La carte du maraudeur

Les éléments en italique sont des répliques reprises directement du livre "Harry Potter et Le prisonnier d'Azkaban" de J.K. Rowling


Madame Pomfresh insiste pour que Harry reste durant tout le week- end à l'infirmerie. Abattu, Harry ne proteste pas et reste couché, admettant sa défaite. Pourtant, il refuse avec véhémence que l'infirmière scolaire jette son balai. Malgré qu'il soit en miette, il y tient encore beaucoup et l'aurait volontiers considéré comme son ami. Le perdre lui fait ressentir un vide qu'il ne connaissait pas encore. Durant ces deux jours, Harry reçoit beaucoup de visite. Hagrid lui envoie des fleurs jaunes étranges que madame Pomfresh s'empresse de jeter pour ne pas avoir une invasion de Perce-oreilles sous les bras. Ginny vient le voir et lui offre une carte faite à la main pour lui souhaiter un bon rétablissement. Elle s'excuse longuement pour le match et pleure en lui racontant la scène de son point de vue. Harry l'écoute tout du long et lui assure qu'elle a tout fait tout juste afin qu'elle se sente mieux.

— Merci d'avoir essayé de nous faire rejouer le match, dit-il dans un sourire alors qu'elle se prépare à partir.

— C'était le minimum, heureusement que tu n'étais pas mort, termine-t-elle en fermant la porte.

Drago, Millicent et Sofia restent à ses côtés jusqu'au soir, ne partant que pour manger. Ils lui tiennent compagnie le plus longtemps possible mais ne réussissent pas à remonter le moral du garçon. Lorsque Sofia voit que son ami a l'esprit complètement ailleurs, elle perd patience.

— C'est bon là, ça suffit, debout ! Elle se lève de sa chaise et attrape les bras de son frère pour le redresser et l'enjoindre à se mettre sur ses pieds.

— Quoi ? Je suis censé resté couché, ronchonne Harry en tentant de se recoucher.

— Non non et non, là tu te morfond, ça ne sert à rien, assure Millicent en soutenant Sofia.

— Il est censé être alités les filles, annonce Drago en croisant les bras contre sa poitrine.

Les regards que les deux sorcières lui lancent lui enlèvent l'envie de soutenir Harry et il ne dit plus rien, bien trop effrayé. Sofia sort de son sac un CD et l'enfile dans la petite radio qui se trouve sur la table de nuit du survivant. Tandis qu'un air des Beatles commence doucement à se répandre dans la pièce, Sofia lève les bras au ciel et commence à sauter et danser. En voyant l'énergie de la métisse, Millicent ne se fait pas prier et commence à son tour à se trémousser, avant d'attirer Harry avec elle.

— Toi aussi, ajoute Sofia en attrapant la main de Drago pour qu'il les rejoigne.

Pendant quelques minutes, le monde disparaît pour les quatre amis. Harry laisse sa tête se balancer sur le rythme de la musique et ses pieds sautiller pour lui permettre de détendre ses épaules et son dos. Rapidement, il se met à rigoler de plus en plus fort, entraînant dans son fou rire Millicent, puis Drago, et enfin Sofia. A la fin de la musique, Sofia va appuyer sur un bouton et la musique cesse.

— La danse, c'est trop cool pour ne pas penser à la tristesse, indique-t-elle, essoufflée par l'effort.

Harry la prend dans ses bras, encore en train de rire, heureux qu'elle fasse partie de sa vie.

Ce soir-là pourtant, Harry commence une fois de plus à ressasser ce qu'il s'est passé durant le match de Quidditch. Il espère de tout coeur que personne ne se moquera de lui pour s'être évanoui à cause des détraqueurs. Il espère également qu'il n'est pas anormal d'entendre ses parents décédés durant ce genre d'expérience morbide. Car oui, le survivant comprend désormais que cette femme qui crie et prie pour sa vie est sa mère. Le rire est certainement celui de Voldemort. La dernière fois que Harry l'a entendu, celui-ci n'avait plus rien d'humain. Il frissonne et relève ses couvertures en dessous de son menton, sachant pertinemment que ce n'est pas le froid qui les provoquent.

Très rapidement, il repense également à cet énorme chien. Bien qu'il ressemble bel et bien au chien décrit dans le mythe du Sinistros, Harry n'est pas certain que ce soit cela. Hermione lui a bien spécifié, tout comme Drago, qu'il s'agit d'un mauvais présage, rien de plus. Il n'est pas doué de magie et ne peut pas provoquer la mort de quelqu'un. Mais d'où vient cet animal ? Comment a-t-il réussi à se hisser tout en haut des tribunes alors qu'elles ne sont accessibles qu'aux étudiants et aux professeurs ? Un animal à quatre pattes n'arriverait pas à se hisser si haut sans aucune aide.

Durant les deux nuits qu'il passe à l'infirmerie, Harry dort très mal. Il se réveille souvent en sursaut après un cauchemar et n'arrive pas à trouver le repos alors que tant de choses se bousculent dans sa tête. C'est pour cette raison que le garçon a la cicatrice est très content de recommencer les cours le lundi. Lorsque Pomfresh lui donne enfin la permission de sortir, il file immédiatement chercher ses affaires à Serpentards puis va prendre le petit déjeuner avec ses amis, pour pouvoir enfin réellement se changer les idées.

Retrouver l'agitation et le bruit de l'école lui redonne des forces et lui permet de retrouver un semblant de joie, ce qui réconforte quelque peu ses amis également. Durant le cours de potion, pour retrouver leur rivalité, Drago et Harry se lancent le défis de réussir la meilleure potion. Tout en donnant tout ce qu'il a pour réussir au mieux sa potion, Harry prend la peine de répondre aux questions de Ronald, qui s'est assis au banc à sa gauche. Hermione observe leur manège, tout comme Millicent, Drago et Neville, interdite. Le soudain rapprochement entre les deux garçons est étrange et perturbe beaucoup Drago, qui fait des remarques acerbes au rouquin.

A la fin de cour de potion, Harry et Drago se présentent devant Rogue et demandent laquelle de leurs deux potions est la plus réussie. Après un coup d'œil, Rogue indique de la main celle de Drago. Le blond sourit triomphalement et redresse la tête fièrement.

— Si tu n'avais pas passé tout ton temps à aider le Weasley, tu aurais pu gagner, annonce Drago en suivant Harry vers la sortie.

— Peut-être, mais il m'a demandé de l'aide.

Rogue écoute la réponse du survivant, estomaqué. Harry aide son prochain. Il hésite entre le fait de se dire qu'il s'agit d'une réunion touchante, ou que Harry perd son temps avec le roux, qui a un niveau bien plus bas que lui dans toutes les matières.

En arrivant devant la salle de Défense contre les forces du mal, Harry espère de tout coeur le retour de Remus Lupin. Il lance un regard dans la classe et soupire de soulagement. Il est bel et bien de retour. Bien qu'il soit présent, cela se voit que le professeur a été malade. Les cernes sous les yeux sont profonds et il a le teint encore plus pâle que d'habitude.

Aussitôt que la classe débute, de nombreuses voix s'élèvent pour protester contre leur dernier cours de défense.

Ce n'est pas juste, il faisait un simple remplacement, pourquoi nous a-t-il donné un devoir ?

On ne sait rien sur les loups-garous.

Deux rouleaux de parchemin !

Avez-vous dit au professeur Rogue que nous n'avions pas encore étudié ce chapitre ? demanda Lupin, les sourcils légèrement froncés. Le brouhaha reprend de plus belle.

Oui, mais il nous a dit qu'on était très en retard.

Et il ne nous écoutait pas...

Deux rouleaux de parchemin ! Le professeur Lupin sourit en voyant les visages indignés.

Ne vous inquiétez pas, je parlerai au professeur Rogue. Et vous n'aurez pas besoin de faire ce devoir.

Oh, non, dit Hermione, déçue. Je l'avais déjà terminé.

Le reste de la classe pousse un soupir de soulagement. Une fois de plus, le cour de défense est des plus passionnantes. Le professeur a apporté une grande cage de verre abritant un Pitiponk. Harry n'avait jamais vu cette créature et est bluffé. Il n'a qu'une patte, et ses bras et son corps semblent être des liens de fumées qui s'imbriquent les uns dans les autres.

— Cette créature attire les voyageurs vers les sols marécageux, expliqua le professeur Lupin. Avez-vous remarqué la lanterne qu'il tient à la main ? Il sautille sur sa patte, les gens suivent la lumière et...

Tandis que Harry range ses affaires pour sortir de la classe à la fin de l'heure de cours, il est interpellé par le professeur Lupin. Il lance un regard à Drago pour lui indiquer de l'attendre plus loin, puis s'approche du bureau de l'enseignant.

J'ai entendu parler du match, poursuit le professeur en rangeant ses livres dans son cartable, et j'ai été navré d'apprendre la destruction de votre balai. Y a-t-il moyen de le réparer ?

Non, répond Harry. Le Saule l'a cassé en mille morceaux. Lupin soupira.

Ils ont planté ce Saule cogneur l'année de mon arrivée à Poudlard. A l'époque, le grand jeu consistait à essayer de s'en approcher suffisamment pour toucher le tronc. A la fin, un garçon du nom de Dave Goujon a failli perdre un œil et nous n'avons plus eu le droit de nous en approcher. Un balai n'avait aucune chance de s'en tirer indemne.

Harry laisse un petit moment de silence planer, se décidant qu'il pouvait bien parler de façon franche avec ce professeur. Après tout, il peut peut-être bien le considérer comme son oncle, si Mary et Marlène sont ses tantes.

On vous a aussi raconté ce qui s'est passé avec les Détraqueurs ?

Oui, répondit Lupin. Je crois bien qu'on n'avait jamais vu le professeur Dumbledore aussi en colère. Ils ont du mal à tenir en place... Ils sont furieux qu'on leur refuse l'entrée dans l'enceinte de l'école... J'imagine que c'est à cause d'eux que vous êtes tombé ?

Oui, dit Harry. Une fois de plus, il ne sait pas jusqu'où il est correct de parler avec l'adulte en face de lui. Il connaît désormais son passé, mais pas vraiment la personne ! Pourtant, la question qu'il souhaite lui poser traverse ses lèvres malgré lui.

Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'ils me font cet effet-là ? Est-ce que je suis...

Ça n'a rien à voir avec une quelconque faiblesse, dit aussitôt le professeur Lupin comme s'il avait lu dans les pensées de Harry. Les Détraqueurs vous affectent plus que n'importe qui d'autre parce qu'il y a dans votre passé des horreurs qui n'existent pas chez les autres.

Un rayon de soleil se risque à l'intérieur de la salle tandis que Harry observe le visage de Lupin. Ses cheveux gris et ses rides lui donnent l'air bien plus vieux qu'il ne l'est réellement. Les épreuves de la vie l'ont forcé à vieillir plus rapidement. Harry se demande s'il sera pareil au même âge. S'il atteint cet âge.

Les Détraqueurs comptent parmi les plus répugnantes créatures qu'on puisse trouver à la surface de la terre. Ils infestent les lieux les plus sombres, les plus immondes, ils jouissent de la pourriture et du désespoir, ils vident de toute paix, de tout espoir, de tout bonheur, l'air qui les entoure. Même les Moldus sentent leur présence, bien qu'ils ne puissent pas les voir. Quand on s'approche trop près d'un Détraqueur, toute sensation de plaisir, tout souvenir heureux disparaissent. Si on lui en donne le temps, le Détraqueur se nourrit des autres jusqu'à les réduire à quelque chose qui lui ressemble, des êtres maléfiques, dépourvus d'âme. Celui qui subit son pouvoir ne garde plus en mémoire que les pires moments de sa vie. Et les pires moments de votre vie, Harry, suffiraient à faire tomber n'importe qui de son balai. Il n'y a aucune honte à ça.

Quand ils sont près de moi... Harry s'interrompt, sentant les larmes lui monter aux yeux. Il rompt le contact visuel et fixe la table.

...j'entends Voldemort qui tue ma mère, acheva-t-il, la gorge serrée.

Dans un juste d'une douceur infini, Lupin pose sa main sur l'épaule de son élève, tentant de lui transmettre tout le courage dont il dispose. Résistant à l'envie d'enlacer le professeur et de pleurer contre lui, Harry pince les lèvres.

— Harry, tout va bien se passer, lui promet le professeur en le regardant dans les yeux et en exerçant une légère pression sur son épaule, comme pour lui indiquer qu'il est présent.

— Merci, souffle Harry, en sentant finalement une larme couler le long de sa joue. Il voit le professeur sourire puis amorcer un geste pour le prendre dans ses bras. Harry se laisse faire et pleure silencieusement quelques minutes contre le torse de cet homme qui a si bien connu ses parents. Pourtant, il donnerait n'importe quoi pour qu'à la place de Lupin, ce soit Marlène qui le prenne dans ses bras à cet instant. Lorsqu'il le relâche finalement, Remus lui tourne le dos pour ranger un dernier élément dans son cartable sans rien dire, laissant un silence s'installer.

Pourquoi sont-ils entrés pendant le match ? demande Harry pour combler le blanc.

Ils commencent à avoir faim, dit Lupin en fermant son cartable. Dumbledore refuse de les laisser pénétrer dans l'enceinte de l'école, ils n'ont plus de proie humaine sous la main... Je pense qu'ils n'ont pas pu résister en voyant la foule rassemblée dans le stade. Toute cette excitation... ces émotions exacerbées... c'est l'idée qu'ils se font d'un festin.

Azkaban doit être un endroit horrible, murmura Harry. Dans un hochement de tête grave, Lupin confirme.

La forteresse est située sur un minuscule îlot au large des côtes, mais il n'y a même pas besoin de mur ou d'eau pour garder les prisonniers. Ils sont enfermés dans leur propre tête, incapables d'avoir la moindre pensée agréable. La plupart d'entre eux deviennent fous en quelques semaines.

Pourtant, Sirius Black a bien réussi à leur échapper, dit lentement Harry. Il relève les yeux pour regarder Remus et surprend dans son regard une once d'inquiétude.

Oui, dit-il en détournant les yeux de Harry pour ranger des bricoles sur son bureau. Black a dû trouver le moyen de les combattre. Je ne croyais pas que c'était possible... Normalement, les Détraqueurs vident les sorciers de leurs pouvoirs lorsqu'on les laisse trop longtemps en leur présence...

Mais vous, dans le train, vous avez réussi à faire partir ce Détraqueur, dit soudain Harry.

Il existe... certains moyens de défense dont on peut se servir, répondit Lupin. Mais il n'y avait qu'un seul Détraqueur dans ce compartiment. Plus ils sont nombreux, plus il est difficile de leur résister.

Quels sont ces moyens de défense ? demanda Harry. Vous pourriez me les apprendre ?

Combattre les Détraqueurs n'est pas ma spécialité, Harry... Bien au contraire...

Mais s'ils reviennent pendant le prochain match, il faut bien que je me défende…

— Tu es certain que c'est ce que tu veux, Harry, demande le professeur, semblant calculer la détermination de son étudiant. Harry opine de la tête, certain de sa demande. Il fait qu'il commence à pouvoir compter sur sa propre magie.

Bon... très bien, dit-il enfin. Je vais essayer de vous aider. Mais il faudra attendre le prochain trimestre. Il me reste beaucoup de choses à faire avant les vacances. J'ai choisi un très mauvais moment pour tomber malade.

Harry ressort de la salle content. Pourtant, les jours suivants ne lui permettent pas de regagner complètement son énergie. Premièrement, Serdaigle réussit sans problème à battre Poufsouffle et possède désormais de nombreux points d'avance sur les autres. Étant donné que Serpentard est également en bas de l'échelle, il est difficile pour Harry de garder le moral. Pourtant, il y parvient en se souvenant du deuxième point. Remus Lupin a accepté de lui donner des cours privés!

Pour la première fois, Harry va passer Noël avec sa nouvelle famille, ce qui l'enchante. Ses amis repartent également chacun dans sa famille afin de profiter des fêtes. Pour le plus grand bonheur de la majorité des étudiants, les enseignants annoncent qu'une deuxième sortie à Pré-Au-Lard est prévue le dernier week-end avant le début des vacances.

Harry a hâte de retourner dans le village sorcier. Il y retrouverait peut-être le chien avec qui il s'est lié d'amitié durant sa dernière visite. Cette fois pourtant, il décide de proposer à Ronald Weasley de l'accompagner avec ses amis.

— Un Gryffondor en plus, tu es sûr, demande Drago en faisant la grimace.

— Oui, il a aussi besoin de s'amuser, argumente Harry pour tenter de convaincre autant son ami que lui-même qu'il s'agit d'une bonne idée. Et pourtant, le blond ne semble toujours pas apprécier que le roux s'incruste.

— Qu'il vienne, mais s'il fait la moindre remarque je lui fais sa fête, grogne finalement Drago.

Le jour J, Harry, Drago, Millicent, Hermione, Neville, Sofia et finalement Ronald se mettent en route pour aller à Pré-Au-Lard. Une fois au village, Harry annonce à ses amis qu'il doit aller faire un tour de son côté. Drago insiste pour rester avec lui en comprenant que son ami veut retourner à la cabane hurlante pour voir si le chien est une fois de plus présent. Le survivant commence par protester, mais Sofia vient rapidement clore le débat.

— Rappelle-toi de ta promesse à Marlène, tu ne peux pas rester seul, donc si Drago vient pas, c'est moi qui t'accompagne, le menace-t-elle.

— Bien, bien, capitule le garçon à la cicatrice en levant les mains en signe d'abandon.

— A tout à l'heure, signifie Drago en entraînant Harry dans son sillage.

— Le chien, demande Drago en fourrant ses mains dans ses poches et son nez sous son écharpe.

— Le chien, confirme Harry en frottant ses mains gantées devant lui.

— Il t'a vraiment tapé dans l'œil, ricana Drago.

— Je pense, oui, il a un truc en plus, je sais pas ce que c'est, avoue Harry en haussant les épaules.

Le reste du trajet se fait en quelques instants et très rapidement, les deux amis arrivent devant la barrière qui se trouve non loin de la cabane hurlante. Une fois devant, Harry l'observe et ressent un frisson glacé lui parcourir l'échine. Pendant près de trente minutes, les deux amis attendent que l'animal apparaisse. Mais impossible de le voir. Une fois glacés par le vent d'hiver qui souffle froidement sur eux, les deux adolescents décident qu'il est l'heure de rentrer. Le nez enfoncé dans leurs écharpes, les deux amis prennent le chemin du retour. Ils retombent rapidement sur leurs amis, qui sortent du magasin de farces et attrapes. Aucun d'eux n'a envie de rentrer aux château, mais personne ne veut rester en extérieur non plus, si bien que la petite bande se retrouve rapidement à flâner dans la rue principale. Des décorations de noël sont installées sur plusieurs maisons, ce qui donne un air rustique mais heureux, au petit village.

— Allons au Trois-balais, propose Neville. Il se dirige vers l'établissement et ouvre la porte pour laisser passer ses amis. Harry lève les yeux. Les rues de Pré-au-Lard ressemblent à une carte postale, tout comme l'intérieur de ce pub. L'endroit est bondé, bruyant mais également chaleureux. Des décorations pour noël sont disposées ci et là et une délicieuse odeur de pain d'épice flotte dans l'air.

— Je vais chercher des choppes, annonce Ronald.

— Attends je vais t'aider, indique Millicent en le suivant.

Le reste de la petite troupe réussit à trouver un petit endroit où ils arrivent tous à s'asseoir entre le magnifique sapin de noël et une fenêtre. Pendant que tout le monde s'installe, Harry enlève son écharpe et s'empresse de prendre une place entre Sofia et Drago. Cinq minutes plus tard, Ronald et Millicent reviennent avec sept bières au beurre.

— Joyeux Noël, claironne le roux en levant sa chope. Tout le monde l'imite et répète après lui.

Harry boit une longue gorgée de bière au beurre et soupire de bien-être en reposant sa chope sur la table. Il regarde Sofia et sourit. Elle a de la mousse au-dessus des lèvres.

La porte du pub s'ouvre une nouvelle fois, permettant à la neige et au froid de s'engouffrer quelques secondes dans le lieux chaud et accueillant. Drago tapote le bras de Harry, qui redresse la tête et manque de s'étouffer. Là, les professeurs McGonagall et Flitwick entrent dans l'auberge suivi par Hagrid. Celui-ci est accompagné d'un petit homme qui porte un chapeau melon et porte sur ses épaules une cape à rayures. Sans une once de doute, Harry reconnaît immédiatement le ministre de la magie, Cornélius Fudge

Harry observe cet étrange groupe se diriger vers lui quand soudain, il voit Hermione tourner sa baguette sous la table. Il l'entend marmonner un sort lorsque soudain, l'arbre de noël qui se trouve proche d'eux se soulève délicatement du sol et se repose sans bruit juste entre la table ou les professeurs s'assoit et la table de Harry et ses amis.

— Pourquoi, demande Harry en se tournant vers Hermione.

— On ne sait jamais, pour être tranquille, dit-elle en haussant les épaules. Pour clore la discussion, elle boit un gorgée de bière au beurre.

Tandis que Sofia, Hermione et Millicent sont dans une grande discussion et que Neville et Drago discutent, Harry et Ron tendent l'oreille pour tenter d'entendre ce qu'il se dit à la table ou les professeurs se sont assis.

Le jus d'oeillet dans un petit verre ? dit une voix de femme.

Pour moi, répondit la voix du professeur McGonagall.

Quatre pintes d'hydromel aux épices ?

Ça, c'est pour moi, Rosmerta, dit Hagrid.

Sirop de cerise soda avec boule de glace et ombrelle ?

Miam ! dit le professeur Flitwick avec un claquement de langue.

Et le rhum groseille, c'est pour vous, Monsieur le Ministre.

Merci, ma chère Rosmerta, dit la voix de Fudge. Je suis ravi de vous revoir. Vous prendrez bien quelque chose avec nous ? Asseyez-vous donc.

Merci beaucoup, Monsieur le Ministre.

Harry lève les yeux au ciel, reconnaissant que chacune de boisson résume bien chacun des professeurs à sa façon. Alors que Harry détourne le regard pour se concentrer sur la discussion de Neville et Drago, Ronald lui tape le pied sous la table. Harry relève les yeux vers le garçon en face de lui et s'apprête à lui crier dessus lorsqu'il se rend compte que le garçon souhaite simplement attirer son attention.

—Quoi, demande froidement le serpentard en lançant un regard noir au roux.

— Ils parlent de Sirius Black, lance Ron.

Cette annonce interpelle toute la table, qui se tait soudainement pour écouter la table des professeurs.

Sirius Black, bien entendu, qui d'autre ? J'imagine que vous avez appris ce qui s'est passé à l'école le jour de Halloween ?

J'en ai vaguement entendu parler, reconnait Madame Rosmerta.

Vous avez raconté ça dans toute l'auberge, Hagrid ? dit le professeur McGonagall d'un ton exaspéré.

Vous pensez que Black est toujours dans le coin, Monsieur le Ministre ? chuchote Madame Rosmerta.

J'en suis certain, répond brièvement Fudge.

Vous savez que les Détraqueurs ont fouillé mon auberge deux fois ? reprend Madame Rosmerta, un peu agacée. Tous mes clients sont partis terrifiés... C'est très mauvais pour le commerce, Monsieur le Ministre.

Millicent met une main devant sa bouche. Pendant une seconde, Harry pense qu'elle est outrée par ce que le ministre fait vivre à la pauvre madame Rosmerta, mais cela ne dure pas. Il comprend rapidement qu'elle tente de réprimer son rire.

Ma chère Rosmerta, je n'aime pas plus les Détraqueurs que vous, répond Fudge, gêné, mais c'est une précaution nécessaire... C'est malheureux, mais c'est comme ça... Je viens d'en voir un, ils sont furieux contre Dumbledore parce qu'il refuse de les laisser entrer dans l'enceinte du château.

Il a bien raison, dit sèchement le professeur McGonagall, comment voulez-vous qu'on donne des cours avec des horreurs pareilles autour de nous ?

Très juste, très juste, couine le minuscule professeur Flitwick.

N'oublions tout de même pas qu'ils sont là pour vous protéger d'un danger encore plus grand, objecte Fudge. Nous savons tous de quoi Black est capable...

Je n'arrive toujours pas à le croire, dit Madame Rosmerta d'un air songeur. Jamais je n'aurais imaginé que Sirius Black prendrait le parti des forces du Mal... Je me souviens quand il était petit, à Poudlard... Si vous m'aviez dit à ce moment-là qu'il deviendrait ce qu'il est aujourd'hui, j'aurais pensé que vous aviez bu trop d'hydromel.

Vous ne connaissez pas la moitié de l'histoire, Rosmerta, dit Fudge d'un ton abrupt. Les gens ne savent pas le pire.

Le pire ? dit Madame Rosmerta d'un ton excité par la curiosité. Pire que d'assassiner tous ces malheureux

— Parce qu' il y a pire, demande Hermione, ne comprenant pas ou veut en venir le ministre.

— Sirius Black est mon parrain, avoue le survivant en comprenant que tout le monde serait au courant de cette information dans les prochaines secondes.

— Quoi, s'exclament la plupart de ses amis, qui ne connaissaient pas son lien avec le mage noir.

— Chut, s'exclama Drago en mettant un doigt sur sa bouche pour que tout le monde le laisse écouter la suite.

En effet.

Je n'arrive pas à le croire. Qu'est-ce qui pourrait être pire ?

Vous avez dit que vous vous souveniez de lui quand il était à Poudlard, Rosmerta ? murmure le professeur McGonagall. Et vous vous rappelez qui était son meilleur ami ?

Bien entendu, répondit Madame Rosmerta avec un petit rire. On ne voyait jamais l'un sans l'autre. Je ne compte plus les fois où ils sont venus ici... Ils me faisaient rire ! Ah ça, on peut dire qu'ils faisaient une belle équipe, Sirius Black et James Potter !

Harry sourit en repensant aux photos que Marlène lui a montré de son père et Sirius Black. Les deux garçons semblaient vraiment tenir l'un à l'autre.

Justement, reprit le professeur McGonagall. Black et Potter, les chefs de leur petite bande. Tous les deux très brillants, bien sûr – exceptionnellement brillants, en vérité – mais je crois que jamais aucun élève ne nous a causé autant d'ennuis que ces deux-là.

Je n'en suis pas sûr, dit Hagrid avec un petit rire. Fred et George Weasley peuvent également prétendre au titre.

Harry observe le sourire fière de Ron et sourit. Puis, il fronce les sourcils. A l'époque, son père et ses amis avaient l'aide de la carte du Maraudeurs et de la cape. Comment font les jumeaux pour ne jamais se faire prendre ? En y réfléchissant, il les retrouve toujours au bon endroit au bon moment. Mais ils ne peuvent pas avoir la cape puisqu'elle est en sa possession. Ses yeux s'ouvre légèrement en se rendant compte que les Weasley ont probablement l'aide de la carte pour faire leurs pitreries.

On aurait dit que Black et Potter étaient deux frères ! intervient le professeur Flitwick. Absolument inséparables !

Sans aucun doute, dit Fudge. Potter avait une confiance absolue en Black. Et c'était toujours vrai quand ils ont quitté l'école. Black était témoin au mariage de James et de Lily. Et c'est lui qui a été le parrain de Harry. Harry ne sait rien de tout cela, bien sûr. Vous imaginez l'effet que ça lui ferait ?

Harry prend une grande respiration pour tenter de se contrôler. Pourquoi les adultes croient toujours bon de lui cacher des choses ? Il baisse la tête et sourit. Heureusement, il a rencontré Mary et Marlène, qui lui ont longuement expliqué tout ce qu'il s'est passé durant les derniers mois avant la mort de ses parents. En revanche, il n'en a jamais parlé à ses amis qui vont probablement être bien surpris.

Parce que Black s'est associé à Vous-Savez-Qui ? chuchote Madame Rosmerta.

Encore pire, ma chère Rosmerta... Fudge baisse la voix, ce qui force les étudiants à se concentrer encore plus pour comprendre ce qu'il se dit.

Rares sont ceux qui savent que les Potter étaient parfaitement conscients d'être la cible de Vous-Savez-Qui. Dumbledore, qui luttait sans relâche contre le Mage noir, disposait d'un bon nombre d'espions fort utiles. L'un d'eux l'a mis au courant et Dumbledore a immédiatement averti James et Lily. Il leur a conseillé de se cacher. Mais comme vous vous en doutez, il était difficile de se cacher de Vous-Savez-Qui. Alors, Dumbledore leur a dit que le meilleur moyen, c'était d'avoir recours à un sortilège de Fidelitas.

Harry fronce les sourcils et relève légèrement la tête. Ses parents savaient qu'ils étaient visés, … mais comment ? Et surtout pourquoi ? Qu'est ce qui pouvait pousser Voldemort à vouloir surtout s'en prendre à James et Lily ?

Comment ça marche ? demande Madame Rosmerta qui semble passionnée.

C'est un sortilège d'une grande complexité, dit Flitwick d'une petite voix aiguë. Il s'agit d'un procédé magique destiné à cacher un secret au cœur d'un être unique. L'information est dissimulée à l'intérieur même de la personne choisie, qu'on appelle le Gardien du Secret. Le secret devient alors impossible à découvrir, sauf bien sûr si le Gardien décide de le divulguer. Ainsi, tant que le Gardien du Secret refusait de parler, Vous-Savez-Qui pouvait toujours fouiller le village où James et Lily Potter vivaient depuis des années, il lui était impossible de les retrouver, même s'il avait collé le nez contre la fenêtre de leur salon !

Alors, Black est devenu le Gardien du Secret des Potter ? murmura Rosmerta.

Bien entendu, répondit le professeur McGonagall. James Potter a affirmé à Dumbledore que Black aurait préféré mourir plutôt que de révéler où ils se trouvaient et que Black avait lui-même l'intention de se cacher. Pourtant, Dumbledore restait inquiet. Je me souviens de l'avoir entendu proposer à Potter de devenir lui-même le Gardien du Secret.

Il soupçonnait Black ? s'étonna Madame Rosmerta.

Il était persuadé qu'un proche des Potter informait régulièrement Vous-Savez-Qui de leurs déplacements, répondit sombrement le professeur McGonagall. En fait, il pensait depuis longtemps que quelqu'un nous trahissait en fournissant des renseignements à Vous-Savez-Qui.

Harry a un petit mouvement de recul et fronce ses nez et ses sourcils. Pourquoi ses parents avaient-ils autant confiance en Albus Dumbledore ? Comment est-ce que celui-ci savait que Black était le gardien du secret ? A quel point est-ce que le directeur était proche de ses parents pour leur prodiguer autant de conseils ?

Drago se déplace légèrement sur la gauche pour permettre à son épaule de toucher celle de Harry. A ce contacte, le survivant prend une grande respiration et souffle pour évacuer la pression. Il lance un regard à Drago pour lui signifier que tout va bien puis lui sourit, heureux qu'il soit présent.

Mais James Potter a insisté pour choisir Black comme Gardien du Secret ?

En effet, soupira Fudge. Et à peine une semaine après que le sortilège de Fidelitas eut été pratiqué...

Black les a trahis ? dit Madame Rosmerta dans un souffle.

Exactement. Black s'est lassé de son rôle d'agent double, il était prêt à se déclarer ouvertement partisan de Vous-Savez-Qui et il semble qu'il avait prévu de le faire au moment de la mort des Potter. Mais, comme nul ne l'ignore, le pouvoir de Vous-Savez-Qui a été détruit par le petit Harry Potter. Privé de sa puissance maléfique, terriblement affaibli, il était condamné à disparaître. Black s'est alors trouvé dans une situation très désagréable. Son maître tombait au moment même où lui, Black, montrait son vrai visage. Il n'avait donc plus d'autre choix que d'essayer de fuir à tout prix...

Misérable traître abject et répugnant ! s'exclame Hagrid d'une voix si forte que la moitié des clients interrompirent leurs conversations.

Chut ! dit le professeur McGonagall.

Je l'ai vu ! grogna Hagrid. Je dois être la dernière personne à l'avoir rencontré avant qu'il tue tous ces gens ! C'est moi qui suis allé chercher Harry dans la maison de James et Lily après leur assassinat ! Je l'ai tiré des ruines, le pauvre malheureux. Il avait une grosse plaie sur le front et ses parents étaient morts... Et voilà que Sirius Black apparaît sur la moto volante qu'il utilisait pour se déplacer. Je ne me suis jamais demandé pourquoi il était là. J'ignorais qu'il avait été le Gardien du Secret de James et de Lily. J'ai pensé qu'il venait simplement d'apprendre ce qui s'était passé et qu'il était aussitôt accouru pour voir s'il pouvait se rendre utile. Il était pâle et tremblant. Et vous savez ce que j'ai fait ? J'AI CONSOLÉ CE TRAÎTRE ASSASSIN ! rugit Hagrid.

Hagrid, je vous en prie ! proteste le professeur McGonagall. Parlez moins fort !

Comment pouvais-je savoir que ce n'était pas la mort de Lily et de James qui le bouleversait ? Tout ce qui lui importait, c'était le sort de Vous-Savez-Qui ! Alors, il m'a dit: « Donne-moi Harry, Hagrid, je suis son parrain, je m'occuperai de lui. » Seulement moi, j'avais reçu des instructions de Dumbledore et j'ai répondu à Black: « Non, Dumbledore a dit que Harry devait être confié à sa tante et à son oncle. » Black a essayé de discuter mais il a fini par abandonner. Il m'a proposé sa moto pour emmener Harry. « Je n'en aurai plus besoin, maintenant », m'a-t-il dit. J'aurais dû me douter qu'il y avait quelque chose de louche. Pourquoi me donner cette moto qu'il aimait tellement ? Pourquoi n'en aurait-il plus besoin ? En fait, elle était trop facile à repérer. Dumbledore savait qu'il avait été le Gardien du Secret des Potter. Black, lui, s'apprêtait à prendre la fuite cette nuit-là. Il savait que dans quelques heures, il aurait le ministère de la Magie aux trousses. Mais qu'est-ce qui se serait passé si je lui avais confié Harry ? Je parie qu'il l'aurait jeté à la mer depuis sa moto volante. Le fils de son meilleur ami ! Mais quand un sorcier passe du côté du mal, plus rien ne compte pour lui…

Bien que le discours de Hagrid soit très touchant, Harry ne comprend pas tout et n'est pas complètement d'accord avec Hagrid. Le fait de donner sa moto n'est pas signe qu'il est passé du côté du seigneur des ténèbres. Et il aurait clairement dû garder la moto pour s'enfuir, même sans Harry, s'il avait si peur que le ministre ne lui mette la main dessus. Sirius Black était à l'école avec James Potter depuis sa première année et a directement été son ami. Comment aurait-il pu abandonner son meilleur ami à son sort ? Une fois de plus, les méninges de Harry fonctionnent à tout régime.

Mais il n'a pas réussi à s'enfuir, n'est-ce pas ? demande madame Rosmerta avec une certaine satisfaction. Le ministère de la Magie l'a attrapé le lendemain !

Si seulement nous avions pu ! soupire Fudge avec amertume. Ce n'est pas nous qui l'avons retrouvé. C'est Peter Pettigrow, un autre ami des Potter. Fou de chagrin et sachant que Black avait été le Gardien du Secret des Potter, il s'est lancé tout seul à sa poursuite.

Pettigrow... C'était ce petit garçon grassouillet qui traînait toujours derrière eux ? dit Madame Rosmerta.

Il avait un véritable culte pour Black et Potter, dit le professeur McGonagall. Mais il n'était pas du tout à leur niveau. Il m'est arrivé d'être assez sévère avec lui. Vous imaginez à quel point je... je le regrette aujourd'hui. Harry hausse un sourcil en entendant la voix de la sévère McGonagall se casser.

Allons, Minerva, n'ayez pas de remords, dit Fudge avec sympathie. Pettigrow est mort en héros. Les Moldus qui ont assisté à la scène ont subi un sortilège d'Amnésie, bien sûr, mais d'autres témoins nous ont dit que Pettigrow a coincé Black et qu'il sanglotait en disant: « Lily et James ! Comment as-tu pu faire ça, Sirius ? » Il a sorti sa baguette magique, mais Black a été plus rapide. Il a réduit Pettigrow en miettes...

Un petit silence suit l'intervention du ministre. Puis, la professeure de métamorphose se mouche doucement et reprend d'une voix plus faible.

Quel idiot... Il avait toujours été très mauvais dans les combats en duel... Il aurait dû laisser faire le ministère.

Moi, je vous garantis que si j'avais retrouvé Black avant Pettigrow, je ne me serais pas embarrassé de baguette magique... Je l'aurais mis en pièces à mains nues... grogne Hagrid.

— Et ça lui ressemble bien, chuchota Drago en se penchant vers Harry, qui sourit.

Vous dites des bêtises, Hagrid, répliqua sèchement Fudge. Seule la brigade d'élite des tireurs de baguette magique aurait eu une chance face à Black. A l'époque, j'étais directeur du Département des Catastrophes magiques et j'ai été un des premiers à me rendre sur place après la tuerie. Je ne l'oublierai jamais. Il m'arrive encore d'en rêver. Il y avait au milieu de la rue un cratère si profond que les canalisations des égouts avaient éclaté. Des cadavres jonchaient le sol, les Moldus hurlaient. Et Black riait aux éclats devant ce qu'il restait de Pettigrow: une robe de sorcier ensanglantée et quelques fragments de son corps...

Les sept amis se regardent, ne sachant que dire. Beaucoup de choses ont été dites et la plupart sont encore en train d'analyser et essayer de comprendre ce qu'il s'est passé le soir de la mort des parents de Harry.

Et voilà toute l'histoire, dit Fudge d'un ton grave. Black a été emmené par vingt sorciers de la brigade magique et Pettigrow a été décoré de l'Ordre de Merlin, première classe, à titre posthume, ce qui a représenté, je crois, un certain réconfort pour sa pauvre mère. Depuis ce temps-là, Black a été enfermé à Azkaban.

Drago pousse un profond soupir. Comprenant qu'il pense à sa mère qui a vu sa sœur et son cousin se faire enfermer dans la prison sorcière, Harry lui donne un petit coup d'épaule. C'est au tour de Drago d'offrir un sourire réconfortant à Harry.

Est-il vrai qu'il est fou, Monsieur le Ministre ? Demande madame Rosmerta.

J'aimerais bien pouvoir vous répondre qu'il l'est, en effet, dit lentement Fudge. Je crois que la défaite de son maître lui a fait perdre le sens commun pendant un certain temps. Le meurtre de Pettigrow et de tous ces Moldus ne pouvait être que le geste d'un désespéré. Un geste cruel... inutile... J'ai cependant rencontré Black lors de ma dernière inspection à Azkaban. La plupart des prisonniers passent leur temps enfermés dans le noir à marmonner des paroles dénuées de sens... Mais j'ai été frappé de constater à quel point Black paraissait normal. Il m'a parlé d'une manière parfaitement raisonnable. C'en était même déconcertant. On avait l'impression qu'il s'ennuyait, c'est tout. Il m'a demandé très calmement si j'avais fini de lire mon journal et si je voulais bien le lui donner... Il regrettait de ne plus pouvoir faire de mots croisés ! J'ai été stupéfait de voir que les Détraqueurs avaient eu si peu d'effet sur lui. Il était pourtant un des prisonniers les mieux gardés. Des Détraqueurs étaient postés devant la porte de sa cellule jour et nuit.

Harry et Sofia se regardent soudainement. D'un commun accord, ils se promettent de retrouver le journal que Sirius Black a réussi à se procurer.

— Père m'a parlé de la visite de Fudge à Azkaban, c'était une semaine avant le retour à Poudlard, chuchote Drago en comprenant les non-dit entre les deux frères et soeurs.

Et qu'est-ce qu'il a l'intention de faire, à votre avis, maintenant qu'il est libre ? demande Madame Rosmerta. Mon dieu, Monsieur le Ministre, ne me dites pas qu'il essaye de rejoindre Vous-Savez-Qui ?

Malheureusement, je crois bien que c'est son... heu... son objectif final, répondit Fudge d'un ton évasif. Mais nous espérons bien le rattraper avant qu'il n'y parvienne. Car je dois vous dire que Vous-Savez-Qui, seul et sans amis, c'est une chose, mais rendez-lui son serviteur le plus dévoué et j'ai bien peur qu'il ne ressurgisse très vite des ténèbres... Il y a un petit bruit sur la table. Quelqu'un a reposé son verre.

Cornélius, si vous devez dîner avec le directeur, nous ferions bien de reprendre la direction du château, dit le professeur McGonagall.

Des bruits de capes et de chaises qui se poussent se font entendre et finalement, le Harry aperçoit le ministre et ses professeurs passer le pas de la porte tandis que madame Rosmerta repart en direction de son bar. Pendant quelques secondes un silence se fait.

— Achetons nos cadeaux de Noël et rentrons, propose Millicent en comprenant que personne n'a envie de prolonger le moment.

Le groupe d'amis finit son verre et passe rapidement dans quelques magasins, fait quelques achats et très rapidement, se retrouvent à retourner en direction du château. Pour le plus grand bonheur de Harry, aucun de ses amis ne semble vouloir lui poser des questions sur la discussion sur ce qu'ils viennent d'entendre. Une fois à l'intérieur, le survivant soupire de soulagement et enlève son écharpe, rapidement imité par Drago et Millicent. Le groupe se sépare, laissant Neville, Hermione et Ronald retourner à la tour Gryffondor. Harry, Drago et Millicent raccompagnent Sofia à la tour des Serdaigles, puis prennent enfin le chemin pour retourner à la salle commune des Serpentards. Sur le chemin, Harry remarque les jumeaux dans un coin, avec une espèce de parchemin entre les mains. Suite à la discussion qu'il a entendue cet après-midi, il est de plus en plus certain qu'ils ont la carte. Harry s'excuse auprès de ses amis et décide d'aller directement leur poser la question. Aussitôt que les deux rouquins aperçoivent le serpentard, ils rangent leur parchemins, l'air innocent.

— Hé Harry ! Comment tu vas ?

— Je vais bien et vous ?

— Super !

— Je voulais vous demander, est-ce que vous connaîtriez quelques passages secrets dans l'école ?

Les yeux des deux Weasley s'ouvrent comme des soucoupes. Harry sourit. Evidemment qu'ils en connaissent.

— J'ai remarqué que vous apparaissez souvent au bon endroit au bon moment, comme si vous saviez ou les gens sont… C'est quoi votre technique ?

— On a aucune technique, intervint Fred en levant les mains à la hauteur de son visage.

— On le jure, on ne connaît rien, renchérit George.

Harry regarde fixement les visages des deux jumeaux. Leurs oreilles ne virent pas au rouge et visiblement ils pourraient faire croire à n'importe qui qu' en effet, ils disent la vérité. Pourtant, Harry sait pertinemment que les sourires angéliques cachent des secrets. Pendant plusieurs jours, il a repensé à la carte des maraudeurs, celle que son père, son parrain, Remus Lupin et le pauvre Peter Pettigrow avait mise au point. Si en effet ils se la sont faite confisquer, Rusard devrait l'avoir dans son bureau. Pourtant, les faits et gestes des frères Weasley sont bien trop évident. Ils l'ont.

— Donc vous ne connaissez pas Lunard ? Queudver ? Patmol ? Ni même Cornedrue ?

Trop ébahis pour comprendre comment Harry Potter peut connaître ces noms, les deux jumeaux abandonnent leur jeu.

— Tu les connais, demande rapidement Fred, avide de nouvelles informations

— Qui sont ces gens, continue George, heureux de pouvoir poser ses questions.

— Montrez-moi la carte et je vous dirais, négocie Harry avec un sourire.

George regarde rapidement autour de lui puis indique à Harry de se rapprocher d'un doigt. Chacun des deux frères attrapent Harry par une épaule pour l'entraîner vers un endroit à l'abri des regards. Une fois certain que personne ne peut ni l' entendre ni les voir, Fred sort la carte et la tend à Harry.

— Si tu les connais si bien, tu dois connaître la formule, le teste George.

Harry grimage et tente de se rappeler de ce que Remus lui avait dit quelques semaines plus tôt. Il s'avoue vaincu et hausse les épaules devant les deux frères qui sont visiblement abattus.

— Comment tu peux connaître ces gens et l'existence de la carte, mais pas son mot de passe, s'indigne Fred en gardant la carte contre son buste.

— J'en connais les véritables propriétaires, confie le serpentard, mais ils ne m'ont jamais donné la formule…

Les jumeaux se regardent, décidant si Harry est digne de confiance ou non. Harry lui regarde la carte visiblement vierge qui se trouve entre les mains du roux. S'il n'arrive pas à l'avoir, Harry se dit que ce serait bien d'en parler à Remus, mais il a peur que celui-ci décide de la confisquer aux deux frères, puis de refuser de la lui remettre.

— Si je vous dis le nom de l'une des personnes qui a créé cette carte, vous me la porterez ?

— Comment on peut savoir que tu dis la vérité, demande Fred, sceptique.

— Je ne peux pas trop inventer ce genre de choses…

Une fois de plus, les deux Weasley échangent un regard lourd de sens.

— Balance, demande George en souriant.

Harry laisse un petit silence s'installer, presque heureux de voir les deux quatrième années pendus à ses lèvres. Il pousse un petit sourire et s'adosse au mur qui se trouve à sa gauche.

— Cornedrue, c'est James Potter, mon père.

— Wouaw !

— C'est dément !

Les exclamations de joie et de stupeur ne se font pas attendre et rapidement, les jumeaux l'inondent de questions pour mieux comprendre.

— Mais c'est quelque chose qui devrait t'appartenir alors, intervient soudain Fred en jetant un coup d'oeil vers George.

— Si vous en avez plus besoin, je la prend volontiers, sinon gardez-là, je sais que c'est ce que mon père aurait voulu, répond Harry d'un air détendu. Bien qu'il affiche un visage souriant, le brun a la boule au ventre. Et s'ils ne lui donnaient pas la carte ? Les deux frères sont certainement ceux qui ressemblent le plus à son père et ses amis à l'époque. Ils utilisent certainement la carte pour ne jamais se faire attraper et pour réussir leurs tours de passe passe.

Les jumeaux se lancent pour la troisième fois un regard et sourient.

— On connaît par coeur les passages et leurs formules maintenant… commence Fred

— Ne pas savoir où sont les gens va ajouter du piquant dans nos aventures, termine George en plaçant la carte devant lui.

Fred lève sa baguette et Harry a un petit mouvement de recul en pensant qu'il va la pointer dans sa direction. Les jumeaux ne semblent pas le remarquer tandis que Fred pointe la carte.

Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

Sur la carte commence à apparaître alors des points, des lignes et un bon nombre de mots que Harry regarde avec émerveillement. Tandis que l'encre noir recouvre la page comme une toile d'araignée, une plus grande inscription commence à prendre forme au centre.

"Messieurs Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue spécialistes en assistance aux Maniganceurs de Mauvais Coups sont fiers de vous présenter LA CARTE DU MARAUDEUR"

— C'est comme il me l'a décrite, murmure Harry en touchant le parchemin du bout des doigts, ne croyant pas en sa chance. Le jeune garçon est émerveillé autant par la magie utilisée pour fabriquer l'objet que par l'élégance et la beauté de ce que son père et ses amis ont réussi à concevoir.

Sous ses yeux se trouve désormais une carte de Poudlard. Il regarde avec ébahissement la finesse de l'écriture et les différents points minuscules qui se déplacent dans tous les châteaux. Au-dessus de chaque point se trouve écrit en lettres minuscules les noms de différentes personnes. Il remarque rapidement que Peeves se trouve dans la salle des trophées, Miss Teigne se promène dans le couloir des enchantements et que Dumbledore fait les cents pas dans son bureau.

— Les passages secrets …

— Certains passages mènent à Pré-au-Lard, indique Fred en lui montrant deux endroits sur la carte. Harry sourit en comprenant la façon dont ils réussissent à se procurer de la bierre au beurre si facilement.

— Il y en a sept en tout. Rusard connaît ces quatre-là, George tend la carte à Fred pour pouvoir pointer lui-même les endroits, mais on est sûrs d'être les seuls à connaître ceux-ci. Ne t'occupe pas de celui qui se trouve derrière le miroir, au quatrième étage. On l'a emprunté jusqu'à l'hiver dernier, mais il y a eu un éboulement et il est devenu impraticable. Celui-là, personne n'a dû l'utiliser vu que le Saule cogneur est planté juste au-dessus de l'entrée. Mais celui-ci mène dans la cave de Honeydukes. On l'a pris très souvent. Et tu remarqueras que l'entrée est située à l'endroit précis où se trouve la statue de la sorcière borgne.

— Incroyable, s'extasie Harry, les yeux brillants. Je peux vraiment la garder ?

— Tu nous a découverts, capitule Fred dans un sourire.

— Et puis c'est un peu ton héritage, ricane George en tendant la carte à Harry.

Les mains tremblantes, Harry attrape le parchemin sans le quitter des yeux.

— Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue, nous vous devons beaucoup, soupira George en tapotant la carte.

— C'étaient des hommes pleins de noblesse qui ont travaillé sans compter pour aider une nouvelle génération à violer les règlements, dit Fred d'un ton solennel.

— Exact, approuva George. N'oublie pas d'effacer la carte après chaque usage...

— Sinon, tout le monde pourra la lire, avertit Fred.

— Il suffit de lui donner un coup de baguette magique en prononçant la formule: « Méfait accompli ! » et le parchemin redeviendra vierge

Comme pour donner l'exemple, tout en parlant, George tapote sa baguette sur la carte. Immédiatement, celle-ci se transforme, ne laissant aucun signe qu'il s'agit en fait d'une carte magique qui indique les sorties et les personnes présentes dans le château.

Après avoir salué et remercié Fred et George, Harry retourne rapidement en direction de sa salle commune. Une fois arrivé il la traverse sans regarder qui est présent ou non et court s'enfermer dans son dortoir. Là, il prononce la formule magique pour ouvrir la carte et la déplie pour mieux l'observer. Il voit que Drago se trouve aux toilettes et que Millicent semble travailler à la bibliothèque avec Ginny. Cela surprend le survivant, qui se demande depuis combien de temps les deux jeunes filles se côtoient assez pour travailler ensemble. Harry reprend ensuite les passages secrets. Il retrace avec ses doigts ceux que Rusard connaît d'après les jumeaux, puis longe celui derrière la statue de la sorcière borgne. Enfin, il arrive à celui qui se trouve sous le saule cogneur. C'est ce passage là qui l'intéresse tout particulièrement.

— Harry ?

Drago entre dans le dortoir et ferme la porte derrière lui.

— Viens voir, l'invite Harry en lui laissant une place sur son lit.

— Les garçons ? Je me sens un peu seule là-bas, Millicent passe la tête par la porte et sourit innocemment. En voyant Harry se décaler pour lui offrir une place, elle se glisse dans le dortoir et vient se coller à Harry.

— Alors, vous voulez savoir où sont tous les passages secrets du château, demande fièrement Harry en sortant la carte de sa poche.

Sceptique, Drago regarde le simple bout de parchemin qui se trouve entre les mains de son ami.

— Ne me dis pas que c'est juste une carte…

— Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises, récite Harry avec un sourire. Comme il l'avait vu plus tôt, le château et ses habitants se révèlent.

— Par le caleçon de Merlin, murmura le blond en comprenant ce que son ami a entre les mains. Il y a des passages secrets pour sortir de l'école, tout le monde est là, s'égosille-t-il en comprenant que les points sont les membres de l'école.

— Bon sang, Potter,s'écrie Millicent en se penchant pour mieux examiner la carte, comment tu as eu ça ? C'est incroyablement puissant !

— Disons que c'est un héritage de famille, résume le survivant. Maintenant, suivez-moi, il y a un passage secret qui mène directement aux cuisines.

Les trois amis se lèvent d'un bond et se précipitent dans les couloirs du château. Harry trouve le passage et s'y introduit, rapidement suivi par ses amis qui sont émerveillés par le pouvoir que leur ami détient entre ses mains. Une fois l'estomac bien rempli, Harry pointe du doigts d'autres passages secrets et lance un regard malin à Drago et Millicent. Ils passent le reste de la nuit à explorer les couloirs secrets, riant et essayant de ne pas se faire repérer par Peeves.

Le lendemain, en début d'après-midi, Harry ouvre la carte pour savoir où se trouve Millicent et la rejoindre. Drago à ses côtés, il marche tout en scrutant la carte. Pendant quelques secondes, les deux amis cherchent avec attention sur la carte. Soudain, le visage de Drago se fige sur un point. Harry ne s'en rend pas compte immédiatement et indique du doigt le nom de Millicent, qui se trouve sans surprise dans la bibliothèque.

— Harry, dit Drago, blanc comme un linge, est-ce que la carte peut être dysfonctionnelle ?

— Je ne pense pas, Remus m'a dit que la carte ne ment jamais, répond rapidement Harry en suivant un passage secret du doigt. Pourquoi ?

— Parce qu' il est censé être mort, murmura le blond en pointant un doigt du doigt.

A côté des noms de Ronald et Ginny, dans la tour de Gryffondor, en lettre minuscules est écrit avec soin "Peter Pettigrow"