Le lendemain, les doux effluves de leur nuit passée semblait toujours imbiber leur chambre. Après les tensions de ce dîner en haut lieu, un peu de douceur avait été bienvenu. Et cette nuit, ils s'étaient enfin retrouvés, pleinement. Après tant de reculs, de refus, de non-dits et de blessures. Et vu le soupir de satisfaction d'Antoine à l'entente de son réveil, cela avait fait du bien…
7h. Il était 7h. A côté de lui, il n'y avait personne et le commissaire entendait déjà du grabuge dans le salon. Pour une fois, Candice était matinale!
«Salut, sourit-il en jogging en coulissant la porte, les cheveux ébouriffés par le sommeil.
La blonde releva la tête, les mains prises par quelques post-it.
- Salut, répondit Candice tout sourire.
Et le brun entendit sa fille souffler, assise à côté de sa belle-mère en pyjama.
- Dis-donc, t'es déjà levée ma chérie…
- Oui… Le sèche-cheveux, grimaça-t-elle. Mais comme ça j'aide Candice…
- Et qu'est-ce que vous faites?
- Le plan de table.
- Celui que ta mère avait fait, c'était pas possible Antoine. Attend, elle a classé tous les invités par âge! On était même pas à côté, franchement…
- Sérieux? s'étonna Antoine en avisant les emplacements de chacun avec dépit.
- Et moi, j'étais avec des enfants que je connais même pas, bouda Suzanne.
- Le fils d'un de tes copains, et la fille de Fred.
- Mais je veux être à côté des jumeaux, moi!
- Oh la la… soupira Antoine de désolation. Attends mais elle a fait un Renoir face à un Dumas à chaque fois?!
- Bien sûr! Alors que bon, techniquement on est quand même censé se marier et donc, accessoirement, se mélanger hein.
- Bah oui… Non mais je dois récupérer Suzanne chez elle ce soir, j'en profiterai pour lui en toucher deux mots parce que c'est pas possible là…
- Moi aussi je lui dirai, bouda la petite en avalant ses céréales.
- Merci... Mais c'est pas demain la veille qu'elle acceptera que je devienne une Dumas je crois… Enfin, l'espoir fait vivre, souffla Candice en retournant en cuisine.
- Tu vas changer ton nom du coup? demanda Suzanne tout sourire.
- Euh… Pas au travail, non. Je garde le miens parce que c'est avec celui-là qu'on me connaît. Mais dans la vie de tous les jours, oui. Enfin, si tu veux bien me le prêter un peu…
- Bah oui, sourit Suzanne.
- Tu vas donc enfin te débarrasser du nom de ton ex?!
- Arrête…, sourit-elle alors qu'il enlaçait sa taille.
- Candice Dumas, ça sonne bien, commenta Suzanne en souriant.
- Dumas De L'Estang, rajouta-t-il en embrassant sa tempe avec ferveur.
- Non mais on est peut-être pas obligés de préciser ça non plus hein…
- Ah bah c'est tout ou rien ! s'amusa-t-il en la relâchant. »
Candice fit la moue, peu enjouée à l'idée de revêtir ce nom de famille pompeux et aristocratique. Surtout qu'Antoine n'avait rien à voir avec cette classe sociale et qu'elle était bien loin d'en faire partie… Mais pour lui, elle était bien prête à faire cet effort, surtout lorsque cette matinée semblait enfin retrouver ce petit goût acidulé qu'ils aimaient tant. Ces matins de rien, où les taquineries et la complicité étaient reines. Où les rires fusaient, sans artifice, dans une joie pleine et un bonheur serein. Enfin…
Mais trêve de plaisanterie, Candice retourna rapidement à ses préparations. Laissant les deux autres quitter la cuisine pour rejoindre l'étage. Et il fallait tout revoir. Parce que rien de ce qu'Isaure n'avait proposé lui convenait totalement. Alors oui, elle n'avait pas montré grand enthousiaste pour son mariage mais, c'était le sien, et elle était enfin prête à l'affirmer.
«Bon… Plan de table, ok… Déco, ok… réfléchit-elle à voix basse alors qu'Antoine redescendait. Chéri?
- Hum?
- Pour le menu, t'en penses quoi si pour l'entrée, on propose un buffet varié?
- Un buffet? Tu veux que ma mère fasse un arrêt? plaisanta-t-il.
- Non mais ce serait plus simple quand même. Chacun prendrait ce qu'il aimerait… Pareil pour le plat. Je préfèrerai laisser le choix entre 2 plats, genre viande ou poisson. Histoire que tout le monde s'y retrouve…
- Oui, pourquoi pas…
- T'as pas d'avis? s'offusqua Candice.
- Mais moi j'aime tout Candice, peu importe ce qu'il y aura ça m'ira.
- Donc on change rien?
- Mais si! Choisis ce que tu veux et je lui apporterai tout ce soir.
- Mais et toi, qu'est-ce que tu veux?
- Je veux juste que tu me dises oui. Le reste, je m'en fiche!
Candice esquissa un sourire, mi-agacée et mi-attendrie.
- Par contre, c'est pas mon mariage mais moi je voudrais bien qu'on retire le gâteau aux fruits, intervint Suzanne d'une moue grimaçante.
- Et voilà, +1 pour ta fille. Le gâteau aux fruits à la poubelle, s'amusa Candice en rayant le dessert écrit par Isaure.
- Donc chocolat?
- Ou carrément une pièce montée?!
- Oh oui! Avec vous deux en petite statue tout en haut! s'enthousiasma Suzanne d'une voix aiguë.
Antoine osa un petit rire discret.
- Quoi? Tu trouves ça kitch?
- Ok, tu veux que je t'avoue un secret?
- De quoi?
- Tu te rappelles les préparations de ton mariage avec Max. Quand y a eu notre truc bizarre là…
- Oui?
- C'était moi qu'était là pour déguster les gâteaux que Jules avait fait. Et…
- Et?
- Il m'a amené un gâteau avec vos deux statuettes là… J'étais agacée... Et... J'ai trouvé ça tellement ridicule que je lui ai brisé la tête pour la manger, osa-t-il bêtement en rigolant.
- T'es sérieux? rigola Candice.
- Et je lui ai aussi dit que Max adorait les amandes…
- Mais non?!
- Si… Je sais c'était con, mais… j'ai pas pu m'empêcher… avoua-t-il tout sourire alors qu'elle approchait sa taille en rigolant.
- Ah oui donc, entre son nez cassé, ma robe tâchée, sa statuette brisée et ses allergies modifiées… T'étais vraiment prêt à tout pour tout gâcher!
- Hum…
- Mais en vrai, moi aussi je trouve ça ridicule, ces statuettes posées comme ça là… C'était Max qu'avait insisté…
- C'est qui Max? intervint Suzanne.
- Euh… C'est l'ancien amoureux de Candice…
- Et t'étais jaloux?
- Ah super jaloux même, s'amusa Candice tout sourire.
- Il était aussi beau que papa?
- Plus beau que moi?! Impossible…, souffla Antoine d'un sourire charmeur.
- Ok…, ironisa Suzanne en rigolant avec sa belle-mère.
- Bon bah…
- …Inspection des chevilles! conclut Suzanne pour se moquer de lui.»
Les trois partirent dans un éclat de rire bruyant. Définitivement, ce genre de matin faisait du bien. Et même si Candice avait voulu nier cette affirmation, elle finit tout de même par avouer que oui, son futur mari était plus beau que lui. Rien de mieux pour gonfler les chevilles d'Antoine qui ne passait même plus les portes! En en parlant de porte, les Dumas s'apprêtaient d'ailleurs à l'ouvrir pour quitter le pavillon.
«Je finis ça et je t'apporte tout dans la matinée. J'ai mon premier rendez-vous à 11h, expliqua Candice en les accompagnant dans l'entrée.
- Ok! À tout à l'heure alors.
- Ah oui, aussi! Ce soir j'ai un rendez-vous très tard sur Montpellier avec un client. Ne m'attendez pas pour dîner…
- Ok, acquiesça-t-il en l'embrassant tendrement.
- Bonne journée!»
...
Devant la porte de la villa de sa mère, Antoine inspira longuement histoire de retrouver toute sa contenance. Il hésita quelques instants avant de toquer sans engouement. Rapidement, la porte devant lui s'ouvrit, laissant apparaître sa mère qui semblait perturbée.
«Ah Antoine, tu tombes bien! Je voulais te voir pour l'ouverture du bal. Savoir la chanson que vous avez choisie?»
Il ravala sa salive. Donc à peine avait-il mis le pied dans la maison qu'Isaure était déjà à lui parler de leur mariage. Et il n'avait même pas reçu un bonjour. Il souffla, sentant que l'affrontement qui s'apprêtait à suivre s'annonçait compliqué. Au loin, sa fille grimaçait en lui faisant signe. Et du haut de ses 9 ans, la petite avait tout compris. Elle s'approcha doucement du salon, observant son père qui se grattait le front avec gêne.
«L'ouverture du bal? C'est-à-dire?
- Bah oui! Faut choisir la musique. Sinon j'avais pensé à quelque chose de bien classique. Genre du Brel ou du Piaf.
- Non mais c'est hors de question, s'agaça Antoine.
- Quoi, Candice préfère Johnny ? ricana Isaure.
- Qu'est-ce que t'insinues là?!
- Non mais j'en sais rien… Dans le nord, ils ont parfois des traditions plus… rustres…
- Eh bah! Candice serait ravie d'entendre ça. T'hésiteras pas à le dire à sa mère d'ailleurs…
- Oh bah le jour-j, j'aurais autre chose à faire que de me préoccuper de sa mère hein.
- Ah non non, mais elle veut te rencontrer avant. Et tu me feras le plaisir de garder tous tes sous-entendus bourgeois là.
- Roooh! Mais c'est pour rire… Je sais me taire aussi…
- Bien sûr… grommela Antoine.
- Bon! Donc on fait quoi?
- On fait rien…
- Non mais un mariage sans ouverture de bal c'est pas un mariage, Antoine!
- Bon écoute maman, faut vraiment qu'on se parle parce que c'est plus possible là…
- De quoi?
- De ces préparatifs je… c'est vraiment gentil de vouloir nous aider et de t'investir autant mais… là tu monopolises tout et tu nous laisses pas de place…
- Je vous laisse pas de place? Ou je laisse pas de place à Candice? le toisa-t-elle en croisant ses bras.
- Écoute… Je sais qu'elle a été très absente ces derniers temps. Qu'elle a eu du mal à s'investir et que…
- Je te rappelle que t'étais en larmes en m'appelant la semaine dernière hein! le coupa-t-elle.
- Je sais. Mais justement. Elle est revenue et… tu peux pas savoir à quel point je suis soulagé et heureux de la voir enfin s'intéresser aux préparatifs.
- Donc moi j'étais un bouche-trou?!
- Non… J'ai pas dit ça… C'est juste qu'on a l'impression que tu veux faire ce mariage à ton image. Et que ça nous ressemble pas…
- J'essayais juste de faire mon maximum pour que ce mariage ressemble à quelque chose et pas à une fête ratée.
- Oui! Et justement… Peut-être que maintenant que Candice est de retour, tu pourrais davantage considérer ses avis et ses idées.
- Moi aussi je suis d'accord avec papa. C'est leur mariage, nous on est les invités. Ils ont le droit de choisir ce qu'ils veulent manger, intervint Suzanne en enlaçant la taille de sa grand-mère.
- Ah donc toi aussi t'as choisi ton camp.
- Le gâteau aux fruits c'est pas bon… continua-t-elle en faisant la moue. Mais on peut encore le changer pour du chocolat…»
Attendri, Antoine rigola doucement face à sa fille qui jouait de ses yeux charmeurs pour amadouer sa grand-mère. Et vraisemblablement, cela fonctionnait. Isaure redescendit en pression et sembla discuter avec sa petite-fille des problèmes de ce mariage. Suzanne répétait tout ce que Candice détestait et l'ex-avocate écoutait. Enfin, Antoine semblait apercevoir un terrain de conciliation. Soulagement… Il sortit son portable de sa poche, ouvrit la conversation avec sa compagne et tapota quelques mots «Mission ''sauver le mariage'' accomplie. Maître Suzanne a défendu ton dossier haut la main. Je crois que la relève est assurée… ».
Et une heure plus tard, Antoine était de retour à la maison avec sa fille. Candice n'avait toujours pas répondu et chaque appel conduisait à sa messagerie directe. La détective ne devait plus avoir de batterie en cette heure bien avancée de la soirée. L'horloge du four affichait désormais 20h. Le repas était loin d'être prêt. Et la sonnerie de la porte retentit. Étonné, Antoine débarqua dans l'entrée avant de tomber des nues face à ce qui se dressait derrière la porte. Une blonde visiblement très enjouée poussa un cri de bonheur avant d'enlacer son cou avec fougue.
«Salut… souffla-t-il de gêne. Qu'est-ce que tu fais là? Enfin, Candice est au courant?
- Bah quoi?! J'ai plus le droit de débarquer en surprise pour le mariage de ma sœur chérie ?! Candyyyyyy?! cria-t-elle en s'introduisant dans la maison valise en main.
- Bonjour… lança Suzanne d'une voix timide.
- Ohhhh mais qu'est-ce que tu as grandi ma Suzie!»
Antoine referma la porte en roulant des yeux, imaginant déjà l'état de Candice face à la scène qui se jouait devant ses yeux. De 1, le commissaire avait omis de lui dire qu'il avait prévenu sa sœur pour le mariage. De 2, Bélinda commençait déjà à imposer sa présence dans cette maison sans l'accord de personne. Et de 3… De 3, Candice n'avait sûrement pas oublié que sa sœur avait partagé les bras de son futur-mari.
Bref, une belle semaine en perspective…
