L'univers de Harry Potter est la propriété de J.K Rowling.


Severus Rogue arpentait lentement les couloirs de Poudlard, sa longue cape noire flottant derrière lui comme une ombre vivante. Deux ans s'étaient écoulés depuis l'instauration de la réforme éducative, et il était temps d'évaluer les résultats.

D'un geste précis, il poussa la porte de la grande salle de cours qu'il avait réquisitionnée pour l'occasion. Des parchemins s'entassaient sur son bureau, chacun contenant des rapports détaillés sur les performances des élèves dans les nouvelles matières : magie noire, magie élémentaire, occlumancie, culture sorcière, nécromancie… Chaque discipline avait bouleversé l'enseignement traditionnel, et Rogue savait que certains enseignants, McGonagall en tête, avaient eu du mal à s'y faire.

Il s'assit, effleurant du bout des doigts un rouleau où figuraient les notes des élèves. Les résultats étaient frappants.

Les premières années, plongées dès leur arrivée dans l'étude du monde magique, comprenaient bien mieux les rouages du Ministère, des créatures magiques, des maisons de sorciers et des lois régissant leur univers. Les nés-moldus, autrefois perdus au milieu des us et coutumes des sorciers, étaient désormais intégrés dès leur première année. Il y avait encore des lacunes, bien sûr, mais le fossé entre eux et les enfants de vieilles lignées s'était considérablement réduit.

Les élèves de quatrième année avaient commencé leur formation d'Animagus. Un programme ambitieux, mais quelques jeunes montraient déjà des signes de transformation partielle. Rogue avait observé certains d'entre eux en classe, fascinés par l'art de modifier leur propre corps.

En sixième année, la nécromancie, enseignée avec précaution, attirait une poignée d'élèves particulièrement brillants. Il s'agissait moins de lever des cadavres que d'explorer les mystères de la mort et de la mémoire magique. Loin d'être une incitation aux arts sombres, cette discipline semblait leur offrir une nouvelle compréhension du monde et de ses lois invisibles.

Enfin, la magie noire… Rogue savait que cette matière était la plus controversée, mais il en mesurait déjà l'impact. Les élèves ne la craignaient plus, ne la voyaient plus comme un simple outil de destruction. Ils comprenaient ses mécanismes, savaient la manier avec contrôle et respect. Il avait surpris un duel entre deux cinquièmes années où l'un d'eux avait utilisé un sort de fléau d'ombre – une magie autrefois considérée comme interdite – avec une précision impressionnante.

Il reposa le parchemin, croisant les doigts sous son menton.

Les résultats étaient là. Poudlard formait une génération de sorciers plus puissants, plus cultivés, plus aptes à affronter un monde en mutation.

Rogue se leva et se dirigea vers la fenêtre, observant la silhouette du château se découpant contre le ciel nocturne. La réforme fonctionnait. Et bientôt, plus aucun sorcier ne serait limité par l'ignorance ou la peur.


Le bruit des bottes du garde résonnait lourdement dans le couloir humide et glacé d'Azkaban. Il tenait sous son bras un exemplaire de La Gazette du Sorcier, encore frais, son encre brillant faiblement sous la lueur tremblotante des torches enchantées. Lorsqu'il passa devant l'une des cellules, une voix rauque s'éleva dans l'ombre.

— Le journal… pourriez-vous… me le prêter ?

Le garde s'arrêta et jeta un regard méfiant à travers les barreaux. Accroupi dans un coin de la cellule, un vieil homme à la barbe en désordre le fixait de ses yeux autrefois perçants, maintenant ternis par les années passées sous l'influence des Détraqueurs. Albus Dumbledore. Ancien directeur de Poudlard. Ancien héros du monde sorcier. Désormais un prisonnier, réduit à l'état d'un murmure du passé.

Le garde hésita. Il n'avait aucune raison d'accéder à cette demande, mais après tout, qu'est-ce que ça pouvait bien faire ? Il tendit finalement le journal entre les barreaux.

Dumbledore agrippa le papier avec des doigts tremblants et jaunis. Ses yeux parcoururent rapidement la première page, et aussitôt, un étrange éclat traversa son regard.

"RÉUSSITE HISTORIQUE ! LE PREMIER VOL D'ESSAI DE LA FUSÉE MAGIQUE MARQUE UNE NOUVELLE ÈRE POUR LE MONDE SORCIER !"

Une fusée… ils avaient réellement réussi. Il y avait une photo animée en une, montrant l'immense engin s'élevant dans le ciel, propulsé par des flammes et des sortilèges brillants. Lord Black l'avait fait. Il avait propulsé la Grande-Bretagne magique vers un avenir que Dumbledore n'avait jamais envisagé.

Ses lèvres s'étirèrent en un sourire tordu, mi-amusé, mi-incrédule.

— Une fusée… une fusée… par Merlin…

Il éclata d'un rire faible, cassé, qui se perdit dans les ténèbres de sa cellule. Le garde lui jeta un regard inquiet avant de hausser les épaules et de s'éloigner.

Puis, soudain, Dumbledore aperçut la date imprimée en haut de la page. Mars 1988.

Son rire mourut aussitôt.

Ses mains se crispèrent sur le papier, le froissant légèrement. 1988. Encore un an. Un an avant sa libération. Un an avant… avant quoi ?

Il sentit une étrange nausée monter en lui. Sa mémoire lui jouait des tours, ses pensées s'emmêlaient, distordues par des années d'exposition aux Détraqueurs. Il n'était plus certain du temps qui passait. Un an ? Était-ce long ? Était-ce court ?

Il posa le journal sur le sol froid et se recroquevilla contre la paroi de sa cellule, le regard dans le vide.

Un an… et puis quoi ?


Lord Black se tenait debout près d'une large table en bois massif, sur laquelle étaient étalés divers plans et schémas enchantés, leurs lignes brillantes oscillant légèrement sous l'effet de la magie. À ses côtés, Eric Caspier, chef du Département de Recherche Technologique Magique, un sorcier aux cheveux poivre et sel et aux lunettes rectangulaires, faisait défiler devant lui une série de parchemins animés.

— Nous avons fait des progrès significatifs, commença Caspier en tapotant l'un des plans du doigt. Les prototypes de balais volants équipés d'armements sont fonctionnels, mais nous rencontrons encore quelques défis.

Lord Black croisa les bras, son regard vairon scrutant le parchemin qui montrait une maquette miniature du balai. Il s'agissait d'un modèle légèrement plus large qu'un Éclair de Feu, avec une structure renforcée et des runes gravées le long du manche. Attachée sous le balai, une mitrailleuse modifiée vibrait légèrement, comme si elle cherchait à s'animer d'elle-même.

— Parlez-moi des problèmes, ordonna-t-il d'un ton calme mais ferme.

— La mitrailleuse elle-même fonctionne, expliqua Caspier, mais nous avons dû modifier considérablement son mécanisme. L'ajout de runes d'auto-régénération permet aux balles de se reconstituer en puisant dans l'énergie ambiante, ce qui élimine le besoin de chargeurs classiques. Mais…

Il marqua une pause et jeta un regard inquiet à Lord Black avant de continuer.

— Nous avons eu des incidents. Le balai réagit mal aux accélérations brusques lorsqu'il est en mode combat. La stabilité est compromise quand le tireur enclenche la rafale. De plus, le poids de l'arme, bien que considérablement réduit grâce aux enchantements de légèreté, modifie la maniabilité du balai. Nos testeurs ont eu du mal à garder le contrôle en pleine vitesse.

Lord Black posa une main sur le parchemin et fit apparaître une image plus détaillée du prototype. Il observa les enchantements gravés sur la mitrailleuse et hocha lentement la tête.

— Avez-vous essayé de stabiliser le balai avec un enchantement d'équilibre inertiel ?

Caspier acquiesça.

— Nous y avons pensé, mais cela ralentit légèrement le balai. Et nous voulons qu'il reste aussi rapide qu'un modèle de course.

Lord Black réfléchit un instant, puis esquissa un léger sourire.

— Que diriez-vous d'utiliser un enchantement de correction de trajectoire ? Un sort qui ajuste automatiquement l'orientation du balai en fonction du recul de la mitrailleuse.

Caspier fronça les sourcils, puis son expression s'illumina.

— C'est brillant… Si nous couplons ça avec une rune d'absorption du choc, nous pourrions compenser le déséquilibre sans sacrifier la vitesse.

— Exactement, confirma Lord Black. Faites en sorte que les tests avancent rapidement. Je veux voir un prototype pleinement opérationnel d'ici trois mois.

Caspier s'inclina légèrement.

— Ce sera fait, Monsieur le Ministre.

Lord Black observa une dernière fois les plans, son regard brillant d'une lueur déterminée.


Le 12, square Grimmauld, était bien différent de ce qu'il avait été autrefois. La demeure ancestrale des Black, autrefois sombre et oppressante, avait été en partie restaurée sous la direction de Sirius. Pourtant, l'atmosphère y restait empreinte d'une gravité palpable, un héritage des siècles passés.

Dans le jardin situé à l'arrière de la maison, Sirius Black fendait l'air sur son balai, effectuant des manœuvres acrobatiques sous les yeux émerveillés de Harry Potter. Le garçon de huit ans, perché sur son propre balai – un modèle enfant enchanté pour ne pas dépasser une certaine hauteur –, tentait d'imiter son parrain avec une excitation non dissimulée.

– « Fais attention, Harry ! » lui lança Sirius avec un sourire. « Garde bien ton équilibre ! »

Harry hocha la tête avec sérieux, concentré sur son vol. C'est à ce moment que Sirius aperçut une silhouette bien connue apparaître dans l'ombre de l'entrée. Lord Black, vêtu d'une robe de sorcier d'un noir profond, se tenait là, son regard vairon observant la scène d'un air indéchiffrable.

Sirius descendit immédiatement de son balai et atterrit souplement sur le sol. Il donna une tape amicale sur l'épaule de son filleul.

– « Continue de t'entraîner, mais reste prudent, compris ? »

– « Oui, Sirius ! » répondit Harry avec un grand sourire avant de repartir en vol.

Sirius fit signe à Lord Black de le suivre à l'intérieur. Après avoir traversé la bibliothèque, il ouvrit une porte dissimulée dans le mur du fond et la referma derrière eux. Ils pénétrèrent dans une pièce secrète, une vaste salle sans fenêtres, aux murs bleu foncé. En son centre trônait une longue table entourée de cinq sièges confortables de chaque côté, avec un siège plus imposant à chaque extrémité. Sur l'un des murs, un grand miroir à double sens scintillait doucement. Ce miroir-mère servait de relais de communication entre Sirius et les agents de L'ONG disséminés à travers le monde. Aucun tableau ne décorait la pièce, garantissant ainsi une confidentialité absolue.

Lord Black s'avança jusqu'à la table et s'installa sur l'un des sièges en bout de rangée. Sirius prit place en face de lui, son visage habituellement insouciant assombri par la gravité du sujet à aborder.

– « Je suppose que si tu es venu en personne, c'est que la situation exige toute mon attention. »

Lord Black hocha la tête lentement.

– « Où en est l'infiltration de Dionysos ? » demanda-t-il d'une voix basse et impérieuse.

Sirius soupira et passa une main dans ses cheveux noirs avant de répondre.

– « Ce n'est pas simple. Leur structure est bien plus cloisonnée qu'on ne l'avait imaginé. Nos agents ont réussi à infiltrer quelques réseaux secondaires, mais accéder au cœur même de l'organisation, là où se trouvent leurs dirigeants et leurs opérations principales, c'est une toute autre affaire. »

– « Et leur siège en Amérique du Sud ? »

– « On sait avec certitude qu'il est situé dans une enclave entre la Colombie et le Brésil. C'est le seul endroit où la terre est saturée de poudre d'argent, ce qui permet la culture exclusive de la fleur de Dionysos. Cette drogue est leur ressource principale. Ils ne s'occupent que de cela et de la traite des nés-moldus. »

Un silence pesant s'installa. Lord Black ferma un instant les yeux, assimilant les informations. Dionysos était plus qu'une simple organisation criminelle ; c'était une véritable puissance parallèle, avec des ramifications dans le monde entier.

– « Ils enlèvent des enfants nés-moldus avant qu'ils ne soient détectés par les ministères magiques, autour de huit ans. C'est une faille dans le système que nous devons combler… » murmura Lord Black, son ton glacial trahissant la fureur contenue qui bouillonnait en lui.

Sirius acquiesça.

– « Oui. Nos informations confirment qu'ils les vendent ensuite comme esclaves ou… » Il s'interrompit un instant, la mâchoire serrée. « …comme objets sexuels. »

Lord Black rouvrit les yeux. Il ne laissa paraître aucune émotion, mais une ombre passa sur son visage.

– « Nous devons accélérer le mouvement, et vite. »

– « Je suis d'accord. Mais nous ne pouvons pas y aller à l'aveugle. Ils ont des contacts haut placés partout dans le monde. Chaque mouvement imprudent peut nous coûter des agents et révéler nos intentions. »

Lord Black acquiesça lentement.

– « Alors nous allons procéder autrement. Nous allons renforcer nos efforts d'infiltration. Trouver un moyen d'entrer dans leur cercle rapproché. »

Sirius sourit, un éclat dangereux dans les yeux.

– « Ça tombe bien. Nous avons peut-être une piste. L'un de nos agents en Europe de l'Est a réussi à se faire remarquer par une branche locale de Dionysos. S'il joue bien son rôle, il pourrait grimper les échelons… »

Lord Black hocha la tête.

– « Assurez-vous qu'il ait tout le soutien dont il a besoin. Je veux un rapport détaillé sur chaque avancée. »

– « Compris. »

Un silence s'installa à nouveau. Sirius observa son lointain cousin. Lord Black était un homme de calculs et de réformes, un visionnaire dont la détermination surpassait celle de tous les ministres qui l'avaient précédé.

Finalement, il se leva.

– « Nous allons démanteler Dionysos, Sirius. Ils ne resteront pas impunis. »

Sirius sourit en coin.

– « C'est bien pour ça que j'ai rejoint cette guerre. »

Sans un mot de plus, Lord Black tourna les talons et quitta la pièce, laissant derrière lui une promesse silencieuse de destruction pour ceux qui se nourrissaient de la souffrance des innocents.


Le grand hall du Magenmagot résonnait du murmure des discussions. Les sorciers, vêtus de leurs robes officielles, siégeaient en arc de cercle autour de la tribune centrale où Lord Black s'apprêtait à prendre la parole. Le silence s'imposa lorsque sa silhouette se détacha dans la lumière des torches enchantées.

D'un pas lent et assuré, il s'avança, ses yeux vairons parcourant l'assemblée. Puis, sa voix grave s'éleva, emplissant l'espace d'une autorité incontestable.

- Membres du Magenmagot, aujourd'hui, nous nous réunissons pour discuter d'une réforme essentielle à la préservation de notre culture et à l'essor de notre puissance magique. Depuis trop longtemps, nous avons abandonné nos traditions au profit de celles des Moldus. Halloween et Noël ont remplacé Samhain et Yule, et sous prétexte de modernité, nous avons laissé s'éteindre des célébrations qui étaient au cœur même de notre identité sorcière.

Il marqua une pause, laissant son regard glisser sur les visages de ses opposants avant de poursuivre.

- Je vous le demande : combien d'entre vous ont réellement connu la force de ces rituels ? Ces fêtes ne sont pas de simples réunions festives. Elles sont des piliers de notre puissance magique. Samhain, moment où le voile entre les mondes s'amincit, permet de renforcer les liens entre les vivants et les ancêtres, d'amplifier nos capacités et de nourrir nos noyaux magiques d'une énergie rare. Yule, quant à elle, nous offre la possibilité de capter les forces de renouveau du solstice, un moment propice à la croissance et au renforcement de notre magie.

Il pointa du doigt un des membres qui murmurait en désapprobation.

- Ces rites ont été interdits par les gouvernements précédents sous prétexte qu'ils concentraient trop de puissance. Mais n'est-ce pas justement cette puissance que nous devons rechercher ? N'avons-nous pas souffert d'un affaiblissement progressif, génération après génération, à cause de l'abandon de ces pratiques ? Les jeunes sorciers d'aujourd'hui manquent de maîtrise, leurs noyaux magiques ne se développent pas à leur plein potentiel. Nous avons sacrifié notre force sur l'autel d'une soi-disant modernité dictée par ceux qui ont peur de la grandeur.

Des murmures d'approbation s'élevèrent dans l'assemblée. Lord Black frappa du poing sur la tribune.

- Je refuse de laisser notre héritage sombrer dans l'oubli ! Ces rituels ne nécessitent que des sacrifices animaux, une pratique qui, je le rappelle, existait depuis des millénaires sans causer de tort à notre société. Pourquoi interdire ce qui renforce notre magie, ce qui nous élève ? La culture moldue n'a pas sa place dans notre monde si elle vient nous affaiblir. Que ceux qui souhaitent célébrer Noël et Halloween le fassent, la liberté reste une valeur fondamentale. Mais nous ne devons plus imposer leur modèle à notre communauté.

Il croisa les bras, laissant le poids de ses paroles s'ancrer dans l'esprit des membres du Magenmagot.

Un sorcier aux cheveux blancs, connu pour son soutien à Dumbledore, se leva alors.

- Ce que vous proposez, Lord Black, est un retour en arrière. Ces rituels étaient vecteurs de pratiques archaïques et d'excès de puissance qui mettaient en péril l'équilibre de notre monde.

Lord Black haussa un sourcil, un sourire ironique effleurant ses lèvres.

- L'équilibre ? Quel équilibre, je vous prie ? Celui où nos jeunes sorciers sont moins puissants que leurs ancêtres ? Où la magie se dilue, où nous nous retrouvons vulnérables face aux menaces extérieures ? Si vous craignez la puissance, alors peut-être devriez-vous reconsidérer votre place ici. Nous ne sommes pas des Moldus. Nous sommes des sorciers, et notre devoir est de cultiver ce qui nous rend uniques et puissants.

Un murmure d'acquiescement s'éleva parmi les conservateurs, qui formaient la majorité du Magenmagot. Le vieux sorcier se rassit, impuissant face au poids de la tradition que Lord Black remettait à l'honneur.

Quelques instants plus tard, le vote fut prononcé.

La loi permettant le retour des rituels de Samhain et de Yule fut adoptée à une large majorité.


Dans la grande salle de Poudlard, la table des professeurs était plus animée qu'à l'accoutumée. Ce matin-là, la Gazette du Sorcier trônait au centre, déployée sous les yeux attentifs des enseignants. La une annonçait en lettres dorées :

« Le retour des rituels ancestraux : Samhain et Yule rétablis officiellement ! »

L'article détaillait la récente loi adoptée par le Magenmagot, qui imposait non seulement la reconnaissance de ces fêtes, mais aussi leur célébration obligatoire dans tous les organismes ministériels et éducatifs, y compris Poudlard.

Minerva McGonagall, assise bien droite dans son fauteuil, tenait son exemplaire de la Gazette avec une crispation visible. Son regard passait de l'article à Severus Rogue, désormais directeur de l'école, qui buvait calmement son thé sans sembler affecté par l'agitation ambiante.

– « C'est tout bonnement scandaleux ! » s'exclama-t-elle en reposant brutalement le journal sur la table. « Nous imposer une obligation rituelle ! À Poudlard ! »

Filius Flitwick, qui feuilletait lui aussi l'article, haussa un sourcil.

– « Il est vrai que c'est une mesure radicale… »

– « Une mesure nécessaire », coupa Rogue, posant enfin sa tasse sur sa soucoupe avec un calme calculé.

McGonagall tourna un regard perçant vers lui.

– « Vous trouvez cela nécessaire de forcer élèves et professeurs à participer à des rites oubliés depuis des siècles ? »

– « Des rites oubliés ? Non. Plutôt des rites interdits par des générations de bureaucrates déconnectés de leur propre héritage magique. » Il croisa les bras, son ton froid mais tranchant. « Ces célébrations faisaient partie intégrante de la formation magique, et leur suppression a affaibli les sorciers d'aujourd'hui. »

McGonagall serra les lèvres.

– « Ce sont des rituels qui nécessitent des sacrifices animaux, Severus. Des offrandes de sang ! »

– « Des sacrifices qui ont toujours existé dans les traditions magiques. » Rogue la regarda fixement. « Ne me dites pas que vous ignorez que certaines familles pratiquent encore ces rites en privé. La seule différence, c'est que maintenant, ils seront encadrés et pratiqués à nouveau par l'ensemble de la communauté sorcière. »

Pomona Chourave, qui avait jusqu'ici gardé le silence, se tortilla légèrement sur son siège.

– « Je dois avouer que… l'idée me met mal à l'aise. Si certains parents refusent que leurs enfants participent ? »

– « La loi stipule qu'aucune participation active ne sera imposée », répondit Rogue. « Mais l'enseignement des rituels et leur observation seront obligatoires. Poudlard ne se limitera plus aux fêtes moldues comme Noël ou Halloween, qui n'ont aucune place dans notre culture. »

McGonagall haussa la voix :

– « Il n'a jamais été question d'imposer quoi que ce soit aux élèves ! Chacun était libre de célébrer ce qu'il voulait, et nous nous contentions de maintenir des traditions festives. Vous insinuez que fêter Noël est un affront à notre culture ? »

Rogue pencha légèrement la tête, un rictus sarcastique au coin des lèvres.

– « Je dis que le monde sorcier a été trop longtemps influencé par les us et coutumes moldus, au point d'en oublier ses propres racines. Combien de jeunes sorciers ont grandi sans même connaître la signification de Samhain ? Combien d'entre eux pensent que Halloween est une simple nuit où l'on sculpte des citrouilles et mange des bonbons, au lieu de la véritable nuit de renforcement magique qu'elle est censée être ? »

Le silence s'étira quelques secondes.

– « Je ne peux pas croire que vous cautionnez une telle chose », reprit McGonagall, sa voix plus contenue mais toujours vibrante d'indignation. « Lord Black impose son idéologie sur tout le pays, et nous devrions nous y plier sans discussion ? »

– « Ce n'est pas une idéologie, c'est un retour aux sources. » Rogue la fixa, impassible. « Nous sommes des sorciers, Minerva. Pas des Moldus dotés de pouvoirs. »

Le professeur Binns, qui flottait près de la table sans s'être manifesté, émit un soupir éthéré.

– « En tant qu'historien, je dois reconnaître que Lord Black n'a pas tort. Les rituels de Samhain et Yule ont longtemps été des piliers de l'apprentissage magique. Loin d'être de simples célébrations, ils renforçaient les liens entre les sorciers et leur propre magie. »

McGonagall secoua la tête, agacée.

– « Ce n'est pas une question d'histoire, mais de principe. Une loi ne devrait pas dicter aux sorciers ce qu'ils doivent célébrer ! »

– « Pourtant, c'est ce que le monde moldu a fait en imposant Noël et Halloween comme normes », répliqua Rogue. « Ce n'est que justice de rétablir l'équilibre. »

Flitwick, qui suivait l'échange avec un air préoccupé, finit par poser sa Gazette.

– « En dehors de nos désaccords… comment allons-nous organiser ces rituels à Poudlard ? »

Rogue répondit immédiatement, comme s'il avait anticipé la question.

– « Nous suivrons les directives du ministère. Samhain sera célébré par un rituel de renforcement magique collectif dans la Forêt Interdite, sous surveillance des professeurs. Des cercles de pouvoir seront tracés, et les élèves apprendront à canaliser leur magie à travers des incantations spécifiques. Pour Yule, un grand bûcher sera érigé dans la cour principale, et chaque élève pourra y jeter une offrande symbolique pour marquer la fin de l'année et la renaissance du cycle magique. »

McGonagall parut atterrée.

– « C'est insensé… »

– « C'est la loi », répliqua Rogue, implacable. « Et nous la ferons respecter. »

Un silence pesant s'abattit sur la table.


La pièce était baignée dans une lumière douce, provenant des lampes ensorcelées qui éclairaient la table centrale. Sirius Black, assis à une extrémité, observait ses alliés, tous assis en silence. Leur nombre était réduit, mais l'intensité de leur engagement compensait largement cette petite assemblée. Les membres de l'ONG, désormais tous vêtus de robes sombres se retrouvaient autour de cette table secrète, leur serment inviolable en place, leur engagement envers la mission indiscutable.

Sirius prit la parole, brisant le silence qui avait envahi la pièce.

« Mes amis, nous avons fait d'énormes progrès, nous savons que l'ultime étape approche. La prise de l'enclave Dionysos, cette enclave au cœur de l'Amérique du Sud, est désormais à portée de main. D'ici un an et demi, le ministère britannique interviendra et prendra le contrôle de la zone. La question est : comment gérer ce qui se passera ensuite ? »

Il laissa un moment de pause, ses yeux se posant sur chaque membre de l'équipe, vérifiant l'attention dans leurs regards. Ils étaient fatigués, certes, mais leur détermination était intacte.

Un des membres, Marcus, un ancien Auror, prit la parole après un hochement de tête.

« Ce que nous avons réussi à obtenir depuis ces deux dernières années, c'est un réseau d'informations précieux. Nous connaissons désormais tous les passages secrets de l'enclave, les entrepôts où la fleur de Dionysos est cultivée et stockée. Tout est enregistré, mais la véritable clé reste le contrôle de l'approvisionnement. Tant qu'ils posséderont cette terre saturée de poussière d'argent, ils contrôleront la production de cette drogue. »

Sirius acquiesça lentement.

« Nous devons nous assurer que, une fois l'enclave prise, les chaînes d'approvisionnement soient détruites. » Il se tourna alors vers Jack, assis en retrait. « Tu as des nouvelles concernant la propagation de la fleur à l'échelle mondiale ? »

Jack prit une profonde inspiration et répondit, visiblement concentré.

« Les centres de distribution, comme vous le savez, sont dispersés dans plusieurs pays. Certains fonctionnent en toute clandestinité, d'autres sont directement reliés à des groupes criminels. Mais la véritable richesse de Dionysos repose sur ce monopole. Une fois l'enclave sous contrôle, tout cela s'effondrera progressivement. La demande, elle aussi, diminuera. Ce sera une question de temps avant que la plupart des centres de distribution ferment leurs portes faute d'approvisionnement. »

Sirius sourit légèrement, un sourire teinté de satisfaction.

« Exactement. Nous ne devrons pas nécessairement les anéantir dans l'instant. Nous devons permettre au ministère de faire son travail, de manière orchestrée, sans éveiller de soupçons. L'offensive sera rapide, mais il faudra aussi que nous surveillions de près les responsables haut placés. Nous devons neutraliser leurs alliés à l'échelle mondiale, ceux qui détiennent les fils des réseaux souterrains. »

Un autre membre, Lucinda, une ancienne directrice d'une école de magie française, parla alors, son visage empreint de réflexion.

« Si nous laissons l'effondrement de la chaîne d'approvisionnement se produire de manière naturelle, cela nous donnera une chance de fermer la plupart des laboratoires sans qu'ils ne s'en aperçoivent. Mais il y a un autre point que nous devons considérer. Si nous laissons le temps aux centres de distribution de se refermer, nous risquons de voir des retours de drogues à la surface, des tentatives de vendre sous des formes modifiées. Cela pourrait prendre de nouvelles proportions, et certains marchés pourraient même tenter d'en recréer, sans parler des réseaux secondaires. »

Sirius fixa Lucinda, un regard calculateur.

« Je comprends tes préoccupations. Mais je crois que nous devons viser la pérennité de cette guerre contre Dionysos. Il nous faudra non seulement contrôler l'exportation de la fleur mais également établir un réseau d'opérations pour veiller à ce qu'aucune tentative de production clandestine n'émerge. C'est là où le ministère britannique et ses Aurors entreront en jeu, mais nous aurons aussi un rôle essentiel à jouer pour démanteler les bases d'opérations externes. »

Il se tourna vers la grande table où un plan de l'enclave était étalé. Le dessin détaillait les installations, les caches souterraines, les points d'entrée et de sortie. Un plan qui semblait presque irréel pour ceux qui avaient traversé des mois de risques et de furtivité dans ce but.

« Il nous reste encore beaucoup à faire, mais le contrôle de cette enclave marquera la fin du règne de Dionysos. Quand ils n'auront plus accès à leur source principale, tout s'effondrera comme un château de cartes. Mais avant, nous devons nous assurer que tout est en place, que l'intervention ministérielle sera réussie, que les points de contact externes soient neutralisés… Et nous devons garder notre couverture intacte jusqu'au dernier moment. »

Un silence tomba sur la pièce alors que chacun réfléchissait à l'ampleur de la tâche. Mais le sentiment d'accomplir quelque chose de plus grand, de plus important, était palpable. Ils étaient prêts.

« Dans un an et demi, nous mettrons fin à ce fléau. Mais, avant cela, nous devons garder nos rangs serrés, veiller à la précision de nos informations et préparer l'intervention. Nous n'aurons qu'une chance de réussir », conclut Sirius d'une voix ferme.

Il savait que le démantèlement de Dionysos, bien que décisif, n'éliminerait pas tous les dangers. Il s'empara d'un rouleau de parchemin et commença à tracer des lignes sur une carte de l'enclave, tout en réfléchissant à haute voix.

« La fleur de Dionysos, effectivement, ne peut être cultivée qu'en cet endroit précis. Nous avons une chance unique de couper court à cette partie du trafic. Mais ce que tu dis à propos des nés moldus est un problème bien plus complexe. Nous savons que ces réseaux ne dépendent pas uniquement de l'enclave. Les membres de Dionysos qui s'occupent de la traite humaine agissent de manière décentralisée. Certains sont situés dans d'autres pays, où ils opèrent en toute discrétion. »

Il fit une pause, laissant ses mots s'imprégner.

« Mais c'est précisément là où la neutralisation des hauts placés devient cruciale. Avant l'offensive, nous devons absolument infiltrer et neutraliser les têtes de ces réseaux. »

Il se tourna vers Jack, qui était resté silencieux jusque-là, analysant le problème sous un autre angle.

« Jack, tu as eu vent de certains contacts dans d'autres pays ? De possibles complices parmi les élites politiques ou les forces de l'ordre ? »

Jack réfléchit un moment avant de répondre, se rappelant des informations qu'il avait reçues lors des dernières missions.

« Oui, plusieurs membres influents du ministère de la magie de différents pays sont impliqués. Certains d'entre eux ont même utilisé des couvertures de diplomates ou de leaders d'organisations de charité pour masquer leurs activités. Mais leur influence ne se limite pas aux frontières. Il y a aussi des familles et des groupes d'affaires qui en tirent profit. »

Sirius hocha la tête, les traits de son visage se durcissant légèrement.

« Alors, nous avons deux niveaux d'intervention à préparer. D'abord, infiltrer ces réseaux au sommet, puis utiliser les preuves que nous avons collectées pour frapper au cœur de leurs opérations dans chaque pays. Nous devons être prêts à démanteler ces réseaux rapidement, car dès la chute de Dionysos, ces trafiquants chercheront à se réorganiser, à se cacher. Si nous les laissons se renforcer après la prise de l'enclave, leur influence sera encore plus difficile à contrer. »

Lucinda, après avoir écouté attentivement, ajouta avec un ton grave :

« Le problème, c'est qu'ils vont s'adapter. Une fois l'enclave sous contrôle, la production de la fleur cessera, mais ils n'arrêteront pas leur commerce d'enfants. Ces réseaux ont des ramifications profondes. Leur pouvoir repose sur une immense corruption. »

« Exactement », répondit Sirius. « C'est pourquoi nous devons frapper avant. Nous ne pouvons pas laisser ces hauts placés se cacher sous des couverts diplomatiques ou autre. La neutralisation de leurs complicités à tous les niveaux est primordiale. Nous devons démanteler ces réseaux avant qu'ils ne prennent une nouvelle forme et résistent à l'attaque de l'enclave. »

Il se tourna à nouveau vers la carte, le doigt suivant les traces de leur infiltration dans l'enclave et au-delà.

« La première phase de notre mission est donc double. Nous continuons à infiltrer l'enclave, mais avec la priorité de remonter les chaînes d'approvisionnement humain. Chaque information récoltée doit nous mener à des têtes pensantes dans d'autres pays. Une fois l'enclave tombée, il nous faudra être prêts à déployer des équipes pour frapper simultanément, pays par pays. Et cela, avec des preuves solides pour appuyer nos actions. »

Les membres de l'ONG acquiescèrent, comprenant la lourde tâche qui les attendait. La coordination entre leurs actions à travers le monde sorcier et moldu serait un défi de taille, mais ils étaient déterminés à ne pas laisser cette organisation prospérer au-delà de sa chute inévitable.

Sirius conclut :

« Nous avons un an et demi avant que l'offensive ne commence. Mais d'ici là, chaque mouvement que nous faisons, chaque information que nous récoltons, doit être une pierre angulaire pour le démantèlement total de Dionysos. Leur chute ne se limitera pas à la prise de l'enclave. Nous devons les éradiquer, partout où ils se trouvent. »

La réunion continua, les membres de l'ONG prenant note de chaque détail.

La pluie fine tombait sur l'Allée des Embrumes. Loin de l'agitation habituelle des bas-fonds du monde sorcier, une obscurité oppressante semblait peser sur la rue délabrée.

Dissimulés dans l'ombre, vingt Aurors, tous parmi les meilleurs et les plus aguerris du ministère britannique, encerclaient une bâtisse décrépite, un ancien entrepôt réaménagé, devenu l'un des nombreux repaires du trafic de nés moldus. L'information était fiable. Pourtant, quelque chose semblait étrange.

Sirius Black, aujourd'hui à la tête des forces d'intervention d'élite, lança un regard entendu à son second, un homme robuste du nom d'Elias Travers. Ce dernier hocha la tête avant de lever la main : c'était le signal.

Sans un bruit, les Aurors se déployèrent. Quelques-uns prirent position sur les toits voisins, leurs baguettes prêtes à neutraliser toute tentative de fuite. D'autres se placèrent près des issues possibles, formant un étau inéluctable. Puis, dans un éclair de coordination parfaite, trois Aurors exécutèrent un puissant "Bombarda Maxima" sur la porte principale.

L'entrée vola en éclats dans un bruit sourd. En un instant, les silhouettes noires des Aurors pénétrèrent dans le bâtiment.

À l'intérieur, une odeur de moisi et de fumée stagnait dans l'air. La pièce principale, autrefois un vaste entrepôt, était presque vide, à l'exception de quelques caisses abandonnées. Quelques sorciers étaient là, mais bien moins que prévu. Sirius eut à peine le temps de froncer les sourcils qu'un éclair vert jaillit d'un coin sombre.

— "Protego Totalis !" rugit Elias, élevant un puissant bouclier pour bloquer l'attaque.

En réponse, une pluie de sortilèges fusa de toutes parts. Les Aurors ripostèrent sans pitié. Deux trafiquants tombèrent sous un "Stupefix" bien placé, tandis qu'un autre fut projeté contre un mur par un "Expulso" violent.

Mais alors que la bataille semblait sur le point de s'intensifier, un cri retentit.

— "Ils sont là ! C'est fini !" hurla un homme avant de lever sa baguette vers sa propre gorge.

Un éclair rougeâtre parcourut son corps et il s'effondra, les yeux vitreux.

L'effet fut immédiat. Les quatre autres présents exécutèrent le même geste. Avant que quiconque ne puisse réagir, ils s'effondrèrent un à un, leurs visages figés dans une grimace de terreur.

Le silence retomba brutalement sur le bâtiment. Elias regarda autour de lui, la mâchoire serrée.

— "Ils savaient que nous viendrions."

Sirius inspecta les lieux, jetant un coup d'œil aux caisses éventrées, aux papiers éparpillés au sol. Il n'y avait presque plus rien. L'endroit avait été vidé à la hâte.

Mais au fond de la pièce, près d'un vieux fauteuil usé, une silhouette fragile se détachait.

C'était un garçon, pas plus âgé de dix ans, d'une beauté saisissante. Ses cheveux blonds pendaient en mèches sales sur son front, et ses yeux verts, grands ouverts, trahissaient une peur indicible. Il portait des vêtements simples mais légèrement usés, et son corps semblait amaigri.

Sirius s'approcha lentement, abaissant légèrement sa baguette.

— "Tout va bien, gamin. On est là pour t'aider."

Le garçon ne répondit pas, se contentant de fixer les Aurors avec incrédulité. Il semblait incapable de comprendre ce qui se passait, comme s'il n'avait jamais envisagé que quelqu'un viendrait le sauver.

Sirius s'accroupit devant lui, cherchant à capter son regard.

— "Tu t'appelles comment ?" demanda-t-il doucement.

Le silence persista.

Derrière lui, Elias observait la scène avec méfiance.

— "Il était seul ici ?" demanda-t-il à l'un des Aurors ayant fouillé les lieux.

— "Oui, seul. Rien d'autre que ces cadavres et du vide."

Sirius poussa un léger soupir avant de se tourner à nouveau vers le garçon.

— "Écoute, tu es libre maintenant. Personne ne te fera plus de mal."

Les yeux verts du garçon vacillèrent un instant. Puis, d'une voix presque imperceptible, il murmura :

— "Ils savaient..."

Les Aurors échangèrent un regard.

Ils étaient arrivés trop tard.


Assis derrière son immense bureau en acajou noir, Lord Black écoutait attentivement Sirius lui faire son rapport. Son visage, aussi impassible qu'un masque de marbre, ne trahissait aucune émotion, mais ses yeux vairons brillaient d'un éclat froid et calculateur.

— "Ils savaient que nous viendrions," conclut Sirius, son ton légèrement chargé de frustration. "La maison était presque vide. Nous avons trouvé quelques trafiquants, mais cinq se sont suicidés avant même d'être arrêtés. Tout semblait avoir été préparé à l'avance."

Un silence pesant s'installa dans le bureau. Lord Black joignit lentement ses doigts, réfléchissant aux implications de cette fuite d'informations.

— "Nous avons une taupe."

Ce n'était pas une question.

Sirius hocha la tête.

— "Probablement au sein du corps Auror, mais cela pourrait aussi venir d'ailleurs. Quelqu'un a prévenu les trafiquants à l'avance, leur laissant le temps d'évacuer presque tous leurs prisonniers."

Lord Black soupesa l'information quelques secondes avant de prendre une décision.

— "Je veux une enquête approfondie." Sa voix était calme, tranchante comme une lame. "Passe au Veritaserum tous les Aurors ayant eu accès à l'opération. Ne fais confiance à personne, même aux plus fidèles."

— "Compris."

Sirius n'hésita pas. Il savait que c'était nécessaire. Un traître au sein des forces d'élite était un problème majeur.

Lord Black détourna son regard vers les flammes dans la cheminée, perdu un instant dans ses pensées. Son visage ne trahissait toujours rien, mais au fond de lui, une chose le stupéfiait.

Ils avaient trouvé un survivant.

Une victime de ces réseaux infâmes, un enfant de 10 ans.

Ce n'était pas tant la découverte en elle-même qui le troublait, mais plutôt ce qu'elle impliquait. Cet enfant, pris dans les mailles de la traite, devait détenir des informations capitales. Il était peut-être la clé qui leur permettrait de comprendre les rouages internes de Dionysos.

Il reposa son regard sur Sirius, son ton redevenant tranchant.

— "Amène-le-moi."

Sirius le regarda, surpris un instant par cette demande, avant d'acquiescer.

— "Tout de suite."

Il pivota sur ses talons et sortit sans plus attendre, refermant la porte derrière lui.

Lord Black resta seul un instant, tapotant du bout des doigts le bois poli de son bureau.

Cet enfant ne devait pas être qu'un simple survivant. S'il était encore en vie, c'est que Dionysos l'avait jugé trop précieux pour être vendu ou éliminé.

Il avait hâte de savoir pourquoi.


La nuit était sombre, l'air chargé de cette odeur de moisissure et de potion rance qui régnait toujours dans cette maison lugubre. Jonathan était assis sur un vieux matelas posé à même le sol, ses bras entourant ses genoux repliés contre sa poitrine. Il savait que quelque chose n'allait pas. Les hommes qui géraient cet endroit étaient partis précipitamment, murmurant entre eux avant de transplaner un à un.

Puis tout s'était passé très vite.

Un bruit sourd, des éclats de lumière rouge et verte illuminant la pièce à travers les interstices de la porte. Des cris, des sorts fendant l'air comme des fouets magiques. Jonathan se recroquevilla, son cœur battant la chamade. Il voulait disparaître, devenir invisible.

Un hurlement déchirant retentit, suivi d'un silence pesant.

Puis, la porte s'ouvrit brutalement.

Une silhouette encapuchonnée pénétra dans la pièce, baguette levée. Jonathan fixa l'inconnu avec des yeux écarquillés, prêt à être frappé, à être puni. Mais l'homme ne fit que baisser lentement sa baguette en l'apercevant.

— "Ici !" cria-t-il à l'attention des autres. "Il y a un enfant !"

Jonathan ne bougea pas lorsque d'autres hommes en robes noires et masques entrèrent. Il sentit leur regard peser sur lui, mais il ne comprenait pas ce qu'ils attendaient de lui.

— "Il est seul ?" demanda une voix grave.

— "Oui. Il a l'air… complètement perdu."

L'un d'eux s'accroupit à sa hauteur, relevant doucement son menton du bout des doigts pour l'observer. Jonathan se crispa.

— "Tout va bien maintenant, tu es en sécurité."

Mensonge.

On lui avait déjà dit ça.

On lui avait déjà promis qu'il serait en sécurité.

--

Jonathan avait été emmené. Il ne savait pas où exactement. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il se trouvait maintenant dans une grande pièce aux murs de pierre, face à plusieurs hommes et femmes qui lui posaient des questions. Il refusait de répondre. Il les observait d'un regard distant, muré dans un silence obstiné.

— "Quel est ton nom ?" demanda l'un d'eux, plus doucement.

Jonathan hésita.

Il pouvait mentir. Il pouvait dire n'importe quoi.

Mais à quoi bon ?

— "Jonathan."

C'était la seule réponse qu'ils obtiendraient.

Ils essayèrent encore, lui demandèrent d'où il venait, ce qu'il savait de l'organisation qui l'avait détenu. Il ne dit rien. Il serra juste les poings sur ses genoux, fixant un point invisible devant lui.

Puis, au bout d'un temps indéterminé, la porte s'ouvrit.

Un homme entra. Il avait de longs cheveux noirs, un regard perçant et une aura écrasante. Jonathan sentit immédiatement qu'il n'était pas comme les autres.

Il ne se présenta pas.

Il se contenta de le regarder.

— "Viens."

Jonathan aurait pu refuser. Il aurait pu rester figé sur sa chaise, mais quelque chose dans le ton de cet homme, quelque chose qu'il ne pouvait pas définir, le poussa à se lever et à le suivre.

Il ne savait pas encore qu'il marchait droit vers son destin.


Jonathan suivit l'homme aux longs cheveux noirs à travers les couloirs du ministère. Il n'avait aucune idée de l'endroit où on l'emmenait, mais il n'était pas idiot. Il savait reconnaître un interrogatoire quand il en voyait un.

Il entra dans une grande pièce au décor riche mais sobre. Un bureau massif trônait au centre, flanqué d'étagères remplies de grimoires anciens. Mais ce n'était pas ce qui attira immédiatement son regard.

C'était l'homme assis derrière le bureau.

Jonathan sentit un frisson parcourir son échine lorsqu'il croisa son regard. Cet homme était... étrange. Ses cheveux noirs encadraient un visage pâle et anguleux, mais ce qui le marqua surtout, ce furent ses yeux.

L'un vert, l'autre rouge.

Un malaise inexplicable s'installa dans l'esprit de Jonathan. Il avait déjà vu des choses étranges dans sa vie, mais jamais rien de tel. Ce regard le scrutait avec une intensité qui le mettait mal à l'aise, comme si cet homme voyait à travers lui.

Mais ce qui le troubla davantage, ce fut l'expression fugace qui traversa le visage du Premier Ministre lorsqu'il entendit son nom.

De la surprise.

Une fraction de seconde, avant que son masque d'impassibilité ne se remette en place.

— "Sirius, laisse-nous."

L'homme qui l'avait amené, Sirius, hésita un instant, mais finit par hocher la tête et sortit sans un mot, refermant la porte derrière lui.

Jonathan resta figé, observant l'homme qui, désormais, le fixait avec une intensité glaciale.

— "Je suis Lord Black," déclara-t-il d'une voix posée mais tranchante. "Premier Ministre britannique de la Magie."

Jonathan ne répondit pas.

— "Je me bats contre ceux qui t'ont fait du mal."

Toujours pas de réponse.

Lord Black se pencha légèrement en avant, ses doigts joints sur le bureau.

— "Je comprends comment fonctionne ton esprit."

Jonathan serra inconsciemment les poings.

— "Les sévices que tu as endurés t'ont appris à survivre en gardant le silence, en te fermant au monde. C'est une stratégie intelligente. Mais elle ne fonctionnera pas avec moi."

Un silence tendu s'installa. Puis, lentement, le visage de Lord Black se transforma. Son expression se vida de toute émotion.

Ses yeux vairons flamboyèrent.

— "Tu as deux options, Jonathan."

Sa voix était froide, tranchante comme une lame.

— "Soit tu me dis tout ce que tu sais… soit je force ton esprit et je prends ces informations moi-même."

Jonathan sentit son souffle se bloquer dans sa gorge. Ce n'était pas une menace vide. Il le sentait. Cet homme en était parfaitement capable.

Ses souvenirs étaient la seule chose qu'il possédait encore. Il ne voulait pas qu'on les lui vole.

— "D'accord." finit-il par murmurer.

Lord Black se détendit légèrement, sans pour autant perdre de sa froideur.

Jonathan parla par bribes. Il livra quelques informations, celles qu'il jugeait peu importantes, celles qu'il pensait pouvoir donner sans mettre qui que ce soit en danger.

Mais à mesure qu'il parlait, il comprit à l'expression impassible de Lord Black qu'il ne révélait rien de nouveau.

Il n'avait rien à offrir qu'ils ne savaient déjà.

Et cela, plus que tout, le terrifia.

Jonathan sentit une sueur froide couler le long de sa nuque lorsque le silence s'étira après ses dernières paroles. Lord Black le fixait, ses yeux vairons perçants, impénétrables.

— "Comment expliques-tu que tu sois encore en vie ?" demanda soudainement l'homme, sa voix basse mais tranchante. "Pourquoi étais-tu dans ce repaire presque vide ? Pourquoi ont-ils pris la peine de te garder alors qu'ils ont abandonné la planque ?"

Jonathan fronça légèrement les sourcils.

— "Je n'en sais rien."

— "Vraiment ?"

Le ton sceptique fit monter un frisson d'irritation en lui.

— "Ils n'avaient aucune raison de me tuer. J'étais... je sais pas, peut-être qu'ils pensaient encore me vendre."

Lord Black haussa un sourcil.

— "Ou peut-être que tu es un espion."

Jonathan tressaillit sous l'accusation.

— "Quoi ?!"

— "Une taupe, plantée au cœur de notre ministère, un pion de Dionysos envoyé pour nous infiltrer. C'est une possibilité, non ?"

Jonathan serra les poings.

— "Je ne suis pas un espion."

— "C'est pourtant ce qu'un espion dirait."

Jonathan sentit la colère poindre, mais il la ravala aussitôt. Il savait que perdre son calme ne jouerait pas en sa faveur.

— "Si j'étais un espion, pourquoi je ne parlerais pas plus ?" répliqua-t-il froidement. "Pourquoi je me tairais autant si mon but était de vous manipuler ?"

Lord Black le fixa un instant, son visage impassible. Puis, brusquement, il sortit sa baguette.

Jonathan eut à peine le temps de réagir avant qu'une lueur violette n'éclate au bout du bois sombre.

Le sort le frappa en pleine poitrine.

Rien.

Il ne sentit rien.

Lord Black esquissa un mince sourire.

— "Intéressant."

— "Qu'est-ce que vous avez fait ?" demanda Jonathan, méfiant.

— "Un sortilège qui neutralise les enchantements d'écoute et de surveillance placés sur quelqu'un."

Jonathan sentit son estomac se nouer.

— "Vous voulez dire que... ?"

— "Apparemment, quelqu'un t'écoutait."

Jonathan ouvrit la bouche, puis la referma. Une angoisse sourde monta en lui. Si Dionysos avait placé un sort d'écoute sur lui, cela signifiait qu'il était surveillé, même après sa capture.

— "Tu comprends, j'espère, la position délicate dans laquelle tu te trouves."

Jonathan leva les yeux vers Lord Black, qui l'observait avec une froide intensité.

— "Je pourrais t'inculper pour rétention d'information."

Il marqua une pause.

— "Ou pour espionnage ."

Nouvelle pause.

— "Ou encore pour complicité avec une organisation criminelle."

Jonathan sentit un frisson lui parcourir l'échine. Il savait ce que cela signifiait. Azkaban. Ou pire.

Lord Black laissa planer un silence pesant avant d'ajouter, d'un ton calme mais implacable :

— "À moins, évidemment, que tu ne choisisses une autre option."

Jonathan le fixa, le cœur battant.

— "Quelle autre option ?" demanda-t-il avec prudence.

Lord Black croisa ses doigts sous son menton.

— "Tu vivras sous ma tutelle, au manoir Black. Sous ma surveillance. Et en échange, tu m'aideras à démanteler Dionysos en partageant tout ce que tu sais."

Jonathan sentit un goût amer dans sa bouche. Il ne s'attendait pas à ça.

— "Donc, vous voulez que je sois votre prisonnier ?"

Lord Black esquissa un sourire froid.

— "Je préfère dire… mon protégé."

Jonathan baissa les yeux, son esprit tournant à toute vitesse. Accepter signifiait perdre ce qui lui restait de liberté. Refuser signifiait être envoyé en prison ou pire.

Il n'avait pas vraiment le choix.

— "D'accord." murmura-t-il.

Lord Black se leva lentement.

— "Parfait. Tu commenceras ta nouvelle vie dès aujourd'hui."