Musiques : Hyrule Castle Interior (Zelda BOTW, OST), Yôwa (FMA, OST 1), Here, Tomorrow (LOL)


Note : Suite du chapitre 30, choix 4.


Choix 4 : (S'intéresser « de plus près » à la Pièce)


Une idée.

Ou plutôt une mauvaise idée. C'est ce qu'il avait précisément en tête.

Envy était parti, n'est-ce pas ? Parti pour quelque temps, hein ? Alors, il pouvait… « explorer », pas vrai ?

Seulement, petit problème : il avait déjà inspecté toutes les pièces de la maison, au fil des jours.

Sauf…

Sauf une. La Pièce. Celle à laquelle Envy lui refusait obstinément l'accès depuis leur arrivée. Celle qui cristallisait toutes ses questions. Celle qui lui faisait de l'œil, chaque fois qu'il passait devant en la zyeutant discrètement sans oser répondre à son appel, de peur que son frère, toujours sur ses talons, ne lui fît quelque réflexion.

Sauf que, ce soir-là, Envy n'était pas là. Pride était seul. Bel et bien seul. En tête à tête avec ce lieu interdit et fermé à double tour, qui partageait le mur de la chambre dans laquelle il s'ennuyait au moment même.

Son regard vola jusqu'à celui-ci. De l'autre côté se trouvait quelque chose. Quelque chose dont Envy voulait, pour une obscure raison, le tenir écarté.

Donc, ce « quelque chose » était nécessairement intéressant.

Ses yeux s'animèrent d'une étincelle.

Quels mystères recelait cet endroit ? Quels trésors y sommeillaient dans l'attente d'être découverts par sa main ou son œil curieux ?

Ç'aurait été bien de le savoir.

Non, il fallait le savoir.

Pride fila vers le couloir à pas de velours, comme s'il craignait d'être observé. Mais, avant de s'aventurer dans ce royaume de non-droit où régnaient les ombres, il agrippa l'encadrement de la porte et passa la tête par celui-ci, s'assurant de l'absence de tout témoin. Pour quelques minutes, il se changerait en aventurier. Affublé d'un pyjama rose, certes, mais un aventurier tout de même.

L'excitation qui afflua dans son corps remis à neuf l'électrisa. Tandis qu'il s'enfonçait dans les ténèbres, il fut un instant aveuglé par la rétractation impromptue de ses pupilles, tant son péché s'agitait en lui. Cela ne l'empêcha pas de progresser pour autant dans l'étroit corridor, quoiqu'à tâtons. Il se dirigea vers la chambre voisine, dont la porte, menaçante, entendait lui barrer la route.

Mouais.

Il avait réussi à trouver la trappe qui menait au grenier et à la crocheter sans problème. Ce n'était pas ce vulgaire bout de bois qui allait l'arrêter ! Le seul souci, c'était de faire ça proprement. Envy ne devait se rendre compte de rien. Pride se fichait bien que son aîné sût que la serrure de la trappe du grenier avait été malmenée. En revanche, si son compagnon réalisait, à son retour, que celle de la Pièce avait subi un sort identique, là, ce ne serait pas la même histoire ; c'est lui qui serait à coup sûr « malmené ». Et pas qu'un peu.

L'Orgueilleux déglutit. Il voyait d'ici venir la punition. Il se ferait rosser comme rarement. Enfin, à présent, il pouvait relativiser. Il savait qu'il y avait pire que les corrections infligées par Envy, dont on se remettait somme toute assez bien. Maigre consolation, mais il pourrait toujours s'y raccrocher, dans le pire des cas.

« … »

Le blond s'avança jusqu'à la Pièce en zigzaguant à petits pas, comme si une partie de lui rechignait encore à franchir ce point de non-retour. À commettre l'Interdit. L'Orgueilleux fit même semblant de rien un moment, en regardant à droite et à gauche, tel un enfant innocent – ou un chat(pardeur). On eût dit qu'il redoutait que la porte s'animât et lui crachât : « Retourne d'où tu viens, petite fouine. » Mais le truc bien, avec les portes, c'est que précisément, elles ne parlent pas. Du coup, jamais celle-ci ne pourrait prendre ombrage du fait que sa main baladeuse se posât sur sa poignée juste… « pour voir ».

CLIC

Et il vit.

Il vit que, par un délicieux hasard, Envy avait omis de fermer la porte à clef. Où était-ce que l'Envieux s'était dit qu'obéissant comme il l'était, jamais il n'oserait outrepasser sa loi, même en son absence ? C'était un comble ! Lui qui le traitait toujours de…

Naïf !

Quoi qu'il en fût, Pride n'allait certainement pas s'en plaindre, bien au contraire. Ses yeux pétillèrent davantage. Il poursuivit son geste, terminant d'actionner la poignée en retenant sa respiration.

La porte glissa sans un bruit, révélant à ses prunelles émerveillées la Pièce. Même dans la pénombre, le polisson y distingua sans mal de ce qu'il y avait déjà entraperçu l'autre fois, à son arrivée, avant qu'Envy ne ravît le tout à sa vue : une commode à sa droite, une bibliothèque remplie de livres soigneusement rangés non loin de l'unique fenêtre et, enfin, deux tables de nuit de part et d'autre d'un lit double, face auquel trônait une immense armoire à glace. C'était donc bien une chambre.

Incapable de contenir son impatience, Pride appuya vivement sur l'interrupteur. La pièce fut aussitôt baignée d'une lumière aussi douce que les couleurs qu'elle arborait. Ses murs d'un blanc lunaire tranchaient avec une dominante de bleu pour le reste : couette, rideaux, abat-jour… Tout était décliné en de nombreuses nuances, toujours pastel ; l'endroit était décoré avec goût et simplicité. C'était, somme toute, un petit coin de paradis chaud, malgré ces tons froids.

Alors, certes, la Pièce semblait bien douillette, mais Pride ne pouvait s'empêcher d'être perplexe. Ce n'était jamais qu'une chambre ! Qu'avait-elle donc de si particulier pour qu'Envy s'obstinât ainsi à lui en interdire si sèchement l'accès ?

Pride flairait l'entourloupe. Quelque chose lui échappait, mais il comptait bien tirer tout ça au clair. Toutefois, avant d'enchaîner bêtise sur bêtise, il décida tout de même de faire un minimum cas de ce que lui avait recommandé son aîné. Il se dirigea par conséquent tout droit vers la fenêtre pour en tirer les rideaux. Ainsi, il éviterait d'intriguer les curieux. Évidemment, la lumière filtrerait toujours au-dehors, mais moins. Et puis, bon ! C'était l'affaire de quelques minutes seulement. Il pouvait bien allumer le plafonnier, plutôt que de s'user les yeux dans le noir total. Surtout qu'il mourait d'envie de voir. De tout voir. Tous les recoins de cette pièce interdite. Il ne voulait pas en manquer une miette.

Enfin, par mesure de prudence, l'Orgueilleux s'efforça de garder ses sens en alerte. Il ne tenait pas à se faire surprendre en pleine fouille ; là, ce serait la correction assurée.

Ainsi certain d'avoir couvert ses arrières, Pride prit le temps de « rencontrer » la Pièce.

La première chose qui le frappa fut une curieuse sensation de manque.

Il manquait quelque chose, ici.

Ce n'était pas la première fois que le nouveau-né avait cette drôle d'impression. À l'instar du reste de la maison, cette pièce possédait un parfum particulier. Sauf qu'ici, l'odeur était comme « cryptée ». Elle était faite d'un mélange de tout ce qui se trouvait autour de lui, auquel s'ajoutait un ingrédient mystère dont il ne parvenait pas à déterminer la nature. Un peu comme… une équation, dont l'inconnue aurait justement dû lui être connue. Plus qu'ailleurs, même, il flottait en ce lieu ce curieux cocktail. L'agréable fragrance de la lessive fleurie se mêlait à celle de la senteur boisée du parquet, au parfum miellé de la cire qui avait servi à l'entretenir, à la légère âcreté de la poussière déposée par le temps… et à un il-ne-savait-quoi de chaleureux, de familier. Une odeur sucrée, oui. Mais pas celle des draps. Non… C'était…

Le jeune homonculus huma l'air ambiant.

Autour de lui flottait l'odeur persistante de quelque chose qui n'était plus là. Ou de… quelqu'un qui n'était plus là. Il y avait toujours cette pointe d'huile, comme dans la chambre adjacente, et cette note chaude qui rappelait les champs de blé aux abords de Central, oui, mais… il y avait quelque chose d'autre, de plus doux. De plus fruité.

Il crut entendre un rire.

Un rire doux et clair.

Loin de l'effrayer, ce simple son lui arracha un sourire nostalgique. Ce parfum… Cette voix… Tout parlait à ses sens.

Ce qu'il voyait n'était pas en reste. Quelque part, au fond de lui, des bribes de souvenirs émergeaient. Il les sentait éclore au fond de son crâne et déchirer laborieusement la brume dans laquelle s'envasait son cerveau. Ils remontaient à la surface, puis éclataient dans son esprit comme des feux d'artifice avant de disparaître à nouveau dans le néant. Pride ne parvenait pas à les aligner suffisamment pour reconstruire une scène complète, mais certaines images étaient nettes.

Un rayon de soleil qui venait caresser le bleu ciel de la couette pour finir par s'y perdre. Le lustre du parquet éclairé par les dernières lueurs du couchant. La brise fraîche qui s'engouffrait par la fenêtre un jour de printemps fleurant bon la terre humide de pluie. Le froid mordant qui tapait aux vitres, un soir d'hiver. Les draps en désordre, de bon matin, mais encore chauds de la présence qu'ils avaient accueillie durant une nuit orageuse d'été.

Tiens ?

C'était amusant.

Il se rappelait avoir lui-même passé une nuit, ici.

Il se remémorait la douceur du linge. La caresse de l'oreiller épousant son visage fatigué. Le poids, léger, de la couverture, qui offrait une protection bienvenue. La chaleur d'un corps qui n'était pas le sien, contre lui. Le son apaisant d'une respiration qui, là non plus, n'était pas la sienne.

Sécurité.

Sérénité.

Bonheur.

Pride se laissa porter par ces trois petits mots comme par une valse, et déambula dans l'espace, yeux clos, jusqu'à buter contre le bois du lit. Fuyant cette réalité tristement vide, il s'écroula dos contre la couette et s'enivra des sensations que lui offrait sa mémoire troublée.

Comme il était bon de savourer l'interdit d'une rencontre avec son passé…

« Nii-san, tu n'as pas froid ? »

Une voix bien plus douce que celle du garçon qu'il avait croisé dans ce néant tout blanc. Une voix paisible, aimante, qui donnait envie d'engager la conversation et de l'entretenir.

Pride secoua machinalement la tête pour répondre à la question. Puis, il rouvrit les yeux, curieux de voir à quoi ressemblait le visage de son interlocuteur, qu'il devinait souriant.

Personne.

Il était seul. Désespérément seul dans cette chambre dépourvue de vie.

Tout s'évanouit autour de lui en un instant.

Les couleurs s'affadirent. Les odeurs s'estompèrent. Les sons moururent.

Quelque chose lui comprima la poitrine et la gorge.

Le goût du sel envahit sa bouche. Étrangement, il était amer.

« … »

Pride se redressa sur son séant. Il regarda autour de lui, perdu, à la recherche de la moindre chose à laquelle se raccrocher pour ne pas quitter ce doux songe si vite. Là, son regard fut attiré par un carnet à la couverture en cuir finement travaillée, oublié sur l'une des tables de chevet. Toutes deux étaient couvertes d'une sacrée couche de poussière ; il en allait de même du calepin.

Le jeune homonculus s'empara de l'objet. Il l'inspecta d'un œil curieux. Il lui disait quelque chose… Il l'avait déjà vu quelque part, mais il ne se rappelait plus où. Pas dans cette chambre, en tout cas.

Sentant les ombres refluer et le rêve reprendre ses droits, il prit le temps d'apprécier la souplesse du cuir et son toucher tout d'abord froid, puis étonnamment chaud au contact de ses doigts, avant de feuilleter l'ouvrage. La moitié seulement avait été noircie. Une multitude de notes parsemait les pages, parfois cornées. L'objet avait dû servir à de nombreuses reprises à son propriétaire. Pourtant, Pride doutait que ce dernier l'eût abîmé par négligence. Il prenait tant soin du reste de ses affaires, au vu de l'état de la chambre, que cela eût été surprenant. Non. Ce devait être le résultat de quelque incident de voyage.

« … »

L'écriture était soignée. On la lisait sans mal. Une extrême précaution y avait été apportée, même si la teneur du carnet était… dérisoire, pourrait-on dire. En effet, à la grande surprise de Pride, celui-ci ne contenait qu'une liste interminable de plats ou d'aliments incroyablement simples. Quel intérêt ? C'était d'autant plus troublant qu'il ne s'y trouvait rien d'autre. Vraiment rien. Ou si ; par endroits, la personne avait inscrit quelques remarques sur le goût de telle ou telle chose. Bizarre. Était-ce pour s'en souvenir ?

« … ? »

Un commentaire écrit dans un coin et souligné deux fois interpella le blond : « À goûter impérativement ! ». La note était associée à l'entrée « Tarte aux pommes de Gracia. »

« Gracia » ?

Pride fronça les sourcils. C'était étrange… ce nom lui disait vaguement quelque chose. Il réfléchit un instant pour tenter de se rappeler où il avait bien pu l'entendre, mais n'y parvenant pas, il préféra se concentrer sur la remarque en elle-même. Ainsi, l'inconnu avait noté, non pas ce qu'il avait goûté, mais ce qu'il voulait goûter ?

Drôle de lubie, pour un humain… Cela dit, il pouvait comprendre. Lui-même n'avait que rarement pu apprécier le sucré d'un morceau de chocolat offert par Envy dans ses grands moments, ou encore le fondant d'une pomme juteuse et craquante volée au détour d'un jardin. Bien qu'il ne les connût pas, sans doute existait-il une ribambelle de plats qu'il aurait été pareillement ravi de déguster, s'il en avait eu l'occasion – cette « tarte aux pommes » en faisait sans nul doute partie. Mais c'était différent. Il n'avait pas faim. C'était juste, comme toujours, son insatiable curiosité qui s'exprimait. En vérité, il ne ressentait pas le besoin de se nourrir. Pourtant, il était persuadé que ce besoin aurait décuplé le plaisir d'avoir en bouche ces mille et une saveurs qui nappaient le palais à chaque découverte culinaire. Apprécier quelque mets quand on avait l'eau à la bouche, comme pouvait le faire Gluttony, devait rendre l'expérience autrement intense.

Comme il aurait aimé connaître cette sensation bizarre qui tenaillait le ventre et faisait du moindre aliment un véritable délice ! Faire preuve lui aussi de cette gourmandise qui poussait parfois à l'excès, quitte à frôler la crise de « foi » !

Son visage s'éclaira d'un sourire.

Il ignorait tout de l'auteur de ce carnet, mais il l'aimait déjà. Il partageait avec lui un désir que peu de son espèce comprenaient. Même Envy n'avait jamais saisi son engouement pour la chose. Cela dit, Pride supposait que le brun lui mentait, plus par orgueil qu'autre chose – un comble, là encore, sachant que c'était lui, l'incarnation de ce péché. Combien de fois l'avait-il surpris à marmonner dans son coin en jetant un regard envieux à une terrasse de restaurant, où des humains se plaisaient à partager de bons plats ! Sans doute l'androgyne ne lui avouerait-il jamais que lui aussi aurait tout donné pour connaître ce genre de petits plaisirs simples d'une vie…

« Normale ? »

Ce mot, prononcé par cette voix – ce garçon – qui ne le quittait plus, tira l'homonculus de ses songes enfantins. Il parcourut encore quelques instants le carnet, puis le reposa à son emplacement initial, juste là où la poussière faisait défaut. Comme ça, Envy n'y verrait que du feu.

D'ailleurs, en parlant de son frère, Pride ignorait combien de temps, exactement, il avait passé à rêvasser ici, au beau milieu de cet éden défendu. Redoutant de se faire prendre la main dans le sac, il décida à contrecœur de le quitter. Mieux valait regagner la chambre au plus vite.

Le blond se leva, rouvrit les rideaux et jeta un dernier regard en biais au carnet qu'il aurait bien aimé emporter. Après une brève hésitation, il s'empressa de sortir, éteignit la lumière derrière lui et referma soigneusement la porte, puis retourna dans la pièce voisine, un petit sourire aux lèvres. Il n'avait pas trouvé ce que son aîné avait voulu lui cacher, certes, mais il s'était bien amusé.


À suivre…


Voilà ! ~ Notre petit Pride a fait son escapade ;3 Vous vivez dangereusement, dites donc xD Vous imaginez, si vous vous étiez fait prendre ? ' (Envy : Ouais, ouais, c'est ça. Vous perdez rien pour attendre… W.A. : Rabat-joie, va ! En plus, t'es gonflé… la porte était même pas fermée, finalement ! Envy : Ouais, ben… j'ai dû oublier de la refermer la dernière fois que j'ai jeté un œil dans cette pièce, c'est tout. J'avais la tête ailleurs. W.A. : Hm-hm. Tu sais comment on appelle ça, mon vieux ? Un acte manqué ~)

Je vous dis à bientôt, en espérant que cette pause toute douce vous aura plu ! :D

White Assassin