QG du Woohp - Salle de Communication Centrale - 7h21.
La matinée est calme, tout comme la nuit qui l'a précédée. Enfin quelque chose d'agréable et le silence n'est que plus reposant. Je tends la main vers ta tasse de café tiède et commence à boire une gorgée, les yeux toujours vissés sur l'écran de contrôle trop lumineux. Quand je vois une alerte rouge dans le coin supérieur gauche de l'écran. Je viens de recevoir une alerte sur une attaque dans une banque et je soupire lourdement. Ce genre d'attaque n'est pas du ressort du WOOHP habituellement, mais il faut filtrer les alertes très souvent. Les services de police s'en occupent cette fois.
Je fais glisser la souris jusqu'à l'alerte et je l'ouvre pour en découvrir un contenu bien différent d'une alerte classique. Un fichier vidéo est joint à l'alerte rouge et les quatre mots en gras en objet, te font vaciller en cette matinée qui avait si bien commencée :
Les Spies ont trahi.
Mon corps se fige alors que je relis encore et encore cette phrase.
Impossible. Les Spies font partie de moi, désormais. Malgré une méfiance sans égale à leur arrivée après leur recrutement par Jerry, et face à leur naïveté et leur inconscient…. J'ai fondu devant leur petite bouille de lycéenne. Elles sont complémentaires, différentes mais leur arrivée a apporté un lot de bêtises et d'imprévus qui donnent le sourire à chaque agent à leur évocation. Mais pas aujourd'hui. Parce qu'il est question de la pire chose dont tu as connaissance : la trahison.
Ma main tremble sur la souris alors que je lance la vidéo sur l'écran de l'ordinateur.
Localisation : Banque Of Phoenix - Arizona.
Heure : 11h09
La première scène met dans l'ambiance : l'image est un peu de mauvaise qualité, mais j'aperçois les Spies en tenue d'espionne entrer dans la Banque, les visages neutres, en silence. Premier détail, Clover a un sac sur l'épaule droite. Alex a un casque, sûrement un gadget sur les oreilles.
Puis on passe sur une caméra embarquée derrière le comptoir où un homme, semble compter une grosse liasse de billets. Les trois Spies s'avancent et c'est Sam qui frappe sur la vitre sécurisée pour attirer son attention. Il relève la tête, souriant, pour l'instant.
- Mesdemoiselles, que puis-je faire pour vous …?
- Hey bien, sans vouloir abuser de votre gentillesse… Commencez par nous donner la jolie liasse que vous avez dans les mains !
Elle pointe sa bague en direction du pauvre homme…. Je frissonne alors que les éléments ne mentent pas. Trahison. Déception. La bague relâche un gaz rose dans la banque, faisant crier l'homme…
- Mais qu'est-ce que vous faîtes ?!
Le reste, je vois l'attaque brute et réelle dans la Banque par les Spies. Clover sort un de tes gadgets phares en forme de sèche-cheveux, Sam jette un gadget pour créer un épais nuage rose dans la banque pour empêcher toute attaque.
- Que personne ne bouge ! crie Clover.
Tout le monde s'écroule. Et les filles entrent dans la pièce, autrefois sécurisée avec le casque à rayon laser et commencent à voler de l'argent, des lingots…. Et quand elles remarquent la caméra qui les filment là aussi.
Elles prennent la pose… Et elles sourient.
- Coucou, c'est nous … !
Et elles détruisent la caméra à l'aide du casque précédemment utilisé pour pénétrer la vitre. Je me fige alors que la vidéo s'arrête comme ça. Tout mon esprit s'embrume alors que la trahison et la déception prennent place en moi. Je ne peux pas garder cette découverte pour moi aujourd'hui. D'habitude, en tant que bras droit de Jerry, je gère les alertes en son absence.. Mais là, c'est beaucoup plus grave. Je cherche silencieusement une manière de l'annoncer à Jerry, que ces meilleurs éléments ont trahi ma confiance, la sienne et celle de tous ceux qui les ont vus grandir. Puis un petit bip, déclarant une demande de contact s'affiche sur mon écran : Jerry depuis son bureau privé.
Ta main tremble alors que tu décroches… L'a-t-il vu lui aussi ? Tu vas savoir très vite.
- Chesca. Briefing urgent dans mon bureau, maintenant.
Jerry et son tact légendaire et so british. Mais ça ne répond pas à ma question. Alors je ne me fais pas prier, je défroisse ma chemise, j'enfile ma veste noire et je remets mon oreillette en place avant de partir dans les longs couloirs du Woohp.
Mes pensées sont troubles. Je cherche une explication. Une raison.
Mais rien ne justifie cette montée en violence et cette attaque. Après tout ce qu'on a fait pour elles. Je ne surveille pas leur finance personnelle, mais si elles avaient eu le moindre problème, elles auraient dû leur parler ! Le Woohp ne laisse jamais ces agents seuls quand ils ont besoin d'aide. Mes pas sont rapides mais lourds de questions.
J'arrive à son étage et je marche à grande vitesse jusqu'à la porte transparente de son bureau. Je l'aperçois en train de travailler derrière son bureau comme à son habitude, tapant à toute vitesse, le visage tiré. A sa manière de fixer l'écran et les papiers étalés à côté, il s'est encore plongé à coeur perdu dans un nouveau projet technologique de pointe.
Je l'admire tant pour son imagination à développer toujours plus de gadgets utiles mais… Ce n'est pas le moment. Je m'avance devant le bureau, alors qu'il ne m'a pas encore remarqué. J'ai une présence très discrète, surtout depuis que j'ai pris mes fonctions comme garde du corps. Je racle la gorge et m'avance pour me faire voir.
- Jerry, avant toute chose, j'ai eu une alerte ce matin avant que vous ne m'appeliez pour un briefing. Malheureusement, ça implique nos Spies…
Jerry relève de suite les yeux. Son regard est tranchant, sans appel. Il est inquiet.
- Montrez-moi.
Je m'avance à son bureau et en quelques mouvements, je télécharge la vidéo compromettante depuis la base de données et je l'envoie sur le grand écran derrière lui. Depuis le coin de mon oeil, je le vois se figer, et ses yeux s'écarquiller alors que la scène se produit…. Ses sourcils se froncent et un silence pesant s'installe pendant que l'image trouble défile devant lui. Son expression se fige d'une concentration à la consternation et au choc. Je le vois encaisser le choc, en silence pendant plusieurs minutes qui me semble interminable. Puis, il prend la parole, la voix basse et brisée.
- C'est… inacceptable. Après tout ce que nous avons fait pour elles…
Jerry reste figé dans la douleur, l'incompréhension, son visage pâlissant à chaque seconde qui défile. L'image de Clover, Sam et Alex en train de détruire la caméra de la banque semble s'ancrer dans son esprit. Une trahison. Un coup direct au cœur de la confiance qu'il a placée en elles depuis toutes ces années. Il ferme les yeux un instant, comme pour se protéger de la douleur de cette découverte.
- Comment ont-elles pu nous faire ça, Chesca… ? Après tout ce qu'on a fait pour elles… Après tout ce qu'on leur a donné. Elles sont censées être nos alliées, nos meilleures agentes !
Il se tourne vers moi, ses yeux bruns et si calme d'ordinaire, sont remplis de déception et de colère.
- Je leur ai fait confiance, Chesca… Vous comprenez ? Je leur ai donné tout ce qu'elles voulaient. Pourquoi auraient-elles fait ça ? Pourquoi auraient-elles saboté WOOHP ?!
Il se dirige rapidement vers un tableau de contrôle et il commence à pianoter frénétiquement. Ses gestes sont pleins de nervosité mais il essaie de garder son calme tout en prenant des décisions. Moi, je reste silencieuse, attendant les ordres. Jerry reprend rapidement son self-contrôle malgré la colère qui se ressent dans sa voix, qui se fait plus ferme.
- Chesca, nous devons les retrouver immédiatement. On ne peut pas laisser ça se reproduire. Si elles sont devenues des criminelles, elles doivent être arrêtées avant qu'elles ne causent plus de tort au WOOHP. Vous prenez en charge leur localisation immédiatement.
Il se tourne vers moi, une étincelle de doute encore dans ses yeux, mais une détermination qui commence à prendre le dessus.
- Vous savez ce qu'il vous reste à faire. Je n'ai pas de temps à perdre. Assurez-vous de prendre toutes les précautions possibles.
Je hoche la tête et je m'approche d'un ordinateur pour les localiser. Le satellite les trouve rapidement au lycée, en train de rire et de se chamailler entre elles et Mandy. Je me racle la gorge un peu gênée et je jette un coup d'œil à Jerry.
- Elles sont au lycée comme si rien n'était. Avant de les Woohper, on décide de leur sanction... ? Il me semble que dans ce cas là, la procédure demande à la branche scientifique de prendre le cas. Pour leur implanter une puce électronique de contrôle et leur retirer les pulsions agressives. Est ce que je convoque les scientifiques, ainsi que les autres gardes du corps...?
Je dis ça, la voix peinée... Même si à voir l'image fixe, les trois filles me donnent un sentiment de malaise... Pourquoi nous auraient-elles trahi ?
Jerry reste silencieux un moment. Il observe à son tour les images transmises par le satellite : Sam, Clover, Alex, insouciantes, riant au soleil, presque comme si rien n'était arrivé. Le contraste entre cette scène paisible et la brutalité des vidéos de cambriolage le trouble profondément. Il serre les poings, son visage fermé, presque figé. Sa voix est basse, il semble retenir ces mots, comme s'il ne voulait pas les admettre…
- C'est… presque insultant. Elles se comportent comme si de rien n'était… comme si elles n'avaient pas sali notre confiance.
Il respire lentement puis détourne les yeux de l'écran. Il me regarde avec un air déterminé, mais fatigué.
- Vous avez raison. La procédure dans ce genre de cas...
Il marque une pause.
- ... implique effectivement une neutralisation comportementale. Si elles sont instables ou infiltrées, c'est la seule option pour éviter d'aggraver la situation.
Un silence, lourd. Puis, froidement :
- Convoque le docteur Griswald et son équipe. Qu'ils préparent le protocole de puce comportementale. Nous ferons une intervention discrète, ciblée. Aucune erreur ne sera tolérée. Des gardes du corps de niveau 5 doivent être mobilisés.
Il baisse la tête un instant, puis me regarde droit dans les yeux. Son ton est doux, mais ferme.
- Je sais que vous les aimez beaucoup, Chesca. Moi aussi. Mais... peut-être qu'elles ont changé. Peut-être que nous avons été aveuglés. Et le WOOHP ne peut pas tolérer la trahison.
Il tourne les talons et il s'éloigne un peu, s'arrêtant devant une vitre teintée qui surplombe une salle d'analyse en contrebas.
- Préparez l'intervention. Si elles sont encore loyales… nous le saurons. Sinon, cette puce évitera d'autres tragédies.
Je sens les larmes monter. Mais je m'exécute en silence avec les ordres de Jerry. J'appelle tous les scientifiques et huit gardes de niveau 5 dans le bureau de Jerry. On se place tous en cercle autour du lieu où elles vont arriver. Un piège a été installé à l'endroit où elles vont atterrir. Chacun est à sa place. La tension est palpable. Je suis derrière mon ordinateur. En train de douter... Tous les regards sont posés sur moi. Les larmes coulent encore. Je n'arrive pas à y croire, mes doigts sont crispés au-dessus du bouton.
- Jerry ... Je n'y arrive pas...
Jerry s'avance lentement vers moi. Sa posture est droite, mais son regard trahit une fissure dans sa carapace. Il voit mes larmes, il voit le tremblement dans ma voix et pendant un instant, il hésite. La tension dans la salle est suffocante. Les scientifiques gardent les yeux baissés, les gardes du corps, figés, tous prêts à agir.
Mais tout repose sur un mot de lui.
Un mot… ou un silence.
- Chesca… vous n'avez pas à y arriver. Ce n'est pas un choix que je vous impose. C'est une mission. Et c'est justement parce que vous doutez que vous êtes humaine.
Il fait quelques pas et se place à côté de moi, posant une main sur mon épaule. Son regard se tourne vers l'écran, montrant l'approche des trois espionnes vers la zone de capture.
- Je les ai vues grandir dans cette organisation. Elles étaient comme mes filles. Tu crois que ça me fait plaisir de leur tendre un piège ? De devoir... les neutraliser ?
Il serre la mâchoire.
- Mais si on se trompe, si on les laisse libres alors qu'elles sont réellement passées de l'autre côté… on mettrait toute la planète en danger.
Un silence. Puis il ajoute, plus bas :
- Si nous avons tort… Nous ferons nos excuses et nous réparerons nos erreurs.. Mais si nous avons raison, il faut agir. Maintenant.
Les trois silhouettes approchent, visibles dans les caméras extérieures. Riant, parlant, insouciantes. Elles passent la grille du lycée, se dirigeant vers le couloir… là où le piège les attend. Tous les regards se tournent vers moi. Je suis celle qui doit appuyer sur le bouton de validation. Le doigt tremblant, la respiration courte.
- C'est votre appel. Votre choix.
Les mots de Jerry sont puissants et impactants. Il faut le faire. Je prends une grande respiration et j'appuie sur le bouton qui active le piège pour les woohper et sur l'écran, nous les voyons chuter dans le tunnel qui va les amener jusqu'à nous. On entend leurs cris dans le tunnel et leurs râles. Ça me déchire le cœur comme à l'ensemble des membres du Woohp. On les a vu grandir, mûrir et elles se comportent normalement comme si rien n'était. Le temps semble durer des heures alors que nous attendons en bas. Jerry est tendu devant moi. Les gardes se réunissent et enfin les filles arrivent et tombent lourdement dans le piège. J'active le piège et la barrière électrique s'active autour d'elles.
Les trois espionnes chutent dans la pièce ultra-sécurisée, leur cri résonnant dans l'espace métallique. Un souffle, un choc sourd, puis un flash : la barrière d'énergie s'active, zébrant l'espace de décharges bleutées. Sam, Clover et Alex se relèvent difficilement, leurs yeux papillonnant, désorientés, froissés… mais pas blessés. Elles lèvent les yeux et découvrent Jerry, droit comme une statue, les bras croisés derrière son dos. Les scientifiques se tiennent en retrait et les gardes du corps encerclent le périmètre. Le silence est glacial. Sam est la première à toucher la barrière, elle se fait électriser sans grande conséquence. Elle tombe sur ses genoux alors que Alex et Clover se reculent, terrifiés.
- Pourquoi on est coincé dans cette bulle électrifiée ?
- Vous n'en avez aucune idée ? Je vais vous rafraîchir la mémoire, les filles.
La voix de Jerry est sèche. Et d'un claquement de doigt, il leur repasse les dernières secondes de la vidéo.
- Coucou, c'est nous !
Les filles nous regardent tous, choquées.
- Si c'est une plaisanterie, elle est de mauvais goût, tique Alex. C'est pas nous, on n'a jamais dévalisé une banque !
- Je suis très peiné les filles, en réalité vous m'avez beaucoup déçu.
Un autre claquement de doigt.
- Allez-y. Enfermez-les dans la cellule électromagnétique. Elles y resteront jusqu'à ce que nous les ayons reprogrammées.
- Comment ça, "reprogrammées" ? crie Sam. Ça veut dire quoi ?!
Un garde répond en s'approchant à leur contact.
- Ça veut dire que nous allons vous implanter une puce de contrôle neuro-magnétique dans le cerveau. Elle supprima la moindre de vos pulsions agressives et ça, de façon définitive.
De mon côté, je vois les filles partir en se débattant dans les bras des gardes. Je les vois ces filles, larmes aux yeux, complètement perdues mais toujours combatives. Alex se met même à pleurer, Sam serre les dents en criant de plus belle et Clover tente de se défendre avec colère… mais rien n'y fait. Jerry remet sa veste en place alors que nous soufflons.
- Je regrette, votre sort n'est plus de mon ressort.
Les filles sont transportées dans une autre pièce ultra-sécurisée : un dôme sécurisé le temps de préparer les opérations. Elles vont dans le dôme sécurisé avec les bottes anti gravité. Alors que la porte se ferme, je m'appuie sur le bureau et je repasse encore et encore en boucle la vidéo. Les visages, les voix, tout y est... Il n'y a pas de doute. Pourtant. J'ai ce doute en moi.
- Jerry... Que va-t-on dire aux autorités ? On remet les Spies après qu'on leur est injecté la puce ? En plus, elles sont mineures.. Ne faudrait-il pas appeler les parents...?
Jerry observe les filles qui se débattent, criant leur innocence alors qu'elles sont poussées vers le dôme de confinement. Leur détresse est réelle, mais ses traits restent figés. Sa mâchoire est crispée, et ses yeux suivent les portes du dôme jusqu'à ce qu'elles se ferment avec un CLANG métallique. Il m'écoute en silence. La pièce semble résonner du vide que laisse la disparition des filles.
- Appeler les parents ?
Il secoue la tête lentement.
- Non… pas maintenant. Pas tant que nous n'avons pas terminé l'implantation. Ce genre de vérité est… difficile à entendre, même pour un adulte.
Il se détourne de la vitre et revient vers moi, posant les mains sur le bureau, me faisant face.
- Quant aux autorités… Elles n'en sauront rien. Pas encore. Si les filles sont réellement passées du côté de la criminalité, alors ce sera à WOOHP d'effacer proprement toute trace de leur implication dans nos opérations passées. Et si elles sont sous une influence extérieure…
Il s'interrompt.
- Alors nous aurons neutralisé cette menace avant qu'elle ne nous détruise de l'intérieur.
Puis, plus bas, presque pour lui-même :
- Ce n'est pas le monde qui est en danger cette fois, Chesca… C'est notre foi en ce que nous avons construit ici.
Il me regarde, droit dans les yeux.
- Je veux que vous soyez présente lors de l'implantation. Si elles tentent quelque chose, je veux quelqu'un en qui j'ai entièrement confiance pour agir immédiatement.
Un technicien entre dans la salle à ce moment-là, interrompant le silence pesant.
- Les Spies sont neutralisées dans le Dôme. Le champ est activé. Le Dr Griswald commence la préparation des injections. Dix minutes.
Jerry hoche la tête, puis il croise les bras, tentant de rester maître de lui.
- Rejoignez-les, Chesca. Et… ouvrez l'œil.
- Jerry. Je crois que c'est important que vous soyez présent aussi. Je sais que c'est dur pour vous. Vous les avez recrutées alors qu'elle entrait au lycée. Vous les avez formés... Presque éduqué comme vos filles. Il serait bien de comprendre pourquoi elles en sont arrivées là...
Puis, alors que le silence s'installe entre nous. Une alarme s'active. Un garde débarque essoufflé dans le bureau sous nos regards choqués.
- Les Spies s'échappent patron ! Elles ont réussi à désactiver le dôme ! Elles foncent droit dans le laboratoire de gadget !
La phrase me frappe en plein fouet. Un instant, le doute sur leur culpabilité s'ancre. Si j'étais innocente, je m'enfuirais aussi ! Alors reprise d'un espoir, je cours rapidement à la suite du garde du corps vers le labo. Avec Jerry et d'autres gardes, nous accourons vers le laboratoire. Un scientifique nous rejoint et nous récupérons le fauteuil pour l'implantation des puces. Je me glisse dans l'ombre de Jerry alors que nous arrivons devant la porte. Nous entrons et nous surprenons les filles en train de piocher dans la réserve des gadgets.
- Du calme, mesdemoiselles, l'opération est indolore. Tout sera bientôt fini.
Et il n'a pas fini sa phrase que Sam s'est jeté sur un gadget et nous lance des filets pour nous neutraliser. On se retrouve tout bêtement enfilés les uns aux autres alors qu'elles prennent la fuite vers l'entrepôt des véhicules. Je sors un petit gadget avec une lame et je vous libère avec Jerry et les autres gardes pour les poursuivre. Nous avons quelques secondes de retard quand nous sommes dans l'entrepôt ; elles sont déjà dans un hélicoptère.
Je cours plus vite et j'arrive à temps pour attraper le rebord de l'appareil et je réussis à grimper dedans. Je me jette dessus, déterminée à les arrêter, convaincue qu'il doit y avoir une explication. Je m'engage dans la pièce de contrôle, me précipitant vers Alex, Clover et Sam pour les neutraliser et faire revenir l'hélicoptère.
Mais, à trois contre une, la force de leur détermination s'avère supérieure. Mes tentatives se heurtent à leur résistance commune dignes des Spies ; elles me repoussent violemment et je bascule en arrière de l'appareil. Le mouvement brusque de l'appareil me fait perdre l'équilibre. Je bascule dans le vide à plus de dix mètres de hauteur et dans un ultime moment suspendu, je vois ma vie défiler devant mes yeux.
Au milieu de ce chaos, je perçois dans les regards d'Alex, de Clover et même de Sam un instant une lueur de peur et de compassion… comme si elles réalisaient enfin la gravité de la situation. Le temps semble s'étirer, chaque seconde une éternité, avant que ma vision ne s'assombrisse et que je ne perde connaissance en heurtant le sol. Je pars dans un sommeil profond alors que les gardes s'agitent autour de moi pour me prendre en charge…. Jerry hurle ses ordres, entre la poursuite des Spies et ma prise en charge…
Quelques heures plus tard...
Le corps endolori, je rouvre les yeux, dans le bureau de Jerry avec d'autres gardes dans un petit coin aménagé temporairement en infirmerie. je suis allongée, la tête calée dans un bandage alors que de nombreux scientifiques et gardes s'activent au bureau de Jerry.
Autour de moi, des gardes du corps et des scientifiques s'activent, échangeant des regards inquiets tandis qu'ils passent en revue les données des caméras et cherchent désespérément à localiser Sam, Clover et Alex. La tension est palpable dans l'air, comme si chaque seconde comptait pour retrouver les filles. Je distingue dans le lointain l'ombre de Jerry, dont le regard est empreint de détresse et de culpabilité, un mélange de douleur et d'incompréhension face à ce qui vient de se passer.
J'essaie de me redresser, en grognant :
— Oh bordel… j'ai mal partout…
Ma voix est rauque, trahissant la souffrance, mais je prends conscience de la gravité de la situation. Jerry, qui vient de s'approcher doucement de moi, pose une main réconfortante sur l'épaule.
- Chesca, je sais que ce n'est pas facile… Je… je suis désolé que tout soit arrivé ainsi. Nous devons absolument retrouver les filles, comprendre ce qui a réellement déclenché ce chaos.
Un des scientifiques, le Dr Griswald, passe près de moi, jetant un regard rapide sur les résultats des analyses de la vidéo et des signaux captés par le système satellite.
- Nous avons encore des incohérences, Agent Chesca. Les données suggèrent que quelque chose cloche dans l'opération.
Jerry hoche la tête, luttant contre l'émotion qui se mêle à la colère contenue.
- Je ne peux pas croire que nous en sommes arrivés là. Elles étaient comme ma propre famille. Et maintenant… nous devons agir, même si cela signifie prendre des décisions difficiles.
Les gardes du corps se rassemblent autour du bureau, formant un cercle protecteur. Les écrans affichent en temps réel les coordonnées des filles qui semblent encore en fuite.
- Nous allons continuer à chercher, dit Jerry d'un ton ferme. Et quand nous les retrouverons, nous découvrirons la vérité derrière ce complot.
Le murmure des discussions, les bips des machines et la gravité de la situation se mêlent dans une atmosphère lourde. Ma douleur physique n'est qu'un rappel de la bataille que vous venez de livrer, tandis que la véritable lutte pour la vérité et la rédemption ne fait que commencer. Je me relève rapidement pour suivre les scientifiques et les gardes du corps qui se pressent de suivre Jerry dans son jet pour retrouver les filles. J'attrape au passage mon ordinateur et je me connecte directement à leur compoudrier pour voir ce qu'elles font en direct. J'ai également leur position et nous nous dirigeons vers elles pour les intercepter. Je m'arme d'une oreillette et j'écoute leur conversation. Elles ne changent pas de discours. Elles ne sont pas celles à l'origine. Elles se rendent sur les lieux du braquage en se déguisant….
Elles auraient aperçu un morceau de peau sur un cactus. Je plisse les yeux alors que je regarde à nouveau la vidéo... Effectivement à un moment on voit un morceau de peau est arraché quand Clover passe près d'un cactus...
- Jerry. Je me suis connecté à leur compoudrier. Elles ont vu quelque chose que nous n'avons pas vu. Regardez.
Je lui montre l'étrange morceau de peau sur la vidéo que les filles viennent de repasser et de zoomer.
Jerry regarde attentivement l'écran pendant que je lui montre l'extrait, l'étrange morceau de peau visible sur le cactus capturé dans la vidéo. Son front se plisse et un silence lourd s'installe dans la cabine du jet, malgré le bourdonnement constant des instruments de bord et les murmures des gardes qui se tiennent prêts.
- C'est étrange. Ce morceau de peau, ça ne ressemble à rien de ce que j'ai vu chez nos filles… Elles n'étaient manifestement pas blessées quand nous les avons interceptées.
Il tape rapidement quelques commandes sur son ordinateur, consulté en parallèle avec les scientifiques qui se précipitent dans le couloir. Le technicien Nevil, présent dans l'équipe, se penche sur son écran et murmure :
- Les données GPS confirment leur position, Jerry. Elles se déplacent dans le secteur nord du lycée. Elles semblent… en train de s'organiser.
Jerry hoche la tête, les yeux rivés sur l'écran qui affiche le flux en direct. Le compoudrier révèle que Sam, Clover et Alex discutent calmement, répétant la même version : elles expliquent que le braquage était une opération organisée, un déguisement pour détourner l'attention. Et ce détail… ce morceau de peau arraché sur le cactus, elles en parlent comme d'un indice inattendu. Jerry croise les bras, sceptique.
- Elles parlent d'avoir aperçu ce morceau de peau... comme si c'était la clé pour expliquer le braquage.
Un silence de plomb s'installe à nouveau. Jerry ferme les yeux quelques instants, comme pour contenir la tempête d'émotions qui le traverse. Il ouvre les yeux, le regard désormais plus dur, mais avec une lueur d'interrogation persistante :
- Nous devons revoir tous les enregistrements. Ce détail pourrait tout changer… Peut-être que le complot ne vient pas d'elles mais d'une tierce partie qui cherche à nous piéger. Préparez une analyse complète de ces images et contactez immédiatement le Dr Griswald. Nous devons comprendre comment ce morceau de peau s'est retrouvé là, sans qu'aucune de nos agents ne se soit blessée.
Les gardes du corps, silencieux, se mettent en alerte. Dans le jet, l'atmosphère se fait électrique. Je sens mon cœur battre la chamade, et malgré la douleur de mes blessures, la détermination monte en moi. Le doute sur la culpabilité des spies s'insinue un peu plus en remettant en question toute l'opération. Jerry tourne la tête vers moi…
- Chesca, assurez-vous que nous suivons précisément leurs mouvements. Je veux que tu restes en contact constant via l'oreillette et que vous me signalez toute anomalie dans leur discours. Ce n'est pas fini… La vérité se cache quelque part derrière ces mensonges.
L'équipe se mobilise alors que la tension atteint son paroxysme. Dans ce moment charnière, chacun se prépare à une nouvelle phase de l'enquête, où la loyauté et la vérité seront mises à l'épreuve. Pendant notre trajet, je continue d'espionner les Spies qui ont réussi à pénétrer la Banque précédemment attaquée et à récupérer l'étrange morceau…. Elles font l'analyse de ce tissu et j'aperçois les résultats en direct..
Des traces d'ADN… Une combinaison de peau… ? Puis elles zooment… L'analyse du tissu révèle d'étranges molécules.
- RTech Industries, murmurais-je. Une peau artificielle ?
Les informations semblent un peu grosses… Le silence est presque assourdissant dans la cabine du jet. L'équipage et les gardes sont tous concentrés, les yeux rivés sur les écrans, mais c'est ma vigilance qui capte le moindre détail. La tension est palpable. Le vol continue à suivre les déplacements des filles et je reste à l'écoute de chaque mot, chaque bruit, chaque changement dans leur comportement. Elles sont en direction du fameux laboratoire… Nous ralentissons pour nous rapprocher du lieu où elles ont fui la première fois…
Alors que l'hélicoptère des espionnes survole l'île, un endroit isolé, des murmures se font entendre dans tes écouteurs. Clover et Sam échangent des propos inintelligibles entre elles. Alex, quant à elle, semble avoir pris des risques en s'aventurant seule, suspendue dans le vide, en descendant dans les locaux de l'île pour rechercher des informations. Le vrombissement de l'hélicoptère se fait de plus en plus faible, puis soudain, tout se fige. Un cri strident perce l'air : Alex hurle dans le micro, sa voix déformée par la panique.
- Remontez-moi ! Remontez-moi vite !
Le son déchire l'air et je sens mon cœur se serrer en entendant l'angoisse dans sa voix. L'un des gardes se fige, le regard inquiet, et d'autres dans la pièce sursautent également, comprenant que quelque chose de grave se passe. Jerry fronce les sourcils, avant de se rapprocher.
- Qu'est-ce qui se passe… ?!
Je me crispe encore plus, serrant les dents en écoutant les échos des voix qui se font de plus en plus précipitées. Les cris de Clover et Sam deviennent de plus en plus confus, et l'adrénaline est palpable. Le vrombissement de l'hélicoptère, en proie à une attaque, devient plus intense, avant que tout ne s'accélère. Le bruit de l'hélicoptère en difficulté se fait plus violent, suivi de l'explosion d'une série de bruits métalliques. Le son se coupe brutalement. Je perds le contact avec elles pendant un instant. Dans le jet, tout le monde est silencieux, à l'exception de l'écho des voix tendues dans tes écouteurs.
- Jerry… elles ont été attaquées, elles fuient, elles sont sous attaque… Alex est suspendue, elles essaient de se sauver !
La tension dans l'air devient insupportable, chacun attendant ma prochaine parole, absorbé par cette situation qui prend un tournant incertain. Jerry reste figé un instant, réfléchissant à la meilleure action à entreprendre.
- Nous devons les retrouver, à tout prix. Préparez-vous à l'interception. Ne laissons pas l'hélicoptère se poser ailleurs. J'ai besoin que tout soit en place pour l'action… on ne peut plus se permettre d'attendre, reprend Jerry.
Les gardes se mettent en action, se préparant à l'assaut, les scientifiques étant déjà en train de réévaluer la situation. Jerry, tout en restant concentré sur le déroulement de l'opération, fait signe à ses hommes de prendre les positions nécessaires.
- Ces filles… elles nous échappent encore, mais pas cette fois. Nous devons les stopper avant qu'elles ne disparaissent complètement.
Je serre les dents face à son entêtement. Jerry ne veut pas comprendre. Les filles fuient à la fois nous, le Woohp mais un autre ennemi ! Sûrement celui qui est à l'origine de tout ce merdier. Je remets mes oreillettes en place et j'écoute le reste. Elles semblent avoir semé leur ennemi et elles retournent à leur point de part là, où nous nous dirigeons. Entre deux grésillements, j'entends Alex parler d'un étrange ongle que Sam s'empresse d'analyser. Je vois en même temps les résultats. Je plisse les yeux alors que je vois...
- Jerry... Un autre élément vient d'être analysé par les filles... !
Mais il m'ignore, trop concentré. Le jet atterrit brusquement dans un souffle de sable et de tension. Jerry descend en premier, flanqué de quatre gardes d'élite, l'œil vif, le regard dur, son long manteau agité par le vent brûlant du site. Derrière lui, les scientifiques sortent rapidement avec leur matériel, prêts à scanner l'environnement et capturer toute donnée qui pourrait relier les filles à leur supposée trahison.
- Elles sont ici. Bouclez tout le périmètre. Pas d'échappatoire cette fois.
Puis ils s'adressent aux filles, cachées.
- Rendez-vous mesdemoiselles, vous êtes cernées, vous n'avez aucune chance !
Mais Jerry ne m'a pas vue, lorsque je m'éclipse discrètement dans l'ombre du jet, mon ordinateur sous le bras, les écouteurs toujours en place. Je n'essaie plus d'écouter Jerry. Je les écoute, elles. Pour essayer de leur parler. Les filles cherchent à prouver leur innocence, j'en suis certaine maintenant. J'accélère le pas, le cœur battant. Je coupe à travers les caisses empilées, les passerelles rouillées. Soudain, au détour d'un couloir, je tombe nez à nez avec elles. Sam me braque d'un gadget, Clover recule d'un pas, Alex me fixe, les bras levés, paniquée.
- Arrête-toi là, Chesca. On n'a pas le temps. On est poursuivies et ce n'est pas juste par vous !
Je respire fort, encore hésitante… mais maintenant, je les vois vraiment. Elles ont peur. Elles sont sincères. Il n'y a aucune trace de duplicité dans leurs regards. Juste… cette rage calme d'êtres trahis par leur propre famille.
Je jette un regard rapidement et je montre mon ordinateur.
- Je sais.. J'ai connecté mon ordinateur à votre compoudrier. J'ai vu les résultats. Jerry est borné, il ne veut rien entendre.
Je leur montre par où ils sont partis pour leur montrer ma bonne foi. Les filles jettent un coup d'œil par-dessus une caisse alors que je ne bouge pas. Je ne suis pas armée, juste moi, mon ordinateur et mon oreillette.
- Il faut que vous trouviez vous-même votre innocence, maintenant. Mais vous devez retourner là-bas, à ce laboratoire. Vous ne pourrez pas reprendre votre jet, des agents l'ont neutralisé, à la place, prenez celui de Jerry. Les clés de l'hélicoptère sont dedans, boîte à gant gauche. Fuyez et trouvez moi les coupables. Prouvez à tous de quoi sont capables les Spies. Je vais tâcher de les retenir ici le temps que vous preniez un peu d'avance. Et ne vous faites pas attraper.. La procédure avec la puce de contrôle. Il n'y a pas de retour arrière.
Je les observe sérieusement avec un hochement de tête, avant de m'éclipser dans une ruelle pour rejoindre les autres gardes. mais en passant, un détail me dérange chez Clover. Ces ongles bleus. Elle déteste cette couleur. Alex et Sam n'ont rien vu ? Étrange. Je fais mine d'être essoufflée et je rejoins Jerry qui fouille avec les gardes.
Pendant ce temps..
Jerry, le regard dur, progresse à travers les couloirs sombres de l'entrepôt. Il est en colère. Pas une colère explosive, mais une colère silencieuse, contenue, celle qui vient d'une blessure profonde. Les soldats balaient chaque recoin, leurs armes prêtes, les gadgets activés. Ils n'ont rien trouvé. Pas une trace. Juste du vent, de la poussière, et… du doute.
- Rien, monsieur. Elles ont disparu, déclare un premier garde.
- Non. Elles sont là. Je les sens. Elles ne s'évaporent pas comme ça. Continuez, crie Jerry.
C'est à ce moment-là que je réapparais, jouant la fatigue, comme si j'avais couru sans relâche depuis plusieurs minutes. Jerry se tourne vers moi immédiatement, l'espoir et la tension dans son regard.
- Vous avez capté quelque chose ?!
Je sens tout le poids de son attente et de sa confiance. Derrière toi, l'écho lointain des pales de l'hélicoptère que tu viens de « prêter » commence à s'élever, camouflé par le vacarme des moteurs du jet encore chaud. Elles s'échappent. Grâce à moi. Mais… Un détail continue de me ronger. Tu revois Clover. Ces ongles bleus. Bleus.
Clover déteste le bleu. Elle l'a dit une centaine de fois. C'est une obsession, presque un réflexe : jamais de bleu sur ses vêtements, jamais de vernis bleu… Alors pourquoi ce vernis ? Je fais mine de me placer près de Nevil, toujours scannant les débris et résidus autour de la zone. Je l'entends murmurer :
- Bizarre… y a des traces de polymères synthétiques ici…
Ton cœur se serre. Et si… Cette matière. Clover. L'ongle. Jerry me fixe, son impatience grandissante :
- Chesca ? Qu'est-ce qu'il y a ? Vous avez l'air préoccupé. Vous ne m'avez pas encore répondu.
- Non rien... C'est juste bizarre cette matière... Et vu l'endroit où on l'a retrouvé, ça me fait penser qu'il y a eu une lutte à cet endroit précis.
Je suis inquiète pour les filles d'un coup. Je reprends mes oreillettes et je fais mine de découvrir qu'elles ont "emprunté" le jet de Jerry.
- Oh... On a un souci... Elles viennent de fuir avec notre jet.
Je ressors mon ordinateur et je commence à pianoter. Les filles discutent... Clover a un comportement étrange... La voix est froide... Terne... Et Alex lui fait la remarque sur les ongles. Elle aussi ça l'a choqué. Je sens le regard de Jerry et des gardes sur mes épaules.
- Il y a un problème, un changement du côté des filles... Il y a un changement chez Clover... Depuis quand elle aime le bleu ? Elle... Elle est robotique... Même Alex et Sam sont un peu interloqués... Et visiblement Clover les emmène vers une île secrète... Et... Merde ! J'ai perdu le signal !
Le silence s'abat brutalement. À l'instant même où j'annonce avoir perdu le signal, les regards autour de moi se figent. Les gardes échangent des œillades inquiètes. Nevil lève immédiatement la tête de sa tablette, ses doigts tremblants sur l'écran.
- Perte totale du compoudrier... ça a été brouillé… volontairement. Quelqu'un a utilisé une fréquence fantôme. C'est... hautement technologique. Presque du niveau d'un ex-agent.
Jerry, qui jusque-là m'observait avec méfiance mêlée de frustration, recule d'un pas. Il croise les bras lentement, ses traits se durcissent. Mais son regard trahit autre chose : une faille, un doute, un frisson de peur.
- Depuis quand Clover aime le bleu…?
Il répète mes mots à lui-même et cela semble le heurter plus que tous les rapports, toutes les vidéos truquées, toutes les données manipulées. Jerry connaît ses filles. Et ça, c'est le genre de détail qu'on ne peut pas falsifier.
- Et tu dis qu'Alex l'a remarqué aussi ? Que Sam était interloquée ?
Toujours concentrée sur mon écran, je confirme d'un hochement rapide de la tête.
— Oui. Et sa voix, Jerry… elle n'est pas froide parce qu'elle est en colère, elle est… inexpressive. Comme… comme si elle récitait un texte.
Un silence tendu suit, puis Jerry tourne lentement les talons, regardant au loin vers la piste vide où le jet s'était posé plus tôt. Il reprend d'une voix teintée de doute…. D'une hypothèse inavouée.
- Et si… Ce n'était pas Clover avec Sam et Alex ?
Nevil blêmit alors que l'on encaisse le choc de cette idée.
- Un clone… ou un androïde ? Une version synthétique ? Il y a eu des précédents… mais jamais aussi perfectionnés. Et les données récupérées de l'ongle et de la peau vont dans ce sens malgré tout..
Un des gardes murmure, incrédule :
- On a peut-être essayé de capturer les mauvaises personnes…
Jerry serre les poings. Sa voix est plus faible, cette fois, comme s'il s'adressait autant à toi qu'à lui-même.
- On leur a tourné le dos… alors qu'elles essayaient de nous prévenir de leur innocence !
Il se tourne brusquement vers moi, son regard transpercé d'une énergie nouvelle, teintée de culpabilité mais aussi de feu.
- Rassemblez une nouvelle équipe. Maintenant. Cette fois, nous ne les poursuivrons pas… nous irons les aider. Il faut retrouver le véritable ennemi, et vite.
Je soupire, prête mais un peu rancunière de la façon dont il change de veste sans s'excuser…
- Jerry. Tous les signaux ont été coupés. Il faut qu'on puisse accéder aux données du jet. Il faut qu'on retourne au QG. Ça dépasse mes connaissances à ce niveau. Et puis... Les filles nous ont échappé jusque là pour prouver leur innocence. Ce n'est pas un clone qui va les effrayer.
Plusieurs gardes se jettent un regard un peu interloqué. Je commence à m'éloigner pour aller dans l'hélicoptère abandonné par les filles. Je commence à inspecter pour regarder si elles ont laissé des indices. Mais rien... Je soupire et je viens brancher mon ordinateur sur une prise et j'essaie de me reconnecter... Le signal est toujours perdu ...
Jerry reste debout, silencieux, le regard fixé sur l'horizon comme si la silhouette du jet allait réapparaître par miracle. Mes mots résonnent encore dans sa tête :
"Ce n'est pas un clone qui va les effrayer…"
Il serre les mâchoires. Les filles n'ont jamais fui un danger. Pas même quand elles étaient en infériorité. Alors si elles fuient maintenant… c'est qu'elles ne fuient pas. Elles foncent droit sur le problème. Derrière lui, le murmure entre deux gardes brise le silence.
— Dépassée ? Impossible… Je me demande si elle les a pas couvertes… Elle les connaît aussi bien que Jerry.
Jerry se fige. Lentement, il tourne la tête. Pas un mot. Juste ce regard perçant qui, sans colère, suffit à faire reculer les deux gardes d'un pas. Il n'a même pas besoin de parler pour leur faire comprendre : Attention à ce que vous insinuez.
- Si elle les a couvertes... c'est parce qu'elle savait mieux que nous tous ce qu'il se passait.
De mon côté…
Le silence de l'appareil contraste avec le chaos de la base extérieure. J'explore chaque recoin, chaque interstice, cherchant une trace, un oubli, un indice. Mais rien. Les filles ont nettoyé derrière elles comme des pros. Aucun compoudrier, aucun gadget actif, rien à décrypter. Même la boîte à gants est vide.
Je branche mon ordinateur, une lumière rouge clignote : signal toujours perdu. J'essaye une autre fréquence, une autre clé de chiffrement. Rien. Elles sont hors réseau. Mon cœur bat plus fort. Pas de panique… mais le silence commence à peser. Je murmures, comme pour briser le vide :
— Bordel les filles… Où êtes-vous… ?
Et soudain… un grésillement faible. Infime. Un parasite dans la fréquence. Je me redresse aussitôt.
…rrr… Ches…ca…
…ici Sam… Si tu nous entends… on a trouvé quelque chose. C'est plus gros que prévu… La base… c'était un leurre. Clover n'était pas Clover… elle… elle a disparu.
Le message est coupé. La voix est à peine reconnaissable, perturbée, hachée. Mais je l'ai entendue. Elles sont vivantes. Elles poursuivent leur enquête. Et elles ont trouvé l'imposteur. Jerry arrive derrière moi, à pas lents. Il s'arrête juste à l'entrée de l'hélico, te voyant figée devant ton écran.
- Vous avez capté quelque chose… dites moi que vous les avez trouvées.
- Sam m'a envoyé un message faible. Elles ont été pièges. Elles sont dans une base. Certainement celle de leur ennemi. C'était faible mais suffisamment pour qu'on puisse les localiser. Elle a envoyé aussi des coordonnées... Dans les Alpes ?
Je regarde rapidement sur des carrés et plisse les yeux.
- Il y a d'étranges installations dans la montagne. On doit les retrouver là-bas je pense. Dépêchons-nous.
Jerry, resté dans l'ombre de l'hélicoptère, en m'écoutant sans rien dire au départ. Mais au mot "piège", ses yeux se froncent, et au mot "Alpes", il se redresse brusquement, le visage déjà tourné vers l'extérieur.
- Les Alpes… Bien sûr. L'ancienne base WOOHP-B3. Fermée depuis dix ans. On y testait des technologies de camouflage et… des prototypes de drones d'assaut. Personne n'y est retourné depuis.
Il passe la main dans ses cheveux, puis frappe du poing contre la paroi de l'hélico. Le déclic. L'explication à tant d'éléments flous. Il se tourne vers moi, soudain plus vivant que depuis des jours.
- Préparez tout. Jet ou hélico. Je veux une équipe réduite. Vous, moi, Nevil, le minimum de gardes. Pas de scientifiques, pas de politiques, pas de comités. On les retrouve, on les sort de là. Et on fait tomber ceux qui ont monté ce cirque.
Il sort son communicateur et lance rapidement les ordres. Les gardes s'activent. L'ambiance change du tout au tout : la confusion laisse place à l'action. Avant de monter dans l'hélico, Jerry se tourne une dernière fois vers moi
- Chesca… merci. D'avoir cru en elles. Même quand moi j'ai failli les abandonner.
Quelques minutes plus tard,
Le nouvel appareil décolle vers les Alpes, filant à travers les nuages vers une vérité encore enfouie sous la glace et les mensonges. Le vent siffle dans les pales. Moi, l'instinct bat à plein régime. Je sais qu'au bout de ce trajet, il n'y aura plus de doutes. Plus de faux-semblants. Il ne reste que la vérité, brutale… et les espionnes, prêtes à la défendre.
Dans le jet, direction les Alpes…
Le trajet se fait dans un silence absolu. L'équipe est réduite. On doit rejoindre un camion équipés de skis pour remonter jusqu'au lieu dans les montagnes pour éviter de créer les avalanches. Tout est calme quand le pilote commence ses manœuvres pour se poser en bas des montagnes. Nous sortons en vitesse de l'hélicoptère pour rejoindre le camion. Un garde prend les commandes et nous montons à toute vitesse... Et nous voyons tout autour de nous des dizaines d'espionnes, de Sam, Clover et Alex qui poursuivent les trois originales. Maintenant la preuve est là ! Des clones plus vrais que nature…
Nous apercevons Alex en combat avec un homme à moitié humain et cyborg alors que les vraies Sam et Clover, se débarrassent de leurs clones par-dessus une rivière.
L'hélicoptère du Woohp récupère les clones robotiques ainsi que le super vilain, dans un immense filet. Nous stoppons le camion au milieu de la montagne et les filles essayent de s'arrêter…. Puis roulent formant une immense boule de neige et viennent percuter le véhicule désormais arrêté.
Des drones WOOHP tournent au-dessus, sécurisant la zone. Au centre de cette scène irréelle, les vraies Sam, Clover et Alex se tiennent prêtes à frapper, encore haletantes après leur combat. C'est alors que les boules de neige fusent. La première touche Jerry en pleine épaule puis il en prend une en plein tête. Il recule d'un pas, surpris. La deuxième me frôle, éclatant à nos pieds dans un nuage glacé. Puis la voix de Sam retentit sur la défensive :
- Ne vous approchez pas !
Jerry essaie de désamorcer la situation mais aux vues des boules de neige qui s'annoncent…
- Voyons les filles, gardez votre sang froid… Nous avons réalisé que vous essayiez de prouver votre innocence .. !
- Ah, encore heureux que vous l'ayez compris avant de nous avoir lobotomisé ! On a vraiment eu de la chance !
- Je suis sincèrement navré et j'espère que vous acceptez mes plus plates excuses…
Je soupire. Il a osé. Ces plus plates excuses….
- Vos plus plates excuses ?! Crient les trois Spies en coeur.
- Vous serez à la retraite avant qu'on est fini de vous faire payer la facture de la façon dont vous nous avez traité !
Puis un déluge de boules de neige s'abat sur nous. Je n'essaie pas de me débattre, elles se vengeront d'une manière où d'une autre… J'attends qu'elles se calment puis, en me débarrassant de la neige, je leur fais une révérence en leur direction.
- Les filles... Pardonnez-moi également. Je n'ai pas été à la hauteur... Je suis également responsable de tout cela. Mais j'espère pour vous que vous n'avez pas abîmé le jet hein... Je tiens à ma paie... !
Je jette un coup d'œil à Jerry pour voir s'il comprend que les filles ont eu un coup de main pour lui "emprunter" le jet. Les filles me regardent, silencieuses un instant. L'émotion teinte l'air encore chargé de tension. Alex me fixe avec de grands yeux humides, et même Clover, qui semblait encore sur la défensive, baisse les yeux, comme touchée. Sam, toujours la plus posée, esquisse un sourire fatigué.
- T'as été la seule à vraiment douter… Et à nous écouter. On l'a senti. Merci, Chesca.
- Ouais… et puis, t'as fait une sacrée chute quand on a fui... Ça mérite un peu de compassion. Et du repos !
- Mais si le jet est abîmé, c'est Alex qui conduisait, hein. Juste pour que ce soit clair, rétorque Clover.
Un éclat de rire discret brise enfin la glace. Je tourne la tête vers Jerry, cherchant à capter sa réaction. Ton regard à demi-moqueur est clair : Elles ont eu un coup de pouce. Jerry, qui m'observe, comprend immédiatement. Il fronce légèrement les sourcils, puis ses yeux se plissent. Il retient un sourire.
- Je suppose… qu'il faudra que je revoie la sécurité de mon jet personnel.
Puis, après un silence, il ajoute :
- Et que je reconnaisse que l'on aurait pu tout perdre sans une bataille acharnée des Spies… et de la vôtre Chesca.
Il incline légèrement la tête. Ce n'est pas un remerciement explicite… mais venant de Jerry, c'est presque une déclaration d'amitié éternelle.
Le vent souffle de nouveau. L'hélicoptère du WOOHP est prêt à embarquer. Les clones sont neutralisés, le super-vilain capturé. La vérité a éclaté. Et les trois espionnes, malgré les blessures, la peur et la colère, se tiennent debout, plus fortes, plus soudées que jamais.
