Musiques : Yôwa, Kenja no Ishi et Omoide (FMA, OST 1)


Note : Suite du chapitre 30, choix 2.


Choix 2 : (Fouiller la chambre)


Bon.

S'il s'en tenait à ce que lui avait dit Envy, il n'avait pas beaucoup d'options. Il ne pouvait pas sortir dehors pour profiter de l'air frais de la nuit et de la compagnie des petites bêtes qui y évoluaient, pas plus qu'il ne pouvait aller au grenier pour, au moins, avoir le plaisir de retrouver les lérots afin d'observer leur activité nocturne. Ça ne lui laissait guère de moyens de s'occuper, tout ça…

Pride soupira. Lui qui voulait se vider la tête pour ne plus repenser à la punition qui lui avait été infligée… À croire qu'il n'allait pouvoir que la ressasser. À son simple souvenir, il agrippa son bras droit d'une main tremblante et se mit à ventiler.

Quel avait été le but de cette torture ? Il se rappelait encore de la peur… de la douleur et…

Non !

Il fallait penser à autre chose. Vite. Il devait mettre sous clef ce souvenir traumatisant ainsi que l'inquiétude qui le rongeait à l'idée qu'Envy était parti voir leur père tout seul malgré les récents événements. Il ne devait pas s'en faire pour lui. Son aîné reviendrait, comme toujours. Père n'avait pas de raison de le punir davantage.

Celui qui était en tort, c'était lui. Lui qui était trop lent. Lui qui était incompétent. En toute logique, Envy ne devait donc rien avoir à craindre. Alors, il allait cesser de se tourmenter et, pour ce faire, s'aérer l'esprit en s'occupant d'une manière ou d'une autre. Et quoi de mieux pour se changer les idées que de faire appel à son trait de caractère prédominant : la curiosité ?

Pride quitta sa mine morose. Il savait ce qu'il allait faire ! Il allait fouiller la chambre. L'une de ses activités favorites, qu'Envy ne lui autorisait que rarement. Le brun ne voyait nul intérêt à farfouiller partout et à s'extasier sur la moindre bricole, mais le blond, lui, adorait ça. Il n'était né que depuis peu, en même temps. Il ne connaissait encore rien à ce monde nouveau qui l'avait accueilli et mourait d'envie de l'explorer. Par exemple si, pour Envy, l'usage d'une brosse à dents était évident – bien qu'il ne s'en servît pas –, lui, à l'inverse, ne l'avait découvert que récemment.

C'étaient précisément ce genre d'objets insolites, fabriqués de la main des humains, qui le fascinaient. Pride se plaisait à deviner leur utilité, à en faire ses « trésors » jusqu'à ce que leur emploi fût démystifié par son professeur, qui ne faisait que peu de cas de ses conjectures – et qui prenait même un malin plaisir à le faire redescendre sur terre le plus souvent. Mais bon. Le jeune homonculus devait avouer que parallèlement, il aimait aussi beaucoup lorsque son frère prenait le temps de lui expliquer ce qu'il ne comprenait pas. Il savait que cela horripilait l'androgyne, car en général, il lui posait beaucoup de questions « stupides », d'après ses dires, mais il croyait parfois discerner dans ces yeux améthyste une once de fierté, qu'il tirait à coup sûr de l'enseignement qu'il dispensait à « l'élève » qu'il était.

Pride songea. Peut-être pouvait-il dénicher quelque chose qui valût suffisamment le détour pour interroger son mentor à ce sujet et lui changer les idées à son retour ? Ce serait au moins un moyen utile de faire passer le temps. Il regarda donc tout autour de lui, à la recherche de la précieuse trouvaille. Cela faisait plusieurs jours qu'il avait découvert cette chambre, mais il n'avait pas encore eu l'occasion de l'inspecter. Alors, il allait commencer par… sous le lit !

Pride se jeta ventre à terre comme un chat, glissant sur le parquet jusqu'à plonger sous le sommier dans un même mouvement. Heureusement, le lit était suffisamment haut pour qu'il ne se heurtât pas au cours de la manœuvre, qui en aurait d'ailleurs interloqué plus d'un. Mais Pride était ainsi. Il n'allait pas perdre son temps à vérifier les meubles les plus évidents. S'il avait au moins appris une chose depuis qu'il était venu au monde, c'était que les plus belles trouvailles se faisaient dans les endroits les plus étonnants.

Et ce qu'il découvrit sitôt le nez plongé dans l'ombre du sommier valait clairement le détour. Il se figea, troquant son sourire fiérot contre un air déconcerté.

« … ? »

Une masse sombre et informe reposait parmi les nombreux moutons de poussière qui s'étaient agglutinés là.

Pride arqua un sourcil. Il prit une seconde afin de laisser ses yeux s'accommoder à l'obscurité et ses pupilles se dilater pour capter le peu de lumière qui s'était aventurée en ces recoins. Incapable de définir la nature de la Chose, le jeune homonculus se résolut à l'étudier du bout des doigts. Il les tendit, les agita, et frôla quelque chose de doux, au toucher étrangement familier.

A priori, la Chose n'était pas vivante. Il ramena donc l'objet à lui d'une poigne ferme. Secouant son bassin à droite, puis à gauche, il se débrouilla pour reculer en patinant maladroitement sur le parquet, et s'extirpa enfin de sous le lit de manière à pouvoir admirer son butin.

Quelle ne fut pas sa surprise en réalisant que ce « butin », il le connaissait bien…

Des vêtements.

Ses vêtements. Noirs comme les nuits d'hiver sans lune, mais gorgés de sang et encore poisseux par endroits. Une odeur âcre de fer émanait du tissu devenu glacé, là où sa propre vie se mêlait aux marques rouge vif qui le décoraient.

Pride repensa à son réveil, et à Envy. C'était sans nul doute ce dernier qui avait remisé ses affaires là-dessous.

Mais pourquoi avait-il donc caché ses vêtements ici ?

Brusquement, Pride se remémora les propos du brun :

« Tes fringues étaient dégueulasses et couvertes de… Bah ! Elles étaient crades, quoi. »

Sur le coup, il n'y avait pas prêté plus attention que ça, trop surpris de se retrouver affublé de ce que les humains appelaient « pyjama » ; chose qu'il n'avait absolument pas l'habitude de porter, puisqu'il ne dormait pas. À présent qu'il se remémorait ces mots, il comprenait mieux leur signification.

Pride, tout entrain évaporé, contempla sans mot dire les morceaux de tissu souillés.

Envy l'avait protégé. Il avait pris soin d'éluder un sujet sensible pour ne pas attiser le souvenir vif qui mordait encore sa chair, trop de fois meurtrie pour qu'il pût déjà oublier la douleur de sentir son bras continûment sectionné.

Peut-être Envy n'avait-il pas trouvé de cachette plus appropriée que celle-ci pour soustraire à sa vue ces preuves de sa torture ? Peut-être pensait-il pouvoir, plutôt que de jeter ces vêtements, les débarrasser du sang qui les couvrait avant de les lui rendre ? Il avait parlé d'une « lessive », après tout. Alors, peut-être qu'aussi, l'androgyne avait menti en prétendant l'avoir changé car il était frigorifié ? Et si cela n'avait été qu'un prétexte pour justifier qu'il fût attifé de la sorte à son réveil, et ainsi masquer la véritable raison derrière ce changement de tenue ?

Le jeune garçon sentit soudainement une curieuse chaleur envahir ses joues. Était-ce le délicat sourire qui venait en rehausser les pommettes… ou autre chose ?

Il était touché.

Touché par la prévenance de son aîné – bien qu'inutile, à présent qu'il avait découvert le pot aux roses. Cependant, cela n'atténuait en rien la gentillesse du geste. Envy l'appréciait donc suffisamment pour faire preuve d'une telle attention à son égard ?

« … »

Pride décida de ne pas gâcher l'effort de son aîné. Il replaça les vêtements à l'endroit où il les avait trouvés, exactement comme il les avait trouvés. Tant pis pour le parquet, qu'ils risquaient de salir ; le blond savait que son frère serait embêté d'apprendre qu'il avait découvert son « secret ». Il préférait lui laisser croire l'inverse, même si, en vérité, il peinait à comprendre pourquoi le brun s'était donné tant de mal. Puisque ce sang n'était pas venu retrouver sa place dans ses veines, car un nouveau lui avait été fourni en complément de la recharge de sa pierre, pourquoi Envy n'avait-il pas tout simplement demandé à Père de matérialiser une autre tenue ? Leur géniteur l'aurait créée presque sans effort, en un tournemain ! C'était se compliquer la tâche pour pas grand-chose.

Et pourtant. Pride sourit.

C'était du Envy tout craché, ça. Énigmatique, et surtout, plus attentionné qu'il n'y paraissait.

Et ça lui convenait.

Le regard rêveur du jeune homonculus se posa sur ses mains. Oups… Il ne pouvait pas rester comme ça. Elles étaient rougies de sang, bonjour le flagrant délit ! D'un pas léger, il fila dans la salle de bain pour se les savonner, sans être particulièrement perturbé d'avoir les doigts maculés de son propre sang. Non. À ses yeux, cela passait au second plan. Il était trop content de sa découverte pour s'en préoccuper.

Une fois ses mains débarrassées de toute preuve incriminante, le jeune homonculus s'inspecta dans le miroir au-dessus de l'évier afin de s'assurer que rien d'autre ne lui avait échappé. Ses cheveux blonds mal peignés – qu'il s'empressa de brosser grossièrement – le faisaient ressembler à un petit lion, et son pyjama rose était décidément trop grand pour lui, mais hormis cela, rien à signaler.

En tout cas, cette nouvelle tenue le changeait, ça, c'était sûr ! Quand on le comparait aux vêtements moulants qu'il portait habituellement… D'ailleurs, tout en s'en retournant à la chambre, il repensa à leur coupe. Elle était identique à celle des habits d'Envy. Il n'y avait que très rarement fait attention, mais ce soir-là, plus qu'un autre, cette ressemblance lui parut amusante.

Lorsqu'il se fut réinstallé sur le lit, sur lequel il se laissa gaiement rouler, l'Orgueilleux essaya de se souvenir de ses premiers instants en ce monde ; du moment où il avait ouvert les yeux pour la toute première fois. Il s'était immédiatement retrouvé face à Envy, dans les bras duquel il s'était éveillé. Face à leur père aussi, bien sûr, mais c'était son frère qui, le premier, avait attiré son regard. Parce que le sien était d'un beau violet – et qu'il avait des cheveux-salsifis plutôt… singuliers, aussi. À bien y réfléchir, c'était peut-être cette fascination qui l'avait amené à se choisir une tenue semblable à celle d'Envy. Bon, à cela près que lui, il la portait avec un tout petit peu plus de classe. Mais c'était son péché qui voulait ça. Il était naturellement classe.

Envy aurait dit « mignon » ; ça lui allait aussi.

« … »

Pride sourit paisiblement et ferma les yeux. Pour ne pas être tenté d'en découvrir de nouveau plus qu'il ne l'aurait dû, il se décida à passer le reste du temps à ressasser ses meilleurs souvenirs avec Envy. Peut-être réussirait-il à y déceler d'autres marques de l'affection tacite qu'il lui portait, et qui lui auraient échappé jusqu'alors ?


À suivre…


C'est meugnon x3

Petite question : à quoi vous attendiez-vous quand Pride s'est retrouvé face à cette « masse sombre » ? Je serais curieuse de savoir ;p

Bref, j'espère que ça vous aura plu et je vous dis à bientôt pour la suite ! Elle paraîtra sans doute vendredi ou dimanche, car samedi, je serai probablement absente (oui, je me suis emmêlé les pinceaux entre les semaines, comme vous pouvez le constater :')). N'oubliez pas le review qui va bien !

White Assassin