Failures

N°055


Merosmé avait dû prendre l'habitude de partir sur de longues périodes, sans la présence réconfortante de son époux à ses côtés. Imposant entre eux une insoutenable distance, à chaque mission qui ne concernait que sa seule personne.

Cela arrivait bien trop souvent à son goût.

Merosmé avait dû prendre l'habitude de retrouver son compagnon, en déficit dramatique de sommeil, à chacun de ses retours. Des cernes immenses dévorant son visage marqué par les familières âpretés de la solitude. Qu'il entrainait d'office dans un lit confortable, pour un rattrapage décent quitte à chasser les cauchemars qui continuaient parfois de survenir.

Pour cette fois-ci, Lana l'avait prévenu en amont de la méforme physique de Theron qui avait récupéré une maladie de saison. La Seigneur Sith râlant à peine quand il lui avait indiqué vouloir se rendre auprès de son époux, afin de rendre utile comme il le pouvait. Et non, il ne culpabilisait pas d'avoir abandonné sa moitié à ce sort malheureux quand personne n'était là pour forcer cet idiot de Républicain a déposé son bloc de données et à se reposer, un peu.

Ouvrant le sas de l'appartement de Coruscant, pour déboucher dans le corridor de l'entrée qui se trouvait plongé dans un inattendu noir complet. Parce que cela impliquait soit que son intenable compagnon se trouvait au-dehors dans son état catastrophique, soit qu'il se trouvait déjà allongé, à se remettre de son infection.

Si Theron s'était ainsi résolu, ça impliquait quelque chose de grave et cela n'apaisait en rien les inquiétudes qui le suffoquaient, alors qu'il poursuivait sa progression au travers des différentes pièces qui composaient l'appartement. Prenant soin de ne buter sur nul objet, ni nulle chose à sa route précautionneuse.

Ne voulant pas troubler le repos de son époux.

Dans quel état allait-il retrouver Theron ? Dans quel état avait-il osé abandonner son idiot de Républicain qui ne prenait jamais suffisamment soin de lui ?

Repoussant ses craintes, Merosmé posa un regard attentif à l'intérieur de leur chambre. Une forme imposante s'était taillée un nid des couvertures alentours. S'y pelotonnant au point que son envahisseur peina à en trouver un point d'accroche, où tirer pour s'introduire à son tour, en délicatesse au sein du duvet réconfortant qui portait la trace ophtalmique de son époux.

Theron soupirant de satisfaction dans son sommeil, lorsque le Seigneur Sith vint se plaquer au contact de son dos. L'étreignant étroitement en un état des lieux minutieux, notant la fatigue attendue qui alanguissait son compagnon. Le froncement de ses sourcils qui témoignaient de persistance de la douleur, malgré les médicaments récemment pris. Notant l'aspect blafard de cette peau à la teinte habituellement hâlée, touchant un front resté chaud d'une fièvre toutefois amoindrie.

« Mero… Souffla fort bas son mari, papillonnant des paupières.

_Chut… Excuse-moi. Repose-toi… Je suis là. Je ne vais plus nulle part…Repose toi, mon Amour. »

Son compagnon eut un hochement de tête négatif, essayant à nouveau d'ouvrir la bouche pour prendre la parole, alors :

« A-atten… il f-faut…

_Dors. Nous discuterons plus tard,… »

Face à l'entêtement de son Seigneur Sith de mari, Theron se résolut malgré lui à se recoucher complètement afin de bénéficier de la chaleur de son colocataire de couvertures. Maintenant un instant leur position, pour venir chercher une de ses mains, et la glisser sous son sweat, jusqu'à son ventre nu avec une fracassante incertitude.

Merosmé pliant à ce caprice soudain de son compagnon, retrouvant la dureté musculaire moite de cet épiderme familier, sous ses doigts appréciateurs. Savourant ce contact entre eux après des jours, des semaines d'absolue solitude. Approfondissant leur lien, puisant dans la Force afin de retrouver ces témoignages bruts de son agent, partout aux alentours.

Cette cadence étonnamment précipitée au torse ferme, s'apprêtant à ronchonner contre ce refus de coopérer à sa remise sur pied, mais autre ch-…

Hé -hhé…?

Theron alla à se raidir contre lui, comprenant qu'il commençait à percuter.

« Ca…te dérange… ? » Murmura son époux, qui semblait lui, définitivement au courant.

Une seconde pulsation cardiaque infime, se fit ressentir sous les deux mains entrelacées. Que le Seigneur Sith n'avait jamais rien perçu de pareil, auparavant. Quelque chose habitait dans son mari, une présence qui s'affirmait davantage au fur et à mesure de ses recherches.

Un…parasite ?

Pas un alien. Un truc dont il était en partie impliqué à la signature de l'aura. L'autre coupable paraissant s'inquiéter de son complet silence. Mais écoute, idiot de Républicain, Merosmé accusait le coup pour la première fois de son existence.

Rendu muet de stupeur.

« Cob-bien… ? Depuis combien, de temps… le s-sais-tu ? Parvint-il à formuler, laborieusement.

_Quelques jours à peine, en me rendant au centre de soin… Je suis à trois mois… »

Digérant ce fait, le Seigneur Sith se résolut à aborder le point délicat :

« Et que veux-tu,…faire ? »

Theron fixait le matelas, avec un féroce embarras qui colorait ses tempes. Maintenant son dos seul, à l'attention patiente de son compagnon.

« Je voudrais le garder… Qu'on continue de faire équipe. Si t'es d'accord, Mero… »

Un instant, il est toujours la Furie de son Empereur, qui massacre ses lignes. Terrorise ses âmes fragiles et chasse les familles qui font la terrible erreur de le défier de leur bonheur irrespirable. Qu'il chasse en premier l'élément femelle et les rebus sous l'attention de l'alpha, immobilisant celui-ci en dernier. Etripant alors les êtres fragiles, aux regards impuissants de leurs parents qui s'effondrent mollement, sans plus de volonté de lutter.

Par les Etoiles, il en a tué quantité d'enfants.

Il n'a rien à faire, ici.

Sauf que. Merosmé voulait le bonheur de Theron, quitte à se concentrer sur ce détail. Son mari avait une présence au fond de lui, qui écoperait d'une part importante des traits charmants de celui-ci. Suffisant pour contrer tout le mal qu'il pourrait apporter de son côté au résultat final ?

Il l'espérait.

« A ta convenance. Mais il est hors de question que ce rejeton, devienne un Sith. »

Son compagnon se retourna aussitôt vers lui, trouvant son regard hanté.

« Arrête de te considérer aussi durement, Mero. » Gronda-t-il, ronchonnant de cette mauvaise habitude de son mari, à se fracasser.

N'acceptant de se recoucher contre lui, que lorsqu'il fut assuré que le message fut correctement transmis à sa moitié. Qu'ils avaient le temps encore, de se faire davantage à cette idée. De savoir comment partager cette excellente nouvelle à ceux qui importaient.

« Reste que,… Ce serait bien, si notre enfant héritait de tes yeux… »