Une promenade dans la nature

Joey Wheeler, Sérénity Wheeler & Mai Valentine (Yu-Gi-Oh!)


La nature, ce n'était leur truc à aucun des trois. Mai était une jeune femme du monde, qui ne s'occupait que des événements mondains et luxueux, des tournois de duels de monstres et des virées shopping dans les grandes capitales du monde entier. En même temps, elle venait d'une famille riche. Joey était un garçon de la ville qui ne s'était jamais spécialement intéressé aux parcs nationaux ou aux trucs du genre, sauf pour emmener sa sœur à la plage. La sœur en question, enfin, avait passé beaucoup trop de temps chez les médecins pour se préoccuper du grand air, surtout qu'ils étaient quand même en plus grande concentration, et de nom plus réputé, dans les villes importantes.

Mais Joey avait (un peu) changé depuis qu'il avait décidé de prendre soin de Sérénity et d'accueillir Mai dans leur foyer et leurs habitudes. Il leur faisait la cuisine. Des cordons-bleus ! Il s'assurait que la maison, qu'il occupait depuis qu'on avait enfin fait admettre son père en cure de désintoxication, était saine et confortable. Il avait aussi l'initiative de sorties calmes, alors qu'auparavant il ne s'intéressait vraiment qu'aux jeux vidéos, aux parcs d'attraction et aux déambulations dans les rues de Domino City avec ses amis. Depuis quelques jours, Joey s'était pris de passion pour les activités en pleine nature.

« Vous allez voir ! Ce sera une occupation stimulante, dynamique et rafraîchissante! assura-t-il aux filles, en s'avançant sur le chemin comme s'ils s'apprêtaient à entrer dans une galerie commerciale géante. »

Une gigantesque vallée vert émeraude s'étendait devant eux. Le ciel était d'un bleu parfait, presque sans nuages, et il y avait quelques bosquets d'arbres de temps en temps. Mai et Sérénity étaient loin de manifester autant d'enthousiasme que Joey. Ce n'était pas qu'elles dépréciaient ses initiatives, pourtant. Sérénity s'inquiétait tout simplement pour leur amie. Et la jeune femme en question, toujours pas remise de sa sévère dépression qui avait mené à la fameuse affaire du sceau d'orichalque, peinait encore à se concentrer sur les choses agréables de la vie.

Heureusement, Joey avait assez d'entrain pour trois. Il mena les filles jusqu'au chêne centenaire le plus proche, pour commencer. Il n'était pas très loin, à environ cinq minutes de marche, sur un léger talus au centre de sa vallée.

La brise qui soufflait des montagnes encore légèrement enneigées, au loin, était relaxante. Elle apportait avec elle des odeurs d'herbe fraîche, de fleurs et du soleil qui était devenu plus chaud. Malgré tout, Joey se retourna pour s'assurer que sa sœur était correctement couverte. Il n'était pas question d'attraper froid à cette période de l'année, après être parvenus à surmonter le terrible hiver…

Au sens figuré, il avait bien failli leur coûter, à Mai et lui, la relation qu'ils avaient avant. Pas tout à fait amoureuse, pas totalement complice, mais suffisamment proche pour qu'il prenne toute responsabilité des détresses par lesquelles la jeune femme pouvait passer. Il savait qu'il l'avait comme abandonnée en ne gardant pas le contact avec elle après Bataille Ville et il s'était promis de se rattraper.

Un pincement au cœur le rattrapa lui-même et Joey se tourna pour proposer sa main à Mai. Elle le regarda sans comprendre d'abord, ses yeux violets cillant devant l'expression pleine de détermination et de bonté de l'adolescent. La brise de montagne faisait aussi voler ses épais cheveux blonds autour de son visage, ce qui ne gâchait vraiment pas la scène… Elle lui donnait un air d'aventurer qui paraissait prêt à pourfendre, sinon le Dragon À Cinq Têtes, au moins chaque menu obstacle que la vie mettrait sur son chemin. Pour elle… parce qu'il tenait à elle et qu'il lui avait pardonné d'avoir usé du sceau d'orichalque contre lui.

Alors que Mai contemplait toujours son ami sans bouger, la petite tête châtain-rousse de Sérénity s'encadra dans son champ de vision. Elle s'était portée près de l'épaule de son frère et elle avait compris ce qui se préparait. Le moment tant attendu, enfin, de communion simple, qui les souderait pour oublier les erreurs du passé… qui soignerait les blessures de la Duelliste. Il fallait simplement qu'elle se laisse porter.

Sérénity sourit et prit l'autre main de Joey, qui reposait contre son flanc. Son aîné, distrait par le contact soudain, lui jeta un bref regard tendre avant de reporter son attention sur Mai. Il lui sourit, lui aussi, de ce petit air à la fois encourageant et plein de bonté qu'il ne montrait pas souvent, malgré sa sympathie évidente. Parce que c'était un regard qui dévoilait toute un pan d'une vulnérabilité que, en général, on préfère garder cachée. Mais là, au milieu de cette vallée vert émeraude, qu'il y avait-il à dissimuler ?

Mai baissa la tête. Ses longs cheveux blonds et ondulés lui cachèrent le visage, mais elle ne pleura pas. Elle tendit la main et prit, à son tour, les doigts de Joey dans les siens.

Ils se dirigèrent tous les trois vers le chêne centenaire au milieu de l'herbe et, doucement, s'y laissèrent tomber. Ce moment dura à la fois longtemps et très peu de temps… porteur d'une force qui les soudait comme une famille; plus encore, étrangement, que les cordons-bleus qu'ils avaient partagés ou les trajets en voiture qu'ils avaient fait ensemble pour économiser l'essence.

Enfin, ce fut le cas jusqu'à ce que Mai et Sérénity voient des biches s'approcher de leur petite retraite paisible. Elles eurent aussitôt envie de se pencher en avant pour mieux les observer et lâchèrent les mains de Joey.

Qui ne fut pas mécontent, finalement: tout cela commençait à lui donner des fourmis dans les doigts !