Musiques : Nocturne of Amestris (FMAB, OST 2), Down By The River (Baldur's Gate III, OST)
Note : Suite du chapitre 30, choix 1.
Choix 1 : (Prendre un bon bain chaud)
Pride réfléchit un instant. Il se remémora une par une les directives d'Envy. Elles étaient nombreuses, et surtout, ne lui laissaient guère de moyens de s'occuper à présent qu'il était livré à lui-même dans cette maison aussi vaste que vide. D'ordinaire, s'il n'avait pas son frère pour lui tenir compagnie, il partait en quête de celle de ses amis lérots, très actifs de nuit, mais là, il ne pouvait faire ni l'un ni l'autre.
Enfin… Il comprenait, en même temps, les raisons de cette intransigeance. Envy ne lui avait pas interdit d'aller dehors ou au grenier pour le plaisir. C'était pour le protéger, il en avait conscience. Et, en parlant de « protection », quand Pride se rappelait ce que son aîné avait dû faire pour obtenir la clémence de leur père à son égard, il se voyait mal lui désobéir simplement pour satisfaire l'un de ses nombreux caprices. C'eût été ingrat, en sus d'être égoïste.
Alors, il allait être sage ; irréprochable, même. Ainsi, quand Envy serait de retour, il pourrait le regarder droit dans les yeux sans faillir. Il voulait être digne de sa confiance et honorer le sacrifice que son compagnon avait consenti pour lui.
Restait cependant à savoir quoi faire pour tuer le temps.
Pride quitta le lit. Il erra dans la chambre à la recherche d'une activité quelconque, traînant les pieds d'un bout à l'autre de celle-ci à trois reprises. Son regard, qui parcourait la pièce dans cette optique, croisa brusquement celui de son reflet, dans le miroir.
L'Orgueilleux se stoppa aussitôt pour se faire face. Si son pyjama rose était impeccable et du plus bel effet – quoiqu'il fût trop large –, il n'en allait pas de même pour ses cheveux. Eux étaient ébouriffés et sales. Le blond fronça les sourcils. Il se rapprocha de la glace, consterné. Hormis la fine pellicule de poussière blanche qui recouvrait les mèches dorées anormalement ternes, et qui devait provenir du sol contre lequel il avait été maintenu avec violence dans leur repaire, il aperçut, à l'arrière de son crâne, quelques taches sombres. Il passa sa main dedans sans quitter son reflet des yeux, puis grimaça. Elles étaient froides et poisseuses. Du sang sec avait coagulé à certains endroits, rendant ses cheveux durs comme des bouts de bois. Berk.
Plus qu'écœuré, Pride fut surtout surpris. Ainsi donc, sa nouvelle pierre n'avait pas récupéré le sang versé lors de la torture, mais en avait généré un tout neuf ? Du coup, celui qui avait giclé sur son crâne n'avait pas retrouvé sa place au fond de ses veines, et stagnait là, cramoisi dans l'or.
Il frissonna d'horreur. Hors de question de rester ainsi. C'était sale. Et Pride n'aimait pas être sale ; son amour-propre criait au scandale.
C'était décidé. Il allait profiter de l'absence d'Envy pour prendre un bon bain chaud et se délester de ces souvenirs désagréables, ainsi que de toute cette crasse. D'un pas vif, il se dirigea donc vers la salle de bain. Là-bas, il se déshabilla – avec du mal, puisque peu habitué aux boutons dont était pourvu son pyjama –, puis se fit couler un bain. Il prit soin de fermer la porte pour ne laisser aucun courant d'air troubler sa détente. Il voulait rester en tête à tête avec la chaleur de l'eau.
« … ? »
Curieux comme toujours, Pride remarqua quelques produits alignés sur le rebord de la baignoire. Tandis que celle-ci se remplissait à grand bruit, il prit un flacon étiqueté « bain moussant » et le détailla, le sourire aux lèvres. « Moussant », hein ? Il était impatient de vérifier ça. Il n'y alla donc pas de main morte : il versa la moitié du contenant dans l'eau, assistant avec bonheur à la formation de la mousse sous la pression du jet. De doux effluves de violette s'élevèrent bientôt de l'eau chaude et serpentèrent dans les airs jusqu'à ses narines frémissantes.
Pride n'attendit pas une seconde de plus. Il plongea dans l'eau et, lorsqu'il fut confortablement installé, ferma le robinet et se laissa aller. L'eau était juste à bonne température ; comme il aimait. La mousse enveloppa aussitôt son corps à la peau déjà rougie en de petits crépitements accueillants, puis ceignit son torse à l'instar d'un cocon.
Le blond appuya sa tête contre le rebord de la baignoire et ferma les yeux. C'était si rare qu'il pût se laver… D'ordinaire, il n'en avait pas besoin. Il n'était jamais sale, puisqu'il ne suait pas, et n'avait pas, à l'inverse des êtres humains, de fatigue à confier à l'eau. Malgré tout, savourer la caresse de celle-ci sur sa peau, se délecter de son contact délassant était bien l'un des quelques plaisirs qu'il pouvait partager avec ces étranges créatures qu'étaient les Hommes. Lui aussi, il aimait. Surtout quand il pouvait en profiter tout son soûl, comme maintenant, sans Envy pour le déranger.
Bon. Il disait « déranger », mais il y allait peut-être un peu fort. C'est juste que les seules fois où il avait pris un bain, Envy, s'il était dans les parages, s'était systématiquement arrangé pour débarquer à un moment ou à un autre. Et ce, pour pratiquer son activité favorite : parler, parler, et encore parler. Pride sourit. Il lui semblait presque l'entendre. Il l'imaginait bien posté sur une chaise près de la baignoire, à déblatérer de tout et de rien sans le quitter de ses beaux yeux violets – il se demandait bien pourquoi, d'ailleurs.
Tiens ! Il n'y pensait que maintenant, mais les iris perçants d'Envy étaient les plus jolis de leur fratrie, en fait. À part les siens, bien entendu ; mais ça, c'est parce qu'il les avait dorés. Lui, il était à part. Ses frères et sœur, eux, arboraient tous des nuances étranges ; pour la plupart, violacées. Les iris de Lust tiraient sur le rose, par exemple. Mais ceux d'Envy… Ceux d'Envy étaient d'un violet franc, intense.
Le genre de violet qui brillait dans la nuit comme en plein jour, à l'instar des yeux d'un chat quand la lune s'amusait à jouer avec.
Le genre de violet qui vous saisissait en journée si vous aviez le bonheur de voir le soleil souligner leur éclat.
Le genre de violet qui se montrait impitoyable, même envers vous… mais qui pouvait être parallèlement d'une étrange douceur, lorsque les pupilles qui le partageaient se dilataient suffisamment pour ne plus laisser filtrer qu'une infime partie de cette couleur incomparable.
Pride s'enfonça dans l'eau pour se débarrasser, au moins grossièrement, de la saleté qui ternissait ses cheveux. Complètement submergé, il s'abandonna à ce monde silencieux, à peine perturbé par le pétillement des bulles les plus éphémères à la surface. Un instant délicieux, où tous ses soucis s'envolaient tandis qu'il sombrait dans l'eau teintée de mauve. Ainsi coupé du monde, le jeune homonculus se surprit à rêver de pouvoir dériver au gré des flots, bien plus loin que ce que lui permettait le fond de la baignoire ; bien plus loin que son imagination.
Il avait l'impression de flotter.
Dans un monde muet, suspendu. Où ne subsistait plus ni haut ni bas.
Si paisible…
Pride ne remonta à la surface qu'après un long moment. Il était heureux de jouir de telles capacités pulmonaires. Sinon, il n'aurait jamais connu le plaisir d'explorer à sa guise ce monde sous-marin miniature façonné par ses songes.
Soucieux d'être propre avant le retour d'Envy, le blondinet entreprit enfin de se laver. Il se savonna puis se shampooina les cheveux avec vigueur, sans cesser un seul instant de penser à son aîné. Apprécierait-il, comme lui, la douce odeur de violette qui embaumerait sa peau au sortir du bain ? Se moquerait-il de lui comme il savait si bien le faire ou, au contraire, trouverait-il quelque compliment à lui adresser ? Parfois, Envy laissait entrevoir un aspect plus tendre de sa personnalité.
Il espérait que ce serait celui-ci auquel il aurait le droit plus tard, quand ils se retrouveraient.
À suivre…
Voilà ! :3 J'espère que ça vous a plu, même si c'était plutôt court u.u' Pride m'a tout l'air d'être un rêveur ; j'ai pensé que ce serait sympa d'exploiter cet aspect. D'ailleurs, il y a un clin d'œil, dans ce chapitre, à une certaine œuvre… saurez-vous le trouver ? è.é (W.A. : Si oui, ça m'intéresse, parce que depuis le temps, j'ai moi-même oublié ce que c'était. Envy : T'es débile, en fait ? W.A. : Ben, peut-être.) Et sinon, pour ce qui est du bain moussant… j'avoue que j'ai eu la flemme de regarder si ça existait à l'époque et que franchement, j'en ai rien à battre. C'est du pur fan service et j'assume. Et si vous vous demandez ce que ça fout là, dites-vous qu'Edward l'aura acheté pour Winry un coup où elle était de passage, ou un truc du genre.
Et sur ce, je vous dis à la semaine prochaine ! Mais peut-être le vendredi ou le dimanche, parce que je me suis emmêlé les pinceaux dans mon emploi du temps. C'est samedi prochain que je ne suis pas là. En fait. (Envy : T'es débile. Vraiment. W.A. : Moui.)
White Assassin
