18. Rencontre
Les éléments en italique sont des répliques reprises directement du livre "Harry Potter et Le prisonnier d'Azkaban" de J.K. Rowling
Comme convenu, après le dîner, Harry se rend au bureau de son directeur de maison avant de retourner au dortoir des Serpentard. Il toque à la porte mais personne ne répond. Il déduit alors que son professeur n'est pas encore rentré et décide d'attendre. Dos au mur, les mains dans le dos, il tente de décider comment aborder le sujet avec le professeur de potion.
— Messieurs, vous êtes celui qui m'a le plus aidé, marmonne-t-il. Non non non et non, ça va pas !
Il se cogne l'arrière de la tête contre le mur deux fois, souffle et essaie de recommencer en regardant le plafond.
— Bonsoir, je voudrais vous parler de mes parents et de monsieur Lupin. Non non non, trop direct !
Il grogne et ferme les yeux, toujours incertain sur la façon dont aborder le sujet avec son professeur principal. Mais il n'a plus le temps de recommencer. La cape volant dans son dos dans un geste parfait, le regard perçant et la mine froide, le professeur Rogue s'avance vers lui l'air résolu.
— Professeur Rogue, j'aimerais vous poser une question, si ça ne vous dérange pas, l'interpelle nerveusement Harry en s'avançant d'un pas dans sa direction.
Surpris par l'air nerveux et inquiet de son élève, Severus lève un sourcil. Il sort la clef de ses appartements et ouvre la porte pour laisser entrer son étudiant. Harry entre rapidement et entend derrière lui la porte se fermer. Il observe Rogue aller s'asseoir derrière son bureau avant d'accepter la chaise que le professeur fait léviter jusque devant lui.
Le regard de Severus se fixe sur le jeune homme qui se tient devant lui. Tout en le regardant d'un air ennuyé, le professeur se sent particulièrement satisfait. Lors de la première année, Harry était bien plus maigre et pâle. Suite à son adoption, il a enfin pris des couleurs et ressemble enfin à un garçon qui commence son adolescence. En regardant les yeux du garçon, il se surprend à penser que Lily a laissé la meilleure partie d'elle à son fils. La forme de son visage, sa lucidité, sa transparence, sa méfiance… Tout en lui lui rappelle son ancienne amie. En revanche, la coupe de cheveux qu'il porte le fait grimacer en se rappelant qu'il s'agit de la même que James.
— Je t'écoute, Potter. Mais sois concis, indique l'enseignant en fermant la porte derrière lui.
— Que… que pensez-vous de Remus Lupin ?
Rogue fronce les sourcils et un instant de silence tendu passe entre eux. Harry retient son souffle, craignant que Rogue prenne mal cette question. Il repense à ce qu'il sait déjà, combien le professeur de potion déteste son père. Peut-être qu'il appréciait un peu plus ses amis ?
— Lupin… Lupin est un homme d'un caractère plus… complexe que ce que l'on pourrait croire. Loyal, sans doute, mais influencé par des amitiés imprudentes.
Harry écoute attentivement, sachant que cela signifie que Lupin a toujours été lié aux Maraudeurs. Néanmoins, il est également intrigué par la nuance dans la voix de Rogue. Contrairement au mépris qu'il entend lorsqu'il parle de son James Potter, il semble que le professeur ait un tant soit peu de respect pour son confrère.
— Est-ce que vous pensez que je pourrais lui parler ? Lui faire confiance ?
Rogue l'observe attentivement, presque surpris par cette question. Harry a apparemment bien plus confiance en lui que ce qu'il imaginait. D'un côté, cela lui réchauffe le cœur de savoir que le fils de Lily l'apprécie et le respecte assez pour lui poser des questions autant osées. D'un autre sens, il hait le fait que le fils de James vienne lui demander de l'aide. Rogue s'appuie contre sa chaise, croise les jambes et les bras tout en observant fixement son étudiant.
— Lupin possède une certaine intégrité, même si ses choix de jeunesse étaient… discutables. Cependant, il n'est pas le genre d'homme à trahir, Potter. Si vous cherchez des réponses à propos de… certains événements du passé, il pourrait vous être utile.
Agréablement surpris par la réponse sincère de Rogue, Harry hoche vigoureusement la tête en lui confiant un petit sourire. Il semble reconnaître la loyauté et les valeurs de Lupin, ce qui rassure grandement le jeune garçon.
— Alors, vous pensez qu'il pourrait m'en apprendre plus sur mes parents, demande Harry avec plus de confiance, se redressant légèrement son sa chaise. Les mains serrées entre elles sur ses genoux, il semble prier pour une réponse.
Rogue le fixe quelques instants, pesant ses mots. Connaissant Harry, cela peut être une corde sensible. S'il ne donne pas la réponse que Harry souhaite, cela pourrait mettre en danger leur relation. Pourtant, Rogue est conscient que le jeune n'est pas présent pour avoir des mots sans signification. S'il est venu le voir, c'est pour un jugement objectif de sa part. Il soupire, se redresse, décroise les bras et les pose sur son bureau, les doigts enlacés entre eux.
— Lupin est probablement l'un des rares encore vivants à connaître… certains aspects de leur vie que d'autres ignorent. Mais, Potter… n'idéalisez pas trop ce que vous entendrez. Les souvenirs de Lupin sont les siens, et il les interprète à sa manière.
Harry hoche la tête, prenant note du conseil de Rogue. Il se rend compte que, malgré leurs tensions, Rogue lui donne une réponse honnête, sans chercher à le détourner de sa décision. Reconnaissant pour son honnêteté, Harry le remercie du fond du cœur.
— Merci, Professeur. Je ne savais pas trop par où commencer.
Rogue baisse légèrement la tête avant de fixer une nouvelle fois son regard sur le garçon. Il se penche légèrement vers lui et parle d'une voix ferme.
— N'oubliez pas, Potter, que les souvenirs d'autrui ne sont qu'une partie de l'histoire. Restez lucide. Lupin peut vous en apprendre, mais restez sur vos gardes.
Sans un mot de plus, Harry se lève, le remercie une nouvelle fois, puis se dépêche de sortir du bureau de potion. Drago et Millicent sont assis par terre lorsque Harry s'approche d'eux. La jeune fille tapote l'épaule de Drago pour lui faire relever la tête tout en s'appuyant sur lui pour se lever. Le blond attend simplement que Harry arrive à sa hauteur et tend sa main en direction de son ami pour qu'il l'aide à se mettre debout.
— Alors, Potter ? Qu'est-ce que le grand maître des potions a bien pu te dire sur Lupin ? Je suis sûr qu'il a dû avoir des… mots aimables, dit-il avec un sourire moqueur collé aux lèvres. Harry sourit doucement.
— Il a été... plus honnête que ce que je pensais. Disons qu'il n'a pas cherché à me dissuader d'aller lui parler.
— Ça, c'est inattendu, conçoit Millicent en hochant la tête, la mine surprise. D'habitude, il ne rate jamais une occasion de nous mettre en garde contre les gens, surtout ceux qu'il n'aime pas. Alors… il t'a donné des détails ?
— Eh bien, pas vraiment sur Lupin lui-même, mais il a dit que Lupin est loyal et qu'il pourrait vraiment m'apprendre certaines choses… mais à sa façon.
— Tu veux dire qu'il pense que Lupin pourrait enjoliver certains détails ? Drago lève les yeux aux ciel et met les mains dans les poches avant de commencer à marcher. dehors, le soleil se couche lentement, offrant aux trois amis un spectacle de couleurs rougeoyantes dans le ciel.
— Plutôt qu'il pourrait avoir ses propres idées sur mes parents et leurs amis, vu qu'il les a connus. En gros, il m'a dit de rester lucide, de ne pas prendre tout ce qu'il dira pour argent comptant.
— Donc… Il pense que Lupin pourrait être digne de confiance, mais qu'il ne faut pas tout absorber sans réfléchir. Ça a l'air de coller avec ce que tu as déjà entendu sur les Maraudeurs, résume la fille du groupe en marchant derrière Drago, le visage joyeux.
— Eh bien, en voilà un retournement, annonce ironiquement Drago en tournant les talons pour marcher en arrière. Rogue qui recommande presque un Gryffondor. On vit vraiment des temps étranges.
Harry lève les yeux au ciel avant de hocher la tête, souriant des dires de son ami. Il n'a pas tord.
— En tout cas, je crois que je vais le faire, décide finalement le survivant en emboîtant le pas à ses amis. Lui parler, je veux dire. Il doit bien savoir des choses sur eux que je n'ai pas encore entendues, et… au moins, c'est une piste.
— Alors on te soutient. Et puis, si jamais Lupin raconte des idioties, tu pourras toujours rire avec nous, déclare Millicent en souriant. Elle fait quelques pas rapides pour se trouver à marcher entre ses deux amis et passe ses bras sous les siens. Drago a un geste de réticence, mais abandonne rapidement en voyant son amie avec un grand sourire aux lèvres.
— Bon, courage, Potter, dit Drago en ralentissant le rythme pour aller à la même vitesse que ses amis. Et n'oublie pas : si tu as besoin de quelqu'un pour garder les pieds sur terre après ce tête-à-tête, tu as toute une équipe ici.
Pendant une longue partie de la nuit, Harry et Drago redeviennent le duo de leur première année. Ils se racontent tout. Harry lui confie ses insécurités et sa peur de ressembler au père que Severus lui peint. Drago lui avoue qu'il ne veut pas devenir comme son père. Pourtant, il se sent bien trop proche de sa mère pour la laisser seul. Il va jusqu'à lui demander de lui promettre de l'aider le jour où lui et sa mère devraient peut-être fuir leur propre demeure. Harry lui demande de toujours rester présent pour lui. Puis ils parlent des liens du sang sans se battre. Ils annoncent calmement leurs idées et acceptent celles de l'autre tout en se promettant de toujours faire l'effort d'essayer de se comprendre. C'est apaisés que les deux garçons s'endorment, à passé minuit .
Le jeudi suivant, tandis que Hermione tente de récupérer la concoction de Neville pendant le cours de potions, Pansy Parkinson se penche vers Drago et lui tend un journal. A la place de son air moqueur et hautain, une mine que Harry pourrait qualifier d'inquiète trône sur son visage.
— Lis, chuchote-t-elle rapidement, Black aurait été aperçu, ce mec est ton cousin, non ?
Drago attrape discrètement le journal et le place sur ses genoux pour que Harry et lui puissent y lire ce qui est noté. Ils parcourent les grandes lignes avant de lever les yeux pour se regarder, ne sachant pas comment réagir. Harry sent tous ses sens en ébullition mais n'a aucune idée de comment il se sent réellement. Un mélange de peur, de colère et de ressentiment se bousculent dans son ventre et dans sa gorge.
— Ce village n'est pas très loin d'ici, la moldue qui l'a vu n'a pas vraiment comprit et simplement appelé le numéro vert, murmure Harry, ne comprenant pas comment réagir. Cet homme est à la fois son parrain, celui qui a provoqué le meurtre de ses parents, et celui qui souhaite aujourd'hui sa propre mort. Une petite voix lui dit de mener son enquête, de le trouver et de lui faire payer. Pourtant, il se retire. C'est aux adultes de gérer ce genre de choses. Il n'est pas responsable de toutes les catastrophes.
— On peut faire confiance à la gazette ?
— Je pense que oui. Enfin, je sais pas… Sûrement pas, mais qu'est ce qu'on peut faire d'autres ?
Les deux garçons continuent de se regarder quelques secondes, voulant tous les deux savoir si l'autre va bien. Harry est inquiet pour Drago car Black est bel et bien le cousin de sa mère. Savoir que cet homme est en liberté doit provoquer des sentiments étranges chez lui. Drago s'inquiète également pour son ami, se demandant s'il irait mener son enquête pour savoir où se trouvait exactement son parrain lorsqu'il a été vu.
— Ne fais rien d'insensé, murmura Drago en direction de Harry après que Rogue soit passé proche de lui.
Plus tard dans la matinée, Harry a l'impression de rêver à plusieurs reprises. La première fois, il lui semble voir les jumeaux Weasley devant lui, mais à peine a-t-il le temps de les interpeller qu'ils ont tout bonnement disparu, Harry ouvre des grands yeux, ne comprenant pas comment les deux adolescents ont fait pour disparaître alors qu'ils sont si grands et si… roux ! La seconde fois qu'il lui semble rêver, c'est pile après le cours de potion. Alors que Ron venait lui poser une question, Hermione s'était rapprochée d'eux. Mais à peine quelques secondes plus tard, il la voit arriver en trottant, des livres imposant dans les bras et le souffle court.
— Tu as combien de cours par jour Hermione, demande Harry, un peu inquiet pour la jeune fille qui semble déjà exténuée.
— Tu sais bien que j'ai pris plus de cours que vous, répond simplement la petite brune et en esquivant la question en la balayant de la main.
Lorsqu'elle part en avant avec Ron et Neville, Harry attend que Drago et Millicent la rejoignent pour ensuite aller manger à la grande salle.
— Hermione nous cache quelque chose.
— Tu m'as bien dit qu'elle était en divination avec vous l'autre jour, demande Drago en réprimant un bâillement.
— C'est ça, elle avait même pris ma défense, c'était gentil de sa part.
— Elle était aussi avec moi en Étude des runes. Et c'est en même temps que votre divination.
Millicent sursaute en comprenant ce que Drago essaie de leur dire à demi-mot, laissant Harry dans son incompréhension.
— Mon dieu mais elle utilise un… demande Millicent en se tournant vers son ami blond.
— Sûrement.
— Wouhaw, la chance, j'en ai même jamais vu en vrai et elle, elle peut en utiliser un !
— Elle a pris combien d'options ?
— Toutes, répond immédiatement Harry, qui se sent un peu exclu de la discussion.
Millicent et Drago se regardent une seconde puis éclatent de rire, comme si cette réponse confirme des soupçons qu'ils avaient ensemble, laissant Harry de côté. Bien que légèrement frustré de se voir sur le côté, Harry est également content de savoir que ses deux meilleurs amis sont également un peu plus proches désormais. Lorsqu'il avait eu cette dispute, avec Millicent, il s'était rendu compte qu'elle avait eu bien plus de correspondance avec Drago que lui.
— Bon crachez le morceau là, demande Harry en souriant doucement.
— Elle doit certainement avoir un retourneur de temps, explique Drago en baissant la voix pour ne pas se faire remarquer.
— C'est un objet qui te permet de retourner quelques heures en arrière en fonction de comment tu l'utilises, développe Millicent en prenant également une voix moins forte pour éviter que tout le monde connaisse le sujet de leur discussion.
— Retourner dans le passé, murmure Harry en se plongeant dans ses pensées. Si seulement il pouvait le faire et sauver ses parents. Est-ce que ce serait possible de le faire ? Il garde ses réponses et commence enfin à se servir des différents plats présents sur la table.
Après le repas, le trio se dirige en classe de défense contre les forces du mal. En arrivant dans la salle, le professeur n'est pas encore présent. Harry et ses amis en profitent pour s'installer au milieu de la salle et sortir leurs affaires. Harry se retrouve entre Millicent et Drago. Il remarque que Crabb et Goyle posent leurs affaires juste derrière le banc de Drago, comme s'ils étaient ses gardes du corps. Mais sont-ils là pour protéger son ami blond, le surveiller, ou devenir également ses amis ? Cette question retourne l'estomac de Harry lorsqu'il se rend compte qu'il voit le mal partout.
Lorsque le professeur entre dans la salle, il est toujours aussi miteux que d'habitude. En revanche, il a regagné quelques couleurs et semble en meilleure forme. Harry sourit inconsciemment en le voyant arriver. Son seul lien direct avec son père disparu.
— Bonjour, dit-il. Vous voudrez bien s'il vous plaît remettre vos livres dans vos sacs. Aujourd'hui, nous allons faire des travaux pratiques. Vous n'aurez besoin que de vos baguettes magiques.
En se remémorant le seul exercice pratique exercé pendant leur deux dernières années, la plupart des élèves grimacent. Les lutins de Cornouailles sont encore bien présents dans leurs esprit.
— Bien, maintenant, suivez-moi, s'il vous plaît, dit le professeur Lupin.
Les élèves se mettent en mouvement en comprenant que leur professeur est en train de changer de salle. Rapidement, tout le monde sort de la salle de classe en prenant sa baguette et suit le professeur. Après quelques secondes de marche, ils tombent sur l'esprit frappeur de Poudlard, qui semble en train de boucher une serrure à l'aide d'un chewing-gum. Lorsque le professeur Lupin ne fut plus qu'à un mètre de lui, Peeves se mit à chantonner:
— Lupin le turlupin zinzin ! Zinzin Lupin le turlupin... Si insolent et incontrôlable qu'il fût, Peeves manifestait habituellement un certain respect pour les professeurs. Les élèves se tournèrent vers Lupin pour voir comment il allait réagir. A leur grande surprise, il conserva son sourire.
— Si j'étais toi, Peeves, j'enlèverais ce chewing-gum de la serrure, dit-il d'un ton joyeux. Rusard sera furieux s'il n'arrive plus à ouvrir son placard à balais.
Peeves ne prend pas la peine d'écouter ce que le professeur lui dit et continue à faire sa petite farce en chantonnant. Les élèves voient alors Lupin sortir sa baguette de sa poche, toujours un sourire angélique sur les lèvres.
— Voici un sortilège qui peut se révéler utile, dit-il à ses élèves. Regardez bien.
Il leva sa baguette qu'il pointa vers Peeves en lançant:
— Waddiwas !
Avec la force d'une balle de fusil, la boule de chewing-gum sauta du trou de la serrure et alla s'enfoncer dans la narine gauche de Peeves qui fit volte-face et fila dans les airs en poussant des jurons.
— Magnifique ! s'exclama Dean Thomas, émerveillé.
— Merci, Dean, répondit le professeur Lupin. Allons-y, maintenant.
Déjà maintenant, le regard que les enfants et adolescents portent sur le professeur a changé et est empli de respect. Peu de personne osent défier Peeves, et encore moins réussissent à retourner une blague contre lui. Harry a le sourire jusqu'aux oreilles. Il apprécie déjà Remus Lupin. Une fois devant le bureau des professeurs, Lupin se poste devant et attend que tout le monde soit là.
— Entrez, s'il vous plaît, dit-il en ouvrant la porte. Dans la longue salle lambrissée, remplie de chaises et de fauteuils dépareillés, il n'y avait qu'un seul professeur. C'était Rogue. Assis dans un fauteuil bas, il regarda les élèves entrer. Ses yeux étincelaient et sa bouche s'étirait en un ricanement mauvais. Le professeur Lupin pénétra à son tour dans la salle et referma la porte derrière lui.
— Ne fermez pas, Lupin, dit Rogue. Je préfère ne pas voir ça.
Drago regarda son parrain se lever de sa chaise et se diriger vers la porte. Il soupire, détestant ce personnage que Rogue utilise en présence d'élèves ou d'adultes qu'il n'apprécie pas. S'il ne connaissait pas le véritable caractère de son parrain, il pourrait le prendre pour une personne infecte.
Lorsqu'il fut sur le seuil de la porte, il fit volte-face et dit:
— On ne vous a peut-être pas averti, Lupin, mais il y a dans cette classe un nommé Neville Londubat et je vous conseille vivement de lui épargner tout exercice difficile. Sauf si Miss Granger est là pour lui souffler ce qu'il faut faire.
Hermione et Neville deviennent rouges, se dévoilant comme coupables au yeux des professeurs. Lupin ne cesse de sourire et hoche la tête en direction de son collègue. Le professeur de défense hausse un sourcil avant de prendre la défense de son étudiant.
— J'espérais que Neville m'aiderait à réaliser la première partie de l'expérience, dit-il, et je suis sûr qu'il s'en tirera à merveille.
Lorsque Rogue finit enfin par sortir, Neville est aussi rouge qu'une écrevisse et Harry le soupçonne d'être au bord des larmes. Il se rapproche discrètement de lui et pose une main dans son dos, de sorte à lui montrer son soutien. Le professeur de défense longe la salle avant de passer devant une vieille penderie en bois sombre. Celle-ci se met à bouger brusquement à peine elle sent que Lupin se trouve à proximité. Cela fait sursauter la plupart des étudiants.
— Ne vous inquiétez pas, dit Lupin d'une voix rassurante en voyant quelques élèves faire un bond en arrière. Il y a un épouvantard, là-dedans.
Harry lance un regard inquiet en direction de ses amis, qui semblent passionnés. Malgré l'expression ennuyée de Drago, son ami devine immédiatement que le professeur bénéficie de toute son attention.
La plupart des adolescents regardent la penderie avec crainte. Ceux qui comprennent ce qu'est un épouvantard son particulièrement reconnaissable, ayant pratiquement reculé d'un pas. Les autres sont plus intrigués ne comprenant pas ce qui peut provoquer une telle réaction.
— Les épouvantards aiment les endroits sombres et confinés, dit le professeur. Les armoires, les penderies, les espaces sous les lits, les placards sous les éviers... Un jour, j'en ai vu un qui s'était installé dans une vieille horloge de grand-mère. Celui-ci est arrivé hier après-midi et j'ai demandé au directeur l'autorisation d'en profiter pour faire une séance de travaux pratiques. La première question que nous devons nous poser c'est: « Qu'est-ce qu'un épouvantard ?»
Sans surprise, Hermione lève la main. Étrangement, Millicent lève également la main mais plus timidement. Lupin hoche la tête en direction d' Hermione, lui donnant la parole.
— C'est une créature qui change d'aspect à volonté en prenant toujours la forme la plus terrifiante possible.
— Je n'aurais pas pu donner une meilleure définition, approuva le professeur Lupin.
— Ainsi donc, l'épouvantard qui s'est installé dans cette penderie n'a encore pris aucune forme. Il ne sait pas encore ce qui pourrait faire peur à la première personne qui se présentera de l'autre côté de la porte. Nul ne peut dire à quoi ressemble un épouvantard quand il est tout seul mais, lorsque je le laisserai sortir, il prendra immédiatement la forme qui fera le plus peur à chacun d'entre nous. Ce qui signifie que nous avons un énorme avantage sur lui. Pouvez-vous me dire lequel, Harry ?
Harry réfléchit quelques secondes et tourne la tête autour de lui comme pour confirmer sa théorie avant d'annoncer d'une voix sur :
— Étant donné que nous sommes nombreux, il ne saura pas quelle forme prendre pour faire peur à tout le monde en même temps.
— Exactement, approuva le professeur Lupin, Il vaut toujours mieux se trouver en compagnie de quelqu'un quand on a affaire à un épouvantard. Car alors, il ne sait plus quoi faire. Sous quelle forme apparaître ? Un cadavre sans tête ou une limace anthropophage ? Un jour, j'ai vu un épouvantard commettre une erreur. Il a essayé de faire peur à deux personnes à la fois et il s'est transformé en une demi-limace, ce qui n'avait rien de très effrayant. Il existe un moyen très simple de se débarrasser d'un épouvantard, mais qui exige une grande concentration mentale. Pour le neutraliser, il suffit en effet d'éclater de rire. Ce qu'il faut faire, c'est l'obliger à prendre une forme que vous trouvez désopilante. Pour commencer, nous allons nous exercer sans baguette magique. Répétez après moi... Riddikulus !
— Riddikulus, répéta le chœur des élèves. Drago comprend ou le professeur veut arriver et ricane. Comprenant que Harry n'a toujours pas tilter, il se tourne vers lui et lui murmure à l'oreille sa déduction. Les yeux du survivant s'écarquillent et un sourire s'étire sur ses lèvres.
— Très bien, très bien, mais ça, c'était le plus facile. Car le mot seul ne suffit pas. Et c'est là que vous allez intervenir, Neville.
Toute la classe observe Neville avancer craintivement au milieu de la salle. Le garçon a les oreilles rouges et les yeux fixés sur le sol. Lorsqu'il lève les yeux, Lupin lui adresse un sourire rassurant.
— Très bien, Neville, dit le professeur. Pour commencer, quelle est la chose qui vous fait le plus peur au monde ?
Les lèvres de Neville remuèrent mais aucun son n'en sortit.
— Désolé, je n'ai pas compris ce que vous m'avez dit, lança Lupin d'un ton joyeux.
Neville tourne la tête en direction d'Hermione, puis de Ron puis enfin de Harry mais aucun des trois ne semble pouvoir lui prêter main forte, alors il parle enfin plus fort.
— Le professeur Rogue. Il y eut un grand éclat de rire. Neville lui-même eut un sourire d'excuse. Lupin, lui, avait l'air songeur.
— Le professeur Rogue... Mmmmmh... Neville, vous habitez chez votre grand-mère, je crois ?
— Heu... oui, répondit Neville, mal à l'aise. Et je ne voudrais pas non plus que l'épouvantard prenne son aspect...
— Non, non, vous ne m'avez pas compris, dit le professeur Lupin avec un sourire. Pouvez-vous nous dire comment votre grand-mère s'habille généralement ? Neville parut surpris.
— Heu... elle porte toujours un grand chapeau avec un vautour empaillé. Et une longue robe... verte, le plus souvent... avec parfois une étole de renard.
— Est-ce qu'elle a un sac à main ? demanda Lupin.
— Oui, un grand sac rouge, dit Neville.
— Parfait. Maintenant, pourriez-vous vous représenter ces vêtements très précisément, Neville ? Pouvez-vous les voir dans votre tête ?
— Oui, répondit Neville d'une voix mal assurée, en se demandant ce qui l'attendait.
— Lorsque l'épouvantard jaillira de cette penderie et vous verra devant lui Neville, il prendra instantanément la forme du professeur Rogue, dit Lupin. A ce moment-là, vous lèverez votre baguette magique, comme ceci, et vous crierez: « Riddikulus » en pensant très fort aux vêtements de votre grand-mère. Si tout se passe bien, l'épouvantard, qui aura pris l'apparence du professeur Rogue, se retrouve affublé d'un chapeau à vautour, d'une robe verte et d'un grand sac rouge.
Harry frissonne en remarquant que plus les rires sont forts dans la salle, plus l'armoire ou l'épouvantard se cache remue fort. Il sent un frisson lui parcourir l'échine et déglutit bruyamment. Qu'est ce qui lui fait le plus peur ? Voldemort ? La mort ?
— Si Neville réussit, il est probable que l'épouvantard s'intéressera à chacun d'entre nous à tour de rôle, poursuivit Lupin. Je voudrais donc que chacun de vous réfléchisse à ce qui lui fait le plus peur en imaginant le moyen de le transformer en quelque chose de comique...
Un silence se fait dans la classe pendant que chacun réfléchit à ce qu'il redoute par-dessus tout. Harry pense naturellement à Voldemort mais sans savoir pourquoi, comprend que quelque chose l'effraie encore plus que l'homme qui cherche à le tuer depuis sa naissance. Alors qu'il ferme les yeux et se détend pour trouver une autre idée, il se souvient de son expérience durant le voyage pour arriver à l'école.
Les détraqueurs, leurs mains squelettiques, leur souffle qui donne l'impression de plonger dans une eau glacée et l'impression que toute la joie du monde a disparu. Il se souvient de leurs capes effrayantes et de leur capacité à ingurgiter la peur puis l'âme des hommes. Une goutte de sueur froide coule le long de son dos et il se rend compte que Millicent l'observe du coin de l'œil.
— Tout va bien, lui demande-t-elle en se penchant vers lui.
— Oui oui, je viens de me rendre compte que ma plus grande peur, c'est certainement les détraqueurs… enfin je crois, murmura Harry en frissonnant.
— Et toi Drago, interroge une fois de plus Millicent en se penchant en arrière pour voir son ami.
— Je crois,... je ne sais pas, … J'ai…
— On sait, murmura Harry en lui posant une main sur l'épaule pour lui indiquer qu'il est là. Drago pousse un soupir avant de sourire à Millicent et de lui retourner la question.
— Je crois que j'ai peur de Voldemort, avoue l'adolescente.
Harry sourit et lui affirme que c'est normal après les expériences qu'ils ont vécues.
— Tout le monde est prêt ? demanda le professeur Lupin. Harry fut secoué d'un frisson de terreur. Il ne se sentait pas prêt. Comment faire pour rendre un Détraqueur moins effrayant ? Mais il ne voulait pas demander de délai supplémentaire: les autres, eux, étaient tous prêts à tenter l'expérience.
— Neville, vos camarades vont reculer pour vous laisser le champ libre, d'accord ? dit Lupin. Je vous appellerai ensuite un par un...
Le teinte pâle et terrorisée, Neville se retrouve rapidement en tête de file. Derrière lui, les adolescents sortent à leur tour leur baguette magique pour attendre leur tour. Certains semblent impatient, mais la plupart semble encore assez réticent à participer à l'exercice.
— Attention, Neville, je compte jusqu'à trois, dit le professeur Lupin qui pointait sa propre baguette magique sur la poignée de la porte de la penderie. Un... Deux... Trois... C'est parti !
Lupin lance un sort sur la serrure de la porte qui tourne alors rapidement, faisant finalement s'entrouvrir la porte. Le nez crochu, l'air menaçant, le professeur Rogue sortit aussitôt de la penderie en fixant Neville d'un regard flamboyant. Neville recula d'un pas, sa baguette brandie, et remua les lèvres sans parvenir à prononcer la moindre parole. Rogue s'avança vers lui en cherchant sa baguette magique dans une poche de sa robe de sorcier.
— R... R... Riddikulus ! dit Neville d'une petite voix aiguë.
Il y eut alors un bruit semblable à un claquement de fouet. Rogue trébucha et se retrouva soudain avec une longue robe ornée de dentelles, un grand chapeau surmonté d'un vautour empaillé mangé aux mites et un énorme sac cramoisi qu'il tenait à la main. Un grand éclat de rire retentit dans la salle. L'épouvantard hésita, visiblement déconcerté, et le professeur Lupin appela alors:
— Parvati ! A vous !
Parvati s'approcha, l'air décidé. Rogue se tourna vers elle, il y eut un nouveau claquement et une momie enveloppée de bandelettes ensanglantées apparut à sa place. La momie au visage aveugle s'avança lentement vers Parvati en traînant les pieds, elle leva ses bras raides et...
— Riddikulus ! s'exclama Parvati. Une des bandelettes tomba alors par terre et la momie se prit les pieds dedans. Déséquilibrée, elle tomba en avant et sa tête se détacha sous le choc en roulant par terre.
— Gregory, à vous ! lança le professeur Lupin. Goyle se précipita. Clac ! La momie laissa place à un homme grand, imposant, en costume moldu d'un bleu assez sombre. Son visage est défiguré par une expression de haine pure. Mais avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, Gregory lève sa baguette magique et lance :
— Riddikulus ! Immédiatement, l'homme se retrouve non pas avec son costume moldu chic, mais bien dans un maillot de danse avec un tutu rose particulièrement fluo. Goyle sursaute lorsque presque immédiatement, le spectre prend la forme d'un serpent à sonnette, puis d'un clown, puis d'un œil énorme injecté de sang..
— Il ne sait plus où il en est ! s'écria Lupin. On y arrive ! Dean !
Clac ! L'œil se métamorphosa en une main coupée qui rampait sur le sol comme un crabe.
— Riddikulus ! lança Dean. Et la main se retrouva prise dans un piège à souris.
— Excellent ! A vous, Millicent !
Clac ! Contre toute attente, l'épouvantard prend la forme du professeur Quirrell. Millicent ouvre de grands yeux en voyant qu'il est exactement comme dans ses souvenirs, Le turban sur l'arrière de sa tête tombe au sol et Quirrell se retourne, dévoilant le visage de Voldemort. Des sursauts et des hurlements se font entendre dans la salle tandis que Millicent lève sa baguette, terrorisée. Elle tente d'articuler la formule mais n'y arrive pas, bredouillant, les larmes aux yeux. En voyant le choc sur le visage du professeur Lupin, Harry et Drago bondissent en avant et attrapent les mains de Millicent pour la placer derrière eux. Après quelques secondes de panique pour l'épouvantard, il décide de se focaliser sur Harry. Quirrell disparaît pour laisser place à la longue cape des détraqueurs. Des cris de surprise retentissent dans son dos mais Harry fixe son regard sur la créature et la dévisage avec crainte. Il semble si réel !
— Riddikulus ! hurla Harry. Immédiatement, le détraqueur se retrouve afabulé d'un grand manteau jaune fluo comme celui que sa tante marge aime tant, ainsi que du chapeau qui va avec. Cependant, il n'arrive pas à rire.
— Ici ! cria soudain le professeur Lupin en se précipitant. Clac ! Le détraqueur en manteau fluo disparaît. Pendant un instant, tout le monde la chercha des yeux, puis une sphère argentée apparut dans les airs, devant le professeur Lupin qui lança: « Riddikulus » ! d'un ton presque nonchalant. Clac !
— Allez Neville, finissez-en avec lui ! dit Lupin tandis que l'épouvantard tombait par terre sous la forme d'un cafard. Clac ! Rogue réapparut et cette fois, Neville s'avança vers lui d'un air décidé.
Pendant que tout le monde éclate de rire, Neville devant tout le monde, Harry tient Millicent par les épaules et la secoue légèrement. Drago la soutient également, gardant sa main dans la sienne. La jeune fille pleure sans bruit, le regard fixé sur ses chaussures. Les paroles rassurantes de Harry ne semblent rien y faire. Drago et Harry regardent Lupin féliciter Neville pour sa performance puis se dirigent vers lui en compagnie de Millicent afin de lui demander de sortir de la classe.
Millicent est couchée dans le lit de l'infirmerie, les joues striées de larmes et les paupières rouges. Drago et Harry sont tous les deux à ses côtés, voulant être présents à son réveil. Madame Pomfresh lui a donné une potion de sommeil sans rêve pour lui permettre de se reposer et a déjà écrit une prescription permettant à la jeune fille d'avoir une vingtaine de séances chez la psychomage de l'école.
Le professeur Lupin vient rendre visite à la jeune fille plus tard dans l'après -midi, une fois qu'il a donné tous ses cours. En voyant que les deux amis de la jeune serpentarde sont présents à son chevet, il sourit et prend une chaise pour s'asseoir de l'autre côté du lit.
— Je suis désolé. J'aurais dû réagir, commence le professeur en regardant le visage de la fille encore endormie.
— Ouais, vous auriez dû, déclare Drago d'un ton dur. Les yeux grands ouverts, le nez froncé, le blond en veut profondément au professeur de ne pas être intervenu alors que son amie avait besoin d'aide.
— Je m'excuse sincèrement. Je n'avais pas connaissance de votre passé avant il y a quelques minutes. Le professeur Dumbledore vient tout juste de m'en informer.
Devant le silence de Drago, Lupin relève les yeux en direction de Harry et l'observe pendant de longues secondes. Le brun sent la colère démanger son ventre et sa tête. Il n'a qu'une envie, frapper cet inconnu qu'il prenait pour une personne faisant partie de son entourage.
Constatant que la discussion est impossible pour le moment, le professeur s'excuse une nouvelle fois et pose une boîte de chocolat sur la table de chevet de Millicent. Il prend congé rapidement.
Le soir même, Harry décide qu'il doit avoir une discussion avec le professeur de défense. Drago tente de le dissuader mais impossible. Harry est désormais sur de lui et veut avoir cette discussion rapidement afin de ne plus avoir à parler à cet enseignant. Le brun quitte donc le chevet de son ami pour se rendre dans le bureau de défense contre les forces du mal. Ce n'est que lorsqu'il toque à la porte que Harry se rend compte qu'il n'a aucune idée de comment aborder la chose. En se remémorant sa discussion avec Rogue, il se rappelle de ce que lui et Drago avaient décidé de faire ensemble. Harry décide de suivre cette idée au moment où la porte du bureau s'ouvre magiquement.
— Entrez, demande la voix douce du professeur.
— Bonsoir, salut Harry en arrivant vers le bureau du professeur. Il s'assied sur la chaise et regarde autour de lui. Le mobilier est très simple et rien ne semblant appartenir à Lupin ne figure dans la pièce.
— Vous vouliez me parler, Harry, demande le professeur en posant la plume qu'il tenait à la main pour croiser ses doigts sur la table.
— En effet, je… Harry prend une grande respiration et décide de ne pas faire confiance à cet homme avant qu'il ne lui ai prouvé qu'il ne puisse le faire-
— En fait, je voulais savoir, c'est bien vous Remus Lupin, l'ami de James, Sirius et Peter ? Vous faisiez partie de ce groupe ?
En lisant la surprise sur les traits de Remus Lupin, Harry sait qu'il a touché juste. Il a bien fait de parler de son groupe d'amis.
— Je sais ce qu'il sait passé avec Severus Rogue, continue Harry, l'air sur de lui, les sourcils froncés et le menton plissé, Je sais ce que vous lui aviez fait. Pourquoi ?
Pendant quelques instants, le professeur ne répond pas, dévisageant simplement l'adolescent.
— Tu as les yeux de ta mère, sourit-il.
— Et le visage de mon père, je sais, ricane Harry d'un ton ironique.
Voulant laisser la parole à l'adulte, Harry se tait. C'est ainsi qu'il obtiendrait des réponses.
— Que savez-vous, demande finalement l'adulte en soupirant.
— Assez pour vous en vouloir, rétorque immédiatement Harry sans bouger d'un pouce sur sa chaise. Le regard sombre, il a le dos droit et observe le professeur dans les yeux pour être le plus crédible possible.
— Vous ne savez pas autant que vous le voudriez, surtout, répond finalement Remus en s'appuyant contre le dossier de son fauteuil.
Harry ne dit rien, coupable. Il sourit en coin, comprenant que l'enseignant en face de lui est bien plus intelligent que ce qu'il veut laisser paraître. En plus d'être un professeur apprécié, il est loquace..
Remus de son côté est impressionné. C'est bien le fils de Lily qu'il a devant lui et s'il a hérité du physique de son père, son intelligence et la ruse qu'il lit dans ses yeux viennent de sa mère.
— Comment savez-vous que j'étais ami avec votre père, demande soudain Remus Lupin, se rendant compte que si Harry Potter se trouve actuellement devant lui, cela signifie que quelqu'un a dû parler de lui.
— Mes tantes m'ont parlé de vous.
— Votre tante ? Pétunia a parlé de moi ?
— Je n'ai pas dit "ma tante", j'ai dit "mes tantes", annonce Harry en continuant à fixer Remus dans les yeux.
— Mais…
— Comment était mon père, demande finalement Harry, ne tenant plus.
— Il va nous falloir nous asseoir plus confortablement, je vous sers un thé ?
Surpris, Harry hoche la tête et se lève pour suivre son professeur dans la pièce suivante. Cette fois, c'est décoré de façon bien plus personnelle. Dans la cheminée au fond de la pièce, un feu rendant l'ambiance chaleureuse luit et réchauffe l'endroit. La pièce est décorée de tapis rouges et de petits éléments en bronze. Quelques photos sont placées ci et là, couvertes de personnes que Harry reconnaît pour certaines. Il y reconnaît ses parents, mais également le professeur Dumbledore et ses tantes. Mary semble particulièrement proche du professeur Lupin. Elle lui tient souvent le bras et lui offre un sourire solaire.
— Asseyez-vous seulement, le thé arrive.
Quelques instants plus tard, Harry est assis dans un fauteuil en cuir, un mug de thé chaud entre les mains. En face de lui, Remus Lupin pose une assiette de biscuits sur la table basse avant de s'installer à son tour. Il croisa les jambes, prend une gorgée de son propre thé, puis offre à son élève un sourire bienveillant.
— Bien, dit-il doucement, j'accepte de répondre à toutes tes questions… mais en échange, je veux que tu me racontes tout depuis le début.
Harry hoche la tête. C'est un marché honnête. Pourtant, lorsque Remus l'invite d'un geste à parler, il ouvre la bouche… et aucun son n'en sort. Il ne sait plus quoi dire. Il a attendu ce moment si longtemps, imaginé tant de fois ce qu'il voudrait demander… mais maintenant qu'il en avait l'occasion, son esprit était vide.
Remus, qui observe la détresse muette du garçon, lui sourit doucement.
— Laisse-moi te raconter, propos-t-il d'un ton compréhensif.
Et il le fait. Il parle de sa première rencontre avec James Potter et Lily Evans dans le train pour Poudlard. Des farces et des aventures qui avaient marqué leurs années d'école, de la façon dont James et ses amis avaient réussi à éviter les retenues grâce à la cape d'invisibilité. Il expliqua comment, à force d'ingéniosité, ils avaient même créé une carte enchantée de Poudlard : la fameuse carte des Maraudeurs.
— "Messieurs Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue sont fiers de vous présenter la Carte du Maraudeur," récita-t-il avec un léger sourire nostalgique.
Harry, fasciné, écoute en silence.
Remus continue inlassablement. Il parle de l'amitié indéfectible entre James et Sirius, du fait que son père ne s'était jamais soucié des statuts de sang malgré ses origines de Sang-Pur. De sa loyauté envers les plus faibles. De son talent exceptionnel en duel et de son amour inébranlable pour Lily.
— James pouvait être arrogant et tête brûlée, concède Remus en se passant une main dans les cheveux, mais… il avait un cœur énorme. Il protégeait ceux qu'il aimait, parfois même un peu trop.
Puis il aborde Lily. Il explique comment elle avait d'abord eu du mal à trouver sa place dans le monde sorcier, en tant que Née-Moldue. Il parle de son intelligence, de son humour, de sa bienveillance.
— Elle était… lumineuse, murmura-t-il. Elle savait voir le meilleur chez chacun.
Harry sent sa gorge se serrer. Il s'accroche aux paroles de son professeur, absorbant chaque détail, chaque souvenir. Remus continue son récit, évoquant les épreuves qu'ils avaient traversées : la perte des parents de James, le reniement de Sirius par sa propre famille, la distance qui s'était creusée entre Lily et Severus Rogue…
— Attendez, l'interrompit soudain Harry. Vous dites que James et Rogue… enfin, mon père détestait Rogue à cause de Lily ?
Remus soupire.
— C'est plus compliqué que ça, Harry. Il y avait entre eux une rivalité… profonde. Severus et Lily étaient amis, oui, mais James n'a jamais supporté la manière dont Rogue flirtait avec la magie noire. Quant à Severus, il haïssait James pour sa confiance naturelle, son arrogance et…
Il hésite, avant de conclure :
— … et parce que Lily a fini par choisir ton père.
Un silence s'installe. Puis Remus aborde la guerre. La naissance de l'Ordre du Phénix. La mort de Dorcas Meadowes et de tant d'autres. L'isolement progressif des Potter. Les mois de terreur. Enfin, il évoque Sirius Black.
— Il était brave, intrépide, et d'une loyauté absolue… Pourtant, il a trahi James et Lily.
Il baisse les yeux.
— Je ne comprends pas, murmura-t-il. Il n'aurait jamais…
Harry fronce les sourcils.
— Peut-être que son frère l'a influencé ?
Remus releva la tête, surpris.
— Tu sais pour Regulus ?
— Il avait un frère ?
— Oui. Deux ans de moins que lui.
— Avait ?
Remus soupire une nouvelle fois.
— Il est mort à dix-sept ans. Je ne sais pas exactement ce qui lui est arrivé…
Harry ne répond rien et boit une gorgée de son thé. Il grimace en réalisant qu'il est désormais froid.
Remus sourit en voyant son expression et se leva.
— Je vais te resservir.
Pendant que son professeur est dans la petite cuisine, Harry sent une larme couler sur sa joue.
Il connaît enfin ses parents. Il peut presque les voir, les entendre rire. Il sait maintenant d'où vient certaines de ses habitudes, certaines de ses réactions. Mais il ne pourrait jamais les rencontrer. Jamais les serrer dans ses bras. Il ferme les yeux, essayant de repousser cette douleur. Lorsqu'il les rouvre, il est déterminé.
Il a une famille. Pas celle qu'il aurait dû avoir, mais une famille quand même. Drago, Millicent. Sofia, Hermione. Mary et Marlène. Ils étaient là pour lui. Et pour eux, il ferait tout.
— Tout va bien, Harry ?
La voix douce de Remus le sort de ses pensées. Il pose devant lui un nouveau mug de thé fumant.
Harry inspire profondément et prit une gorgée.
— Oui.
Il pose son regard sur le professeur.
— C'est à mon tour.
Remus hausse un sourcil.
— Veux-tu le faire demain ? Il se fait tard.
— Non. Tout va bien.
Et Harry commence à raconter son histoire.
Il parle de son enfance chez les Dursley. De la négligence, des repas sautés, des corvées interminables. De l'école, où il trouvait un semblant de liberté. Puis de l'arrivée des lettres de Poudlard. De sa découverte de la magie. Il évoque sa première année, la Pierre Philosophale, sa confrontation avec l'ombre de Voldemort. Puis la Chambre des Secrets, le Basilic, Dobby…
Il parle de Mary et Marlène, des deux femmes qui sont devenues bien plus pour lui que son oncle et sa tante ne l'ont jamais été.
Remus écoute en silence, le regard grave.
Lorsque Harry termine, il est 22 heures. Son mug est vide. Il se sent vidé, épuisé.
Remus inspire profondément.
— Merci, Harry.
— Vous avez fait la même chose.
Un mince sourire passa sur les lèvres du professeur.
— Un enfant ne devrait pas avoir autant de choses à raconter.
Harry hausse les épaules.
— Je ne suis pas un enfant.
Remus le regarde un instant, avant de hocher lentement la tête.
— C'est vrai. Pardon.
Un silence s'installe.
Puis Harry demande, d'un ton presque hésitant :
— Puis-je vous faire confiance, monsieur ?
Remus sourit doucement.
— La confiance ne se donne pas en quelques mots, Harry. Mais j'espère que tu finiras par me l'accorder.
Harry hocha la tête.
— J'ai encore des questions…
— Un autre jour, sourit Remus. Il se fait tard.
En silence, il griffonne un mot d'excuse pour que Harry puisse rentrer sans craindre Rusard. Harry se leva. Avant de partir, il se tourne vers son professeur.
— Merci pour ce soir, monsieur.
Remus inclina légèrement la tête.
— Merci à toi, Harry.
Puis Harry quitta la pièce, le cœur plus léger et plus lourd à la fois.
En marchant seul dans la nuit, Harry décide qu'il aime bien ce nouvel allié. Il sourit en repensant à toutes les confidences que Lupin lui a raconté. La façon dont il parle de ses parents prouve clairement qu'il était très proche d'eux, ce qui rassure Harry autant que cela le rend triste. James et Lily étaient appréciés et sont morts pour le protéger. Est-ce que certains lui en veulent pour la mort de ses parents ? Est-ce que Mary et Marlène pourraient ne plus vouloir de lui en comprenant que sa mère est morte par sa faute ?
Lorsqu'il arrive dans son dortoir, Harry trouve Drago assis sur le divan en face du feu, les mains vides. Alors que d'habitude il prend un livre pour éviter de s'ennuyer à l'attendre, il n'en a pas cette fois. Cela interpelle Harry, qui s'approche de lui et s'assied sans délicatesse à ses côtés. Il sourit à son ami. En apercevant la mine sérieuse du blond, il se redresse et se penche légèrement en avant.
— Harry, j'ai… continué à faire des recherches sur ce carnet de Jedusor. Tu sais, sur la façon dont il pourrait y avoir laissé une partie de lui-même.
Harry hoche la tête, intéressé.
— Qu'est-ce que tu as trouvé ?
— J'ai fouillé dans les livres de mon père pendant les vacances. Il en a certains qui ne devraient probablement pas être dans la bibliothèque de n'importe qui… et j'ai trouvé quelque chose de terrifiant, avoue Drago dans un souffle. Depuis qu'il a commencé à s'exprimer, le blond ne cesse de chuchoter tout en lançant des regards de côté, comme pour vérifier que personne ne vienne épier leur discussion. Il fait une pause, ne sachant pas comment exprimer la gravité de sa découverte sans pour autant faire paniquer son ami.
— On dirait que c'est possible… de diviser son âme et d'enfermer une partie de soi dans un objet. On appelle ça un horcruxe, dit-il enfin dans un murmure.
Le visage de Harry ne tique pas, reste intéressé et à l'écoute. S'il est effrayé par cette possibilité, il ne le montre pas afin de permettre à Drago de continuer à parler de ce qu'il a découvert. Il se repose au fond du canapé, forçant Drago à se décaler légèrement pour pouvoir le regarder.
— Donc, si ce carnet est un… horcruxe… cela voudrait dire que Voldemort a fait ça pour survivre, réfléchit à voix basse Harry. Une partie de lui est encore là.
— Oui, et ce n'est pas un simple sortilège. Créer un horcruxe implique des choses… terribles. Cela expliquerait pourquoi il veut absolument rester dans ce carnet, et pourquoi il semblait… dangereux. Drago grimace en se rappelant des manigances du carnet, la façon dont il a réussi à les faire douter, et comme il pu montrer un souvenir à travers un simple objet.
— Ça veut dire qu'il est prêt à tout pour survivre, même à laisser des morceaux de lui un peu partout. C'est… monstrueux. Harry se penche en avant, mais cette fois pour poser sa tête dans ses mains, cachant son visage à son ami. Les cheveux flottant légèrement autour de son visage, il tente de reprendre contenance, afin de ne pas se mettre à courir partout en criant.
— Je me suis dit qu'il fallait qu'on soit au courant. Rogue ne nous croirait sûrement pas si on lui disait que Voldemort a pu faire ça… mais on devrait au moins savoir ce que ça signifie. Il pourrait y en avoir d'autres. Inquiet, Drago a visiblement déjà pensé à toutes les implications que cela pourrait causer à Harry. Heureux de savoir que son ami tient autant à lui, Harry prend une grande respiration et se redresse, le regard déterminé.
— Si c'est vrai… ça veut dire que Voldemort pourrait toujours être là, quelque part, attendant une occasion de revenir. Il faut être prêt, et surtout… il faut garder ça pour nous. Personne ne doit savoir qu'on connaît son secret.
