissant le magazine qu'il avait gardé de côté mais d'abord il regarda de droite à gauche pour vérifier que personne ne l'observe. Personne.
Toutefois, il avait eu un doute, sa consience lui conseilla innocemment d'aller à Mesos, dans la fameuse montagne où il s'était réfugié, là où il y avait l'énorme trou au plafond de la grotte qu'il avait percé.
«Bonne idée ! Là-bas, personne ne me dérangerait !»
Solus se mit en route pour Mesos vers la montagne en question. Sur place, il se sentait extrêmement bien, il faisait bien froid, il frissonnait d'énergie. Il s'assit contre la paroi de la grotte et sortit le magazine de sa cape chouette, il mit celle-ci sur ses genoux pour se sentir à l'aise mais aussi pour ne pas la déchirer lorsqu'il va se transformer sur le coup du fantasme.
Personne n'aurait soupçonné un tel état d'esprit venant de Solus lorsqu'il lisait cette revue. Il était de nature discrète, il n'avait pas trop envie de se faire remarquer. Si ses camarades de classe le voyaient avec ça dans les mains, ils penseraient tout de suite que c'est un pervers en plus d'être attiré par les hommes et évidemment c'était le gros cliché qui avait la peau dure chez les jeunes gays !
Mais bon, à l'heure actuelle, ses camarades de classe ne risqueront pas de se moquer de lui puisqu'ils le croient mort, à l'exception de Fib et Bonacci qui avaient assisté à sa ressurection... D'ailleurs... Est-ce que ces deux-là se risqueraient-ils de dire à tout le monde que Solus était revenu à la vie ? Pas forcément. Le duo avait longuement réfléchi et ils jugeaient bon de ne pas l'annoncer à leurs amis au risque que ça arrive jusqu'aux oreilles de l'Armée.
Les deux adolescents se sont souvenus de l'annonce assez triste de Strix, que Solus avait été éliminé par l'Armée car c'était lui le monstre... 'fin plutôt, le dragon qui avait «terrorisé» Vellie ! Une partie des habitants avait compris qu'il n'y avait pas eu de victime et une autre avait peur que ça risquait d'arriver pour, au final, rien après mûre réflexion.
Quant aux enfants, ils avaient, bien entendu, peur mais imaginez leur réaction quand ils avaient appris que c'était l'un des leurs, le monstre, ça les avait fait encore plus peur!
Pour Fib et Bonacci, c'était une opportunité de dénoncer lorsqu'ils avaient espionné Solus sous ses fenêtres, bien qu'ils soient terrorisés au début et même pendant la confrontation et aussi durant cette partie de cache-cache grandeur nature. Cette dernière mésaventure leur avait tout de même servi de leçon : Ne jamais s'en prendre à plus faible que soi, le karma risquerait toujours de leur tomber dessus !
Mais ce qui les avait fait arrêter définitivement ce «jeu» du harcèlement, c'était bien évidemment le décès de Solus et le chagrin de ses parents, ça les avait affecté. Cependant, depuis qu'il était revenu à la vie, Fib et Bonacci avaient vraiment décidé de se faire pardonner... mais comment? Ils avaient été odieux et mesquins avec lui pendant des années, jamais ils n'arriveront à avoir le pardon de l'harfang des neiges! C'était lui le harceleur désormais avec sa transformation de dragon!
Bonacci avait une idée toute bête :
- Et si on le laissait nous embêter ? Tout simplement ?
- Je ne sais pas trop..., hésita Fib. J'ai un peu peur qu'il nous brutalise...
- À toi, il ne peut pas, t'es une fille et il est poli avec les filles... Bien qu'il aime les mecs à ce qu'il paraît. Il peut très bien me maltraiter mais à toi non.
- Euh... Te maltraiter...? Je ne sais pas trop pour ça, Bonacci... Tu te souviens du jour où il t'a étranglé ? Il a failli te tuer d'une main !
- Et alors ? Je sais encaisser pour nous deux ! Je suis un peu le bouclier !
- Un bouclier fragile pour un puissant dragon..., s'inquiéta-t-elle. Tu ne risquerai pas de tenir deux secondes s'il joue le rôle du harceleur... Et puis, imagine qu'il s'est fait une liste de ce qu'il pouvait te faire subir ! Le cache-cache grandeur nature n'était qu'un avant-goût de sa vengeance !
- Je serai prêt à encaisser ! fit Bonacci, déterminé. Même à être suspendu par les pieds !
- Même à subir une prise de catch ? le taquina-t-elle d'un sourire narquois. Si tu avais vu ses bras. Ils n'étaient pas minces quand il t'a étranglé et lorsqu'il s'était transformé.
Il eut un petit silence d'hésitation chez Bonacci avec des gouttes de sueurs sur le visage mais il était quand même déterminé à se confronter à Solus pour lui prouver qu'il n'avait pas peur de lui à la prochaine confrontation mais une confrontation amicale, hein !
- E-Euh... Oui...! Même ça...!
Il s'imaginait dans sa tête, Solus montrant un bras musclé avec un air enjoué disant «Hé, viens par-là toi !». Rien que d'y penser, il en avait la trouille et pensait «maman...» tout en sueur. Il commençait à regretter sa décision.
- Attention, Bonacci ! chantonna Fib, taquine. Tu risques à nouveau de te faire pipi dessus !
Et évidemment, ça l'énervait que son amie lui fasse rappeler son accident qu'il avait eu.
- Arrête ça, Fib ! Tu sais très bien que je ne l'avais pas fait exprès ! Et je dois te rappeler que toi aussi t'avais eu peur de lui ! Alors, ferme ta boite à camembert ! Merci !
- Hm ! gonfla-t-elle des joues, boudeuse. Décidément, tu n'as aucun sens de l'humour toi alors !
La jeune fille chouette avait une idée machiavélique pour se venger.
- Tiens, puisque c'est comme ça, on n'a qu'à aller le voir, vu qu'on a terminé les cours pour aujourd'hui, c'est la fin de semaine.
Le jeune garçon chouette sursauta.
- Q-Quoi ? M-Maintenant, t-tout de suite ?
- Bah oui ! Et au passage, on dira bonjour à ses parents et leur dire qu'on est au courant de sa résurrection ! Ça leur fera super plaisir s'ils nous voyaient ! Allez, viens, trouillard !
Elle le prit par la main pour l'emmener en direction de la maison des harfangs des neiges. Bonacci n'avait pas l'habitude que son amie lui prenne la main comme ça, ça le faisait rougir. Pour lui, imaginer être en couple avec sa meilleure amie était impensable ! Il la connaissait depuis des années maintenant mais il n'était pas question pour lui de l'avoir comme amoureuse ! C'était comme une sœur pour lui. Ils sont juste amis, c'est tout.
Solus était rentré chez lui pour manger à ce moment-là avec Otus et Marcus. Il venait tout juste de terminer sa grande assiette lorsqu'on entendit toquer à la porte.
C'était Fib et Bonacci. Eux, ils avaient déjà mangé à la pause après avoir finir les cours, ils venaient voir Solus. Ils se firent discrets en parlant à Hedwige.
- Nous sommes au courant à propos de la résurrection de Solus..., murmura Fib à la mère de Solus. Mais promis, on n'a rien dit ! On sait qu'il avait eu des ennuis avec les soldats et donc on n'a pas envie que ça recommence pour lui si les villageois sont à nouveau au courant.
Hedwige était heureuse de la sincérité des deux enfants. Elle les invita à entrer.
- Merci, m'dame ! remercia Fib en poussant Bonacci qui n'avait pas envie d'entrer, ce qui fait qu'on entendit un bruit de friction sous ses pieds.
- Vous voulez quelque chose ?
- Non merci, on a déjà mangé après la fin des cours. On voulait juste voir Solus s'il veut «jouer» avec nous.
- Ah. Eh bien, il est dans la salle à manger, droit devant vous. Vous pouvez lui parler, il vient juste de finir son assiette avec ses amis.
- Merci ! chantonna la jeune fille chouette tandis que son ami faisait un petit caprice dans des paroles inintelligibles.
En voyant la taille de l'assiette, Bonacci avait failli avoir une attaque mais était rassuré que Solus soit rassasié. Il priait pour qu'il pique du nez à cause de la digestion.
- Salut, Fib ! Salut, Bonacci ! leur faisait coucou Solus. Ç-Ça me fait plaisir que v-vous soyez venus. Je pensais que vous n'allez pas revenir...
- Oh que si, on est revenu ! La preuve : on est là pour voir comment tu allais.
- Je vais bien, m-merci.
Il regarda Bonacci qui avait l'air très anxieux.
- Dis, qu'est-ce qu'il a, Bonacci, là ? Il transpire... Il a couru ou quoi ? Ce serait une p-première! Haha !
- Non, il est juste nerveux à l'idée de s'amuser avec toi !
- V-Vraiment?
- N-NON ! protesta-t-il en bégayant, stressé. P-PAS DU TOUT !
- Chut ! Ne crie pas comme ça ! Ma mère n'est pas loin ! On va plutôt sortir, d'accord ? Je vais la prévenir.
- M-Mais pourquoi pas dans ta chambre ? bégaya la grosse chouette. S-S'asseoir sur ton lit, c-c'est vraiment... confortable !
Solus n'écoutait pas et prévint sa mère pour sa sortie.
- Maman, je vais à la Tour Ancestrale avec Fib et Bonacci. Je reviendrai tout à l'heure. Tu veux bien ?
- D'accord, mais pas trop tard, mon poussin, lui dit-elle en lui caressant la tête. Et fais attention aux gardes et aux soldats !
- Compris. À tout à l'heure !
Il passa devant son père qui descendit les marches et lui disait «à tout à l'heure, p'pa !», suivi par Fib qui poussa Bonacci, la jeune fille disait au père de famille «Bonjour, m'sieur! Au revoir, m'sieur !» au calme alors que son ami était stressé à mort.
