Chapitre 1: Mauvais rêve
La chaleur était infernale.
Harry Potter titubait dans les couloirs déserts de Poudlard, sa respiration courte, saccadée. La tête lui tournait à chacun de ses pas il luttait pour ne pas s'effondrer. L'air était lourd, épais, un poids invisible lui comprimait la poitrine, rendant chaque inspiration douloureuse. La sueur perlait sur son front, mais il n'aurait su dire si c'était la faute de la fièvre ou de la chaleur étouffante.
Quelque chose avait allumé un véritable brasier en lui. Pas une simple fièvre, non. Une chaleur dévorante qui s'infiltrait sous sa peau et dans ses veines, pulsant au rythme de son cœur. C'était un feu sans flamme, qui semblait vouloir le consumer de l'intérieur. Il fut pris de nausée, un frisson glacé le parcourut, contrastant violemment avec la chaleur qu'il ressentait en lui.
Il s'arrêta à bout de force, vacillant, une main plaquée contre la pierre froide du mur pour ne pas s'effondrer. Tout autour de lui, des voix lointaines résonnaient, étouffées, irréelles. Des pas précipitées lui parvenaient en échos et se mêlaient aux murmures affolés. Les élèves cherchaient leurs proches, amis ou famille, vivants ou disparus. Les Aurors quant à eux, bien qu'arriver après la bataille, fouillaient le château de fond en comble, traquant les derniers partisans de Vous-Savez-Qui, qui auraient pu se terrer dans l'ombre.
La guerre était finie. Voldemort était mort.
Mais Harry n'éprouvait aucun soulagement à cette idée, ni joie, ni même de la tristesse. Seulement ce feu, ce chaos intérieur qui semblait l'avoir complétement anesthésié. Un grondement sourd, comme un avertissement accaparait toutes ces pensées.
Sa magie semblait se manifestait seule, vivante, indomptable, prête à l'envahir et à déferler.
Un vertige le saisit et le monde bascula. Ses genoux cédèrent et il s'effondra paume contre le sol. Son souffle devint erratique, sa mâchoire se crispa sous le choc. Il voulait appeler à l'aide, une personne n'importe qui mais aucun son ne franchit ses lèvres.
Puis la douleur le frappa, brutale, aveuglante.
Des bruits de pas résonnèrent derrière lui. Des voix prononcèrent son nom.
L'air vibra autour de lui et sa magie explosa.
Une onde de choc ébranla le couloir. Des étincelles multicolores s'échappèrent de son corps, se répandant tout autour de lui, suivant le rythme de son cœur, elles pulsaient, grandissaient, dévoraient tout.
Un cri perça l'air puis tout vacilla.
Un flash de lumière l'aveugla…
Harry se réveilla en sursaut, le souffle court, son cœur battant la chamade. L'impression de chaleur brûlante l'oppressait encore, bien que l'air nocturne de sa chambre soit frais. Pendant un instant, il fut persuadé de se trouver dans l'enceinte de Poudlard.
Puis la réalité s'imposa à lui.
La mer grondait faiblement au loin, portée par le vent et l'odeur de sel et d'humidité chassa celle du sang et de la cendre. Sa gorge était sèche, douloureuse, comme s'il avait passé la nuit à hurler. Il cligna des yeux plusieurs fois pour chasser l'illusion des couloirs en ruine.
D'un geste lent et mesuré, il passa une main tremblante sur son visage, sa peau était moite, mais il n'avait pas de fièvre. Il était juste épuisé, comme un homme dont les nuits étaient hantées par les cauchemars et les souvenirs.
Ses doigts effleurèrent un instant sa cicatrise en forme d'éclair, du bout de l'index il en dessina le contour. Elle ne s'était plus manifestée depuis la disparition de Voldemort. Elle n'était plus qu'un rappel, le rappel d'une vie qui lui semblait si éloignée.
Il soupira et laissa retomber sa main sur le matelas. Son bras heurta sa table de chevet dans un bruit sourd. Une pile de livre glissa au sol. Il n'eut pas besoin de regarder pour savoir lesquels. Il les connaissait par cœur, pour les avoir parcourus encore et encore, cherchant désespérément des explications au mal qui l'habitait.
Un ricanement amer lui échappa. Ironique. Il aurait pu en rire, s'il en avait eu la force.
Après quelques minutes à fixer le plafond, il se redressa lentement avec un soupir. Il savait que le sommeil ne reviendrait pas. Il ne revenait jamais après ces cauchemars.
Son regard tomba sur un des livres tombés au sol: Magie et contrôle: comprendre et apprivoiser la magie qui nous habite. Un des nombreux ouvrages que les médicomages lui avaient conseillés. Il y avait placé tous ses espoirs … en vain.
Il se leva et attrapa sa robe de chambre jetée sur une chaise. L'étouffe était douce sur sa peau et familière. Il l'enfila machinalement avant de se diriger vers la fenêtre.
Dublin dormait encore.
Seuls quelques réverbères jetaient leur lueur orangée sur les pavés humides de la rue. Au loin, les premiers marins appareillaient leurs bateaux de pêche. Au-delà du port, l'obscurité se fondait avec l'horizon.
Harry s'appuya contre l'encadrement, observant sans vraiment voir. Son regard erra sur les façades, les fenêtres qui s'illuminaient une à une, marquant le réveil progressif de la ville. Ses yeux fatigués suivaient distraitement le ballet des premiers travailleurs, silhouettes emmitouflées dans des manteaux sombres, courbées contre le vent matinal et qui se hâtaient pour rejoindre la chaleur de leurs voitures. Plus loin, sur les docks, les pêcheurs s'affairaient déjà, levant les amarres sous les réverbères qui commençait à s'éteindre les uns après les autres.
Il aimait ce spectacle. Ce quotidien immuable et tranquille, comme un rappel que le monde continuer de tourner.
Au premier abord Dublin n'avait jamais été un choix. Seulement une nécessité.
Cependant, au fil de mois, il s'était surpris à apprécier cette ville. Elle n'avait ni les routes pavées du Chemin de Traverse, ni l'effervescence de Pré-au-Lard, mas elle avait autre chose. L'anonymat.
Ici, personne ne murmurait son nom ou ne se retournait sur son passage. Il n'était pas Harry Potter, juste un homme qui tentait de reprendre pied et cela lui allait amplement.
Il reste là un long moment, appuyée contre la fenêtre, les bras croisés contre sa poitrine, perdu dans ses propres pensées.
Un battement d'ailes le sortit de sa rêverie.
Il fronça les sourcils, levant les yeux juste à temps pour voir une silhouette brune fondre sur lui. Un hibou grand-duc se présenta à lui et se posa sur le rebord de la fenêtre, agitant nerveusement ses ailes avant de lui tendre nonchalamment la patte à laquelle était attaché une lettre et un exemplaire froissé de la Gazette du Sorcier.
Harry reconnut en quelques seconde l'écriture fine et régulière sur l'enveloppe.
Hermione.
Un soupir lui échappa. Il passe une main lasse dans ses cheveux avant de tendre l'autre pour récupérer le courrier. Le hibou hulula doucement attendant peut-être une caresse ou une friandise, mais il ne fit que le libérer de son fardeau. Le hibou gonfla ses plumes comme vexé du manque d'attention du jeune homme avant de prendre son envol à grand coup d'aile.
Il soupesa la lettre dans sa main, cette dernière lui semblait plus lourd qu'elle ne l'était réellement.
Il pensa à la dernière fois qu'il avait communiquer avec Hermione et si sa mémoire ne lui jouait pas des tours cela devait faire un peu plus de 3 mois déjà.
L'espace d'un instant, il faillit l'ouvrir. Mais son esprit était encore trop engourdi par sa courte nuit et il ne se sentait pas d'affronter les mots d'Hermione si tôt. Il les connaissait déjà, dans les grandes lignes. Des inquiétudes, elle lui proposerait surement son aide même si elle ne savait rien de son état. Peut-être même lui donnerait-elle des nouvelles de ses anciens amis, comme si cela pourrait le faire revenir.
Un goût amer lui emplit la bouche.
D'un geste lent, il ferma la fenêtre et posa la lettre sur la table près de son lit, déposant la Gazette juste à côté sans même y jeter un regard. Il aurait tout le loisir de s'en occuper plus tard. Ou de les ignorer comme tant d'autres lettres avant celle-ci.
Il jeta un œil sur le réveil posé sur la table de chevet à côté de son lit, la matinée avait déjà bien commencée, il se détourna et se dirigea vers la salle de bain.
La journée allait être longue et l'eau brûlante serait peut-être suffisante pour faire disparaitre les fantômes de la nuit.
L'eau coulait en un flot continu, martelant sa peau, effaçant les dernières traces de son rêve fiévreux. Harry s'appuyait contre le carrelage froid de la douche les yeux mi-clos, laissant la vapeur emplir la petite salle de bain.
Puis, un bruit sourd retentit. Une secousse. Comme si quelqu'un venait de frapper à sa porte avec insistance.
Harry fronça les sourcils mais ne bougea pas. Il n'attendait personne à cette heure-ci, ce n'était peut-être rien ou alors juste un bruit dans la rue.
Le bruit recommença, beaucoup plus fort cette fois-ci. Il ferma les yeux et soupira,
Il entendit un grincement distinct, suivi d'un éclat de voix.
Je te l'avais dit! La clé était sous le pot de fleurs.
Une autre voix, féminine cette fois-ci, s'éleva.
Tu parles d'une cachette originale.
Harry écarquilla les yeux.
Oh non.
Il coupa précipitamment l'eau, attrapa une serviette et sortit de la douche arrosant le sol de la salle de bain par la même occasion. Alors qu'il enroulait la serviette autour de sa taille, la porte de la salle de bain s'ouvrit avec fracas et sans aucune gêne.
HARRY, T'ES LA?
L'homme se figea dans l'encadrement. Il baissa les yeux. Remonta le regard. Puis haussa un sourcil avec un sourire.
On dérange peut-être?
Derrière lui, la voix féminine se fit entendre à nouveau, la vue bloquée par l'homme devant elle:
Flynn! Pourquoi t'as ouvert la porte?!
Comment ça pourquoi? Je m'assure juste qu'il s'est pas noyé dans sa baignoire. Il n'avait qu'à répondre plus vite.
Tu fais semblant d'être inquiet juste pour l'embêter!
Même pas vrai.
Harry, encore ruisselant, les fusilla du regard.
Ça va je vous dérange pas? HORS. DE. MA. SALLE. DE. BAIN.
Flynn leva les mains en signe de paix, mais ne bougea pas.
Ecoute, on voulait juste s'assurer que tu étais en vie et t'emmener au café. Tu sais comme des amis attentionnés qui prennent soin de toi.
Vous avez défoncé ma porte!
Ah non, techniquement, elle était déjà ouverte. Pas vrai Ally?
La dénommée Ally toujours caché derrière Flynn, murmura:
Elle était fermée à clé…
C'est un détail.
Harry ferma les yeux une seconde en se pinçant l'arrête du nez, luttant contre l'envie de plus en plus grande de lui balancer un sort cuisant.
Cinq minutes! Donnez-moi Cinq minutes!
Un coup de main pour t'habiller? commença Flynn avec un sourire éclatant. Tu sais que….
Ally ne laissa pas le temps à son frère de terminer sa phrase, l'attrapant par l'oreille, elle le força à sortir de la pièce.
Désolé Harry! Prends ton temps, je m'occupe de celui-là.
Et sur ces mots, elle referma la porte, Harry entendit un cri de douleur signifiant qu'Ally s'était - en effet - bien occupé de son frère.
Harry leva les yeux au ciel. Après ce matin, il en était dorénavant sur, ces deux-là allaient finir par l'achever.
Lorsqu'il ressortir de la salle de bain, les cheveux encore humides et une serviette autour du cou, Harry trouva Flynn affalé dans son fauteuil, une main frottant son oreille avec une grimace exagérée.
Ma sœur est un monstre, Potter, tu le savais ça? marmonna-t-il en secouant la tête.
Ally, installée nonchalamment près de la porte, leva un sourcil amusé sans relever le commentaire. Elle feuilletait distraitement un des livres d'Harry, ses doigts effleurant les pages sans vraiment les lires. Une mèche blonde glissa devant ses yeux, et d'un geste machinal, elle la repoussa derrière son oreille. Contrairement à son frère, toujours vêtu avec une négligence étudiée, elle semblait plus sobre, plus mesurée, son pull légèrement trop grand glissant sur son épaule sans qu'elle y prête attention.
Flynn, quant à lui, arborait sa tenue habituelle, chemise froissée sous un manteau trop ample, chaussures usées qu'il ne prenait jamais la peine de lacer correctement. Harry se demandait toujours comme cet homme avait fait pour devenir Médicomage tant l'image qu'il renvoyait était bien loin de l'idée que l'on se faisait de cette profession. Son sourire insolent revient rapidement sur ses lèvres alors qu'il s'affaissait un peu plus sur le fauteuil.
Tu veux qu'on en parle Harry? demanda-t-il d'un ton faussement concerné. Le fait que tu n'aies que des livres ennuyeux, je veux dire.
Harry ignora la provocation et récupéra le livre des mains d'Ally d'un geste fluide avant d'aller le reposer sur l'étagère.
La prochaine fois, je mets un sortilège sur la porte prévint-il en passant une main dans ses cheveux mouillés.
A d'autre! Si cela te dérangeait vraiment tu nous aurais pas laissé une clé intentionnellement sous le pot de fleur. Et par ailleurs, tu crois vraiment que ça empêcherait cet énergumène d'entrer? répliqua Ally en montrant son frère d'un signe de tête.
Pour les urgences! on avait dit une clé pour les urgences.
Flynn se redressa enfin, attrapant son écharpe d'un geste théâtral.
Bon, maintenant que Monsieur Potter a daigné avoir l'air présentable et enfiler autre chose qu'une simple serviette sur lui. On n'irait pas se le prendre ce fichu café?
Harry soupira, un mince sourire effleurant ses lèvres l'espaces d'une seconde. Il secoua la tête en attrapant sa veste, résigné.
Flynn le remarqua immédiatement et échangea un regard suspicieux avec sa sœur.
Attend, attend, attend. Je rêve ou Harry vient de nous gratifier de l'un de ses trop rares sourires?
Harry pris l'un des coussins du fauteuil afin de lui balancer à la figure. Flynn l'évita avec un sourire.
Mais Potter, c'est historique! Tu veux que j'aille chercher la Gazette pour l'annoncer en première page?
Ally, un sourire en coin, attrapa son frère par le bras et le poussa vers la sortie mais Flynn protesta:
Hé, je fais des miracles, faut bien que quelqu'un le reconnaisse.
Harry les observa un instant, interdit, un vague sourire sur les lèvres. Secouant la tête il sortir à leur suite.
- Un petit mot pour les personnes qui m'ont laissé une petite review (FireBird539 et katymyny). Merci beaucoup pour votre retour! Ça fait plaisir de voir que l'histoire vous intrigue. J'espère que ce premier chapitre vous plaira tout autant.
Pour tout les autres, bienvenue dans cette nouvelle histoire, j'espère qu'elle saura attirer votre curiositée! Nous n'en sommes qu'au début! -– Louven
