Musiques : Omoide, Favorite Daughter (FMA, OST 1), Nocturne of Amestris (Duet) (FMAB, OST 2)


Note : Suite du chapitre 30, choix 3.


Choix 3 : (Aller dehors)


Pride se tortilla comme une crevette trop cuite.

Il avait une idée en tête.

Une idée sacrément saugrenue, puisqu'elle venait mettre à mal l'une des interdictions édictées par Envy : celle de ne pas aller dehors. Parce que, justement, lui, il avait bien envie de profiter d'un peu d'air frais. Si, en plus, il pouvait rejoindre les petites bêtes nocturnes qui s'extirpaient à peine du sommeil en ce doux début de soirée, ce ne serait que du bonus. Il aimait les voir vaquer à leurs occupations et vivre leurs vies réglées comme des montres à gousset, exclusivement dédiées à la survie et la procréation.

C'était si… différent. Lui, il disposait de tout le temps qu'il souhaitait. Et même plus, encore. Il n'avait pas à lutter au quotidien pour trouver sa pitance, puisqu'il ne ressentait pas la faim – contrairement à Gluttony, mais ça, il ne se l'expliquait toujours pas –, pas plus que la fatigue, la soif, ou la nécessité de se reproduire.

En vérité, il n'avait pas besoin de grand-chose. Toutes les heures qu'il ne « perdait » pas à assouvir ces besoins naturels pour tant d'autres espèces était du temps qu'il aimait bien tuer à observer ces dernières faire ce qui lui était certes dispensable, mais surtout impossible.

Il vivait ainsi une vie « normale » à travers elles. Par procuration.

C'était étrangement agréable. Et se retrouver privé de ce plaisir, quoique futile, le rendait triste.

Il jeta un regard coupable par la fenêtre. Un peu comme s'il s'attendait à voir Envy de l'autre côté, perché sur quelque arbre, en train de le fixer comme un hibou, sourcils froncés pour mieux cracher : « Même pas en rêve. »

« C'est ce qu'on va voir ! »

Pride ne put s'empêcher de sourire. Pour une fois, la voix… le garçon ? était d'accord avec lui.

Il allait aller dehors. Et même qu'il ne le regretterait pas une seule seconde !

Heureux de s'autoriser une telle folie, le jeune homonculus sortit de la chambre en trombes et dévala les escaliers quatre à quatre, cheveux au vent, pommettes hautes. Il sauta comme un cabri les dernières marches et atterrit, pieds nus, sur le parquet luisant de nuit. Il imaginait déjà l'herbe humide sous ses pieds nus ; la brise secrète de la nuit qui l'embrasserait pour lui souhaiter la bienvenue dans son royaume d'obscurité auquel lui seul avait accès, au fond du jardin, là où aucun regard ne viendrait troubler sa quiétude.

Bondissant comme un faon, grisé par l'interdit brisé, il s'élança vers la baie vitrée… qu'il se mangea violemment.

« … ! »

Le blond recula dare-dare. Il couina, les mains plaquées sur son nez qu'il s'était bien amoché à cause du choc. Quelques éclairs rougeoyants crépitèrent au creux de ses paumes apposées sur le cartilage abîmé. En quelques secondes, celui-ci fut réparé. Mais pas l'orgueil de Pride, rudement mis à mal par sa propre bêtise. C'était à croire qu'Envy s'était indirectement vengé pour le coup qu'il lui avait lui-même asséné plus tôt.

Pour le jeune homonculus, c'était tout sauf un juste retour de bâton ; au contraire. Là, tout de suite, il en voulait à son aîné. Pourquoi ? Parce que le brun avait fermé cette fichue porte-fenêtre que, d'ordinaire, il laissait toujours au moins entrouverte ; pour profiter de l'air frais d'une part, et pour lui permettre d'avoir accès au jardin d'autre part. Or, présentement, Pride ne pouvait faire ni l'un ni l'autre. Il eut beau tirer sur la poignée, rien n'y fit ! Envy l'avait sans doute verrouillée.

Plus mécontent qu'un lion(ceau) en cage, Pride fit les cents pas devant la porte-fenêtre obstinément close. Bon, il n'avait pas l'air très impressionnant dans son pyjama rose bonbon, mais son regard, lui, était noir. Foutue porte ! Et fichu grand frère. Si seulement il avait su faire de l'alchimie, comme le souhaitait son père… Pour le coup, ça lui aurait été fort utile.

De dépit, le nouveau-né poussa un profond soupir, avant que ses yeux ne se missent à pétiller.

« Si tu n'as pas de sortie, crées-en toi une. »

Pas bête, ça. Pas bête.

Cette voix disait souvent beaucoup de bêtises, mais elle avait parfois des éclairs de génie.

Pride n'attendit pas une seconde de plus pour filer dans la cuisine. Là, il grimpa agilement sur l'évier afin d'ouvrir la fenêtre qui le surplombait. Aussitôt, le vent s'engouffra dans la pièce pour l'envelopper délicieusement. L'homonculus se faufila comme une ombre dans le jardin ensommeillé.

Il ne prit même pas la peine de repousser l'ouvrant derrière lui avant de partir en exploration, pour brouiller les pistes au cas où. Déjà, ses sens, à l'affût, lui avaient fait oublier Envy et le danger que son retour inopiné représentait. Hormis le vent, l'herbe était aussi fraîche qu'il se l'était figuré. La brise portait avec elle les odeurs de la terre et des repas que les humains du voisinage mitonnaient.

Ses yeux curieux se baladèrent dans tous les coins au fur et à mesure qu'il progressait dans la pénombre, à la recherche des bruissements de ses compagnons nocturnes. Pourtant, le son qui l'interpella en premier fut loin d'être celui de l'une de ces bêtes à la queue blanche comme neige.

« Miaw ! »

Un miaulement suraigu lui fit tourner la tête. Là, dans l'herbe, à trois mètres de lui, se trouvait un chat. Un tout, tout petit chat.

Pride se figea automatiquement, soucieux de ne pas faire fuir l'animal. Néanmoins, celui-ci, nullement effrayé, et au contraire, bien téméraire, accourut vers lui pour venir se frotter contre ses jambes et coller son odeur à ce nouveau « deux pattes ».

« … ? »

Le blond ne cacha pas sa surprise. D'ordinaire, lorsqu'il en croisait, les bêtes préféraient se tenir à distance, quand elles ne le fuyaient pas carrément. Une fois, il s'était même fait attaquer par un chien qu'il avait eu le malheur d'observer trop intensément.

Pride le savait. Il était différent des êtres humains, jusque dans l'aura qu'il dégageait. Il n'avait pas tardé à s'en rendre compte. Il lui avait suffi de chercher à approcher divers animaux après sa naissance. Tous ou presque avaient eu une réaction de rejet envers lui, qu'Envy lui avait expliqué ainsi : la pierre qu'eux, homonculi, portaient en eux était un conglomérat de dizaines de vies humaines, arrachées à leurs propriétaires et mêlées en un seul joyau. L'immortalité qu'elle leur conférait était contrebalancéepar cette aura funeste qui émanait d'eux. Celle-ci était si puissante, si violente – à l'instar de l'acte qui avait permis leur création – que la plupart des êtres vivants se méfiaient d'eux comme de la peste.

Les animaux étaient les plus sensibles. Poussés par ce que son aîné avait qualifié de « sixième sens », ils évitaient soigneusement d'entrer en contact avec eux pour la plupart. Par exemple, les lérots, eux, n'avaient toléré l'Orgueilleux auprès d'eux qu'au terme d'âpres « négociations » menées à coups de graines et de fruits. Autrement dit, ils y avaient vu leur intérêt : Pride les nourrissait, et bien. Grâce à cela, il s'était vu accorder le droit de rester, et même de caresser. C'était un échange de bon procédé, finalement. Mais sinon, les bêtes les redoutaient. Seuls les humains échappaient à la règle, inconséquents comme ils l'étaient. Tout juste les homonculi leur inspiraient-ils un malaise inexplicable, découlant la plupart du temps de l'angoisse provoquée par la perspective d'une mort imminente – seul cas où ils étaient amenés à interagir avec leur espèce.

Dans tous les cas, cette aura ne servait qu'à une chose : mettre en garde les êtres qu'ils croisaient contre leur dangerosité.

Et pourtant.

Pourtant, ce petit chat de rien du tout faisait fi de ce signal pour s'enrouler autour de ses mollets avec souplesse, et reproduire ce qu'il avait vu ses aînés faire : s'approprier un « deux pattes ». Pride s'en amusa. Son visiteur ne devait pas avoir cinq mois et il l'avait choisi, lui, pour lui appartenir. Sans doute était-il l'un des premiers, si ce n'était le premier, sur lequel l'animal avait jeté son dévolu ; tout du moins le croyait-il sincèrement.

Son orgueil se gonfla délicieusement à cette idée. Ravi, le jeune homonculus s'accroupit et caressa longuement le félin, dont le poil était encore bien épais en cette saison, et commençait à peine sa mue. Le chat sembla apprécier, puisqu'il adressa à Pride un ronronnement bien audible. Le blond sourit, apaisé par ce son chaleureux.

Il ferma un instant les yeux.

« Nii-san ! On peut le garder ? »

… fit une voix beaucoup plus fluette que celle qu'il avait coutume d'entendre.

Surpris, Pride rouvrit les yeux. Il inspecta les alentours. Qui était là ?

« Allez, s'il te plaît ! »

… implora la voix d'un ton suppliant. S'agissait-il de celle d'un garçon ou d'une fille ? D'où venait cette voix ? Était-ce encore le fruit de son imagination ?

Le chat se rappela subitement à son bon souvenir par un miaulement insistant. Pride baissa les yeux et, par malheur, rencontra les siens.

L'animal fut cloué sur place. Il hérissa son poil jusqu'à ne plus devenir qu'une grosse boule à pattes, puis détala sur-le-champ. Pride tendit la main en catastrophe pour le retenir, mais rien n'y fit : la pauvre bête, traumatisée, avait filé.

Déçu, l'Orgueilleux resta immobile, agenouillé au beau milieu du jardin, à fixer les buissons dans lesquels avait disparu le félin. Il avait lu la peur dans ses grands yeux écarquillés avant qu'il ne détallât. Sans doute l'avait-il effrayé en dirigeant vers lui des pupilles encore plus perçantes que les siennes.

Le blondinet baissa la tête. Il se massa une paupière, puis l'autre, comme s'il cherchait à chasser ce regard qui lui causait du tort.

« Il t'en causera bien d'autres. »

Tiens ? La voix habituelle avait repris ses droits.

Pride haussa les épaules, plus pour lui que pour cette voix. Le chat pouvait bien se sauver. S'il revenait, il prendrait garde à ne pas capter directement son regard, de manière à pouvoir l'approcher sans problème et demeurer près de lui.

Hormis le drôle de chien de cette étrange femme qu'il avait suivie l'autre jour, ce n'était que la seconde fois qu'il parvenait à caresser un animal de la sorte, du premier coup. Il était enhardi par cette nouvelle expérience. Il comptait bien la renouveler, mais plus prudemment, la prochaine fois. Peut-être pourrait-il demander à Envy, même, de lui fournir un appât adéquat. Quelques morceaux de viande bien choisis ou un bout de poisson… un peu de lait, peut-être ? L'important serait de trouver le mets idéal pour amadouer le chat et, ainsi, profiter davantage de sa compagnie.

En plus, qui sait, peut-être que cette voix aussi aiguë que celle de l'animal se referait entendre, alors ? Pour une raison inconnue, son timbre avait réchauffé le corps glacé par la nuit du blond ; exactement comme s'il retrouvait, après des années, quelque chose… ou quelqu'un de familier. Car, cette voix… Oui. Pride était sûr de l'avoir entendue bien des fois, dans d'autres moments, en d'autres lieux.

À qui appartenait-elle donc ?

« Tu le sais.

Tu l'as juste oublié. »

Alors qu'il se redressait, Pride tituba dans l'herbe. Il prit appui au dernier moment contre le mur de la maison, secoua la tête. Il s'était senti… partir. Un peu comme si les ténèbres environnantes l'avaient englouti sans crier gare.

Constatant que la chair de poule lui venait, le jeune homonculus décida de rentrer au chaud. Il attendrait le retour d'Envy à l'abri des regards et du froid. Il préférait être sagement à la maison quand il reviendrait, plutôt qu'en train de gambader à l'extérieur.

Ou n'était-ce là qu'une excuse pour fuir cette autre voix, décidément trop pressante ?


À suivre…


Bande de canailles, vous êtes allés faire un tour dehors ? xp Vous avez du bol de ne pas vous être faits prendre ! ;3 Vous avez de la chance, c'était un choix « ending », et non « histoire », mais votre hardiesse pourrait un jour vous jouer des tours, prenez garde…

Bref ! À la semaine prochaine pour un autre chapitre !

PS : Et je compte sur vous, personne ne dit à Pride que le chat était là pour boulotter les lérots, on est d'accord ?

White Assassin