Musiques : Beneath the City (FMAB, OST 1), I want to live (Baldur's Gate III, OST) Oyashiro-sama (Higurashi no Naku koro Ni, OST 1), Omoide (FMA, OST 1)
Note : Après une petite pause, me revoilà ! C'est fou qu'on soit déjà au chapitre 30 ! On a presque fait la moitié, techniquement. Le temps passe vite… J'espère que ça vous plaît toujours autant :3 En tout cas, je gage que ce qui suit devrait être à votre goût et pallier l'attente des dernières semaines. Comme je l'ai dit précédemment, ce chapitre, non content d'être l'un de mes préférés, est un peu particulier. Mais je vous laisse découvrir ça ;)
Chapitre 30 : Discrédit
« Allô ?! » rugit Envy en décrochant le combiné dans un geste d'humeur.
Outre le son absolument exaspérant de l'appareil, c'était surtout le fait de s'être fait interrompre dans sa conversation avec Pride qui le mettait hors de lui. Ou peut-être était-ce le fait de se faire « sonner » comme un chien qui lui tapait sur le système. Allez savoir ! Parce que bon… Il se doutait bien de qui se trouvait à l'autre bout du fil. S'il y avait quelqu'un pour appeler ce foutu numéro, ça n'allait pas être l'une des connaissances des frères Elric ; leurs proches étaient tous censés être morts.
Non. La personne qui cherchait à les contacter était forcément quelqu'un qui était au courant que la maison, bien qu'officiellement abandonnée, était en réalité occupée. Ce même empêcheur de tourner en rond savait donc tout aussi bien à qui il allait s'adresser, puisque Pride n'était pas autorisé à décrocher.
En procédant par élimination, c'était alors un jeu d'enfant de deviner l'identité du malotru.
« Quelle amabilité… », souffla une voix langoureuse à l'autre bout du fil.
« Lust… Quelle surprise ! » ironisa Envy en entortillant rageusement ledit fil autour de ses doigts, histoire de trouver un exutoire à son agacement latent. « Kess' tu veux ? »
Il gardait contre sa sœur une rancœur tenace depuis leur dernière et, à son goût, trop récente entrevue. La trahison n'était pas chose qu'il pouvait aisément pardonner, même des années après – Greed en savait quelque chose –, alors juste après l'offense ! Ce qu'il avait subi, et ce avec quoi il devrait désormais composer suite à l'intervention de la félonne auprès de leur paternel, découlait du fait que sa langue était décidément incapable de rester tranquille derrière ses lèvres pulpeuses. Et ça, il n'était pas près de l'oublier.
Face à tant d'hostilité, Lust préféra faire profil bas et éviter de rajouter d'huile sur le feu. Plutôt que d'user de son autorité afin de faire ravaler son venin à son petit frère comme elle l'aurait fait en temps normal, elle opta pour une voix étonnamment douce, et peut-être aussi quelque peu confuse :
« Je suis désolée pour ce qui s'est passé tout à l'heure. Ce n'était pas… ce que j'avais prévu. »
Envy ne prit même pas le temps d'être abasourdi par ces excuses aussi pitoyables que malvenues pour répliquer tout de go :
« Ah ouais ? Parce que t'avais "prévu" quoi, au juste ? Que je me ferais juste taper sur les doigts vite fait ? Un petit sermon et c'est reparti ? C'est toi, l'aînée, ou c'est moi ?! Comment ça se fait qu'avec plusieurs dizaines d'années de moins que toi au compteur, je savais déjà comment l'autre vioc allait réagir, et pas toi ?!
— …
— Tiens ? Ça l'ouvre moins, là ? C'est bizarre ! Tu serais pas un peu en train d'essayer de me prendre pour un con, des fois ?
— Absolument pas. »
Le ton de son aînée s'était raffermi.
« Si je l'ai fait, c'était pour nous, bien entendu, mais aussi pour toi.
— Oooh ? Pour "moi" ? Comme c'est gentil. Fallait pas, vraiment ! C'est sûr que maintenant, grâce à toi, "sœurette", ma vie va beeeaaaaucoup mieux. C'est pas comme si, à cause de tes conneries, je me retrouvais avec une épée de Damoclès au-dessus de la gueule, à devoir faire des pieds et des mains pour que l'autre microbe, là, ne se fasse pas purement et simplement exécuter la prochaine fois ! »
POM
Envy ne l'entendit pas parce qu'il était trop aveuglé par sa fureur pour se concentrer sur autre chose que son besoin de se défouler sur sa sœur, mais Pride venait de manquer une marche tant ce dernier cri l'avait assommé.
Il chancela. Le monde tourna autour de lui. Il se rattrapa de justesse à la rampe en bois de l'escalier et resta là, figé de stupeur.
Alerté par le ton acerbe de son compagnon, le jeune homonculus s'était décidé à quitter la chambre et à le rejoindre au rez-de-chaussée pour comprendre l'origine de sa colère. Au fil de ses pas, les éclats de voix s'étaient éclaircis et il avait mieux saisi de quoi il retournait. S'il n'avait donc pas été surpris de découvrir que c'était Lust qui téléphonait, entendre de la bouche d'Envy ces derniers mots l'avait laissé estomaqué.
« Purement et simplement exécuté » ?
Vraiment ?
L'Orgueilleux ne sut quel sentiment le traversa à l'écoute de ces termes durs, mais, quel qu'il fût, il était plus que désagréable. S'il lui avait fallu le décrire, il aurait dit que passé le choc, il ressentait quelque chose comme de l'incrédulité mêlée à… de la peur.
« Il te tuera. »
Ces mots se réverbéraient dans sa tête. D'abord de façon lointaine, puis terriblement proche.
Il fallut un cri d'Envy pour tirer l'ex-alchimiste de cette spirale d'échos menaçants.
« Merci du cadeau ! Parce que c'est moi qu'il a dans le collimateur, maintenant, l'ancien ! » ragea l'androgyne en filant un coup de poing dans le mur, énervé comme rarement.
Puis, après un silence certainement occupé par son interlocutrice, la voix du polymorphe se fit grondante, déformée par la bête qui sommeillait en lui. Il cracha d'un ton acide :
« Est-ce que tu sais seulement combien ça coûte de se mettre à genoux quand il s'agit pas de sucer des queues, hein ? J'crois pas, non. »
Pride ne comprit pas tout. Mais ce qu'il saisit parfaitement fut ce que sous-entendaient les paroles d'Envy. Le geste que son aîné avait fait pour lui.
Implorer, à genoux, pour sa vie.
Bien que le nouveau-né n'eût pratiquement aucune expérience de la vie, son péché savait, lui au moins, combien il était difficile de s'abaisser à cela. Ainsi, Envy avait sacrifié son honneur, et sans doute le peu d'estime de Père qu'il lui restait après l'incident… pour lui ? Pour obtenir sa grâce ?
Était-ce de cela qu'il avait voulu lui parler plus tôt et qu'il avait soigneusement éludé ? Avait-il eu si honte de ce geste qu'il n'avait osé le lui avouer… de peur de passer pour un faible ?
« Alors, tes bons sentiments à la con, là, t'es gentille, tu te les gardes. Parce que si toi, t'as gratté des points auprès du vieux, moi, j'ai écopé d'un putain de carton rouge », termina le brun dans un crissement ; celui du combiné que sa main broyait progressivement, à n'en pas douter.
Lust encaissa laborieusement le blâme de son frère. Elle tut de son mieux son péché qui criait à l'outrage, puis répondit avec un calme olympien :
« Tu sais qu'il ne l'aurait pas tué.
— Tu plaisantes ?
— Pride lui est indispensable.
— Ouais, ben, excuse-moi, mais je crois que Père a fini par perdre la boule avec l'âge, alors, parce qu'il semblait pas franchement s'en souvenir, si tu veux mon avis. »
Lust n'alimenta pas plus le débat. Elle restait persuadée que leur père n'aurait pu se résoudre à se séparer d'un élément aussi capital que Pride. Pourtant, elle concédait volontiers que son empressement à mettre la main sur la pierre philosophale l'avait un moment égaré et qu'il avait manqué de commettre un impair en se défaisant de leur atout principal par simple…
« Caprice. »
Pride entendit de nouveau le murmure de cette voix lointaine.
Était-ce donc à cela que sa vie était suspendue ? Aux caprices de leur géniteur ? Dans un coin de sa tête, il l'avait évidemment toujours su, mais se retrouver confronté si violemment à cette terrible vérité remettait en doute certaines choses qu'il pensait actées.
« Comme ta loyauté indéfectible ? »
Pride en eut le souffle coupé.
Il ne chercha même pas à répondre à cette question formulée par un noir recoin de sa conscience. Non. Il la chassa aussitôt.
Là-dessus, le doute n'était pas permis.
Il ne devait pas douter.
« En tout cas… », reprit Lust à l'autre bout du fil d'un ton las. « Sache que je l'ai fait pour toi…
— Cause toujours.
— Que tu me croies ou non. »
Elle poussa un soupir discret avant de rappeler :
« Je pense que tu sais ce qui arrivera à cet enfant lorsque le plan sera exécuté, de toute manière. »
Pride, qui avait descendu quelques marches de plus avec une infinie précaution et qui se tenait à présent accroupi dans la pénombre, entrevit à la lueur de la lune les traits d'Envy se déformer en une grimace indéchiffrable. Était-ce de la rage, du dégoût ? Ou un peu des deux ?
« Je sais, ouais », lâcha l'Envieux, dont l'œil droit, jusque-là envahi de noir, reprenait progressivement sa couleur habituelle.
« Si tu t'attaches trop à cet enfant… », rajouta Lust, dont la phrase resta en suspens pour laisser à la discrétion de son frère le soin de la compléter.
Celui-ci demeura silencieux.
Oui, il savait.
Il savait ce que le… non, « leur » plan induisait.
Si Pride… Edward usait de l'alchimie, il y avait de grandes chances qu'il y restât. Sauf que ce risque avait été naturellement dissimulé au principal intéressé qui, de toute façon, n'aurait d'autre choix que de se plier aux ordres qui lui étaient donnés, quel que fût son avis sur la question.
C'était ainsi.
Leur Père était souverain.
Lui désobéir, c'était mourir.
Alors, autant que cette mort servît à quelque chose.
Pride n'y couperait pas.
Envy se mordit la lèvre.
Il ne pouvait plus se le cacher. À force de côtoyer Pride chaque jour, la jalousie d'antan avait laissé place à… quelque chose d'autre. Au départ, lorsqu'on lui avait jeté ce nouveau-né dans les bras, il l'avait abhorré. De tout son être, de toute son âme, bien qu'il n'en possédât pas. C'était dire. Il avait même voulu le faire disparaître, à un moment. Un accident était si vite arrivé, quand on venait au monde et qu'on ignorait encore tout de ses vicissitudes ! Il aurait été facile de faire porter le chapeau à quelqu'un. Scar, par exemple – il avait une tête à chapeaux ; ce genre de chapeaux. Et Envy avait un talent indéniable pour la broderie,alors ça tombait bien. Pour peu qu'il fût inspiré – et Père savait qu'il l'aurait été dans ce cas précis –, il pouvait pondre un scénario béton pour justifier une morte suspecte en trois secondes cinq.
Histoire d'être débarrassé de cette plaie.
De ne pas avoir à vivre avec ça.
Mais au fil du temps, les choses avaient changé.
La rancœur s'était muée en indifférence, puis en un sentiment proche de… de l'affection.
Cela le troublait déjà suffisamment sans que d'autres eussent à mettre leur grain de sel dans cette histoire. Alors que sa sœur lût en lui comme dans un livre ouvert et que le reste de sa famille se doutât qu'il nourrît cette sympathie pour ce nabot…
Je m'en passerais bien.
Il soupira. Sans aller jusqu'à reconnaître que Lust avait eu raison de faire ce qu'elle avait fait, au moins, il comprenait mieux son geste, à la lueur de son mea culpa. Mais il se refusait à le lui avouer. À cause d'elle, il avait vécu non seulement l'une des pires humiliations de sa vie, mais en plus, à présent plus que jamais, il était sur la sellette. Hohenheim, tout géniteur fût-il, ne le portait déjà pas dans son cœur, car il était l'erreur, le fils indigne bien pratique dont on aurait pourtant souhaité se débarrasser idéalement. S'il lui donnait raison de le tenir en si piètre estime, il ne ferait pas long feu.
Peut-être que son prochain impair ne serait pas pardonné.
« Bon », ponctua Envy, assagi, mais toujours sur la défensive. « C'est tout ce que t'avais à me dire ? Si oui, je raccroche », prévint-il en jetant un coup d'œil méfiant vers les escaliers.
Il lui semblait avoir entendu le bois craquer et…
« Non », reconnut sa sœur d'un ton abrupt. « En vérité, je ne t'appelais même pas pour ça, à la base. Mais tu étais si contrarié que tu ne m'as pas laissé le temps d'en venir aux faits.
— Ouais. Ben accouche, maintenant, qu'on en finisse », râla le brun en levant les yeux au ciel.
« contrarié ». Non, mais… « contrarié », quoi. Dis plutôt « prêt à t'encastrer la tête dans le mur » !
« Père te demande.
— Hein ? » lâcha l'androgyne en cillant avec un air bêta.
Pardon ?
« Tu peux répéter ? » fit-il après avoir secoué énergiquement le combiné, des fois qu'il y eût des interférences.
Pas que ça changerait réellement quoi que ce fût de martyriser le téléphone, mais penser le contraire lui faisait le plus grand bien.
« Père veut te voir. Séance tenante.
— Et… euh… pourquoi donc ? » s'enquit le brun d'un ton moins assuré qu'il ne l'aurait souhaité.
Pride, intrigué par ce changement d'attitude chez son aîné, descendit une marche de plus. S'il réussissait, par miracle, à capter des bribes de ce que disait Lust…
« Tu verras ça une fois sur place. Je n'en sais pas plus, moi non plus, mais Père a bien insisté sur le fait que c'est urgent.
— Et c'est si "urgent" que tu me bassines depuis cinq minutes pour te faire pardonner », railla Envy.
S'il plaisantait, c'était plus pour faire retomber la pression que pour lancer une véritable pique à sa sœur. Parce que là, il n'était pas loin de voir sa (longue) vie défiler devant ses yeux. Il venait à peine de se poser que son père le réclamait ?! Pour quoi faire, au juste ? Était-ce pour régler ses comptes sur le tard, histoire de lui faire payer l'affront qu'il lui avait fait quand il l'avait pris à partie, face à sa fratrie, afin de prendre la défense du corps sanguinolent qu'était devenu son « prodige » ? Il pensait pourtant avoir déjà suffisamment payé son insolence – pour ce soir, en tout cas ! Père aurait-il été assez cruel pour leur laisser croire, à Pride et lui, qu'ils étaient tirés d'affaire,alors qu'il n'en était rien et qu'il souhaitait juste avoir le temps de mijoter une punition plus dure encore ?
Ça paraissait tiré par les cheveux. Si le vieux avait vraiment voulu en finir avec lui – ou avec eux –, il n'aurait pas attendu. Il aurait profité de les avoir sous la main.
Non, ce devait être autre chose. Et cet « autre chose » nécessitait sa présence immédiate auprès de leur créateur.
« Bon, O.K. », céda l'Envieux. « On arrive, alors.
— Non.
— Comment ça, "non" ?
— Père a insisté pour que tu viennes seul. »
O.K. Là, je suis dans la merde. Je sais pas pourquoi, mais je sais que suis sérieusement dans la merde.
« D'accord… Mais, euh… Pride, t'en fais quoi, dis-moi ? »
Trouver une parade. VITE.
« Tu le laisses là où il est. Il n'a pas besoin de t'accompagner.
— Le laisser tout seul ? Non mais t'as vu ça se jouer où ? » se récria Envy, abasourdi. « Ça se voit que tu passes pas tes journées avec et que t'ignores de quoi il est capable ! »
En entendant ces mots, Pride ne put retenir une moue d'indignation. Était-il si pénible à vivre que ça ? Envy le lui confirma en renchérissant :
« Tu sais ce qu'il fait, au moins, quand il est tout seul, pour me sortir des âneries pareilles ?
— Certainement pas la même chose que toi et moi, c'est sûr ~ », lança sa sœur d'un ton taquin pour détendre l'atmosphère et signifier discrètement à Envy qu'elle ne croyait pas le moins du monde à son histoire du pauvre petit homonculus délaissé et polisson.
Envy fut coupé net dans son élan. Beau joueur, il capitula :
« J'avoue, j'exagère. Mais tout seul, il va faire des conneries, c'est obligé ! Et… Oh, je sais ! Il va sortir. À tous les coups, il va sortir. Y a ses foutus lérots, dehors, je te jure qu'il va se barrer, et là, crois-moi, on en entendra parler.
— Et si tu fermais la porte à clef ? » suggéra Lust, que les tergiversations d'Envy commençaient à impatienter. « Il n'a pas encore tes capacités de polymorphe, que je sache. »
Son petit frère alignait excuse sur excuse. Elle voyait bien qu'il cherchait un prétexte pour se dérober à l'entrevue qui l'attendait. En même temps, compte tenu de ce qu'il venait de se passer, elle ne pouvait lui jeter la pierre : il se trouvait dans une position extrêmement inconfortable à laquelle elle était loin d'être étrangère. Pour autant, un ordre de leur père n'aurait su être contesté. Il lui fallait s'y plier.
« Et s'il se carapate par la fenêtre ? » rétorqua Envy du tac au tac, content de lui. Qu'est-ce qu'elle avait à répliquer à ça ?
« Interdis-le-lui.
— Tu crois que c'est si simple ?! » s'exclama-t-il comme si Lust lui demandait de décrocher la lune.
Pourtant…
« Envy, je t'en prie. Ne me fais pas croire que cet enfant ne t'obéit pas. Je t'ai déjà vu le siffler pour qu'il vienne au pied. »
Bon, O.K. Elle avait gagné, la garce. Quoique. Il aurait encore pu arguer que, ces derniers temps, l'obéissance de Pride était fluctuante, mais il fallait admettre qu'en règle générale, l'adolescent était plutôt docile. Tout le contraire de ce qu'il était de son vi… humanité.
« Envy », le pressa sa sœur d'un ton nettement plus autoritaire.
« Ouais, O.K., O.K.. J'arrive. »
L'éphèbe raccrocha au nez de son interlocutrice sans plus de cérémonie. Une mauvaise habitude qu'il avait prise au fil du temps et qui ne l'avait plus quitté. Et, surtout, un moyen détourné pour faire comprendre à Lust que la rancune qu'il nourrissait à son égard suite à l'incident de tantôt était loin d'être apaisée par ce bref échange plus ou moins cordial.
Envy s'adossa contre le mur de nouveau et soupira, laissant son regard dériver par la fenêtre. Rejoindre Père, hein ? Haaa… Pourquoi se posait-il seulement la question d'y aller ou pas ? Il n'avait pas le choix. Bon. Ne restait donc plus qu'à donner ses directives à la petite chose blonde qu'il était censé surveiller, puis à filer voir son paternel en quatrième vitesse.
« Pride ? » appela-t-il d'une voix suffisamment forte pour se faire entendre jusqu'au premier.
L'interpellé, toujours recroquevillé dans l'escalier, se raidit. Il ne fournit aucune réponse à son tuteur, de peur d'être découvert. Heureusement pour lui néanmoins, Envy était habitué à son mutisme. Ainsi, le brun ne s'en formalisa pas, mais pesta tout de même contre le jeune homonculus taiseux… tout en se dirigeant droit vers lui.
Le stress du fouinard grimpa d'un cran. S'il était repéré, son frère comprendrait qu'il avait espionné sa conversation. La punition pour cette indiscrétion risquait d'être exemplaire, surtout vu l'état de nerfs actuel de son frère ; Pride n'avait aucune envie d'en découvrir la teneur. Il remonta au premier ventre à terre en essayant de se faire le plus silencieux possible, dans l'espoir de regagner la chambre au plus vite. Sage décision que voilà : une seconde plus tard et il tombait nez à nez avec Envy, qui s'engageait dans la cage d'escalier au moment même où son cadet franchissait la porte de la chambre. Il eut à peine le temps de retrouver sa place sur le lit qu'Envy le rejoignait déjà.
Pride, pas même essoufflé, mais le « cœur » battant, lui adressa un sourire ingénu. La chose était si rare qu'Envy ne prit pas la peine de réfléchir à la bêtise qu'il dissimulait peut-être.
« Désolé pour l'attente. C'était Lust. Tu sais comment elle est ; elle m'a tenu la jambe. »
Son cadet acquiesça sagement pour accuser réception de l'information. En vérité, il s'efforçait surtout d'offrir à son aîné une bouille assez chou de manière à éviter qu'il s'inquiétât de la façon dont il avait pu meubler l'attente. L'espion en herbe n'était en effet pas encore tout à fait sûr de ne pas s'être fait pincer. Cependant, le sourire niais qu'arbora son compagnon face à son visage angélique lui assura le contraire. Vraisemblablement, il n'avait pas été percé à jour. Taaaant mieux.
Envy finit heureusement par se reprendre, puis annonça :
« Elle m'a aussi dit que je devais aller… au Q.G. »
Il préféra taire à Pride qu'il retournait voir leur père. Il ne pouvait pas le lui dire. Pas après ce qu'il s'était passé. Il savait que l'Orgueilleux appréciait leur géniteur – peut-être même plus que ce qu'il se figurait – et qu'il avait été chamboulé par les derniers événements. L'informer qu'il devait rester sur la touche cette fois-ci risquait de le blesser. Par égard pour lui, mais également pour lui éviter de se faire du mauvais sang, il garderait donc le silence. Autant lui épargner des inquiétudes supplémentaires, d'autant plus lorsque cela était susceptible de se solder par une catastrophe– si le plus jeune se mettait en tête de le suivre, par exemple.
Pride se leva pour donner le change, comme s'il se sentait lui aussi concerné par l'injonction de leur grande sœur – quand bien même il savait pertinemment que ce n'était pas le cas.
« Non », fit Envy aussi sec. « Toi, tu restes là. »
Le blond lui retourna une moue déçue. Toutefois, derrière cette apparente résignation planait l'angoisse. Vu les propos vifs qu'Envy avait tenus, il aurait préféré venir avec lui.
« Tu ne m'accompagnes pas », crut bon de rajouter le brun, comme s'il lisait dans ses pensées.
Il croisa les bras et darda sur son protégé un regard tout aussi suspicieux qu'intransigeant. Ses yeux couleur miel lui criaient qu'il avait été à deux doigts d'insister. Mais la question qui suivit le dérouta davantage :
« Pourquoi ? » lâcha automatiquement le plus petit sans le quitter des yeux.
« Parce que.
— Pourquoi ? »
Une veine palpita sur la tempe d'Envy. Il inspira profondément, puis pointa son index droit vers Pride et appuya chaque syllabe prononcée en lui martelant le front du bout du doigt :
« PAR-CE-QUE. C'est comme ça.
— Comme quoi ? »
Zen. Rester zen.
« Comme "ça". Ça veut dire que toi, tu dois rester là, et que moi, je dois partir, et qu'on n'y peut rien. C'est la vie, bienvenue dans ce monde pourri. »
Il laissa à son explication le temps de faire le tour du cerveau du plus jeune, puis tua dans l'œuf toute autre tentative de l'embrouiller – qu'il pressentait :
« Si tu me reposes une question, je t'assomme. Allez, suffit. Tu m'agaces. »
Pride afficha un air penaud.
Envy fondit. Mais juste une seconde, hein.
« Ahem », fit-il pour se reprendre. Foutue libido. « Dooonc, pendant mon absence… », amorça-t-il avant d'appuyer chacune des règles suivantes d'un index solennel : « Tu sors pas. Que ce soit par la porte, la fenêtre, ou que sais-je encore. T'utilises pas le téléphone, et si quelqu'un appelle, tu laisses sonner. Pareil pour la sonnette. T'y réponds pas et t'ouvres à personne d'autre que moi. T'allumes pas les lumières si les rideaux sont pas fermés. Tu te montres pas aux fenêtres, du reste. Tu montes pas au grenier – je sais, t'en as envie, mais c'est niet. Tu vas pas dans la Pièce… » insista-t-il lourdement d'un ton traînant pour bien faire comprendre que, de toutes les interdictions, celle-ci était la plus importante.
Bien entendu, il parlait de la chambre d'Alphonse. Un nom évidemment proscrit face à son protégé qui, de toute façon, n'aurait pas le loisir d'aller visiter cette fichue pièce à quelque moment que ce fût : c'est lui qui en avait la clef.
« Et… Mouais. Grosso merdo, tu touches à rien », conclut Envy, satisfait.
Normalement, il avait tout dit. Mais, alors même qu'il s'autofélicitait de l'exhaustivité de ce nouveau règlement, Pride le regarda par en dessous. Puis, le jeune homonculus posa leeeentement le bout de son index sur la couette molletonnée. Et ce, tandis que les commissures de ses lèvres se relevaient en une ébauche de sourire innocent – mais pas tant que ça.
« Je rigole pas », le sermonna Envy d'un ton plus dur, avant de rendre les armes face à sa propre bêtise. « Bon, O.K. Tu peux toucher aux choses, mais pour le reste… T'as intérêt à filer droit, j'te le dis. Bref, allez. J'y vais. Sois sage. »
Il lui frotta vigoureusement la tête, fit un dernier tour de la propriété pour vérifier que tout était en ordre, puis quitta les lieux avant d'avoir le temps de regretter ce qu'il faisait. Pride, quant à lui, esquissa bien un geste pour attraper le bras de son compagnon sur le départ, mais s'en garda au dernier moment. C'était un ordre d'en haut. Envy ne devait pas arriver en retard.
Après le bruit de la clef qui tournait dans la serrure, le grincement du portail, suivi d'un « clac » sonore, lui indiqua que désormais, il était bel et bien seul. À cette pensée, le blond soupira. Quoiqu'il appréciât la solitude, après ce qu'il avait vécu, il aurait plus volontiers passé la soirée en compagnie d'Envy que livré à lui-même, à ressasser le souvenir cuisant de son humiliation publique… et de la douleur associée. La perspective d'une soirée en tête à tête avec lui-même ne l'enchantait guère.
Quoique.
L'Orgueilleux descendit du lit, puis zyeuta par la fenêtre la ville aux couleurs du soir qui se découpait au loin. Patiemment, il attendit d'entendre le ronronnement familier d'un moteur qu'il connaissait bien, puis de voir la voiture que conduisait Envy disparaître au coin de la rue.
Il avait à présent la maison pour lui tout seul.
Et ça, c'était plutôt sympa.
Qu'allait-il faire pour meubler ce temps libre ?
Choix 1 : (Prendre un bon bain chaud)
Choix 2 : (Fouiller la chambre)
Choix 3 : (Aller dehors)
Choix 4 : (S'intéresser « de plus près » à la Pièce)
Voici donc la première fois que vous avez quatre choix (enfin, « un choix avec quatre options » en bon français, mais merde, hein) ! Bon, j'avoue, c'est parce qu'habituellement, c'est pas mal compliqué d'en mettre en place plus de deux u.u' Mais cette fois-ci… Faites vous plais' ! Serez-vous obéissant ? Ou aurez-vous plutôt le goût du risque ? Le choix est vôtre, les amis ! Et rappelez-vous que plus il y a d'options, plus celles-ci sont importantes, car chacune d'elles correspond pour le coup à une fin différente. Elles sont ainsi les plus déterminantes. Bien sûr, votre sort ne sera pas scellé ici, mais ce genre de choix permet de faire le distinguo entre les deux fins que vous êtes le plus susceptible d'obtenir, sur la base des précédentes décisions prises. Alors, réfléchissez bienà ce que toutes les options impliquent…
Bref, on se retrouve à celle de votre choix ! ;p
White Assassin
