Chapitre 19 : Entre mensonges et vérités

Le lendemain matin, la lumière douce et blafarde d'un ciel encore gris filtrait à travers les fenêtres de l'ancienne maison d'Isabella. Elle se réveilla en sursaut, le sommeil ayant été hanté par des cauchemars, ses draps en désordre témoignaient d'une nuit agitée. L'appartement, encore vide et à moitié aménagé après le départ d'Emmett, paraissait étrangement silencieux, comme si chaque pièce retenait en elle un souvenir douloureux.

Isabella traça un long soupir en se levant et en se dirigeant vers la petite cuisine. Elle essaya de se convaincre qu'un café fort et un peu de lumière naturelle pourraient adoucir la douleur du réveil. À peine avait-elle fait chauffer sa bouilloire qu'un coup léger se fit entendre à la porte.

- « Isabella, c'est moi ! » lança une voix familière.

Elle se dirigea vers la porte et l'ouvrit pour découvrir Angela, son amie et collègue, arborant un sourire malicieux.

Angela, vêtu d'une tenue décontractée mais élégante, entra sans tarder, balayant du regard le modeste intérieur de la maison. Elle la taquina aussitôt :

- « On dirait que tu viens juste d'aménager, Isabella ! Tu sais, avec tous ces cartons et ce décor minimaliste, tu pourrais presque ouvrir une galerie d'art contemporain. »

Isabella, bien que fatiguée et encore marquée par la mauvaise nuit, ne put s'empêcher de sourire.

- « Oh, arrête, Angela. C'est vrai que ce n'est pas encore parfait, mais c'est chez moi pour l'instant. C'est une transition… une pause, disons. »

Angela se pencha en avant, posant une main sur l'épaule d'Isabella avec compassion.

- « Tu te sens bien ? Tu as mal dormi, je le vois bien. Tu sais, si tu veux parler, je suis là. Et puis, on peut toujours rigoler un peu pour oublier ces nuits agitées. »

Elles s'installèrent ensemble dans le salon austère, où quelques meubles avaient été livrés, mais qui restaient à peine en place. L'ambiance était douce et apaisante malgré l'inachevé de l'aménagement. Angela se mit à parler du boulot, évoquant des projets à venir et des réunions en prévision.

- « Tu sais, Isabella, ton retour est prévu dans une semaine. Ça va être un nouveau départ pour toi au travail. Tes collègues et même ton éditeur attendent de voir comment tu vas reprendre le flambeau, » dit-elle en hochant la tête d'un air encourageant.

Isabella prit une gorgée de son café, ses yeux se posant sur Angela.

- « C'est exactement ce dont j'ai besoin. Un peu de renouveau, et le soutien de ceux qui comptent pour moi. Je ne veux plus être définie par le passé, ni par les trahisons d'Emmett. »

Angela sourit tendrement.

- « Tu as toujours eu la force de transformer la douleur en quelque chose de beau, Bella. Et maintenant, avec ce nouveau départ, tu vas briller plus que jamais. »

La conversation se poursuivit doucement, mêlant souvenirs, espoirs et projets futurs. Malgré la fatigue et la douleur des dernières nuits, Isabella sentit son cœur s'apaiser. Elle se rappelait que, même si tout n'était pas encore parfait dans sa maison ou dans sa vie, elle était entourée d'amis sincères et déterminés à l'aider à avancer.

Au fur et à mesure que l'heure s'écoulait, Isabella se sentait prête à affronter sa journée, ses pensées se transformant peu à peu en une promesse silencieuse de se reconstruire, pièce par pièce, comme elle avait commencé à réécrire son propre récit.

La salle était encore empreinte de la douce lumière du matin lorsque, après avoir terminé leur café, Angela se leva pour partir. Isabella, assise seule à la table, sentit son téléphone vibrer dans le silence relatif qui régnait dans la petite cuisine. Elle jeta un coup d'œil à l'écran et vit qu'un message anonyme venait d'arriver. Ses doigts tremblants déverrouillèrent l'appareil et lancèrent la vidéo.

Sur l'écran, une image inquiétante se dévoilait : Edward, dans une pièce sombre, menotté et visiblement blessé. Des éclats de lumière insuffisants révélaient des traces de sang sur ses tempes, et son visage, habituellement impassible, était marqué par la douleur et la peur. Une voix off glaciale résonna à travers le haut-parleur, martelant le message suivant :

- « Si vous continuez à fouiller, vous ne reverrez jamais Edward Masen. Arrêtez tout maintenant, ou nous ferons de lui un exemple. »

Un frisson de terreur parcourut Isabella. Elle se leva brusquement, ses yeux écarquillés, et appela Angela qui, en entendant son ton, se retourna immédiatement.

- « Regarde, Angela… c'est Edward. Il est menotté, blessé. Ils nous menacent directement ! »

Angela, choquée, s'agenouilla à côté d'elle pour examiner l'écran. Les deux femmes restèrent silencieuses, le choc et la peur se mêlant à une colère sourde. Isabella sentit son cœur se serrer à la vue de l'homme qu'elle avait appris à protéger, maintenant exposé à la merci d'un réseau impitoyable.

Après quelques instants d'hésitation, Isabella se ressaisit. Elle savait qu'elle ne pouvait pas céder à la panique et au chantage. D'une voix tremblante mais déterminée, elle prit son téléphone et composa le numéro d'un ancien allié d'Edward, un agent du FBI du nom de Garrett.

Quelques minutes plus tard, la voix grave et assurée de Garrett résonna dans ses écouteurs.

- « Isabella, c'est Garrett. Qu'est-ce qui se passe ? »

Isabella inspira profondément, essayant de calmer le tumulte dans sa tête.

- « Garrett, j'ai reçu une vidéo. Edward… Il est menotté, blessé. Une voix off menace de ne jamais nous revoir s'il continue à chercher la vérité. Je suis terrifiée, mais je refuse de céder. Tu dois m'aider à le localiser. »

Un silence se fit un instant, puis la voix de Garrett reprit, plus grave.

- « Écoute, si quelqu'un peut survivre à ça, c'est Edward. Mais si vous voulez le sauver, il faut agir vite. Leur réseau est puissant, et ils ne laissent jamais de témoins. Tu dois me donner toutes les informations que tu as. Nous allons coordonner nos actions immédiatement. »

Isabella sentit un mélange de soulagement et de détermination l'envahir. Chaque mot de Garrett renforçait sa résolution. Elle se précipita pour lui transmettre tous les détails connus, expliquant le contexte, les noms, et même la provenance possible de la vidéo.

- « D'accord, Garrett. Je t'envoie tout de suite les fichiers et mes notes. Je ne peux pas laisser ces menaces l'emporter. Edward doit être sauvé, et je ne laisserai personne m'intimider. »

Dans ce moment critique, alors que le chaos médiatique menaçait de tout emporter, Isabella se sentit galvanisée par l'appui de Garrett. Elle savait que la route serait dangereuse, mais c'était le moment de prendre les rênes, de transformer sa peur en une arme. La vérité, aussi douloureuse soit-elle, devait éclater au grand jour, et rien ne l'empêcherait de lutter pour ce qu'elle croyait juste.

La tension était palpable dans le petit salon mal éclairé d'un appartement discret. Après les récents événements, Isabella était assise, la tête basse, le regard perdu dans ses pensées. Angela, qui jusque-là avait gardé son calme, ne pouvait plus rester silencieuse face à l'impuissance qui semblait étreindre son amie.

Angela prit une profonde inspiration, les yeux baissés un instant comme pour rassembler son courage, puis s'avança lentement vers Isabella. Sa voix, d'abord hésitante, finit par se charger d'une gravité inédite.

- « Isabella, il faut que je te dise quelque chose… Quelque chose de très important, et je comprends que ça puisse tout changer. »

Isabella leva les yeux, interloquée, sentant déjà que ces mots allaient bouleverser tout ce qu'elle pensait savoir.

- « Qu'est-ce que c'est, Angela ? Tu as l'air... sérieuse. » dit-elle inquiété.

Angela s'assit en face d'elle, repliant ses bras autour d'elle-même comme pour se protéger. Elle prit une grande inspiration avant de révéler son secret.

« Je ne peux plus garder ça pour moi. Je… je suis agent du FBI infiltré.»

«Quoi?»

«je sais que c'est difficile a entendre. Je suis désolé».

«… mais...» Isabella était sous le choc et totalement perdu.

« J'enquête sur Emmett et sur sa famille depuis des années avec mon équipoe. Quand j'ai commencé à te fréquenter, j'étais déjà dans le système, à recueillir des informations sur leur réseau. Mais, Isabella… au fil du temps, j'ai appris à te connaître, et je suis devenue bien plus qu'une simple agente pour toi. Je me suis attachée à toi, sincèrement. »

Un silence de plomb s'installa. Isabella, d'abord choquée, sentit ses yeux s'élargir, et ses mains trembler légèrement. Elle avait toujours considéré Angela comme une amie fidèle, mais jamais elle n'aurait imaginé cette révélation.

- « Tu es... agent du FBI ? Depuis combien de temps ? » souffla Isabella à voix basse, émue.

Angela hocha la tête, les yeux embués de larmes contenues.

- « Depuis trop longtemps pour que je puisse l'ignorer. J'ai suivi les agissements d'Emmett et de sa famille, et je sais que la corruption qu'ils pratiquent est bien plus vaste qu'on ne le croit. Et maintenant, je veux t'aider. Tu n'as pas à te battre seule. »

Isabella sentit son cœur se serrer entre la douleur des trahisons passées et la sincérité de l'aide offerte. Angela poursuivit, sa voix se faisant plus douce mais déterminée.

- « Si jamais tu décides de témoigner ou de faire éclater la vérité, je peux te mettre en lieu sûr, dans une des planques du FBI, sous protection. Tu serais à l'abri, loin de l'emprise d'Emmett et de sa famille. »

Le silence retomba, lourd et significatif. Les mots de l'agent infiltrée résonnaient dans l'esprit d'Isabella, l'accablant d'un mélange d'espoir et d'inquiétude.

Après quelques instants d'intense réflexion, Isabella releva la tête, fixant Angela droit dans les yeux.

« Angela… c'est une proposition énorme. Je ne peux pas prendre une telle décision à la légère.»

«Je sais... il y a beaucoup d'information. L'enlèvement d'Edward nous pousse a sortir de l'ombre et attaquer»

«Je ne sais pas Angela,».

Isabella prit sa tête entre ses mains une fois de plus. Elle essayé de réfléchir a mille à l'heure.

«Donne-moi 24 heures pour y réfléchir, pour peser toutes les conséquences. Je dois être sûre que je prends la bonne voie. » souffla Isabella d'une voix ferme, mais emplie d'incertitude.

Angela, bien que déçue de ne pas obtenir une réponse immédiate, hocha la tête en signe de compréhension.

- « Très bien, Isabella. Prends tout le temps qu'il te faut. Je serai là pour toi, quoi qu'il arrive. Mais souviens-toi, plus tu tarderas, plus ils risquent de faire du mal à Edward. »

Isabella ferma les yeux un instant, absorbant ces paroles. Elle sentait l'ampleur de la décision peser sur elle, mais aussi la force qu'elle commençait à retrouver en prenant le contrôle de sa vie. Entre l'espoir d'une protection et la peur de se perdre dans ce labyrinthe de mensonges, elle savait qu'elle devait avancer.

- « 24 heures… C'est tout ce que j'ai. »

Le silence s'installa entre elles, chargé de promesses et de risques. Angela posa doucement sa main sur celle d'Isabella, scellant ainsi un pacte de soutien et de loyauté, avant de se lever pour quitter la pièce, laissant Isabella seule avec ses pensées, déterminée à faire face aux choix qui l'attendaient.

Isabella se tenait seule dans le silence lourd de l'appartement. Angela était partie précipitamment, pour transmettre toutes les informations à ses supérieurs, et préparer, dans l'ombre, la possible planque, au cas où Isabella déciderait de lancer la procédure de protection des témoins. La porte s'était refermée derrière elle, et une chaleur étrange s'était installée dans la pièce.

Il ne restait que le bruit lointain de la pluie contre les fenêtres, une rivière en écho à l'agitation qui battait dans le cœur d'Isabella. Elle regarda son reflet dans le miroir, ses traits tirés et ses yeux cernés de fatigue. Une douche froide pourrait peut-être apaiser l'amertume qui se mêlait à la peur.

Elle se dirigea vers la salle de bains et sentit la chaleur de la vapeur contre sa peau pendant que l'eau se déversait sur elle, emportant la sueur et l'inquiétude. Ses doigts effleurèrent un moment le carrelage humide, ses pensées dérivant vers tout ce qui s'était passé ces dernières semaines, ces derniers mois. Le bruit de l'eau l'apaisait.

Elle se rappelait les voix de ceux qu'elle aimait, la plus proche d'entre elles, Angela, qui, malgré tout, n'avait cessé de la soutenir, même lorsqu'elle était plongée dans les ténèbres de l'incertitude.

- «Je ne peux pas tout laisser tomber maintenant», pensa-t-elle, alors qu'elle fermait les yeux sous le jet, comme si elle pouvait se laver la lourdeur de sa décision.

D'un geste, sa main glissa contre les carreaux froids. Elle se savait à un croisement, et cette fois, son choix serait d'abord le sien. Elle sortit de la douche, ses pensées calmes mais résolues. Elle s'habilla confortablement, optant pour un simple jean sombre et un t-shirt ample. Ce n'était pas le monde des apparences qu'elle voulait affronter, mais celui de la vérité, brut et sans pitié.

Elle enfila une veste légère, son regard se fixant dans le miroir alors qu'elle se coiffait les cheveux d'un geste rapide mais sûr. Un maquillage léger, presque imperceptible, pour cacher la fatigue mais pas diluer la force qui semblait se dégager en elle. Il y avait une décision qui brûlait en elle désormais, une décision qu'elle ne pourrait plus ignorer.

«Je vais témoigner... mais d'abord, je dois le confronter une dernière fois.»

Elle inspira profondément et se força à marcher vers la porte. Ses mains tremblaient légèrement au moment de saisir la poignée, mais elle savait que c'était le moment. Elle ne se laisserait plus faire.

- «Il doit savoir qu'il ne m'a pas utilisée», songea Isabella, son cœur battant de plus en plus fort à mesure qu'elle approchait de la porte de sortie. Le monde extérieur semblait étrangement calme après la tempête des derniers jours. Il était temps, pour elle, de récolter la vérité dans toute sa brutalité et de prendre en charge ses propres pas. Isabella se dirigea vers l'adresse d'Emmett, déterminée à ne pas se laisser faire par ses illusions ni ses menaces.

La lumière grise du petit matin pénétrait à peine à travers les rideaux mal tirés de l'appartement. Angela était partie depuis longtemps, ayant informé ses supérieurs et préparé la nouvelle planque du FBI au cas où Isabella déciderait de lancer la procédure. Seule, Isabella se dirigea vers la salle de bain, son esprit encore embué par les révélations et les menaces de la veille.

Sous la douche, l'eau chaude et enveloppante sembla emporter quelques bribes de ses angoisses. Chaque goutte sur sa peau était comme un rappel que, malgré tout, elle était encore en vie. Elle ferma les yeux, laissant ses pensées vagabonder : Angela, la clé USB, les documents, la vérité sur le réseau de corruption, et surtout, la décision qui commençait à se frayer un chemin en elle.

Alors qu'elle se savonnait le visage, elle se répéta à voix basse :
- « Je ne suis plus cette femme fragile qui se laisse intimider. Je vais témoigner contre Emmett et sa famille. Je vais exposer la vérité. »

Après la douche, elle s'enroula dans une grande serviette moelleuse et se sécha avec soin. Dans la chambre, elle se changea. Elle opta pour des vêtements confortables, un pull en cachemire doux et un jean souple, qui lui permettraient de se sentir à l'aise tout en restant prête à affronter le monde.

Devant le miroir, elle prit le temps de se coiffer. Ses doigts, encore imprégnés de la fraîcheur de l'eau, réorganisèrent ses mèches rebelles. Ensuite, elle appliqua un maquillage léger, juste assez pour masquer la fatigue des nuits agitées, tout en mettant en valeur ses yeux déterminés. Elle se regarda longuement, scrutant son reflet, cherchant à s'assurer que cette nouvelle version d'elle-même était prête à prendre des décisions difficiles.

Avec une détermination ferme, Isabella murmura :
- « Oui, je vais témoigner. Je vais révéler la vérité pour me libérer et pour que justice soit faite. »

Mais alors que son cœur battait encore à un rythme effréné, elle ajouta à voix basse, presque pour elle-même :
- « Mais d'abord… je dois lui parler une dernière fois. »

Prenant son téléphone, elle composa lentement le numéro d'Emmett, son doigt tremblant légèrement sur le bouton d'appel. L'attente fut interminable, chaque seconde s'étirant comme un supplice, mais elle était résolue. Ce moment final, avant de livrer la bataille judiciaire qui s'annonçait, devait être vécu, pour qu'elle puisse enfin affirmer son choix en toute conscience.

L'écran resta noir quelques instants, et Isabella ferma les yeux, imaginant déjà la confrontation qui allait suivre, consciente que cet ultime échange serait peut-être le point de non-retour. Malgré la peur qui persistait, elle savait qu'elle devait agir. La vérité, aussi douloureuse soit-elle, devait éclater, et elle, Isabella Swan, était prête à tout pour reprendre le contrôle de sa vie.

Le cœur battant à un rythme effréné, Isabella poussa les portes massives du building où se trouvait le bureau d'Emmett. Le hall était baigné d'une lumière froide, impersonnelle, accentuant la tension qui s'accrochait à elle. Chaque pas résonnait sur le marbre poli tandis qu'elle avançait d'un pas décidé vers l'ascenseur.

Elle connaissait bien cet endroit. Trop bien. Autrefois, elle s'y était rendue en tant que fiancée, souriante et confiante. Aujourd'hui, elle était une adversaire, prête à affronter le monstre qui avait gouverné une partie de sa vie.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur le dernier étage. À peine eut-elle franchi le seuil qu'un garde de sécurité s'interposa, mais avant qu'il ne dise un mot, une voix autoritaire s'éleva depuis l'intérieur du bureau.

«Laissez-la entrer.»

Emmett était là, debout derrière son imposant bureau en acajou, vêtu d'un costume impeccable, un verre de whisky à la main. Il semblait détendu, mais son regard trahissait une irritation contenue.

— «Je dois avouer, Isabella, que je suis surpris de te voir ici,» lança-t-il d'un ton où perçait une moquerie glaciale. «Tu es venue me supplier de tout arrêter ?»

«Trop tard pour ça, Emmett. Je n'ai jamais eu l'intention de supplier.»

Il la scruta un instant, puis esquissa un sourire en coin.

«Alors quoi ? Tu es venue me menacer ? Me faire la leçon sur la morale ?»

Elle s'avança, plantant son regard dans le sien.

«Non. Je suis venue te regarder dans les yeux et te dire que je ne te crains plus.»

Un éclat de colère passa furtivement dans les pupilles sombres d'Emmett avant qu'il ne le masque derrière un ricanement.

— «Edward t'a manipulée, Isabella. Il t'a embarquée dans un jeu qui te dépasse complètement. Tu crois défendre une cause juste, mais tu es déjà aussi impliquée que lui.»

— «Ce que je fais, je le fais parce que tu m'as brisée, et que je refuse de rester une victime.»

«Brisée ?» répéta-t-il, faussement amusé. «Oh non, Isabella. Je t'ai rendue plus forte. Regarde-toi. Tu n'es plus la femme naïve qui croyait aux contes de fées. Tu es exactement comme nous maintenant.»

Elle serra les poings, sentant la rage bouillonner en elle.

«Si être comme toi signifie sacrifier mon âme pour le pouvoir, alors non, Emmett. Je ne serai jamais comme vous.»

Emmett posa son verre avec lenteur, son sourire s'effaçant légèrement.

«Crois-tu vraiment qu'Edward est meilleur que moi ?» demanda-t-il d'un ton plus bas, plus insidieux. «Il a joué ce jeu bien avant que tu n'entres dans sa vie. Tu penses qu'il est venu à toi par hasard ? Ouvre les yeux, Isabella.»

Les mots frappèrent comme un coup de poing invisible. Elle ne vacilla pas, mais quelque chose au fond d'elle se serra.

«Peu importe ce qu'il a fait avant,» répliqua-t-elle, la voix ferme. «Ce que je sais, c'est qu'aujourd'hui, je me bats pour la vérité. Et que tu vas tomber, Emmett.»

Il éclata de rire, secouant la tête.

« On verra, ma chère Isabella. On verra.»

Elle n'ajouta rien. Elle n'avait plus rien à dire. Pivotant sur ses talons, elle quitta le bureau sans se retourner, sentant le poids des regards braqués sur elle.

Les paroles d'Emmett résonnaient encore dans son esprit, mais au lieu de l'ébranler, elles alimentèrent un feu nouveau en elle.

Elle était plus déterminée que jamais.

L'air était encore chargé de tension lorsqu'Isabella quitta le bureau d'Emmett. Elle sentait son cœur tambouriner dans sa poitrine, mais au lieu de la peur, c'était une détermination implacable qui la poussait à avancer. Elle avait besoin de souffler, ne serait-ce qu'un instant, avant de prendre la prochaine décision.

Elle tourna au coin de la rue et poussa la porte vitrée du Starbucks le plus proche. Une odeur familière de café torréfié l'accueillit aussitôt, accompagnée du murmure des conversations et du sifflement de la machine à espresso. Elle se dirigea machinalement vers le comptoir, laissant son regard errer sur le menu, même si elle savait déjà ce qu'elle voulait.

«Un caramel macchiato, s'il vous plaît,» demanda-t-elle d'une voix légèrement rauque.

La barista acquiesça avec un sourire, pianotant sa commande sur l'écran avant de lui tendre un ticket. Isabella attrapa son téléphone et s'appuya contre le comptoir en attendant sa boisson, jetant un coup d'œil machinal aux notifications sur son écran. Rien d'urgent, juste quelques messages inquiets Kate, lui demandant si elle allait bien.

Puis son téléphone vibra soudainement dans sa main, affichant un numéro inconnu.

Son cœur se serra légèrement. Elle hésita une fraction de seconde avant de décrocher.

— «Swan,» répondit-elle d'une voix plus assurée qu'elle ne se sentait en réalité.

— «C'est Garrett,» lâcha une voix grave et directe à l'autre bout du fil.

Elle se redressa instinctivement, jetant un regard autour d'elle comme si quelqu'un pouvait l'écouter.

« Du nouveau ?»

— «Oui. La dernière transaction que nous avons pu tracer sur les comptes du réseau mène à un endroit précis : une usine abandonnée en périphérie de la ville.»

Isabella sentit un frisson lui parcourir l'échine.

— «Une usine ? Quel genre ?»

«Ancienne fabrique textile, laissée à l'abandon depuis des années. Mais d'après nos sources, elle a récemment été utilisée pour des activités suspectes. Il y a de fortes chances qu'Edward soit là-bas, ou du moins que ce soit un point clé dans cette affaire.»

Elle serra les mâchoires, la main crispée sur son téléphone.

— «Tu es sûr de cette information ?»

«Aussi sûr que possible. J'y serai dans une heure avec une équipe. Mais écoute-moi bien, Isabella. Ne fais rien d'imprudent.»

Elle prit une inspiration lente, essayant d'ignorer le besoin irrépressible d'agir immédiatement.

«Compris.»

«Je te rappelle dès que j'y suis. En attendant, reste en sécurité.»

L'appel se coupa, laissant Isabella seule avec ses pensées tumultueuses.

— «Caramel macchiato pour Isabella !»

Elle releva la tête et attrapa sa boisson, jetant un billet dans le pot à pourboires avant de quitter le café d'un pas rapide.

Son cœur battait à tout rompre. Elle savait qu'elle ne pouvait pas simplement attendre.

Elle devait voir cet endroit de ses propres yeux.

Isabella savait qu'elle prenait un risque, peut-être le plus grand depuis le début de cette histoire. Mais attendre sagement que Garrett et son équipe arrivent n'était pas une option. Chaque seconde comptait, et si Edward était en danger, elle ne pouvait pas rester passive.

Elle sortit en trombe du café et héla un taxi. Lorsqu'un véhicule jaune s'arrêta brusquement devant elle, elle s'engouffra à l'intérieur, donnant rapidement l'adresse de l'usine abandonnée.

— «Vous êtes sûre, m'dame ?» demanda le chauffeur en haussant un sourcil. «C'est un coin pas très fréquentable…»

— «J'en suis sûre, allez-y,» répondit-elle d'une voix ferme, luttant contre son anxiété.

Le trajet parut interminable. Chaque feu rouge lui semblait une éternité, chaque détour une perte de temps précieuse. Assise à l'arrière, elle serrait son téléphone entre ses doigts moites, son pied tapant nerveusement contre le sol de la voiture.

Enfin, le taxi s'arrêta à la périphérie de la ville, devant une zone industrielle à l'abandon. L'usine textile en question se dressait devant elle, immense carcasse d'acier et de béton, aux vitres brisées et aux murs couverts de graffitis.

— «Je vous attends ?» demanda le chauffeur, hésitant.

— «Non, ça ira, merci,» répondit-elle en lui tendant un billet.

Il haussa les épaules et repartit, la laissant seule face à l'usine silencieuse.

L'air était lourd, chargé d'une odeur de poussière et d'humidité. Elle jeta un dernier regard autour d'elle avant de s'engouffrer à l'intérieur par une porte défoncée.

L'obscurité régnait, percée seulement par quelques puits de lumière filtrant à travers le toit délabré. Isabella avançait prudemment, ses pas résonnant sur le sol recouvert de gravats et de débris.

Chaque recoin de l'usine semblait abandonné depuis des années, mais quelque chose lui disait qu'on avait utilisé cet endroit récemment. Des traces de pas dans la poussière, une chaise renversée, des cordes dénouées gisant au sol… Son instinct ne la trompait pas.

Puis, son regard tomba sur un objet au sol, non loin d'une poutre effondrée.

Elle s'approcha lentement, une boule se formant dans sa gorge. C'était une montre. Mais pas n'importe laquelle.

Elle se pencha et la ramassa avec des mains tremblantes. Le bracelet en cuir était abîmé, le cadran brisé, mais elle la reconnut immédiatement.

C'était celle d'Edward.

Un frisson glacial parcourut son échine.

Il avait été ici. Et il s'était battu.

Isabella serra la montre contre sa poitrine, fermant les yeux un instant.

« Il était là. Et il s'est battu. Je dois croire qu'il est encore en vie. »

Un bruit derrière elle la fit sursauter. Elle se retourna d'un bond, prête à fuir si nécessaire. Mais ce n'était pas un ennemi.

Garrett.

Il venait d'entrer dans l'usine, le regard noir de colère et d'inquiétude. Lorsqu'il la vit, il accéléra le pas et la saisit fermement par le bras.

— «Putain, Isabella !» explosa-t-il.» Qu'est-ce qui t'a pris de venir ici seule ? Tu te rends compte que si quelque chose t'était arrivé, Edward nous aurait tous tués ?»

Elle se dégagea brusquement, son regard brûlant du même feu que le sien.

—« J'avais besoin de savoir !» répliqua-t-elle.«Je ne pouvais pas attendre sans rien faire !»

Garrett pinça l'arête de son nez, visiblement au bord de l'exaspération.

— «Bon sang… Tu es impossible.»

Il balaya la pièce du regard avant de voir la montre dans sa main. Son expression se durcit immédiatement.

— «Il était là», confirma-t-elle d'une voix plus calme. «Mais ils l'ont emmené.»

Garrett soupira profondément, retrouvant peu à peu son sang-froid.

— «D'accord. On va le retrouver. Mais cette fois, tu suis mes instructions. Pas d'improvisation, compris ?»

Isabella hocha la tête, le poing toujours serré autour de la montre d'Edward.

Elle n'allait plus reculer.

Garrett déposa Isabella chez elle. Et lui demanda d'attendre son futur appel. Elle poussa la porte de sa maison et s'installa sur le canapé. Complètement vidé de toute énergie. Toutefois, il lui resté encore une chose a faire. Une chose importante. Isabella sentit son cœur battre à tout rompre alors qu'elle sortait son téléphone et composait le numéro d'Angela. La décision était prise. Elle ne pouvait plus reculer.

— «Angela, c'est moi.»

La voix de son amie ne tarda pas à répondre, pressante et inquiète.

— «Isabella ? Tout va bien ?»

Elle inspira profondément avant de lâcher d'une voix ferme :

— «Je vais témoigner. Contre Emmett. Contre sa famille. Je suis prête.»

Un silence s'installa de l'autre côté de la ligne. Puis Angela reprit d'un ton plus assuré :

— «Tu es sûre ?»

— «Oui. Plus que jamais».

— «D'accord. Écoute-moi bien, je serai là dans dix minutes. Prends quelques affaires essentielles, pas trop. Juste le nécessaire. Et ne sors sous aucun prétexte.»

— «D'accord.»

Elle raccrocha, ses doigts tremblant légèrement. Son regard balaya l'appartement. Elle ne savait pas combien de temps elle serait en sécurité après ça. Ni même si elle reviendrait ici un jour.

Sans perdre une seconde, elle attrapa un sac de voyage et y jeta quelques vêtements, ses documents les plus importants, un carnet et son ordinateur. Puis elle se dirigea vers la commode et sortit une petite boîte métallique. À l'intérieur, un médaillon que sa mère lui avait offert, une vieille photo d'elle et Emmett, et un pistolet qu'Emmett lui avait appris à utiliser autrefois.

Elle hésita une seconde avant de glisser l'arme au fond du sac.

Un frisson lui parcourut l'échine. Elle avait l'impression de quitter son ancienne vie pour entrer dans une autre, bien plus dangereuse.

Alors qu'elle refermait son sac, son téléphone vibra.

Elle s'attendait à voir le nom d'Angela.

Mais non.

Numéro inconnu.

Un message. Juste une adresse.

Elle fronça les sourcils, un mauvais pressentiment lui tordant l'estomac.

Puis, une seconde vibration. Un autre message.

« Seule, ou il meurt. »

Son souffle se coupa.

Ses doigts se crispèrent sur le téléphone.

Elle comprit immédiatement ce que cela signifiait. Edward.

Il était encore en vie. Mais plus pour longtemps.

Son cœur tambourinait contre sa poitrine.

Une lutte intérieure s'engagea en elle. Angela lui avait dit d'attendre. Garrett lui avait dit de ne pas agir seule. Mais comment pouvait-elle rester là, sachant où il était détenu ?

Ses mains tremblaient, mais sa décision fut instantanée.

Elle attrapa son sac et son manteau, se précipita vers la porte et sortit sans un regard en arrière.

Elle devait sauver Edward.

Et elle allait le faire seule.

Le taxi ralentit sur la route déserte, le moteur vrombissant dans l'obscurité. À travers la vitre, Isabella aperçut le bâtiment : un ancien entrepôt industriel, à l'abandon depuis des années. Les murs de béton étaient fissurés, les fenêtres barricadées par des plaques de métal rouillées. L'endroit semblait désert, mais elle savait que ce n'était qu'une illusion.

Le chauffeur se tourna vers elle, un air inquiet sur le visage.

— «Vous êtes sûre que c'est ici ?»

Isabella hocha la tête et tendit quelques billets, sa main tremblant légèrement.

— «Attendez-moi ici. Si je ne reviens pas dans vingt minutes… Partez.»

L'homme fronça les sourcils mais ne posa pas de questions. Elle sortit du véhicule et s'avança dans la nuit glaciale. Son souffle formait des nuages blancs dans l'air.

Chaque pas résonnait sur le sol en gravier, lui donnant l'impression d'être suivie.

Lorsqu'elle atteignit une porte latérale, elle tira sur la poignée. Verrouillée.

Elle prit une profonde inspiration et fit le tour du bâtiment, à la recherche d'une autre entrée.

Un vieil escalier en métal menait à une fenêtre entrouverte. Elle s'y hissa, manquant de perdre l'équilibre, et glissa à l'intérieur.

L'air à l'intérieur était humide, chargé d'odeurs de poussière et de rouille.

Elle avançait lentement, les muscles tendus, chaque bruit lui paraissant démesuré.

«Où était Edward ?»

Elle longea un couloir sombre, frôlant le mur du bout des doigts.

Puis, elle l'entendit.

Une voix rauque, à peine un murmure.

«Isabella…»

Son cœur rata un battement.

Elle suivit la voix, accélérant le pas, jusqu'à une pièce à moitié éclairée par une ampoule vacillante.

Et là, attaché à une chaise, le visage marqué de coups, le regard fatigué mais vif, Edward Masen la fixait.

—« Tu n'aurais pas dû venir,» souffla-t-il, la voix cassée.

Isabella sentit un mélange de soulagement et de rage l'envahir.

—« Si tu crois que je vais te laisser ici, tu me connais mal.»

Elle s'agenouilla devant lui, cherchant un moyen de le libérer.

Mais soudain, un bruit retentit derrière elle.

Des pas lourds, précipités.

- «Les gardes.»

Elle se retourna brusquement.

- «Ils arrivaient.»

et voilà plus que quelques chapitres et j'arrive au bout de cette histoire :)

vous aimez?

des idées pour la prochaine histoire? des envies?