Avec toutes les cartes en main …
Harry Potter, dix-sept ans, observait d'un œil noir le courrier qu'il venait de recevoir pour son anniversaire.
-Tu sais que ça ne va pas te manger, ricana une voix qui entrait dans la salle à manger.
Pour toute réponse, Harry fusilla du regard la nouvelle venue qui sourit narquoisement. Iris Potter, treize ans, n'avait pas sa langue dans sa poche et adorait taquiner son frère aîné.
-C'est Poudlard, grommela Harry.
Iris perdit son sourire. Harry, et plus largement le clan Potter auquel ils appartenaient tous les deux, était en conflit avec le directeur de Poudlard, Albus Dumbledore. À cause de cela, la scolarité des deux héritiers Potter avait été inconfortable, au mieux, et le contexte politique des dernières années n'avait pas arrangé la situation.
-Tu veux que je l'ouvre? proposa Iris
-Pas la peine, j'ai une bonne idée de ce qu'elle contient, grogna Harry.
-Ah bon? s'étonna Iris
-On va me proposer le poste de capitaine de l'équipe de quidditch, lâcha Harry. Poste que j'aurais dû avoir depuis l'année dernière mais quelqu'un en haut lieu a considéré que quelqu'un d'autre était bien plus compétent, avec les résultats que tu connais.
Iris eut un bref ricanement. À la plus grande incompréhension de l'équipe de quidditch de Gryffondor, le poste de capitaine avait été attribué à Cormac McLaggen, élève de septième année assez peu apprécié par ses coéquipiers. N'ayant jamais compris qu'il s'agissait d'un sport d'équipe, la maison des lions avait lamentablement perdu la coupe à cause de ses stratégies qui le glorifiaient au lieu de leur assurer la victoire. Il avait été très facile de découvrir que ce choix peu pertinent était dû à Albus Dumbledore qui était allé à l'encontre du choix de Minerva McGonagall, la directrice de Gryffondor, vraisemblablement parce que le brun avait refusé de suivre les plans soigneusement établis pour lui.
-Quoi d'autre, puisque tu sembles avoir des dons en divination? fit Iris
-Je ne serais même pas surpris qu'il me propose le poste de préfet de Gryffondor, fit Harry. Et que Ron devienne le nouveau préfet en chef, bien entendu.
Quand la nomination de Ronald Weasley en tant que préfet masculin de Gryffondor s'était répandu à travers l'école pendant leur cinquième année, ça avait été un choc. Le roux avait toujours été allergique aux responsabilités, que ce soit par rapport à ses études ou pour assumer les conséquences de ses actes. Son manque absolu de sang-froid et ses préjugés tenaces envers les Serpentards étaient connus de tous donc personne n'aurait l'idée de le solliciter pour demander de l'aide. À sa décharge, il avait été également surpris en apprenant sa nomination et la présence à ses côtés d'Hermione Granger, qui était son complet opposé, l'avait forcé à remplir ses obligations avec une nonchalance plus qu'irritante. Effectivement, aucun élève n'aurait la force de s'étonner de le voir devenir préfet en chef alors que tous les autres préfets de son année étaient bien plus qualifiés que lui.
Qu'y avait-il à dire, les voies d'Albus Dumbledore étaient impénétrables …
Ce fut un silence songeur qui accueillit Lily et James Potter qui s'en étonnèrent.
-La lettre de Poudlard, répondit Iris à la question non verbale.
Le couple se renfrogna avant de vérifier que la lettre était inoffensive puis de la lire.
-Il te donne le poste de préfet et de capitaine de quidditch, résuma James. Ce qui était couru d'avance puisque ceux qu'il a choisi n'étaient franchement pas à la hauteur.
-Il n'avait pas le choix, s'irrita Lily. Il y a eu trop de plaintes des élèves pour qu'il reste sur ses positions. De plus, avec ses échecs pour lutter contre face de serpent., il se rend compte qu'il doit recruter des alliés, à commencer par le Survivant qui n'a aucune confiance en lui.
Harry sourit en entendant sa mère utiliser le surnom que ses amis avaient trouvé pour ne pas activer le tabou sur le nom de Voldemort. Lily n'avait pas tort car Dumbledore avait réussi à se mettre à dos la famille Potter après avoir échoué à les protéger quand Harry avait à peine un an mais ça avait été définitif quand le brun était revenu de sa première année à Poudlard avec le récit terrifiant d'une rencontre avec Voldemort attaché à la tête du professeur de défense pendant une année scolaire entière. Ils avaient été tentés de retirer le brun de l'école mais le règlement, perpétuellement en changement, était clair: dès l'instant où l'élève posait le pied sur le domaine, il était dans l'obligation de poursuivre sa scolarité jusqu'aux ASPICS, la possibilité de partir au moment des BUSES ayant été annulée l'année précédant l'entrée d'Harry à Poudlard.
Une mise au point particulièrement salée plus tard, les membres du clan étaient clairement établis comme n'appartenant pas aux alliés du vainqueur de Grindelwald et président du Magenmagot. Le vieux sorcier avait bien évidemment essayé de leur forcer la main mais sa grande connaissance de la société sorcière n'était rien face aux us et coutumes sangs purs et avant même qu'il n'ait compris ce qui se passait, Albus Dumbledore ne pouvait plus approcher le Survivant et ses proches. Il l'avait découvert avec douleur quand il avait voulu faire croire à la population sorcière que Sirius Black avait livré les Potter à Voldemort. L'apparition de lord Sirius Black avec une plainte pour diffamation – pour laquelle il avait été déclaré coupable et condamné – avait fait autant de mal à son ego qu'à sa réputation.
Si Dumbledore avait découvert que le blanc-seing dont il disposait en Grande Bretagne sorcière n'était pas valable en dehors de ces frontières avec le tournoi des Trois Sorciers – le clan Delacour et la famille Krum avaient déposé plainte contre le vieux sorcier pour avoir mis en danger leurs enfants pendant la compétition – il avait échappé de justesse à celle du clan Potter car personne n'aurait pu se douter que Cédric Diggory, le champion de Poudlard, aurait été mis sous imperium pour donner la coupe finale à Harry alors qu'elle avait été transformée en portauloin. Même si ça ne s'était pas fini devant la justice, Lily et James avaient renforcé les mesures d'éloignement et vexé, Albus s'était opposé à ce que le brun devienne préfet puis, l'année suivante, capitaine de l'équipe de quidditch de sa maison. Ces décisions, parmi d'autres concernant le Survivant, n'avait pas arrangé sa côte de popularité, loin de là. Sa volte-face n'était que le résultat de la situation actuelle: les nouvelles générations qui n'étaient pas intéressées par rejoindre Voldemort n'avaient pas pour autant envie de rejoindre sa bannière. Harry était donc attendu au tournant après sa scolarité et le vieux sorcier comprenait avec douleur que s'il voulait rester sur scène, il fallait composer avec le brun et sa famille, et pas à son avantage.
-J'ai envie de tout refuser, fit Harry. Rien que pour montrer que je ne suis pas à vendre.
-Ce n'est pas une mauvaise idée, réfléchit James. D'autant plus qu'il ne pourra pas se venger sans que ça ne lui retombe dessus. Il a besoin de toi, pas le contraire.
-Mais cela reste ton choix, intervint Lily. Et un choix murement réfléchi, de préférence.
Les deux sorciers grimacèrent. Ils avaient malheureusement un même défaut, celui de partir un peu au quart de tour sans avoir tous les éléments ni peser le pour et le contre. Or, quand on devait traiter avec Albus Dumbledore, cela devait toujours être avec précaution.
-Oui maman, capitula Harry.
-Mais au-delà de cette petite vengeance, notre petit Ry va devoir penser à ce qu'il va faire après Poudlard, pointa Iris. Ce vieux fou alimente la légende du Survivant et il y a encore beaucoup trop d'imbéciles à croire que c'est son boulot de se débarrasser de Voldy.
-Génial comme discussion au petit déjeuner, grommela Harry. Même si je suis conscient que ça allait venir sur la table cet été! fit-il pour arrêter sa mère qui allait s'indigner de son commentaire.
Le couple hocha la tête. Depuis l'instant où Lily et James avaient compris que leur fils n'était qu'un pion dans le jeu d'Albus Dumbledore, ils s'étaient préparés aux conséquences probables de ses actes. Dans une tentative de réconciliation, ils avaient accepté que le vieux sorcier donne des cours de magie à un petit Harry âgé de neuf ans. Lesdits cours avaient été un fiasco car rapidement, James avait découvert que les enseignements allaient à l'encontre des us et coutumes sang pur ainsi que les contours d'un immense complot autour du Survivant, ce qui se confirmera avec l'aventure de la pierre philosophale. Depuis, ils se préparaient avec leur famille et leurs proches pour l'affrontement inéluctable avec Voldemort. Ainsi, James, qui avait abandonné son métier d'auror après l'attaque de Voldemort à Godric's Hollow, avait repris sa baguette et avait entraîné sa femme puis ses enfants une fois suffisamment âgés. Ce principe de précaution avait gagné leurs proches et finalement, malgré les tentatives à peine cachées d'Albus Dumbledore de réduire toujours plus les connaissances de la population, une grande partie de la génération qu'il avait voulu sacrifier était capable de prendre les armes, même si elle avait caché ses compétences réelles de son regard manipulateur.
-Ce qui me fait penser, fit James en se raclant la gorge. Le département des Mystères m'a contacté. Il aurait une solution pour définitivement réaliser la prophétie.
-Il sait comment se débarrasser de l'horcruxe? sursauta Lily
Encore un secret qu'Albus Dumbledore n'avait pas voulu que les Potter découvrent …
-Je pense, fit James. Nous avons rendez-vous demain pour en savoir plus.
-Est-ce que je pourrais venir? demanda Iris
-Il est hors de question que je te quitte des yeux, gronda Lily. Le clan Potter restera ensemble, encore plus pour lutter contre face de serpent et le vieux bouc!
Tous éclatèrent de rire.
Fin
