Musiques : Next to you (Kiseijû, OST), Isabella's Lullaby (The Promised Neverland, OST), Katsubô, Rasen et Hakuri (Elfen Lied, OST)


Note : Cette semaine, nous retournons voir nos amis, les homonculi, pour un chapitre un chouille plus dynamique que les précédents ! Après beaucoup de scènes d'exposition, on repart donc sur un peu d'action :p Quant à moi, je pars tout court, parce que j'ai à faire ce soir, alors profitez bien de votre chapitre en avance ;)


Chapitre 28 : Sanction


« Bon ! Il me semble que tout est prêt ! » s'exclama Izumi avec un enthousiasme que ne douchait pas sa maladie, les mains sur les hanches.

Face à elle, sur la table du salon, deux sacs à dos rebondis ; un pour elle, un autre pour Riza. Sitôt Izumi remise, toutes deux avaient rassemblé l'indispensable pour leur expédition, puis étudié avec minutie une carte de Central afin de déterminer le « périmètre de survie » où devait se trouver Roy. Il concentrait tous les lieux où elles devraient se rendre en priorité dès qu'elles seraient sur place.

Ce débroussaillage avait été plié en une dizaine de minutes. Peu d'endroits aux alentours du Q.G. étaient susceptibles d'avoir pu servir de refuge au général. Une fois écartées les habitations des collègues de Riza – dont les pleurs à l'enterrement ne pouvaient être feints –, n'étaient restées que quatre possibilités : premièrement, chez Roy lui-même. Puisque ce dernier avait été supposé disparu jusque-là, son domicile n'avait pas dû être placé sous surveillance ; une planque idéale, à cela près qu'il était assez excentré des lieux de l'incident. Le général, s'il était blessé, aurait-il pu y retourner ? Rien n'était moins sûr.

Ensuite venait la maison du docteur Knox, avec lequel Riza n'avait pas eu l'occasion s'entretenir depuis le meurtre de Shô Tucker, dont l'autopsie avait été confiée au fameux médecin légiste. Après l'attentat de mars, le lieutenant avait été accablée d'une telle charge de travail que, même s'ils avaient partagé le même bureau, elle doutait qu'elle eût pu trouver le temps de lui parler. Elle avait aussi pensé pouvoir échanger quelques mots lors de l'enterrement, mais l'homme ne s'y était pas présenté.

Comme elle ne le connaissait que peu, elle n'était pas tout à fait sûre de son adresse non plus. Elle avait donc tracé un cercle plutôt vague autour du quartier où elle croyait se rappeler qu'il habitait, car l'endroit ne devait pas être exclu pour autant. Passer une tête chez lui était le seul moyen pour Izumi et elle d'entrer en contact avec le médecin. Il était inconcevable d'aller voir le quinquagénaire directement à la morgue : d'après les souvenirs qu'en gardait Riza, il y avait là-bas autant de militaires que de cadavres. C'eût été suicidaire. Chez le docteur, au contraire, Roy aurait pu trouver un abri et un soutien précieux. La proximité du Q.G. rendait ce choix dangereux, mais après tout, pourquoi pas ?

Un autre point de chute réaliste aurait pu être l'établissement de Mme Christmas, la mère adoptive de son supérieur. Riza voyait mal comment elle aurait pu y mettre le général à l'abri pendant tant de temps ou lui apporter des soins à la hauteur des blessures qu'elle se figurait, mais elle savait que cette femme était très attachée au brun et qu'elle avait toujours été prête à l'aider en cas de besoin. C'était là que le lieutenant pensait qu'elles auraient le plus de chance de retrouver le « disparu ».

Enfin, en désespoir de cause, il leur faudrait peut-être inspecter chaque endroit susceptible d'offrir une cachette sûre : logements abandonnés des bas quartiers, anciennes planques de malfrats désaffectées, égouts… À ce compte-là, presque tout répondait à la description, mais si les trois premières pistes les menaient dans une impasse, ce serait leur dernier espoir. Riza croisait tout de même les doigts pour qu'elles n'eussent pas à en arriver là, car curieusement, elle pressentait que cela ne serait pas une partie de plaisir de plonger à corps perdu dans ces lieux malfamés. Encore que, avec du recul, ce qu'elles risqueraient dans ces endroits sordides paraissait moins effrayant qu'une confrontation directe avec d'autres militaires. Du moins, s'ils ne croisaient pas la route des homonculi en s'aventurant sous terre…

« Mademoiselle Hawkeye ? » l'interpella Izumi, qui avait passé un manteau entretemps, sans même que Riza ne le remarquât.

« Oui ? Excusez-moi. J'avais la tête ailleurs.

— C'est ce qu'il me semblait. Vous avez l'air fatiguée, d'ailleurs. Vous êtes certaine de ne pas vouloir vous reposer ici une journée avant de reprendre la route ?

— Non. Ça ira. Il n'y a pas un instant à perdre. Je m'accorderai une pause quand nous aurons mis un terme à toute cette histoire.

— Si ce n'est pas de la fatigue, alors quelque chose vous tracasse. Dites-moi quoi. Je pourrai peut-être vous aider. »

Riza se mordit la lèvre. Elle pensait avoir dissimulé son trouble, mais il fallait croire que l'alchimiste était plus perspicace que prévu. La soldate soupira et confia ce qu'elle avait sur le cœur :

« C'est que… voyez-vous, jusqu'à peu, j'avais les cheveux longs. Je les ai raccourcis exprès pour passer inaperçue, mais si j'avais su qu'ils publieraient un avis de recherche à mon propos en utilisant une si vieille photo, où je suis justement coiffée à la garçonne… On pourrait dire que le sort s'acharne. Moi qui croyais pouvoir être plus discrète avec cette nouvelle coupe… Manifestement, j'ai surtout compromis ma couverture malgré moi en quelques coups de ciseaux. J'espère que nous n'en ferons pas les frais. »

Izumi s'attrapa le menton.

« Effectivement, ça ne nous arrange pas. Mais ne vous en blâmez pas. Vous ne pouviez pas savoir. Mieux vaut que vous continuiez de vous faire passer pour un homme, pour l'instant. Après tout, votre déguisement est plutôt réussi. Et puis, vous n'avez pris le train que deux fois, c'est bien ça ? Je ne pense pas qu'ils aient eu le loisir de faire le rapprochement entre un voyageur lambda parti se mettre au vert et une criminelle coupable de haute trahison. Alors, pour le moment, ne changeons rien.

— Et si jamais on nous démasque ? Maintenant que vous m'accompagnez, je serai d'autant plus suspecte, qu'importe mon accoutrement. Nous risquons d'avoir des surprises. De mauvaises surprises.

— Nous aviserons en temps voulu », répondit Izumi d'un ton ferme pour couper court au débat. Voyant comme Riza semblait soucieuse, elle posa sa main sur la sienne et poursuivit : « Malheureusement, je ne connais pas la moindre formule alchimique qui fasse pousser les cheveux. Il va nous falloir faire avec. Et puis, rappelez-vous que nous ne sommes pas les seules engagées dans une course contre la montre. L'enlèvement des garçons doit répondre à un but précis. Je ne sais pas si les homonculi l'ont déjà atteint, mais je préfère ne pas leur laisser le temps d'y parvenir. Si nous commençons à imaginer le pire dès qu'un problème se présente et à tourner en rond pour le régler, nous allons finir par faire du surplace. À être trop prudentes, nous risquons surtout de nous faire damer le pion. »

Izumi avait beau n'être son aînée que de quelques années, ses paroles étaient empreintes d'une rare sagesse. Chacune d'elles pénétra en Riza comme un baume appliqué sur son esprit. La peur couvait toujours, mais au moins, le lieutenant appréhendait moins de sortir.

Après avoir hoché la tête pour se donner du courage, elle endossa donc manteau et sac à dos. Pendant ce temps, Izumi fit ses adieux à son mari. Riza sentit la culpabilité l'étreindre en voyant comme l'alchimiste avait un mal fou à se détacher de ce dernier, lui adressant des dizaines de recommandations et le pressant de mille caresses. On eût dit que la brune n'excluait pas qu'il s'agît là d'un véritable adieu plutôt que d'un simple au revoir.

Faites que je me trompe…, songea Riza en s'efforçant de sourire de façon rassurante lorsque vint son tour de saluer Sig.

Pourtant, une fois la boucherie loin derrière son accompagnatrice et elle, et tandis qu'elles cheminaient jusqu'à la gare, cet atroce pressentiment ne fit que se renforcer. Quelque part, en elle, persistait la certitude que cette mission de sauvetage ne se ferait pas sans sacrifice. La seule chose qu'elle pouvait espérer, c'était que, si ses craintes étaient fondées, ce « sacrifice » ne fût pas trop lourd à payer.

Elle seule devait payer le prix de sa faute.

Le prix de son absence, ce soir maudit.

Le voyage s'annonçait de nouveau long, mais les deux complices n'auraient pas le temps de s'ennuyer. En effet, une autre pensée obsédante les tourmentait ; toutes deux, cette fois : sitôt le sol de la capitale foulé, elles seraient en territoire ennemi. Il leur faudrait alors redoubler de vigilance. Ce train, dans lequel elles monteraient, ne les mènerait pas à Central. Avec lui, elles allaient au-devant de la mort.

Pour autant, un vent d'espoir nouveau soufflait. Car, en ces temps incertains et obscurs…

La mort semblait malgré tout se montrer bien clémente.


La mort.

La plupart des humains la redoutaient. Pour les homonculi, elle était d'ordinaire aussi étrangère que lointaine.

Mais là… elle lui paraissait un peu trop proche pour demeurer abstraite.

Même pour lui.

Il déglutit. Il avait beau ne pas connaître la soif, sa gorge s'était comme asséchée.

« Alors ? » pressa la voix acerbe de son père, qui le toisait de toute la hauteur que lui conférait son trône.

Le regard vissé sur ses pieds, dont l'emprise sur le sol lui semblait de plus en plus incertaine au fil des secondes, Envy resta silencieux. Incapable de seulement relever la tête pour soutenir les yeux accusateurs de son géniteur, il se tenait voûté comme si son dos ployait sous le poids de ceux-ci. Tout son corps tremblait. Son ventre était noué. Sa respiration était difficile et s'extirpait en de petits râles sourds de sa gorge, à un rythme irrégulier.

Il avait peur.

Il refusait de croire que cela fût simplement possible, mais il ne pouvait nier l'évidence. Seul, au cœur de cette assemblée formée par ceux qui étaient pourtant ses compagnons, sa famille d'infortune… il ressentait une terreur puissante l'étreindre de ses bras glacés et lui chuchoter à l'oreille du bout des lèvres, dans un sourire sardonique :

« Tu es mort. »

« J'attends, Envy. Réponds ! » somma son père d'un ton cassant.

Ses mots se répercutèrent en un nombre de fois qui parut incalculable à l'androgyne avant de parvenir à ses oreilles. Elles bourdonnaient à force d'être vrillées par sa propre respiration complètement erratique. Pourtant, après un moment, Envy récupéra enfin sa frêle connexion à la réalité.

Il releva la tête, puis posa ses yeux angoissés sur Pride, qui lui en retourna un craintif.

Il tourna la tête, puis glissa un regard vindicatif à Lust, qui lui en rendit un… coupable. Il serra les poings. Son visage se déforma sous le coup de la colère. Ses lèvres tremblantes formulèrent alors ce mot aussi terrible qu'accablant, dans le plus grand silence :

« Traîtresse. »

Tout, dans l'air embarrassé de sa sœur, que ne cachait aucunement son apparente désinvolture, lui criait que c'était elle qui l'avait dénoncé à leur géniteur.

L'homme avait fait mander Envy et Pride, tard dans la nuit. Croyant à une banale réunion, l'Envieux s'était empressé de s'y rendre en compagnie de son protégé. Mal lui en avait pris : quelle n'avait pas été sa surprise lorsque, loin de simplement leur donner des instructions comme à l'accoutumée, son « père » l'avait pris à partie devant tout le monde pour lui demander de rendre compte de sa négligence et, pire encore… de ce qui avait été qualifié de « débordement » envers son cadet !

Le sermon avait été incisif ; Hohenheim ne lui avait pas laissé un seul instant le bénéfice du doute. Sans doute s'était-il fait son avis sur la question avant même que le duo ne se présentât à lui. Sitôt arrivés, Pride et lui s'étaient fait haranguer par le vieil homme, sur la base du témoignage d'un tiers, dont le patriarche avait tu l'identité – bien qu'elle ne fît guère de mystère. De là, l'androgyne avait dû encaisser quantité de reproches, incluant celui au sujet d'une attitude « inqualifiable » qui tenait de la « dépravation ».

La « dépravation », hein ?

Quand on savait de qui venait l'info, on ne pouvait que rire jaune devant le ridicule de la situation. Envy grinçait des dents. Alors, quoi ? Lust, elle, pouvait bien aller forniquer avec des raclures d'humains à droite et à gauche, mais lui, dès qu'il se permettait un écart, avec un semblable qui plus était, il se faisait mettre les points sur les « i » ? Putain… Il avait passé l'âge de ce genre de remontrances.

Il bouillonnait de rage.

« ENVY ! » tonna Hohenheim.

Le cri fit trembler la pièce jusqu'aux plus hautes arcades qui la soutenaient. Une pierre, décrochée par l'intensité des vibrations de cette voix gutturale, se détacha du plafond instable, puis s'écrasa au sol dans le plus grand silence.

Envy daigna enfin relever la tête et faire face.

« Je n'ai… rien à dire pour ma défense », reconnut-il, sans lâcher des yeux Hohenheim. « Si ce n'est que je ne saisis pas trop ce qu'on me reproche, en fait », rétorqua-t-il avec l'impertinence qui le caractérisait, tout en haussant les épaules et en levant les mains au ciel en signe d'incompréhension.

Quelqu'un pouffa.

Wrath, évidemment.

Envy, dont les nerfs étaient à vif, se tourna aussitôt vers lui et gronda :

« Pourquoi tu te fends la poire, connard ?

— Ton intellect semble aussi limité que tes vêtements », répliqua le borgne avec un calme olympien.

La pique fut accompagnée d'un toc tout sauf anodin : le Führer tapota l'une de ses épées, indiquant par là qu'il n'hésiterait pas à la dégainer au moindre geste suspect. Un signe qui, si l'on s'en tenait à la hiérarchie tacite de leur « famille », relevait de l'outrage, et par extension, de la provocation pure et simple.

En réponse, donc, un éclair rouge crépita dangereusement sur le bras droit de l'Envieux. Ses muscles se contractèrent. Il était prêt à se jeter sur son frère, quitte à ce que cela se finît en bain de sang.

« Il suffit ! » éclata Hohenheim en se levant brusquement de son siège.

Tous se figèrent, à l'exception de Gluttony qui, apeuré, qui émit un glapissement plaintif et se recroquevilla contre sa sœur aînée.

« Envy… », souffla son géniteur d'une voix plus calme, mais tout aussi corrosive que précédemment. « Ce qui t'est reproché, outre ton manque de sérieux flagrant, c'est ton attitude. Ton comportement nous cause à tous préjudice. Au plan, à nous, mais également à toi-même », signala le vieil homme en le pointant de son index décharné.

L'androgyne garda le silence quelques secondes et détailla son interlocuteur, à la manière d'un prédateur face à un rival venu empiéter sur son territoire. Il observait, et il jaugeait. Jusqu'où l'insolence serait-elle permise ? Il décida de le vérifier immédiatement :

« Je ne vois pas en quoi mon attitude poserait problème, Père. »

Le brun resta malgré tout sur le qui-vive. Il avait beau tempérer son arrogance, ce n'était pas un exercice dans lequel il excellait. Or, compte tenu de l'ambiance qui régnait, un écart de conduite mal calculé mènerait inévitablement au drame.

Hohenheim, d'ailleurs, ne manqua pas de le lui confirmer en insistant :

« C'est précisément parce que tu ne le vois pas que quelqu'un ici a pris la brillante initiative de m'en informer. » Il descendit lentement, une à une, les marches de son trône. « Lorsque je t'ai confié Pride, c'était dans le but de le faire côtoyer au quotidien quelqu'un de familier, qui serait à même de le former, de l'encadrer et de le stimuler assez pour qu'il soit en mesure de réutiliser au plus vite ses pouvoirs. Ce "quelqu'un" ne pouvait qu'être toi.

— Et je ne crois pas avoir failli à ma tâche », souligna Envy en observant d'un œil méfiant et malgré lui inquiet la progression de son géniteur, avec lequel l'écart se réduisait à vitesse grand V.

« Effectivement. Tu t'y es adonné de façon exemplaire. Mais vois-tu, il serait néfaste que tu noues des liens qui soient autres que fraternels avec ce garçon. »

Ce fut à Pride d'afficher une expression de surprise. Il venait enfin de saisir ce que l'on reprochait exactement à son aîné, même si les raisons derrière ce blâme restaient assez floues pour lui, qui n'avait pas de mètre étalon pour déterminer dans quelle mesure l'accusation était justifiée. Tout ce dont il était sûr, c'était que son frère paraissait en mauvaise posture et que la chose le rendait nerveux. Malheureusement, il ne savait pas s'il devait intervenir et, si oui, comment il le pouvait. Envy, lui, n'attendit pas son secours :

« Au risque de me répéter, je ne comprends pas en quoi ça pourrait nuire à notre plan. Si tant est que ces accusations soient vraies. N'est-ce pas, Lust ? Parce que c'est toi, la balance, pas vrai ? T'as une preuve de ce que t'avances, au moins ? »

L'interpellée détourna la tête.

« Ouais… C'est bien ce qui me semblait. »

Pour autant, Envy fronça les sourcils. Il n'était pas tranquille. Quelque chose clochait, il le sentait. Son sixième sens le lui criait. Si Lust l'avait bel et bien dénoncé, pourquoi cherchait-elle tant à fuir son regard, à présent ? Même s'il nourrissait une profonde rancœur à son égard depuis qu'il avait compris qu'il lui devait ce simulacre de tribunal, Envy restait lucide. Lust était une femme digne. Elle avait toujours pris à cœur son rôle d'aînée, et chacune de ses décisions était aussi bien réfléchie qu'assumée. Il peinait à croire qu'elle pût ressentir une quelconque culpabilité après s'être résolue à rapporter à leur père ce qu'il avait fait avec Pride ce soir-là. Si elle l'avait fait, c'était qu'elle avait dû soigneusement peser le pour et le contre, et penser agir pour la bonne cause.

Alors… Pourquoi cet air mortifié ?

Quelque chose se tramait.

Des sueurs froides coulèrent le long de son dos à moitié nu. Si Lust était aussi mal à l'aise, c'était qu'elle avait sûrement des raisons de l'être. Elle savait forcément quelque chose que lui ignorait.

Il était possible que ce qui allait suivre dépassât, et de loin, un simple rappel à l'ordre.

« Envy. Ici, ce n'est pas ta sœur qui est à blâmer. Je me fie à son jugement. De plus, nul besoin de "preuves" pour ce genre de vices, du moment qu'un témoin en atteste. Surtout que ce n'est pas comme si je n'avais rien remarqué moi-même. Je suis peut-être vieux, mais pas encore aveugle… au cas où tu te croirais discret », le coupa Hohenheim d'un ton abrupt. « Ainsi, à moins que tu aies une objection plus pertinente à formuler, je te saurai gré de ne plus m'interrompre. »

Ses doigts osseux se nouèrent dans le bas de son dos avec la plus grande solennité.

« Ce que tu ne sembles pas comprendre, c'est que cette "relation" est peut-être la raison des échecs successifs de Pride.

— Hein ? C'est quoi, ces conne...

— Tu es censé le former. Pas t'amuser avec », lâcha son géniteur tout en s'avançant dangereusement vers son fils fautif. « C'est un travail qui t'a été confié, pas un jouet. »

L'androgyne accusa le coup. Son père appuyait là où ça faisait mal.

« Que crois-tu faire en égrainant notre précieux temps au gré de tes frivolités ? Penses-tu que la clémence abusive et l'insouciance dont tu fais preuve à l'égard de cet enfant nous soient utiles ? L'affection inadéquate que tu lui portes est la source de notre stagnation.

— Mais je ne…

— Il va falloir y remédier. »

Envy se raidit.

Le regard froid et intraitable de Hohenheim lui glaça le sang.

Et pourtant, ce n'était même pas sur lui qu'il était posé, mais sur…

« Pride. Mon fils. Viens ici. »

Le blond s'approcha d'un pas incertain, comme il le lui était demandé.

Envy se surprit à trembler.

Qu'est-ce que ce vieux croûton a en tête ? Bordel… Ça pue, ça pue, ça pue…

« Je vais te poser des questions. Je veux que tu y répondes franchement. »

Pride acquiesça silencieusement, tout en regardant la main droite de son père qui congédiait Envy d'un simple geste, pour lui ordonner de se placer en retrait. Celui-ci s'exécuta, bien qu'à contrecœur.

« Cela concerne tes capacités alchimiques. As-tu progressé lors de tes entraînements avec Envy ? »

Pride secoua la tête.

« As-tu progressé au contact des enseignants qui ont été dépêchés pour toi ? »

Pride secoua la tête.

« As-tu progressé en lisant les livres qui t'ont été remis ? »

Pride secoua la tête.

Hohenheim garda le silence un instant.

« As-tu progressé au cours de ton court séjour dans cette maison en compagnie d'Envy ? »

Pride hésita.

Mais, de nouveau, il secoua la tête.

Nouveau silence.

Les yeux de Hohenheim se plissèrent lentement. Il les détourna finalement de son fils, puis souffla d'une voix désincarnée :

« Bien. Je vois. »

Un claquement de doigts.

C'est le laps de temps qu'il fallut à Wrath pour dégainer une lame, courir jusqu'à Pride et abattre le métal tranchant en travers du torse du jeune homonculus qui se retournait déjà à l'écoute de ces pas précipités. L'adolescent s'effondra dans un gargouillement plaintif, alors que ses poumons se gorgeaient de sang et le recrachaient tant par la bouche que par la plaie béante.

Le sang d'Envy, lui, ne fit qu'un tour. Le brun, d'abord figé une bonne seconde sous le coup du choc, s'élança en avant, prêt à en découdre. Malheureusement, cinq ongles tranchants se déployèrent aussitôt devant lui pour lui barrer la route, comme autant de lames acérées qui le défiaient de s'aventurer entre elles.

Ces ongles, c'étaient ceux de sa sœur aînée, qui le tenaient en respect, le visage déformé par une expression douloureuse. Elle secoua lentement la tête pour le dissuader.

Un cri déchirant.

Envy reporta son regard sur Pride, toujours au sol.

Dans chacun de ses trois membres, à l'exception de son bras droit, une fine lame avait été plantée. Perçant la peau, tranchant les muscles et brisant les os, leur acier encore vibrant avait été enfoncé au plus profond de la chair pour réussir à se ficher dans la pierre brute sur laquelle le petit blond assailli de spasmes gisait. Pire encore, l'acier plongé dans sa main gauche avait traversé l'une de ses marques, comme en attestaient les éclairs qui éclataient au creux de celle-ci, paralysant un peu plus le nouveau-né.

Ainsi écartelé, et à moitié scellé, il était maintenu au sol sans le moindre effort.

Wrath, penché au-dessus de lui, sa dernière lame à la main, toisait l'enfant dont le torse était à nouveau comme neuf.

Il était prêt à porter un nouveau coup.

C'en fut trop pour Envy.

« QU'EST-CE QUE TU FOUS, WRATH ?! » vociféra l'Envieux.

Il n'attendit cependant pas la réponse. Sans réfléchir plus avant, il asséna un coup puissant dans les ongles de son aînée, avec la ferme intention d'en briser un ou deux pour se frayer un chemin. Ce fut lui qui y laissa des phalanges, mais il s'en moquait bien. Qu'importât la douleur de sa main en lambeaux, il passerait.

« Envy ! » supplia sa sœur pour l'enjoindre au calme, bien qu'elle sût parfaitement au fond d'elle-même que c'était peine perdue.

Pour autant que cela lui coûtât, elle se résolut à faire siffler ses griffes dans les airs pour forcer l'androgyne à reculer. Il bondit en arrière, retenta sa chance, là encore sans succès, cherchant désespérément une ouverture entre les lames fatales de la Lance Ultime.

« Il fait ce que je lui ai demandé », répondit finalement Hohenheim, qui était déjà reparti en direction de son trône sans adresser un regard de plus à son petit dernier. « Je t'ai laissé du temps, Envy. Beaucoup de temps.

— Lust, vire de là, putain ! » s'époumona Envy sans prêter attention aux propos de son père.

La brune secoua résolument la tête. Une fois de plus.

« Trop de temps », continua l'entité séculaire. « Je n'admets ni l'échec ni l'inefficacité, Envy. Or, toi, tu cumules les deux. Ce n'est plus tolérable. Si tu es inapte à la tâche qui t'a été confiée et si la manière douce ne marche pas… Il ne me reste plus qu'à employer la forte. »

Le maître des lieux se tut un instant, laissant planer un silence que seuls perturbaient les halètements saccadés de Pride. Envy, lui, s'était stoppé. Les dents serrées, figé sur place, il redoutait la suite, mais ne savait que répondre.

« Si la mémoire de l'esprit refuse de provoquer un déclic, il ne reste plus qu'à essayer celle du corps. »

Wrath brandit sa dernière lame juste au-dessus du bras droit du blond, toujours immobilisé.

« Laissons à notre nouvelle recrue le loisir de se remémorer le surnom qui lui avait été donné naguère, et pourquoi. »

La lame fendit l'air.

Sectionna la chair.

Un hurlement perçant jaillit de cette gorge pourtant habituée à un mutisme rassurant.

Gluttony poussa un couinement suraigu et recula précipitamment, incapable de comprendre ce qui se déroulait sous ses yeux écarquillés. Lust détourna la tête et ferma les siens.

Quant à ceux d'Envy, ils restèrent bien ouverts pour contempler la punition qui était infligée à son cadet par sa faute.

Quelques éclairs rouges crépitèrent sur le moignon ensanglanté.

Ils s'étirèrent doucement jusqu'à la chair inanimée qui gisait plus loin.

Et le bras fut rattaché.

Un long silence, aussi dense qu'un bloc de béton, plana sur l'assemblée.

Hohenheim daigna se tourner.

Il posa ses yeux impitoyables sur Pride.

« Te rappelles-tu comment user de l'alchimie, mon fils ? »

Pride, qui se remettait à peine de la douleur que sa pierre peinait à atténuer, renversa sa tête en arrière pour poser ses yeux hagards sur son géniteur. Sans compter le fer qui le crucifiait, il était si paralysé par la peur et l'incompréhension que l'idée de se défendre à l'aide de son bras de nouveau indemne ne l'effleura même pas. Pour le moment, tout ce sur quoi son cerveau sidéré acceptait de se concentrer était l'expression indifférente de son père à sa souffrance.

Il ne sut répondre à sa question.

« Je vois. »

Hohenheim se tourna de nouveau vers Wrath, et ordonna :

« Recommence.

— QUOI ?! » rugit Envy en retour, ahuri.

Pride entrouvrit ses lèvres exsangues. Tout ce qui en sortit ne fut qu'un son angoissé. Peut-être avait-il voulu crier, mais ses cordes vocales lui donnaient l'impression d'avoir été sectionnées en même temps que son bras.

Une expression de pure terreur agrippa les traits de son visage alors que la lame de Wrath se levait une fois de plus au-dessus de son membre à peine guéri.

Que devait-il faire ?!


Choix 1 : (se tourner vers Envy)

Choix 2 : (fermer les yeux et serrer les dents)

Choix 3 : (se débattre)


Ouw. Pride morfle sévère u.u' Quelle attitude adopterez-vous ? Sauverez-vous notre sympathique petit blond ? Rendez-vous au choix que vous aurez sélectionné ! ;D

White Assassin