April et les tortues ninja
Chapitre 4
«Non… Mon fils, que t'ont-ils fait?» Les pleurs de Splinter étaient insoutenables pour April O'Neil qui restait là, témoin de son propre massacre après l'explosion de sa bombe à fragmentation dans le repaire des mutants. Dans sa poitrine, son cœur se serra d'inconfort face à cette situation malaisante et presque malsaine. Elle était l'auteur de leur malheur et elle restait là, à les aider comme pour ce faire pardonner l'impardonnable pour ça bonne conscience.
Mais il fallait qu'elle se ressaisis, et qu'elle laisse sa culpabilité de côté pour le moment, elle avait une tortue mutante à soigner. Se reprenant en main, elle installa Donatello sur plusieurs couvertures et coussins puis aida Splinter à se remettre sur le canapé en surveillant de près ces blessures. Le rat était devenu bien silencieux depuis, observant l'humaine recoudre les multiples plaies au bras droit de son fils au bandeau violet toujours inconscient.
Contrairement à ce qu'elle avait pu imaginer lorsque Splinter lui avait parler de tortue mutante, celle qu'elle avait sous les yeux était bien différente. Une carapace dans le dos, un plastron, une peau verte, des écailles et pourtant, il n'était en rien effrayant ou repoussant contrairement à ce qu'on pourrait croire en lisant ce genre de description. Un corps svelte humanoïde doté d'une musculature en harmonie avec son gabari, reflétant qu'il pouvait protéger ceux qu'ils aimaient grâce à son bâton. Même si pour le moment, c'était difficile à l'imaginer dans son état…
Silencieusement, April passait délicatement un coton pour essuyer le sang de ses blessures avant de les désinfecter et de les bander. Tout son bras droit était en charpie et cassé, il devra porter une écharpe d'immobilisation le temps que son os se reforme de lui-même. Elle passa ensuite à son visage endormis ou une cicatrice était particulièrement imposante, traversant sa tempe jusqu'à sa joue, son bandeau violet souillé de sang à ce niveau. Pour ne pas risquer de le réveiller, elle retira lentement ses lunettes de vue qu'elle posa sur le côté pour atteindre plus facilement sa blessure à soigner. Son souffle était irrégulier, mais il était moins agité que lorsqu'elle avait fait son bandage à son plastron brisé.
April ne pouvait pas empêcher son instinct de scientifique de l'analyser en détail, se demandant comment son organisme fonctionnait, quel genre de mutation il avait été soumis, etc. Elle attrapa ensuite un vieux tissu qui était posée là et enroula le bras cassé de la tortue pour en faire une écharpe de soutient afin que son bras ne repose pas sur son propre poids. Puis elle fut sortie de sa rêverie lorsque Splinter brisa le silence.
«Je te remercie, April, de nous avoir sauvés tous les deux.» Remercia le vieux rat d'une voix sincère en posant sa patte sur son ventre blessé, maintenant que l'état de Donatello s'était stabilisé. April jeta le coton souillé puis banda la tête du mutant avant de se relever pour venir se laver les mains couvertes de sang au lavabo.
«Je ne pouvais pas vous laisser comme ça.» Répondit-elle en frottant ses mains, l'eau se teintant de rouge au fond de l'évier. Ressentant une certaine tension dans la voix de l'humaine, Maître Splinter changea le ton de sa voix en quelque chose de plus sérieux.
«Comment nous as-tu trouvés?» Les yeux plissés, il attendit sa réponse avec méfiance. C'est vrai, comment se faisait-il, qu'une jeune humaine soit dans ce quartier abandonné pile au moment où leur repaire explose?
La gorge nouée et les mains tremblante, April s'arrêta dans ses mouvements et coupa le robinet. Elle ne savait toujours pas de quoi ces mutants étaient capables et s'ils étaient amicaux ou non. Après tout, ils avaient toujours été maltraités par la race humaine depuis leur arrivé ici avec les expériences qu'ils avaient subi dans le laboratoire de Stockman. S'ils apprenaient qu'elle travaillait pour ce même homme et qu'elle avait fabriquée cette bombe, elle n'osait imaginée le sort qui lui était réservé.
Mais… je ne veux pas leur mentir. Pensa-t-elle en fermant les yeux.
«Je…» Commença-t-elle en se retournant face au rat allongé dans le canapé, les yeux se baissant vers le sol en cherchant les mots qu'elle allait utiliser pour expliquer la situation.
«Argh…» Puis Donatello se mit à gémir et rompu cette atmosphère pesante.
« Donatello, mon fils, tu es réveillé!» S'exclama Splinter de joie en retrouvant un sourire rassuré, la discussion avec April mise de côté pour le moment.
Au sol, la tortue mutante émergea d'un sommeil inconfortable, la douleur agissant comme une piqure de rappel de ce qui venait de leur arriver. Sifflant entre ses dents en posant une main sur son plastron brisé, il regarda autour de lui comme s'il recherchait quelque chose. Puis il posa ses yeux dorés méfiant sur l'humaine qui venait de leur sauver la vie, se redressant sur un coude pour moins se sentir vulnérable.
«Maître, vous allez bien?» Demanda-t-il à son père en se retournant vers lui et en posant une main sur sa patte, inspectant les bandages qu'on lui avait fait. April était surprise que ce fameux Donatello ait une voix aussi agréable, même si les regards méfiants qu'il lui lançait lui donnait froid dans le dos…
«Je vais bien mon fils, maintenant que tu es là, je vais mieux.» Lui assura Splinter avec tendresse en tapotant le dos da sa main pour regarder ensuite April avec remerciement,Donatello suivis son regard.
«Qui êtes-vous, pourquoi vous nous aidez?» Demanda-t-il, en la regardant droit dans les yeux, les arcades froncées qui ne la laissa pas impassible.
«Je-Je suis April!» Répondit-elle dans la surprise en s'avançant d'un pas mais regretta instantanément lorsqu'elle vit que la tortue se tendis à son approche.
Il a… peur de moi? Pensa-t-elle dans la surprise, un aussi grand mutant musclé comme lui avait peur d'une frêle humaine? Face à ce constat, April se senti mal à l'aise.
A quoi je m'attendais, je suis une étrangère pour eux. April détourna le regard d'un air triste.
«Je suis désolée pour ce qui vous est arrivés…» Commença-t-elle d'un air sincèrement désolé avant de poursuivre.
«Je vais vous laisser tranquille et je ne dirais rien à si vous avez un jour à nouveau besoin de moi, je vous ai laissé mon numéro. Appelez et je viendrais.» Dit-elle d'un sourire qu'elle espérait convaincant, malgré les regards interrogateurs des deux mutants redressés puis elle s'en alla en prenant garde de ne pas trébucher sur les débris sur son passage.
Elle pouvait sentir leurs regards insistants dans son dos mais ne se retourna pas pour autant. D'un air abattu, elle rentra dans son minuscule appartement et se laissa tombée en avant droit dans son lit dans un soupir. Cette journée était vraiment étrange et épuisante. Elle avait fait explosée une jonction d'égout, rencontrer un rat et une tortue mutantes qu'elle a soignée puis laissée sans un regard en arrière comme si tout était normale.
J'aurais dû faire plus… Se dit-elle d'un autre soupire avant que son téléphone ne vibre dans sa poche.
D'un rebond, elle se redressa en position assise et regarda avec hâte la notification dans l'espoir qu'il s'agissait des mutants. Son expression changea radicalement quand elle lut un message de Baxter Stockman qui lui demandait ou elle en était avec les recherches dans le laboratoire de fortune de leurs ennemis.
Nos ennemis… April fronça les sourcils avant de jeter son téléphone dans son lit et retomba en arrière pour fixer intensément son plafond comme s'il s'agissait de cet affreux personnage.
«Stockman.» La voix grondante, elle resserra ses poings avant de s'imaginer toutes les choses horribles qu'elle voulait lui dire en face. Lui dire qu'elle n'était pas d'accord avec sa façon de récolter des fonds pour ses expériences, la façon dont il l'a utilisée pour créer une arme, la façon qu'il a employé pour se débarrasser de ses propres cobayes soi-disant gênants. D'un hoquet de surprise, April se redressa à nouveau en regardant frénétiquement autour d'elle.
«Les mutants!» Dit-elle à voix haute avant d'attraper son téléphone dans la panique et de se dépêcher de répondre au scientifique tordu.
Si je ne rapporte rien du laboratoire, Baxter va se demander ce que j'y cache et voudra aller lui-même chercher des informations, il pourrait alors les trouver et les enfermer à nouveau. Je dois absolument trouver une excuse. Se dit April pendant qu'elle pianota rapidement une réponse avant qu'il ne se rende compte de quelque chose.
Je vous apporte tout ce que j'ai trouvé demain soir. Répondit-elle par message avant de l'envoyer et de soupirer pour évacuer son stress, espérant ce soit suffisant.
Ne me déçois pas. C'est le seul message qu'elle reçut en retour, une terrible menace planant derrière ces quelques mots seulement.
Elle n'était qu'une jeune femme ordinaire, tout juste diplômée de l'université scientifique de Brooklyn, pleine d'espoir pour son avenir au sein de l'entreprise T.C.R.I., dirigée par son idole. Mais ses rêves se sont écroulés lorsqu'elle a découvert que cette figure qu'elle admirait tant était en réalité corrompue, guidée par des projets sombres et malveillants. Sans s'en rendre compte, elle avait été entraînée sur ce chemin obscur. À présent, elle avait des erreurs à réparer et une vérité à révéler au grand jour. Le chemin serait long, semé d'embûches, mais elle avait désormais un objectif et rien ni personne ne l'empêcherait d'accomplir ce qui est juste.
Mais avant tout, une bonne nuit de sommeil s'imposait. En quelque seconde à peine, elle s'endormit sous le poids de ses heures passées à stresser et à découvrir de nouvelles choses inattendues.
…
Le lendemain, April se rendit à nouveau dans les égouts là où elle avait laissée Splinter et Donatello. Mais lorsqu'elle arriva sur les lieux, ils avaient totalement disparu, laissant derrières eu un bandage taché de sang séché. Le cœur se serrant dans sa poitrine, la crainte qu'ils aient eux aussi été capturés, pesa sur sa conscience en plus de ce qu'elle avait commis. Si par sa faute ils avaient été faits prisonniers, elle ne se le pardonnera jamais.
Balayant son regard aux alentours, April décida de les chercher, se perdant dans les immenses égouts de New York. Avec l'aide de la lumière de son téléphone, elle éclaira les eaux grises qu'elle traversait en se bouchant le nez, l'eau montant jusqu'à ces genoux. L'infime espoir qu'ils étaient là, quelque part, la poussait à continuer jusqu'à la fin de la journée. Aucune trace d'eux, pas un bruit, pas un son, c'était le flou total. Avait-elle imaginé tout ça?
…
Une fois de retour dans la tour de T.C.R.I., April O'Neil avait bien l'intention de mettre toute cette histoire au clair. Splinter avait parlé de trois autres tortues mutantes faites prisonnières dans ce même immeuble, elle avait pour objectif de trouver leurs cellules et de les délivrer. Le problème, c'est qu'elle venait à peine d'entrer dans l'entreprise et n'avait donc accès qu'à certains endroits restreint alors elle devait se contenter de simple repérage.
Marchant dans ce grand couloir immaculé, elle longea le mur droit pour observer de plus près le système de sécurité et tenta un code au hasard sur le boitier avant qu'un voyant clignote au vert et que la porte se déverrouille. Surprise que ce soit aussi simple, elle ouvrit prudemment la porte en regardant autour d'elle avant de jeter un œil à l'intérieur de la pièce sans fenêtre.
April lâcha un hoquet de surprise lorsqu'elle posa les yeux sur une silhouette au fond de la pièce. Donatello était là, assis en boule au fond de la pièce et redressa doucement la tête vers elle pour lui lancer un regard accusateur. Au même moment, une alarme retentit et Stockman suivit de sbire scientifique arrivèrent pour la prendre en flagrant délit.
«O'Neil, je savais que je ne pouvais pas compter sur toi, ton père serait très déçu.» Plein de mépris, Baxter ordonna à ses hommes de l'attraper et de la jeter dans la sixième cellule vide qui n'attendait qu'elle.
«Non! Lâchez-moi!» S'écria-t-elle en se débâtant violement, mais en vain. Lui tenant fermement les bras, deux hommes l'empêchaient de bouger alors que le scientifique s'approcha d'elle en tenant une seringue contenant un sérum vert.
«Tu tombes à pic, il me fallait un cobaye humain.» D'un rire diabolique, Stockman lui injecta du mutagène dans le cou et recula de quelque pas par précaution.
D'un cri de douleur, April se transforma en tortue mutante sous les yeux mesquin de son patron qui se délectait de sa souffrance.
Puis…
April se réveilla, relevant la tête de son bureau d'un petit ronflement, l'esprit encore embrumé par cet étrange rêve. Les cheveux ébouriffés, elle leva les yeux vers son collègue qui venait de lui apporter une tasse de café bien chaud, attendant là et la dévisageant.
«Bien dormi la marmotte?» Lui demanda l'homme en face d'elle qui devait avoir la trentaine, une barbe courte et des yeux bleus perçant avec des cheveux foncés long jusqu'aux épaule. Il portait un débardeur bordeaux et une blouse blanche comme tous ses autres collègues avec un badge où était écrit: Jones, chercheur en ADN. Passant sa main sur son visage encore endormis, April se redressa en posant les mains à plat sur son bureau en bordel avant de prendre une grosse gorgé de son café que son collègue venait de déposer.
«Merci, j'en avais vraiment besoin.» Dit-elle après une grande inspiration, son regard trouble cherchant quelque chose dans les tas de feuilles éparpillés.
«Ta fait la fête hier soir ou quoi?» Se moqua son collègue scientifique en posant une main sur sa hanche tout en savourant son propre café.
Non, j'ai juste passée ma soirée à marcher dans les égouts à la recherche de deux mutants blessés qui sont poursuivis par notre patron. Pensa-t-elle sarcastiquement avant d'enfin mettre la main sur son maudit téléphone caché sous une pile de paperasse.
«Ouais on peut dire ça.» Répondit-elle vaguement en regardant les dernières notifications sur l'écran dans l'espoir qu'un numéro inconnu lui demande son aide, mais rien, a son plus grand désespoir. Soupirant de façon exagérer elle passa ses mains sur ses cheveux pour les mettre en arrière.
«Monsieur Stockman n'est toujours pas rentré?» Demanda-t-elle ensuite en levant ses yeux verts vers l'homme qui se tenais toujours là comme s'il attendait quelque chose. Baxter était parti en voyage depuis deux jours déjà, n'ayant prévenu personne, April était inquiète qu'il se doutait de quelque chose.
«Nop.» Sa réponse était courte mais sa suffisait à April qui se perdit dans ses pensées, la fatigue ayant creusé des cernes sous ses yeux.
«Dis-moi, O'Neil.» Commença le trentenaire en exagérant son ton quand il prononça son nom, la regardant lentement de haut en bas. Il se pencha vers elle en posant sa main sur le bureau pour que seul elle entende ce qu'il avait à lui demander. Cette approche audacieuse commença à inquiéter la jeune femme qui se fit tout de suite les pires scénarios. Était-il au courant pour la bombe à fragmentation? Ou même les mutants? Après tout, il travaillait aussi ici, comment ne pouvait-il pas être au courant.
« Ça te dirais de venir boire un café avec moi ce soir, juste tous les deux?» Dit-il d'une voix enjôleuse en levant les sourcils pour donner sa meilleure expression possible, un sourire en coin invitant. April se pinça les lèvres car elle avait envie d'exploser de rire après cette demande des plus inattendues. Elle n'avait jamais vue quelqu'un la draguer de cette façon avec aussi peu de retenue.
«Hum…» Commença-t-elle en baissant le regard vers la main posée sur son bureau, celle-ci étant sur un dossier qu'elle avait volée dans le bureau de Stockman. S'il le voyait, elle aurait de gros problème s'il en parle à leur patron et alors son plan de sauvetage des trois tortues sera impossible.
«D'accord! » Dit-elle rapidement posant ses mains sur la sienne d'en l'empressement, cachant ainsi le dossier juste en dessous et détournant son attention vers elle.
Surpris par sa surréaction, il pensa qu'il avait sous-estimé l'étendue de son pouvoir de séducteur. Prenant l'une de ses mains dans la sienne, il se permit de déposer un baisser sur le dos de celle-ci avant de lui faire un clin d'œil et de sortir de la petite pièce qui était son bureau.
«18h je suis ici!» S'exclama-t-il d'un sourire charmeur en pointant son index dans sa direction avant de secouer ses cheveux soyeux et de disparaitre dans le couloir.
«Pfiouuuu!» Souffla-t-elle de soulagement en s'effondrant sur son bureau, les bras étendus devant elle. Il fallait qu'elle fasse vraiment plus attention à ce qu'elle faisait, il était question de vie ou de mort. Cependant, elle avait un gros problème à gérer en plus des autres.
Jones. Pensa-t-elle, blasée maintenant qu'elle devait faire attention à lui et faire comme si de rien était.
…
A suivre…
