Bonjour !
Petite parenthèse dans l'intrigue pour offrir à Harry un moment hors du temps, qu'il mérite je pense :) Vous les avez réclamées, voici les retrouvailles avec les Weasley. Bonne lecture !
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Chapitre 13
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Harry tentait de le masquer, mais il était nerveux. Anxieux, même. À vrai dire, cela faisait vingt-six ans qu'il n'avait pas été aussi anxieux. Pourtant, pendant toutes ces années, il avait rêvé de cette scène des centaines de fois. Il en avait imaginé les moindres détails, les expressions sur les visages, les conversations. Mais aujourd'hui, alors qu'il était sur le point de la réaliser enfin, il se rendait compte combien il avait été loin de la réalité. Et il ne voulait plus qu'une chose : rentrer chez lui et retrouver Draco.
C'était stupide et lâche. Mais tandis qu'il remontait lentement l'allée menant au Terrier aux côtés de Ron et Hermione, il sentait monter en lui une folle envie de faire demi-tour. Fuir, voilà ce dont il avait envie.
Il était pathétique.
-Merlin Harry, détend-toi, l'enjoignit Ron à qui son malaise n'avait pas échappé. On dirait que tu t'apprêtes à affronter Tu-Sais-Qui à nouveau.
Harry esquissa tant bien que mal un sourire. Ron avait raison, évidemment. Il était stupide d'être si nerveux à l'idée de retrouver sa famille d'adoption. Une partie de lui, la plus rationnelle, lui soufflait que rien ne pouvait arriver. La famille Weasley avait toujours fait preuve de bienveillance à son égard. Il n'y avait aucune raison pour ce soit différent aujourd'hui. Mais l'autre partie de lui ne pouvait s'empêcher d'appréhender les regards curieux et effrayés qui ne manqueraient pas de se poser sur son apparence inchangée. Il appréhendait leur choc. Peut-être même lui en voudraient-ils d'être parti si brusquement, tant d'années auparavant, les abandonnant à leur deuil ?
Seule la présence de Draco aurait pu apaiser Harry à cet instant. Mais Draco n'était pas là pour l'accompagner. Évidemment. Harry n'avait même pas envisagé de lui demander. En un sens, il ne voulait pas que le vampire soit là. Cela n'aurait rendu la situation que pire encore. Draco n'avait rien à faire au milieu des Weasley. C'était seul qu'il allait devoir leur faire face.
Et il était ridicule d'avoir peur ainsi. Ron avait raison. Il avait affronté bien pire dans sa vie.
-Tu fais partie de la famille, le rassura Hermione en ouvrant le portail. Tout va bien se passer.
S'il craignait leur réaction face à son apparence, il était aussi effrayé à l'idée de découvrir leurs visages. Cela avait été un choc lorsqu'il avait revu Ron et Hermione. Et il savait qu'il allait en être de même aujourd'hui. Mais vieillir était naturel, il n'y avait pas à en avoir honte. Alors que sa jeunesse éternelle était contre nature, fruit d'un lien malsain et pervers entre lui et un vampire. Tous connaissaient ce lien mais ils en auraient la preuve flagrante et honteuse d'ici quelques minutes.
Harry respira longuement par le nez pour tenter d'apaiser ses émotions. Il esquissa un sourire, imaginant le mécontentement de Draco face aux fouillis qu'étaient présentement ses émotions. Cela devait le rendre fou.
Ils franchirent le portail branlant qui marquait l'entrée de la propriété. Tout était tel qu'Harry s'en rappelait et, immédiatement, un sourire sincère fleurit sur ses lèvres. La maison, bancale, qui ne semblait tenir que par magie, avec ses cinq cheminées et son toit rouge. Les poulets bien gras qui picoraient dans la cour. Le grand jardin, en friche, avec ses mauvaises herbes et sa pelouse pas tondue. La grande mare verte remplie de grenouilles.
Instantanément, des souvenirs resurgirent. Des souvenirs heureux. Des parties de Quidditch endiablées avec Ron, Fred, George, Ginny et Hermione. Des repas bruyants et heureux avec toute la famille réunie. Des nuits passées à discuter dans la chambre de Ron, sous le grenier. Les repas délicieux de madame Weasley et son regard sévère quand elle grondait ses fils. Le sourire fatigué de monsieur Weasley lorsqu'il rentrait du travail. Des fous rires, de la complicité, des blagues, des remontrances et des disputes. La vie de famille, comme Harry en avait rarement fait l'expérience dans sa vie et comme il l'avait toujours rêvée.
Le sourire franc d'Harry se transforma en une grimace nostalgique. Tout ceci semblait appartenir à une autre vie. Une vie si différente de celle qu'il menait aujourd'hui qu'elle semblait avoir appartenu à quelqu'un d'autre.
Le cœur d'Harry rata un battement. Sous l'immense chêne dont les branches s'élevaient haut dans le ciel, une longue table en bois avait été dressée. Autour de cette table se tenait la famille Weasley. Tandis qu'il s'approchait d'un pas mesuré encadré de Ron et Hermione, Harry les dévisagea. Comme il s'y attendait, tous avaient vieilli. Il vit des rides, des visages creusés par les années, des cheveux grisonnants, des regards fatigués. Et dans leurs regards, il vit des émotions. De l'étonnement, de la surprise, du choc, même. Il vit les yeux qui observaient sa silhouette jeune et athlétique, son t-shirt blanc qui galbait son torse finement musclé, ses cheveux noirs qui balayaient son visage jeune et inchangé, sans lunettes. Il vit des sourcils froncés. Des lèvres pincées. Des bouches bées. Des mains sur les cœurs.
Un silence de plomb s'était installé autour de la tablée. Même les oiseaux semblaient avoir arrêté de chanter. Le vent ébouriffa les cheveux d'Harry qui, figé sur place, ne savait que faire. Les battements effrénés de son cœur résonnaient à ses oreilles. Le moment, interminable, s'étira. Puis, déchirant le silence et faisant sursauter plus d'une personne, madame Weasley fondit bruyamment en larme.
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Ce qui suivit ensuite, Harry en garderait un souvenir impérissable tout au long de son existence. Ce ne fut que cris et larmes de joie, exclamations ébahies, étreintes chaleureuses, tapes dans le dos, sourires heureux. Le sourire d'Harry était si grand qu'il lui faisait mal. Son cœur battait la chamade, mais le stress n'y était pour rien, à présent. Ce n'était que joie, euphorie et exaltation. Il passa de bras en bras, supportant sans broncher les étreintes de chacun et les rendant même avec émotion.
Madame Weasley peinait à le lâcher. Elle s'accrochait à son bras comme si elle avait peur qu'il s'envole subitement et disparaisse à nouveau. Elle pleurait toujours à chaudes larmes et Harry ne savait pas quoi faire pour la consoler.
-Maman, lâche-le ! s'exclama Ron pour la troisième fois. Tu vois bien que tu l'étouffes.
Il s'empara du bras sa mère et la conduisit à table, où il l'enjoignit à s'assoir sur une chaise bancale. Elle s'assit, tira un mouchoir de sa robe et se moucha bruyamment.
-Quel bonheur, répétait-elle inlassablement, fixant Harry de ses yeux remplis de larmes. Quel bonheur. Je ne pensais pas avoir un jour cette chance.
Harry sourit, un peu gêné.
-C'est bon d'être de retour, madame Weasley.
Elle était encore plus petite que dans ses souvenirs. Des rides profondes creusaient son visage et ses cheveux étaient gris, mais il retrouva son regard bienveillant et plein d'amour qu'il avait tant chéri, étant plus jeune. Monsieur Weasley, près d'elle, avait le regard fatigué et un peu perdu des personnes qui ont affronté beaucoup d'épreuves dans leur vie. Mais il souriait doucement tandis qu'il observait sa grande et bruyante famille évoluer autour de lui.
Elle s'était beaucoup agrandie, depuis qu'Harry était parti et il devinait à quel point elle devait apporter beaucoup de bonheur à Molly et Arthur. Il y avait les conjoints, bien sûr, mais aussi les nombreux petits-enfants, maintenant adolescents voire jeunes adultes. Il était très étrange de constater que la plupart d'entre eux étaient plus âgés que lui, du moins en apparence. Tous roux, tous exubérants, tous joyeux. Ils se pressèrent autour d'Harry pour lui serrer la main et il devina à leurs regards ébahis et admiratifs qu'ils avaient dû entendre de nombreuses histoires à son sujet. Il ne retint pas tous les prénoms. Le plus jeune de la bande était Arthur, le fils unique de Ginny, qui allait entrer à Poudlard pour sa première rentrée, d'ici quelques semaines. Il sautait partout d'un air surexcité sous le regard amusé des parents.
Tous l'interpellaient bruyamment de joyeux « Oncle Harry ! » et il ne pouvait retenir un sourire ému d'illuminer son visage. Il était heureux de constater que les Weasley avaient parlé de lui à leurs enfants pour continuer à le faire exister, même après son départ. Il n'était pas juste un ami d'enfance éloigné, que l'on évoquait à l'occasion, mais qu'on oubliait le reste du temps. Non, il était « oncle Harry ». Et cela le rendait plus heureux que jamais.
-Harry, où étais-tu passé ?
-Oncle Harry, c'est vrai que tu sais parler aux serpents ?
-Oncle Harry, tu sais que j'ai gagné la Coupe de Quidditch trois années d'affilée ?
L'exclamation de Dominique, la deuxième fille de Bill et Fleur, entraina des exclamations excitées parmi les enfants.
-Viens faire un match, Harry !
-Je joue dans ton équipe !
-Moi aussi !
-Ok, ok, on laisse Harry respirer ! s'exclama Ron en tapant dans ses mains avec autorité. On verra plus tard pour le Quidditch, mais soyez certains qu'Harry va vous mettre une raclée.
Le vacarme qui suivit fut assourdissant, tandis que tous se lançaient dans des protestations outrées et des exclamations surexcitées. Harry sourit.
-Allez mettre la table, ordonna Ron. Harry sera encore là à votre retour.
Les enfants protestèrent dans un joyeux vacarme, mais consentirent à rendre à Harry son espace personnel.
-Ça doit faire drôle, hein, de voir tous ces enfants, dit Ron en lui donnant une brève tape dans le dos.
Harry approuva, à court de mots. Face à cette grande tribu, dont aucun n'était encore né lorsqu'il avait quitté cet endroit pour la dernière fois, à l'exception de Teddy, il se rendait subitement compte de toutes les années qui s'étaient écoulées et qu'il avait ratées. Les grossesses, les naissances, les anniversaires, les réunions familiales, les moments de joie et les petits malheurs. Dans un monde parallèle, peut-être avait-il vécu tous ces moments avec les Weasley ? Peut-être avait-il même épousé Ginny et faisait-il véritablement partie de la famille ? Peut-être y avait-il leurs propres enfants au milieu de la tribu ?
Il échangea un sourire un peu crispé avec elle. Elle l'avait enlacé pudiquement quelques instants plus tôt et lui avait murmuré quelques mots gentils avant de lui présenter son fils. Elle était resplendissante, dans sa robe blanche. Mais elle était venue seule et aucune bague n'ornait sa main. La voir ainsi lui faisait un choc. Il se rappelait de la petite sœur de son meilleur ami, si timide, si jolie. Celle dont il était tombé amoureux, dans une autre vie, lui semblait-il. Aujourd'hui, c'était une femme de quarante ans, élancée, les cheveux courts, mais toujours avec le même sourire.
-Oui, répondit-il en se détournant de Ginny qui riait aux blagues de son fils. Ça fait drôle. J'ai manqué tant de choses.
Ron, sans un mot, approuva sobrement. Lui aussi observait les nombreux enfants Weasley avec bonheur et fierté et Harry voyait dans son regard combien il les aimait tous autant les uns que les autres.
Il rencontra également Teddy Lupin, qui était à présent un jeune homme de 25 ans, plus grand, plus costaud et plus âgé que lui. Il lui serra la main avec un air très sérieux et Harry retrouva dans ses yeux le regard si bienveillant de son père. Il en eut un douloureux pincement au cœur. Teddy, comme lui, avait été orphelin bien jeune, à cause de la guerre et de Voldemort. Mais il semblait rayonnant, ainsi entouré des Weasley qui, Harry le devinait, avaient été pour Teddy une véritable famille de substitution, comme ils l'avaient été pour lui, de nombreuses années auparavant. Ron lui glissa subrepticement qu'il sortait avec Victoire, d'un an sa cadette, la fille ainée de Bill et Fleur. Ils échangèrent un regard complice.
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Guidé par les éclats de rire et le son des voix, Draco remontait silencieusement l'allée qui menait au Terrier. Sa démarche souple ne déplaçait aucune feuille sur son passage. Il n'y avait pas le moindre effleurement, pas le moindre frottement, pas la moindre respiration. L'obscurité semblait l'avoir enveloppé tout entier, le dissimulant à la vue des humains dangereusement inconscients de sa présence. S'il l'avait voulu, il aurait pu les surprendre, les attaquer sans pitié et ne leur laisser aucune chance de se soustraire à sa puissance. Il aurait même pu y prendre du plaisir. Semer la terreur. Dominer. Être craint. Cela aurait pu être si facile. Si savoureux. Si excitant.
Sa vue acérée repéra immédiatement Harry, dans le jardin, au milieu de tout un groupe de personnes. Il ne voyait que lui. Il n'entendait que son rire. Il ne voyait que son regard vert. Tout le reste semblait flou, insignifiant.
Telle une ombre impalpable, il longea la haie qui délimitait la propriété, sans jamais quitter Harry des yeux. Tous les regards étaient posés sur lui, tous les sourires lui étaient destinés. On se bousculait pour lui parler, pour l'approcher, pour le voir de plus près. Des mains se posaient sur lui, le touchant sans retenue. Et Harry souriait, acceptait, rayonnait. Draco serra la mâchoire. L'idée que d'autres que lui touchent son calice, sentent son odeur, rient avec lui, lui était presque insupportable.
Il avait envie de l'arracher à cet endroit, de le ramener dans cet appartement et de le clamer comme sien. Enfoncer ses crocs dans son cou, boire son sang jusqu'à le laisser affaibli entre ses bras, le prendre pour lui rappeler qu'il lui appartenait, à lui et à personne d'autre. Il voulait qu'Harry ne soit qu'à lui. Qu'il ne regarde personne d'autre. Qu'il ne parle à personne d'autre. Qu'il ne soit touché par personne d'autre.
Son regard vrillait Harry avec une telle intensité qu'il se demandait comment son calice pouvait être aussi inconscient de sa présence. Son regard déshabillait le jeune homme, le transperçait de part en part, absorbait chaque détail, de la beauté irréelle de ses traits parfaits à sa main qui s'agitait tandis qu'il parlait. Son sourire éclatant qui le rendait encore plus beau. Les muscles qui roulaient sous sa peau quand il bougeait. Le pantalon qui tombait à la perfection sur son corps svelte et désirable. Les mèches de cheveux que le vent soufflait devant ses yeux. Il était si près, et à la fois si loin. Il voulait viscéralement qu'Harry quitte ces enfants des yeux et se tourne vers lui. Qu'il croise son regard. Qu'il les délaisse tous pour s'approcher de lui.
Draco s'immobilisa. Pour la première fois depuis de longues minutes, son regard quitta Harry. Un homme se tenait là, à quelques mètres de lui. Il était dissimulé derrière un arbre et lui aussi observait ce qui se passait dans le jardinet. Évidemment, il ne l'avait pas vu, ni entendu. Il se tenait immobile, son attention tout entière tournée vers le jardin, inconscient du prédateur qui le fixait, à quelques mètres de là.
Grave erreur. Draco s'avança vers lui. Sans un bruit, sans un souffle, sans précipitation. Lorsque l'homme capta un mouvement du coin de l'œil, il était trop tard. Le prédateur était sur lui et il était trop tard pour penser lui échapper. D'un geste vif, Draco lui empoigna la gorge et serra pour l'empêcher d'émettre le moindre son.
-Tu veux quoi ? demanda-t-il dans un murmure clairement perceptible.
L'autre agrippa son poignet et tenta de la griffer pour lui faire lâcher prise. Ses ongles ne laissèrent aucune marque sur la peau pâle du vampire. Il desserra sa prise, juste assez pour lui permettre de répondre à sa question.
-Rien. J'observe juste.
-Tu observes quoi ?
Draco pouvait presque goûter sa peur, sa surprise, son effroi. Cela l'excitait.
-Je surveille... Potter.
Il eut l'envie fugace de lui faire ravaler le nom de son calice. Personne, et certainement pas lui, n'avait le droit de prononcer son nom. C'était comme s'il salissait Harry. Cette information, néanmoins, fit monter en lui une colère froide. Une colère qui semblait diriger contre tout, mais surtout contre lui. Et contre Harry. Le garçon avait consciemment déclenché un mécanisme dont il ne tirait aucune ficelle. Pire encore, il n'avait aucune envie d'en tirer les ficelles. Il laissait les éléments se dérouler inexorablement et les gérait au fur et à mesure, confortablement conscient que, si les choses dérapaient, Draco était là pour couvrir ses arrières.
Draco haïssait cela de tout son être. Mais avait-il le choix ? N'était-il pas condamné à couvrir les arrières d'Harry, que le jeune homme en ait conscience ou non ? Après tout, n'était-ce pas sa part du contrat ? Le sang du calice contre la protection du vampire. Il soupira imperceptiblement.
Contrat ou pas, Harry était le centre de son monde. Il ne le protégeait pas pour remplir sa part du contrat. Il le protégeait parce qu'Harry était ce qu'il avait de plus précieux en ce monde. Mais cela l'agaçait néanmoins. Il savait qu'Harry jouait de cela, profitait de sa protection pour n'en faire qu'à sa tête, narguer outrageusement les plus puissants, déclencher des hostilités qui ne pouvaient rien amener de bon, marcher arrogamment sur la queue du dragon endormi.
Draco était agacé de se voir pousser à jouer les gardes du corps par un gamin qui, qu'on se le dise, savait parfaitement ce qu'il faisait.
-Tu le surveilles pour qui ? demanda-t-il, sa voix à peine plus forte qu'un murmure.
Face au silence de l'homme, il resserra sa prise en un dangereux geste d'avertissement. À nouveau, il tenta de lui faire lâcher prise, mais Draco s'en rendit à peine compte. Aucun humain n'avait la force de lui faire lâcher prise. Il sembla s'en rendre compte, car sa main droite plongea soudain dans sa poche dans le but évident de saisir sa baguette magique. Il eut à peine le temps de la brandir vers Draco. D'un geste vif à peine perceptible par l'humain, le vampire s'empara du bout de bois et le brisa net.
-Pour qui ? répéta-t-il, entre-ouvrant à peine les lèvres.
-Yaxley.
Évidemment. Il sentit une nouvelle vague de colère monter en lui. Harry avait fait preuve d'imprudence en se promenant sur le Chemin de Traverse à la vue de tous. Il provoquait des personnes qui avaient le bras long et qui avaient beaucoup à perdre. Et Draco était persuadé qu'Harry en avait parfaitement conscience. Et que cela l'excitait.
-S'il vous plaît, je...
D'un geste vif et précis, Draco lui brisa la nuque. L'humain s'affaissa sous sa poigne comme une poupée de chiffon et il l'allongea au sol sans un bruit. Il se redressa et posa sur Harry un regard noir. Harry ne lui laissait aucun répit. Et jouer les gardes du corps l'agaçait.
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Sous ce grand arbre qui les dominait de toute sa taille, ils mangèrent copieusement les plats préparés par toute la famille. Lorsque la nuit s'installa, ils allumèrent des lampions qui flottèrent paresseusement au-dessus d'eux, illuminant le festin d'une lumière vacillante et chaleureuse.
Harry n'avait plus autant ri depuis des années. La joie des retrouvailles illuminait son visage. Le temps d'un repas, il replongea dans les plus beaux souvenirs de son enfance. Les enfants qui se chamaillaient bruyamment en bout de table. Les blagues et les rires. Les regards complices. Les sourires aimants. Les remontrances des parents. Les histoires. Les anecdotes. L'évocation des souvenirs.
Il se sentait si éloigné de tout ce qu'avait été sa vie ces dernières années.
-Je n'arrive pas à y croire ! s'exclama madame Weasley, un brin exaspéré, un brin horrifié. Comment avez-vous pu ! C'était extrêmement inconscient et dangereux.
-Maman ! coupa Charlie en reposant son verre de whisky Pur Feu. Ne prend pas cela tant à cœur, c'est une vieille histoire.
Les enfants explosèrent de rire. Ils étaient tous penchés en avant, leurs yeux avides posés sur Ron tandis qu'ils écoutaient avec une attention inégalée son récit. Celui-ci, debout en bout de table, un léger sourire aux lèvres, racontait avec emphase, faisant de grands gestes exubérants.
-Ce soir-là, on a sorti la cape d'invisibilité d'Harry et on s'en est enveloppés. C'est dire combien on était frêles et petits à cette époque, pour tenir tous les trois là-dessous ! On est sortis de la salle commune et on a traversé le château pour rejoindre le couloir interdit du deuxième étage.
Harry, lui, fixait Hermione. Elle regardait le père de ses enfants avec amusement et secouait la tête face à ses grimaces et ses mimes. Lorsqu'elle s'aperçut qu'il la regardait, elle lui sourit doucement, avec une tendresse qui devait faire écho à la sienne.
-C'est interdit de se promener la nuit dans les couloirs ! s'exclama Arthur, le fils de Ginny.
-Ah ça oui, j'espère qu'on ne t'y prendra pas, rétorqua Ron d'un ton sévère que démentait son sourire en coin. L'énorme chien à trois têtes était là, prêt à nous dévorer ! Il bavait abondamment et avait une haleine à tuer net un troll.
Harry souriait avec nostalgie tandis qu'il écoutait les exclamations des enfants. Tout cela semblait appartenir à une autre vie. C'était une période de sa vie où il avait été indéniablement heureux, mais hanté par un passé tragique et un futur incertain. Face à l'insouciance de cette nouvelle génération et leur enfance entourée et remplie d'amour, il se sentait étranger. Il fixait leurs visages ébahis et excités tandis qu'ils écoutaient Ron raconter leur mésaventure de la soirée et tentait d'imaginer les images qui se formaient dans leur tête. Eux qui avaient grandi loin de la guerre, pourraient-ils un jour concevoir combien l'adolescence de leurs parents avait été bouleversée, au-delà des récits épiques d'escapades nocturnes dans les couloirs de Poudlard ?
-Harry a fait appel à tous ses talents musicaux pour jouer de la flûte. C'était une horreur ! Mais ça a marché, le chien s'est endormi et on a pu se faufiler entre ses énormes pattes pour ouvrir la trappe.
-Incroyable ! s'exclama Hugo en coulant un regard admiratif vers Harry.
Harry n'avait jamais aimé être traité en héros, et ce soir ne faisait pas exception à la règle. Les regards admiratifs qu'on posait sur lui, les expressions impressionnées, les coups d'œil ébahis qu'il captait, il détestait tout cela. Aux yeux de ces enfants, qui avaient entendu tant de récits vantant son éloge et ses exploits, il était une idole, bien avant d'être un proche longtemps disparu. Et probablement que rien n'y changerait, à présent. En partant, presque trente ans plus tôt, il avait laissé à d'autres le soin d'écrire son histoire. Elle était à présent au-delà de son contrôle.
-Et après ? Il y avait quoi dans la trappe ? demanda Arthur Junior en sautillant sur place d'un air excité.
-Un filet du diable dont les tentacules ont essayé de nous broyer ! Heureusement, comme toujours, Hermione était là pour nous sortir de là. Sans quoi s'en était fini d'Harry et moi.
Il coula un regard malicieux envers sa femme.
-Whaou ! s'exclamèrent les enfants en se tournant vers Hermione d'un air admiratif.
Elle échangea avec Harry un sourire amusé. Harry trouvait incroyable la capacité de Ron à raconter leurs aventures. Elles semblaient tout droit sorties d'un livre. Pourtant, ils les avaient vraiment vécues et, au-delà des blagues de Ron et des exclamations excitées des enfants, il pouvait encore se remémorer la peur, pour lui et pour ses deux amis, l'angoisse, le doute, la douleur de son affrontement avec Voldemort. Mais ce soir, des années plus tard, tout cela se transformait en une aventure épique entre amis. Loin, très loin, de ce qu'avait vraiment été la réalité. Si, pour les enfants, ce n'était que des histoires contées, ils avaient pour leur part réellement risqué leur vie.
-L'intelligence d'Hermione est légendaire, affirma Ron d'un air très sérieux. Sans elle, nous ne serions pas allés bien loin, pas vrai, Harry ? Elle nous a sauvé la mise plus d'une fois !
Harry approuva en souriant doucement. Hermione rosissait. Ron s'approcha d'elle et posa une main sur son épaule.
-Et parce que c'est une femme formidable, je suis très heureux de vous annoncer ce soir que nous allons nous marier !
Il y eut un bref silence, qui fut immédiatement suivi par les exclamations excités des enfants comme des adultes. Un brouhaha assourdissant s'éleva dans le jardin.
-Quoi ? s'exclama Hugo, les yeux écarquillés.
-Enfin, c'est pas trop tôt, affirma George en applaudissant bruyamment.
Madame Weasley fondit à nouveau en larmes. Harry fixait ses deux meilleurs amis avec stupeur. Il observait leurs visages rayonnants qui respiraient le bonheur tandis que tout le monde se levait pour les féliciter chaleureusement.
-Il était temps, affirma Ginny en serrant Hermione dans ses bras. On avait fini par penser que vous ne vous marieriez jamais.
Hermione renifla. Ses yeux brillaient de larmes contenues. Elle se tourna vers Harry qui était resté figé sur sa chaise.
-On ne pouvait pas se marier sans Harry.
Il sentit une boule se former dans sa gorge et esquissa un sourire gêné. Finalement, il se leva et vint enlacer Hermione dans une étreinte de fer. Il la serra contre elle aussi fort qu'il put, tentant de lui transmettre tout le bonheur et toute la reconnaissance qu'il ressentait à cet instant précis. Peu importe si elle sentait trop fort le parfum vanillé, si ses cheveux s'écrasaient sur son visage et s'il sentait la chaleur de son corps contre le sien. À cet instant, tout cela lui importait peu. Il était simplement ému et heureux.
-Je suis tellement heureux pour vous, Hermione, murmura-t-il en se redressant.
-Tu seras là, Harry, n'est-ce pas ? murmura-t-elle d'un air un peu anxieux.
Il n'eut pas une seconde d'hésitation.
-Bien sûr.
-Bien sûr qu'il sera là ! s'exclama Ron. Un mariage ne peut pas avoir lieu sans le témoin.
Bien qu'il ait semblé sûr de lui, il jeta à Harry un regard quelque peu incertain. Harry sourit.
-Je serai le témoin de votre mariage, je vous le promets.
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J'espère que ce chapitre vous a plu :) Est-ce que vous avez aimé ces retrouvailles tant attendues ? Je ne sais pas vous, mais je n'imaginais pas les Weasley réagir autrement qu'avec de la joie, même après toutes ces années. La suite au prochain chapitre !
À bientôt !
Natom, 25/04/25
