Cela faisait déjà une semaine que Nerea était de retour ici. En une semaine, elle était passée par toutes les émotions.

L'excitation, la joie, l'envie, la peur, l'angoisse, la haine, le dégoût. Elle n'arrivait plus à gérer tout ce qu'elle ressentait, et cela se répercutait déjà sur sa santé physique.

Nerea ne parvenait même pas à manger son petit-déjeuner ce matin. Sa jambe droite tremblait tant qu'elle se cognait contre l'îlot central en face duquel la jeune femme était assise.

Adossée contre un placard, Lucy, sa mère, fronça les sourcils après avoir observé Nerea.

- Tu dois un peu lever le pied Nerea. Lui signala-t-elle

Prise au dépourvu, Nerea toisa sa mère.

- Qu'insinues-tu ?

- Tu sors tout le temps, que ce soit en journée ou en soirée. Cela ne peut pas continuer ainsi, tu ne dois pas oublier la principale raison du pourquoi nous sommes revenues ici.

La jeune femme soupira longuement, décidant alors de sortir de table.

- Tu vas me punir ? J'ai passé l'âge maman, tu m'as suffisamment privé de vivre ma vie d'adolescente toutes ces années. Ne gâche pas ma vie de jeune adulte.

Nerea pouvait voir sur le visage de sa mère qu'elle bouillonnait intérieurement.

- Tu vas gâcher ta vie si tu continues d'agir de cette façon. Répliqua Lucy, d'un ton glacial et énervé

Nerea affronta sa mère du regard.

- Je peux être responsable même si je m'amuse, maman. J'ai fait ce que tu m'as demandé cette semaine, j'y suis allée. Je n'ai jamais manqué un seul rendez-vous. Je sais me gérer. Alors j'ai le droit de sortir avec mes amis. Tu me puniras si je cesse d'aller à ces foutus rendez-vous. D'accord ?

Sa mère se pinça les lèvres, ne sachant quoi répliquer sur le coup. Elle avait si peur pour sa fille qu'elle peinait à lui faire confiance. Mais petit à petit, elle réalisait qu'elle n'avait d'autres choix que d'apprendre à relâcher toute cette pression qu'elle exerçait sur Nerea, et lui accorder sa confiance.

- D'ailleurs, Deva m'a demandé de venir avec elle à une fête ce soir.

Lucy leva les bras en l'air d'un geste théâtral, ses yeux remplis de désespoir.

- Bien sûr, c'était évident.

Nerea, qui s'apprêtait à quitter à la maison, sac sur le dos, se tourna vers sa mère avec un sourire.

- Et tu vas accepter que j'y aille, sans stresser toute la nuit. Parce que je n'ai plus quinze ans mais vingt-et-un.

- Tu vas me faire faire un arrêt cardiaque un jour. Se plaignit sa mère, non sans sourire légèrement

- À plus tard maman. La salua sa fille

Ainsi, Nerea put partir plus sereinement. Son cours avec Wheezie l'attendait.

La dernière fois qu'elle était retournée chez les Cameron, Nerea n'avait pas croisé Rafe. Et elle espérait que ce serait toujours ainsi dorénavant.

Depuis ce que JJ lui avait appris, Nerea exécrait Rafe. Elle n'arrivait toujours pas à comprendre comment il avait pu s'en prendre à sa sœur, sa propre famille.

C'était un homme dangereux, et elle ne voulait plus s'approcher de lui.

Elle l'avait promis à JJ, de toute façon. Et Nerea tenait ses promesses.

Les images du corps nu de Rafe avaient été remplacées par des visions cauchemardesques où il menaçait Nerea de la tuer.

En repensant à cela, la jeune femme, assise dans sa voiture, en eut des frissons qui parcoururent son corps.

Rafe la terrifiait désormais. Il lui rappelait bien trop son passé. Un passé que Nerea désirait à tout prix oublier.

Une fois arrivée chez les Cameron, Nerea eut le bonheur de découvrir que Rafe n'était pas là. Seule Wheezie occupait la maison. Ainsi que la servante, Lore, bien évidemment. La jeune adolescente n'avait pas le droit de rester toute seule.

Son père et sa belle-mère étaient absents. Comme d'habitude.

Le cours se déroula alors à merveille. Sans aucun élément perturbateur.

Pour se récompenser de son travail, Nerea s'arrêta dans un petit café et y acheta un iced chai latte ainsi qu'un cookie au chocolat blanc.

Bien sûr, son travail n'était pas éprouvant physiquement et elle ne travaillait que quatre heures par semaine, mais c'était parfois compliqué de supporter Wheezie.

Elle était dotée d'une insolence infernale. Nerea devait souvent se contenir pour ne pas perdre son sang-froid et lui rétorquer des mots méchants. Il ne fallait pas qu'elle oublie que ce n'était qu'une adolescente.

De ce fait, Nerea méritait amplement cette petite récompense.

Et pour d'autant plus en profiter, elle conduisit jusqu'à une plage abandonnée que seules sa mère et elle connaissaient. Elles s'y rendaient toujours, autrefois. Quand Nerea avait à peine quatre ans.

La jeune femme n'avait jamais oublié comment y accéder.

Après s'être garée dans une forêt, elle devait passer par quelques chemins hors du sentier puis escalader quelques rochers, avant de les redescendre pour enfin atteindre le sable chaud.

Peut-être était-ce parce que cet endroit était loin du port, mais l'eau était presque transparente ici. Cela rendait la plage d'autant plus féerique, avec les quelques arbres derrière qui apportaient un peu d'ombre.

- Parfait. Souffla Nerea, inspirant un grand coup afin de s'imprégner de l'odeur marine

Elle ne connaissait pas meilleure sensation que celle du soleil qui caressait sa peau.

Nerea se sentait si apaisée qu'elle eut presque un sursaut quand elle sentit son téléphone vibrer dans la poche de son short.

« Deva Vador 3

Sam 15 juin à 13h06

Tu n'oublies pas la fête ce soir, hein ? Rendez-vous chez Scarlett Davis, elle n'habite pas très loin de chez toi je crois. »

Comment pourrait-elle oublier ?

Elle avait hâte, mais peur en même temps.

Sans grande surprise, Scarlett Davis faisait partie des Kooks. Nerea craignait donc de voir des personnes qu'elle n'avait absolument pas envie d'apprendre à connaître.

Mais Deva l'avait supplié de ne pas la laisser seule dans cette misère, et Nerea ne savait pas dire non.

Elle parvenait encore moins à dire non quand on lui proposait de faire la fête.

Elle qui n'avait jamais eu le droit de faire cela auparavant, elle comptait bien rattraper le temps perdu.

Nerea ne comptait plus le nombre de fois où elle se regardait dans le miroir. Dès lors qu'elle était dans sa chambre ou dans la salle de bains, elle passait son temps à se scruter.

Comme pour se rassurer, car elle ne se reconnaissait plus. Au fil des années, elle peinait à se retrouver.

Alors, Nerea demeurait parfois des heures devant la glace. Observant ses grains de beauté, ses lèvres, la pointe de son nez. Ses particularités qui elles, au moins, n'avaient pas changé.

Ce soir, elle eut l'impression de revoir la Nerea lors de son entrée dans l'adolescence.

Radieuse, et encore innocente. Pleine d'espoir. Cela lui faisait tant de bien.

Pour l'occasion, elle avait décidé de mettre son plus beau rouge à lèvres. Le rouge sur ses lèvres égayait son teint, elle se trouvait radieuse. Cela faisait longtemps.

Nerea vérifia une dernière fois sa tenue. Elle avait opté pour une jupe en jean assez courte et un t-shirt blanc légèrement décolleté. Elle n'avait pas l'habitude que le bas de son ventre et que le haut de sa poitrine soient voyants, mais elle aimait ce changement.

Elle se sentait irrésistible. Elle savait que certains regards s'attarderaient sur elle, et cela l'excitait autant que cela l'effrayait.

Inspirant longuement, Nerea attrapa son sac à main posé sur le lit et elle quitta sa chambre, n'oubliant pas de se parfumer. Elle avait choisi Flowers by Kenzo Ikebana.

- Tu te moques de moi, Nerea ?

Sans grande surprise, la mère de la jeune femme faillit s'évanouir quand elle découvrit la tenue de sa fille.

- J'ai déjà eu du mal à accepter cette soirée, Nerea, mais alors là...

Se servant un verre d'eau, Nerea épia sa mère d'un air blasé.

- Ne recommence pas, s'il te plaît.

- Mais ma chérie...

Agacée, Nerea manqua de briser le verre lorsqu'elle le reposa dans l'évier.

- Je t'en prie maman, arrête, tu m'étouffes. Tout va bien se passer, je te le promets. Tout le monde s'habille comme ça là-bas, je ne peux pas m'habiller éternellement comme une enfant.

Lucy se renfrogna, réalisant qu'elle allait peut-être trop loin.

- Tu as raison, Nerea, ma psy me l'a déjà dit. Je dois me détendre le string, comme on dit.

Adoucie, Nerea lui sourit. L'embrassant sur la joue avant de partir vers la porte d'entrée.

- Exactement, maman. Je t'écrirai quand je pars de la soirée. À plus tard.

- Ne bois pas d'alcool, surtout ! C'est important.

- Bien sûr.

Nerea soupira de soulagement lorsqu'elle fut loin de chez elle. Un peu plus et sa mère allait la forcer à se changer, ou pire. À rester à la maison.

Cette fameuse Scarlett, qu'elle n'avait encore jamais rencontrée, n'habitait qu'à six minutes à pied de chez Nerea, elle décida donc de marcher. Profitant du bruit des vagues qui s'agitaient en ce début de soirée.

C'était le moment pour Nerea de dégainer son arme secrète, qu'elle débusqua de son sac à main.

Deva lui avait conseillé de faire un petit tour dans une supérette et d'acheter quelques flasques d'alcool. Maintenant qu'elle avait vingt-et-un ans, elle avait tout à fait le droit de le faire.

Nerea n'y connaissait rien, mais Deva lui avait assuré que cela l'aiderait à être moins timide, maintenant qu'elle allait participer à ses premières vraies soirées.

Nerea lui faisait confiance et elle l'avait donc écoutée. Si cela pouvait lui permettre de se libérer un peu. Bien évidemment, elle avait veillé à bien les cacher dans sa chambre après les avoir achetées.

Ainsi, Nerea avala plusieurs gorgées de vodka aromatisée aux fruits rouges, non sans difficulté. Elle n'avait vraiment pas l'habitude, et cela lui brûlait la gorge.

Elle espérait que l'alcool serait meilleur chez Scarlett. Mais finalement, cela en valait la peine et Deva avait bel et bien raison.

Une fois à quelques mètres de la maison où se déroulait la fête, Nerea commençait déjà à se sentir plus légère. Et surtout, ses désirs les plus profonds commençaient à refaire surface.

Nerea n'eut même pas peur une fois devant la porte, elle toqua avec assurance.

En ce début de soirée, les oiseaux chantaient encore autour de la maison, ce qui amenait un très grand contraste avec la musique qui provenait de l'intérieur.

Son hôte ne se fit pas attendre, elle ouvrit la porte à la volée. Une tornade de cheveux blonds apparut devant Nerea.

- Salut, je m'appelle Nerea. Se présenta-t-elle, d'une façon peut-être trop gaie

- Oh, Nerea ! Salut ! J'ai beaucoup entendu parler de toi, entre ! Bienvenue.

Nerea la remercia avec un grand sourire, déjà soulagée de voir que Scarlett était certes une Kook, mais une Kook agréable.

- Je t'en prie, sers-toi autant que tu veux en alcool. On a un grand salon, une grande cuisine, un grand jardin, tu peux t'amuser, discuter ou te reposer où tu le souhaites, fais comme chez toi !

Les yeux verts de Scarlett brillaient, elle avait déjà bien bu elle aussi, on le voyait à ses joues rouges. Mais cela lui donnait un air encore plus adorable.

À peine entrée, Nerea fut accueillie par une odeur de cigarettes, de drogues et de jus de fruits, probablement mélangés à l'alcool.

Entre la musique entraînante, la fumée qui traînait dans l'air et l'alcool déjà présent dans son sang, la jeune femme se sentait presque comme sur une autre planète. L'atmosphère l'enivrait déjà, et elle venait seulement d'arriver.

Sa première mission était de trouver Deva. Elle refusait de passer la soirée sans elle.

Nerea se lança à sa recherche et elle dut donc se frayer un chemin parmi la foule. Entre les personnes qui dansaient, discutaient avec enthousiasme, s'embrassaient, se disputaient, il était difficile de passer. C'était bondé.

Et comme Nerea l'avait deviné avant d'arriver ici, de nombreux regards se posèrent sur elle.

Certains admiraient la jeune femme, son visage, sa tenue, son corps. D'autres la dévisageaient d'un œil mauvais, car ils savaient probablement qu'elle était une Kook amie avec les Pogues.

Nerea remercia la flasque d'alcool qu'elle avait bue, elle remercia Deva, grâce à ça elle ne perdait pas de sa confiance.

Alors, elle ne fut pas déstabilisée par ces regards insistants et elle y répondit par des sourires. Elle lança même quelques clins d'œil assurés.

Bon sang.

Cela lui faisait tant de bien. Nerea vivait, enfin. La fête, l'alcool, sa mère loin d'elle qui ne lui collait pas aux basques.

Nerea se sentait enfin elle-même. La vraie Nerea, qui permettait à ses pensées les plus enfouies de ressortir. Qui agissait enfin comme elle le souhaitait.

Nerea avait passé son adolescence et son début de majorité emprisonnée. Elle n'avait jamais pu s'exprimer, être ce qu'elle était vraiment.

À partir de ce soir, elle rattraperait tout ce temps foutu en l'air, gâché.

Elle finit par trouver Deva. Elle était posée contre l'îlot central de la cuisine, près des boissons.

Les yeux de Deva s'agrandirent quand elle aperçut son amie.

- Nev ! Purée, je m'ennuyais sans toi !

Nerea ricana en s'approchant de son amie.

- Tu es là depuis quand ?

- Dix-huit heures, j'aime bien être en avance. L'informa Deva

Le regard de Nerea se perdit un instant dans la contemplation de la cuisine, qui était parfaitement rangée si on oubliait les gobelets qui étaient laissés à l'abandon un peu partout.

Deva remarqua les yeux quelque peu vitreux de Nerea et elle sourit.

- Toi, tu as suivi mon conseil. C'est bien, tu vas enfin te lâcher. Tu bois quoi maintenant ?

Nerea reporta son attention sur Deva, avant de jeter un coup d'œil vers les différentes préparations de cocktails qui trônaient au milieu de l'îlot. Celle avec une couleur rouge l'attira, forcément.

- Je vais goûter celui-ci.

Dans la seconde, Deva saisit un gobelet, le remplit et le tendit vers Nerea.

- Fais gaffe, il est assez chargé en alcool. La prévint-elle

Nerea le goûta, et en effet, c'était aussi fort que la petite bouteille de vodka avalée avant la fête.

Si cela continuait ainsi, Nerea allait être déchaînée d'ici quelques minutes. Elle ne s'arrêtait pas de sourire. Elle allait passer une bonne soirée.

Et elle ne savait pas vraiment pourquoi, mais sentir le regard de quelques hommes sur elle réveillait en elle des envies insoupçonnées.

- Tout le monde parle de toi, tu sais. Lui fit remarquer Deva qui léchait quelques gouttes d'alcool qui coulaient le long de son gobelet

Nerea plissa le nez, un petit sourire en coin naissant sur le bout de ses lèvres.

- Je savais que mon retour serait fracassant. Plaisanta-t-elle

Deva rit à son tour, remettant ses longs cheveux noirs lissés en place, elle commençait à être éméchée elle aussi.

- Quand ils apprendront que mes meilleurs amis sont des Pogues, ils arrêteront de parler de moi. Ajouta Nerea, demeurant réaliste

- On en a rien à foutre de ce qu'ils pensent de toute façon. Répliqua Deva

Alors qu'elles étaient toujours postées près de l'îlot, Deva en profita pour se resservir.

D'un coup, un jeune homme aux cheveux attachés en un chignon passa à côté de Nerea et il la scruta avec un sourire charmeur.

Nerea eut un coup de chaud au visage mais elle le suivit du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse. Deva n'avait pas manqué cela.

- Dis donc, tu leur fais de l'effet. Ça n'a pas changé, déjà quand on était petites tu les faisais tous tomber sous ton charme. Tu étais toujours la seule à qui les garçons donnaient leurs goûters.

Nerea gloussa, ses yeux devenant tous ronds alors qu'elle regardait son amie.

- Je... je sais pas ce qu'il m'arrive, Deva. J'ai envie de me taper tout ce qui bouge.

À l'entente de ces derniers mots, Deva manqua de s'étouffer avec la gorgée de boisson qu'elle venait d'avaler.

Se mettant à rire, elle approcha son visage tout près de celui de Nerea, effleurant son nez. Les deux amis se marraient ensemble.

- Tu ovules ? La taquina Deva

- J'en sais rien, mais depuis que je suis de retour ici, et surtout depuis ce soir après quelques gorgées de cette vodka, je brûle intérieurement.

- J'en étais sûre. Je savais que tu cachais plein de choses. Tu me paraissais bien trop prude quand je t'ai revue.

Nerea perdit aussitôt son sourire et elle soupira.

- C'est ma mère qui m'empêchait de tout faire... ainsi que mon ex-petit ami.

Là, Deva se recula et un air grave apparut sur son visage.

- Shiloh ? La questionna-t-elle, étonnée

- Oui, je n'ai eu qu'une seule relation dans ma vie, de toute façon.

- Vous aviez l'air si heureux sur les réseaux. Qu'est-ce... qu'est-ce qu'il t'a fait ?

Nerea se mordit l'intérieur de la joue, ressentant une pointe d'angoisse monter en elle.

Heureusement, les quelques gorgées d'alcool supplémentaires l'aidèrent, et puis elle avait totalement confiance en Deva. Elles ne s'étaient pas revues depuis leur enfance, mais elles avaient gardé contact et se racontaient leur vie chaque semaine.

Du moins, une partie de leur vie. Nerea cachait de nombreux secrets au fin fond de son âme et elle se dit qu'il était enfin temps d'en partager un.

- C'est vrai qu'on est restés ensemble longtemps, de mes quinze ans jusqu'à mes vingt ans, tout de même. Mais... je garde un très mauvais souvenir de cette relation. Je... je...

La gorge de Nerea se nouait, rien que d'y repenser. Elle se promit alors que ce serait la première et dernière fois qu'elle aborderait cette partie de sa vie. Cela faisait trop mal.

- Tu n'es pas obligée de tout me dire, Nev. Si c'est trop difficile. La rassura Deva, soucieuse

- T'inquiète pas, ça va aller. C'est juste que... j'avais envie de faire l'amour avec lui, j'en avais vraiment envie, je t'assure, mais je n'y arrivais pas. Je ne pouvais pas, en fait. Et il ne l'a jamais compris. Il a donc fini par devenir méchant, presque violent.

Choquée, Deva plaqua une main sur sa bouche, haletant sous la surprise.

- Il t'a...

- Il ne m'a jamais touchée. Il a essayé de lever la main sur moi à plusieurs reprises, mais je l'ai toujours ramené à la raison. Il a tenté de me forcer à faire l'amour avec lui presque tous les jours où on était ensemble, mais il n'allait jamais jusqu'au bout, heureusement. Quand il a commencé à me faire du chantage, à me dire qu'il allait me tromper, j'ai eu le déclic et je suis partie.

Deva tombait de haut, l'horreur dans son regard en témoignait. Il y avait de quoi, après tout.

- Quelle sous-merde. Je n'aurais jamais cru. Vous aviez l'air du couple parfait. Admit-elle, attristée pour son amie

- Les réseaux sociaux, hein ? Là où les apparences sont bien trompeuses. Mais ça va, je te promets, j'ai réussi à passer au-dessus. J'ai été suivie, on m'a aidée et j'ai accepté ce qui m'est arrivé. Ça me motive plus qu'autre chose à enfin profiter de la vie. Je ne veux plus être en couple, je veux juste profiter de la légèreté de ces relations où on ne se promet rien, où on n'attend rien de l'autre. Sans aucune pression, sans aucune culpabilité.

À l'entente de ces mots, Deva retrouva le sourire, apaisée de voir que son amie allait bien malgré tout. Elle prit alors la main de Nerea dans la sienne et la serra quelques instants.

- Je serai ton guide dans cette nouvelle vie, avec grand plaisir ! Plaisanta Deva

Nerea se joignit à son rire, retrouvant le bonheur et les effets euphoriques de l'alcool.

- Qui sera ta première victime, alors ? Pour ta première fois, en plus. C'est pas rien.

Nerea n'eut pas besoin de réfléchir plus d'une seconde, la réponse sortit naturellement de sa bouche.

- J'aimerais beaucoup que ce soit JJ.

Deva tapa dans ses mains, surexcitée. Comme si elle avait prié pour que Nerea réponde cela.

- Je le savais ! C'est évident, putain. T'imagines ? Faire sa première fois avec son amoureux d'enfance. C'est tellement mignon.

Nerea ricana, son regard se perdant dans le fond de son gobelet bientôt vide.

Elle ne put s'empêcher de songer à sa virginité. Était-ce honteux, d'être vierge à vingt-et-un ans ? Surtout ici, où la débauche et les coups d'un soir étaient réputés.

Elle espérait que non.

- Encore faut-il qu'il en ait envie, lui aussi.

Deva toisa son amie, se demandant si elle était sincèrement naïve à ce point.

- Tu plaisantes ? Absolument toutes les personnes qui résident dans les Outer Banks savent que JJ est fou de toi. Dès qu'on le croise, il prononce au moins une fois ton prénom. « Tu sais que Nerea était la meilleure de sa promo, au lycée ? Quand elle m'a raconté ça sur insta j'étais même pas surpris », « Nerea aurait fait ça autrement, elle », « J'ai pas de nouvelles de Nev depuis trois jours, c'est bizarre », bref il ne s'arrête jamais.

Deva ne réalisait peut-être pas que ce qu'elle venait de dire donnait envie à Nerea de hurler de joie. Elle se retenait pour ne pas passer pour une folle. Elle qui avait longtemps pensé que JJ finirait par l'oublier, alors qu'elle était perdue au fin fond du Minnesota.

Ressentait-il cette même attirance ? Le bas-ventre de Nerea se contractait à cette idée.

- Vous vous parlez souvent, avec les Pogues ? Demanda Nerea

- De temps en temps, oui, je crois qu'ils me tolèrent. Comme dit, je m'entends bien avec Kiara et Pope. Parfois c'est un peu plus compliqué avec JJ et John B. Ils m'ont déjà virée de chez eux. Rit Deva

Nerea se marra en imaginant JJ et John lancer à Deva de déguerpir de leur propriété. Cela n'était pas étonnant de leur part.

- Viens, on va voir ce qui se passe dans le salon. Proposa Deva

Avec entrain, Nerea suivit son amie. Plus elles approchaient de la pièce, plus l'odeur de fumée les embaumait. La fumée des joints primait sur celle des cigarettes. Ce qui ajoutait une atmosphère d'autant plus exaltante.

- Donc personne ne te plaît, ici ? La questionna Deva, devant elle

Nerea se pinça les lèvres, réprimant un sourire. Personne n'était aussi bien que JJ.

D'un coup, la chanson I Could Be The One d'Avicii et Nicky Romero se fit entendre. La jeune femme l'adorait. C'était une chanson parfaite pour l'été, pour les soirées qui s'éternisaient jusqu'au bout de la nuit.

- Aucun d'eux n'est à sa hauteur. Affirma Nerea

- Personne ? Insista Deva

Nerea venait de se stopper net, ignorant Deva.

Elles avaient atteint le salon, et Nerea se trouvait devant la baie vitrée qui donnait sur le balcon.

La bouche entrouverte, Nerea l'aperçut.

Rafe Cameron était là. Ce qui n'était pas vraiment étonnant, c'était une fête de Kooks, mais Nerea ne s'était pas attendue à le voir ce soir.

Sans vraiment le vouloir, Nerea fut subjuguée devant la scène qui s'offrait à elle, elle ne calculait même plus les autres garçons qui passaient à côté d'elle et qui la scrutaient avec persévérance.

Rafe était adossé contre la rambarde du balcon, il était vêtu d'un t-shirt à manches longues bleu gris, qui faisait ressortir son regard froid, ainsi que d'un cargo beige. Quand il porta le joint qu'il tenait entre ses doigts à sa bouche, les muscles de son bras se contractèrent, moulés par le t-shirt. Il inspira longuement, prenant son temps.

Avant de laisser tomber sa tête en arrière et de relâcher toute la fumée vers le ciel, dévoilant sa pomme d'Adam. Tout ceci accompagné d'un sourire en coin, son ami qui se tenait à côté de lui avait probablement sorti quelque chose de drôle.

Très vite, Rafe sentit le regard appuyé de Nerea. Il tourna la tête et ses yeux se plantèrent aussitôt dans ceux de la jeune femme.

Nerea perçut d'abord de l'étonnement dans les yeux bleus de Rafe, il n'aurait pas pensé qu'elle viendrait à cette soirée. Puis une certaine malice s'y implanta alors que son regard s'intensifiait. Un rictus provocateur prit place sur le bout de ses lèvres.

Pile au moment où la chanson faisait résonner la phrase I could be the one to make you feel that way.

C'est pas vrai.

Nerea détourna le regard, le fuyant comme la peste alors qu'elle sentait le rouge lui monter aux joues. Elle n'était tout de même pas en train de craquer à nouveau alors que JJ lui avait fait promettre de ne surtout pas l'approcher ?

Arrête ça tout de suite, Nerea. C'est juste l'alcool qui te donne ces idées.

Quand elle vit Deva qui l'attendait avec un air à la fois intrigué et amusé, Nerea fit comme si de rien n'était.

- Personne, hein ? T'es sûre de ça ? La taquina Deva en jetant un coup d'œil vers Rafe, qui continuait d'épier Nerea

- Rafe Cameron ? Sérieusement Deva ? Je refuse de côtoyer ce monstre.

Deva haussa les épaules, pensive.

- Il a changé, tu sais. C'est un petit con, un gros même, mais ce n'est plus le monstre d'autrefois.

- J'en doute grandement. Ricana Nerea, secouant la tête

Par chance, les deux amies trouvèrent un canapé inoccupé, il y en avait au moins dix dans cet immense salon. Elles s'y posèrent sans attendre.

- Je ne te jugerai pas si tu le baises, tu sais. Renchérit Deva, qui manqua de renverser son cocktail sur elle en s'affalant sur le canapé

- Mais les Pogues si. La contredit Nerea

- Ah ah ! Donc tu en as envie ! Tes amis t'en empêchent, c'est tout !

Deva pointait son doigt vers Nerea, comme pour lui montrer qu'elle avait réussi à la faire avouer un terrible secret, telle une enfant. La coupable leva les yeux au ciel, mordillant le bord de son gobelet.

- Eh bien, je l'ai trouvé attirant, la première fois que je l'ai vu, c'est vrai. Mais depuis ça, j'ai appris des choses terribles sur lui. Donc c'est mort.

Deva avait l'air d'une idiote, avec son grand sourire et ses yeux à moitié fermés à cause de l'alcool. Elle savait très bien que Nerea essayait de se persuader qu'elle détestait Rafe.

- Comme dit, je suis mal placée pour juger.

Les deux jeunes femmes étaient collées l'une contre l'autre, leurs épaules se touchant. Nerea dévisagea Deva, plissant ses yeux.

- Tu t'es déjà tapé Rafe ?

- Non, bien sûr que non. Il ne se tape pas tout le monde, tu sais. On voit bien qu'il adore baiser, en effet, mais c'est souvent avec les mêmes filles. Il a ses critères, et j'imagine que je n'en fais pas partie. Et puis, je te rassure, je n'ai jamais essayé d'aller vers lui.

- Oh mais pas besoin de me rassurer, je m'en fiche. Assura Nerea, qui regardait maintenant un groupe de garçons qui se chamaillaient au milieu de la piste de danse improvisée à quelques mètres d'elles

À présent, Deva regardait Nerea l'air de dire ''c'est ça''. Nerea en profita alors pour changer de sujet, avant que son amie ne la pousse à bout.

- Pourquoi tu es mal placée pour me juger, dans ce cas ?

Touché.

C'était au tour de Deva de ressentir un certain malaise, mais elle ne se laissa pas abattre pour autant.

- Disons que j'entretiens une relation... interdite, depuis quelque temps.

- Mais encore ? Insista Nerea, désormais très intéressée

- C'est interdit ce que je fais, Nev. Je peux pas t'en parler.

Outrée, la bouche de Nerea s'ouvrit en grand.

- T'es pas sérieuse, j'espère ?

Deva, ravie de reprendre le pouvoir, gloussa.

- Je t'en parlerai le jour où tu assumeras que tu as envie de baiser Rafe Cameron.

- Moins fort Deva, t'abuses !

- Moi je suis certaine qu'il serait ravi de le savoir. Tu as bien vu la façon dont il t'a regardé sur le balcon. Tu es devenue sa proie. Son obsession.

Malheureusement, Nerea le savait bien. Elle l'avait compris la première fois où il avait posé les yeux sur elle, sur la plage le jour de son arrivée.

- Mais t'as bien raison, fais-le languir. Ne cède pas jusqu'à le rendre fou. Il va être accro à toi. Et qui sait, tu seras peut-être la première à faire succomber le monstre Cameron.

- Tu dis vraiment n'importe quoi, arrête de boire Deva.

Deva n'eut pas le temps de répliquer. Trois filles venaient de prendre possession du canapé en face du leur et elles parlaient si fort que Nerea et Deva n'eurent d'autres choix que d'écouter.

- Devinez quoi. Hier soir j'étais chez Nich et Rafe était là, comme d'habitude. Mais il était dans la salle de bains et il baisait une fille sous la douche. Et c'était pas Kelly. Annonça l'une d'elles

- Mais non, c'est pas vrai ? Il s'est trouvé un nouveau plan cul ? Ça durait depuis un petit moment avec Kelly pourtant. S'exclama une autre, ahurie

- J'en sais rien, en tout cas elle prenait son pied. On l'entendait malgré les jets d'eau et la porte fermée. S'esclaffa la rousse qui avait rapporté la nouvelle

- Comme d'hab. Rafe s'est fait une réputation, depuis le temps. Fit remarquer la troisième

Ce fut instinctif pour Nerea. L'image de Rafe nu devant Kelly lui revint en tête, et quand elle s'imagina le jeune homme sous la douche, ses cuisses se serrèrent sous l'excitation.

C'était trop. Nerea se leva du canapé d'un bond vif, sous le regard interloqué de Deva.

- Je reviens, je vais me chercher un autre verre. La prévint-elle

Soit elle buvait un peu plus pour oublier ces pensées tordues, soit elle partait de la soirée. Et Deva ne serait pas très contente de la deuxième option.

Quand elle passa à nouveau devant la baie vitrée du balcon, Nerea veilla à ne surtout pas tourner la tête.

Une fois devant l'îlot central, elle se tint aux rebords et souffla longuement. Relâchant la pression.

Pourquoi la mettait-il dans un état pareil ? Ce n'était pas normal.

Nerea se trouva presque ridicule quand elle vit sa main trembler alors qu'elle se resservait un peu de cocktail. Cette boisson était délicieuse, sucrée comme il le fallait, et terriblement trompeuse.

Après avoir avalé presque la moitié du verre d'une traite, Nerea réussit enfin à penser à autre chose. Ses yeux arpentèrent une seconde fois la pièce, jusqu'à déceler deux garçons qui l'observaient depuis un coin de la cuisine. Leurs regards traînaient le long de son corps et quand ils s'arrêtèrent sur son visage, des sourires charmeurs illuminèrent leurs visages.

Et si... Non, n'abuse pas. Pas les deux en même temps pour ta première fois, tout de même.

Nerea se dit alors que si JJ refusait ses avances, elle aurait l'embarras du choix ici.

Et c'était terriblement jouissif. Pour la première fois dans sa vie, elle se sentait forte, avec le plein pouvoir. Elle reprenait le contrôle de sa féminité, elle en jouait. Elle les attirait tous, tel un aimant. Et elle pouvait faire ce qu'elle voulait d'eux, ils n'étaient que des marionnettes.

Enfin, Nerea prenait sa revanche. Ce qui prouvait encore une fois que Shiloh n'avait pas réussi à la détruire. Bien au contraire, il avait fait d'elle une femme indestructible, fatale.

C'était si bon de se sentir désirée ainsi, elle n'avait jamais eu cette sensation, pas même lorsqu'elle avait été en couple.

C'était donc ça, la liberté ? Nerea pensait ne plus jamais connaître ça. C'était incroyable.

- Salut, Nerea.

L'interpellée se retourna en un sursaut après avoir entendu une voix masculine l'appeler. Elle déchanta très vite quand elle reconnut la personne.

Jason.

- Pitié... Murmura-t-elle, le lorgnant d'un air déjà agacé

Nerea dut se faire violence pour ne pas faire attention au relent de vomi qui lui chatouillait la gorge. Jason ne la dégoûtait pas uniquement à cause du comportement immonde qu'il avait eu avec elle quand ils étaient enfants, mais aussi de par son physique. Avec ses yeux de bovin et ses poils de nez qui sortaient de ses narines.

- Ça va, tu retrouves tes habitudes de Kook ?

Quelle question débile. Nerea ne s'était jamais sentie comme une Kook, pour commencer.

- Ouais, on va dire ça. Le remballa-t-elle d'un ton sec, ne désirant absolument pas entamer une discussion avec lui

Elle voulut fuir, mais la cuisine s'était remplie d'un coup et les groupes de personnes qui l'entouraient ne semblaient pas vouloir se séparer pour lui ouvrir une porte de sortie. Jason était lui aussi déterminé à ne pas bouger.

- J'adore cette chanson, Timeless de The Weeknd, ce mec est vraiment trop fort. Tu trouves pas ?

Nerea hocha la tête sans vraiment s'en rendre compte, et lorsqu'elle voulut lui dire qu'elle comptait rejoindre son amie, elle en fut incapable.

Du coin de l'œil, elle entrevit Rafe qui fit son entrée dans la cuisine, et elle se figea instantanément. Son corps se raidit mais son cœur tambourinait aussi vite que la musique qui résonnait dans ses tympans.

Il cherchait à atteindre l'évier parmi la foule, et pour ce faire il décida de passer derrière Nerea.

Bien évidemment.

Rafe était si grand et imposant que tout le monde le laissa passer, se décalant.

Il n'était plus qu'à quelques centimètres d'elle, elle pouvait sentir son parfum boisé et frais. Ce fut incontrôlable, Nerea inspira lentement, s'en délectant.

Et là, pour passer devant elle, Rafe posa sa grande et fine main sur le dos de Nerea, faisant glisser ses doigts sur son t-shirt. Elle en frissonna. C'était tout comme s'il avait touché sa peau, ce qui, bien malgré elle, créa une frustration en Nerea. Inconsciemment, elle aurait aimé que sa main caresse le bas de son dos nu.

Pour l'enfoncer d'autant plus dans l'interdit, Rafe fit tomber son bras et sa main effleura les doigts de Nerea, l'air de rien. Les bagues qu'il portait procurèrent la sensation d'une décharge électrique dans la colonne vertébrale de la jeune femme.

Rafe n'avait jamais été si proche d'elle, et Nerea fut dans l'incapacité de réagir.

Il atteignit enfin l'évier, n'accordant même pas un seul regard à Nerea. Il avait probablement trop bu et ressentait le besoin de s'hydrater un peu.

Mais à quoi tu joues Nerea. Elle ne se comprenait plus.

Il fallait que Rafe parte loin d'elle, et vite. Ainsi Nerea rejoindrait Deva et elle lui demanderait d'aller un peu l'extérieur, afin de retrouver ses esprits.

Bien sûr, rien ne se passait jamais comme prévu. Contre toute attente, Rafe revint près d'elle. Mais il ne la regardait toujours pas.

C'était Jason, sa première cible.

- Qu'est-ce que tu fais ici, toi ? L'assena Rafe, ses yeux devenus sombres alors qu'il prenait Jason de haut

Jason bomba un peu le torse, ne désirant pas montrer qu'il craignait l'homme qui lui faisait face. Rafe était imprévisible, on ne savait jamais quelle serait sa prochaine réaction.

- Je discute avec Nerea, et j'aimerais bien continuer en paix.

Cette réponse arracha un sourire en coin à Rafe. Un sourire mauvais, vil.

- Dégage de là, tête de con.

Ce fut tout ce que Rafe eut besoin de dire pour faire déguerpir Jason. Mais ce dernier ne manqua pas de l'attaquer, histoire de ne pas s'écraser complètement.

- Pourquoi tu ne retournes pas chouiner dans le pantalon de ton père au lieu de faire chier ton monde, Cameron ?

Rafe se retourna vers lui, à présent ses yeux et son sourire s'étaient élargis, ne démontrant qu'une folie pure. Il s'approcha un peu de Jason alors que celui-ci se mettait à fuir, lâche.

- Quoi, j'ai pas entendu ? Viens ! Viens donc me le dire en face.

Rafe avait dit cela tout en s'infligeant de petites claques sur la joue, la démence le rongeant.

Sans surprise, Jason ne revint pas vers lui pour assumer ses propos, il s'échappa d'autant plus vite. Ce qui fit rire sournoisement Rafe.

Il se détourna à nouveau vers l'îlot et posa une main dessus, alors que l'autre amenait son gobelet à sa bouche. Tandis qu'il buvait, se calmant un peu, Nerea n'avait pas bougé d'un cil.

Elle le sondait du regard, avec haine désormais. Parce que tout ce que JJ lui avait dit lui revenait en tête.

Enfin, Rafe cessa de feindre l'ignorance. Il avait tout calculé. Il savait qu'en ignorant Nerea elle finirait par porter son attention sur lui.

Il plongea son regard dans le sien, et même si Nerea continuait de le dévisager avec froideur, elle fut hypnotisée par la couleur de ses yeux d'un bleu perçant. Les mèches de ses cheveux châtain foncé qui tombaient sur son front ne faisaient que renforcer cette couleur unique.

Il n'était pas aussi proche d'elle qu'avant, mais c'était tout comme. Une atmosphère étouffante entourait Nerea, cela en devenait insoutenable.

- Un problème ? Lui demanda Rafe, simplement, d'une voix grave et suave

Cela perturba un instant Nerea, avant qu'elle ne réponde du tac au tac :

- Non, et toi ?

- Pas du tout, bien au contraire. Lâcha-t-il, un infime sourire arquant ses lèvres

Nerea haussa ses sourcils, interloquée.

- Et pourquoi cela ?

Putain Nerea, mais qu'est-ce qu'il te prend ? Pourquoi donc lui posait-elle des questions ?

Elle devait s'en aller d'ici, rapidement.

- Parce que je t'ai enfin rien que pour moi. J'ai bien cru que tu ne m'adresserais jamais la parole. Répondit Rafe, sans sourciller

Heureusement que Nerea tenait fermement son gobelet, il serait tombé de sa main autrement.

Il n'a vraiment peur de rien.

Nerea s'efforça à rire, sidérée.

- Et je pense que je vais continuer à ne pas le faire.

Rafe inclina légèrement sa tête sur le côté, son sourire en coin toujours présent, ne brisant pas le contact visuel avec Nerea. La défiant.

- Pourquoi ?

Nerea déglutit. Elle observait la façon dont les épaules larges de Rafe s'élevaient lentement de haut en bas, au même rythme que sa respiration lourde. L'énergie qui émanait de lui était terriblement envoûtante, au plus grand désarroi de Nerea.

Et il puait le sexe, c'était scandaleux. Ce n'était pas étonnant qu'autant de filles voulaient lui sauter dessus.

Il faut vraiment que tu stoppes l'alcool pour ce soir, Nerea.

- JJ m'en a assez dit sur toi, tu es une personne détestable. Lui cracha-t-elle, réussissant enfin à chasser ses pensées parasites

Si elle pensait que cela allait le calmer, le faire partir, c'était raté. Rafe fit même un pas vers elle. Il n'était pas du tout menaçant, loin de là. Nerea avait même l'impression qu'il était en train de... l'admirer ?

- Les Pogues, hein ? Pourquoi tu traînes avec ces imbéciles finis ?

Sa voix était traînante, si délectable. Comment ce démon faisait-il pour être si attirant, malgré tout ?

Les doigts de Nerea étaient en train de malmener son gobelet, ils finiraient par le trouer. Il était vide, par chance.

Avec peine, elle gardait un visage le plus impassible possible.

- Nous sommes des amis d'enfance. Je les connais depuis bien plus longtemps que toi. Se défendit-elle

- C'est donc pour ça que tout le monde murmure ton prénom quand tu entres dans une pièce. Ils parlaient tous d'une fille qui était de retour à Figure Eight après plus de dix ans, je ne comprenais pas. Je t'ai jamais vue ici, avant.

- Oui, et tu ne me reverras plus. Au revoir.

C'était assez. Nerea avait promis à JJ qu'elle ne l'approcherait pas, et elle avait déjà rompu cette promesse.

Elle voulut partir, abandonner Rafe derrière elle, mais elle se stoppa quand il se remit à parler.

- Je parie qu'ils t'ont dit que j'étais un vilain meurtrier, n'est-ce pas ?

Tiens.

Il avait l'audace d'aborder cela avec une inconnue ? Il n'était vraiment pas croyable.

Nerea retrouva ses yeux bleus, légèrement rougis par la drogue, dans lesquels des dizaines d'émotions défilaient. Elle ne parvenait pas à les déchiffrer.

- Tu n'as pas l'air d'avoir honte de ce que tu as fait. Railla-t-elle, l'épiant profondément

Là, Nerea parvint à le faire faiblir. La mâchoire de Rafe se contracta.

- Je me suis excusé des centaines de fois.

Nerea sentit une rage indescriptible monter en elle. Le fait qu'il s'en soit pris à ses amis la rendait folle.

Sous l'énervement, elle s'approcha de lui, gardant tout de même une distance de quelques centimètres, et elle releva la tête vers lui jusqu'à se faire mal à la nuque tant il était grand comparé à elle.

- Mais tu n'es toujours pas en prison. Siffla-t-elle d'un ton mauvais

Rafe s'esclaffa nerveusement, mais il était si captivé par Nerea qu'il refusait de reculer, malgré le regard menaçant de la jeune femme.

Il était chanceux que la musique soit suffisamment forte, sinon Nerea lui aurait foutu la honte devant tout le monde.

- Je voulais simplement protéger ma famille. Je me suis excusé auprès de Sarah pour ce que je lui ai fait, et auprès de l'autre idiot de John B, je lui ai dit que je regrettais de lui avoir fait porter le chapeau. C'est compliqué mais j'essaye de faire des efforts.

Nerea se pinça les lèvres, sceptique. Elle ne comprenait pas pourquoi il lui disait tout cela.

- Pourquoi tu te justifies ainsi ?

De but en blanc, Rafe lui répondit sans même hésiter :

- Parce que je te veux.

Et il lui avait dit cela avec une assurance aberrante, une confiance en lui insolente. Nerea en fut bouche bée.

Misère. JJ deviendrait fou s'il entendait cela.

- Tu ne me connais même pas. Ricana la jeune femme

Nerea se moquait ouvertement de lui, mais Rafe ne perdait pas patience. Il continuait de la contempler, sans relâche.

- Ne vois-tu pas que je cherche à apprendre à te connaître ? C'est toi qui me rejettes. Contesta-t-il

La tension qui s'était installée entre eux devenait trop lourde, Nerea dut reporter son attention ailleurs. Elle attrapa la louche étalée sur l'îlot et elle se servit un nouveau verre. Probablement le dernier, vu son état.

- Tu voudrais apprendre à me connaître ? Dans ton lit, c'est ça ? Lui lança-t-elle, telle une pique

Elle ne le regardait pas, mais elle entendit Rafe rire doucement.

- Ou à l'autre bout du monde, si tu préfères. Je suis prêt à te suivre, si tu me laisses apprendre à te connaître.

Tic-tac, tic-tac. Pars vite, avant de tomber dans les bras du grand méchant loup.

Nerea tourna à nouveau la tête vers lui, éberluée. Jamais un homme n'avait agi ainsi envers elle, jamais on ne lui avait ouvertement dit qu'on la désirait. Elle ignorait comment se comporter face à ça.

Le plus gros problème étant que c'était Rafe Cameron, qui lui faisait ces avances.

- Parce que je suis amie avec les Pogues, et parce que tu les détestes, c'est ça ? Je ne suis qu'un défi pour toi. Je finirai comme toutes ces filles que tu baises, jetée comme un vieux torchon.

Rafe secoua la tête, toujours avec cet indomptable sourire provocateur sur son visage.

Sans crier gare, Rafe se baissa, jusqu'à approcher sa tête de celle de Nerea, sa bouche à quelques centimètres de son oreille gauche. Ainsi, il lui murmura, de sa voix toujours aussi rauque :

- Je n'en ai rien à foutre des Pogues. Tout comme je n'en aurai plus rien à foutre des autres filles le jour où tu voudras enfin de moi. Tu hantes mes pensées depuis cet instant sur la plage, où j'ai croisé ton regard pétillant pour la première fois, où j'ai vu ton visage si rayonnant se tourner vers moi, où j'ai scruté ton corps majestueux. Tu me ronges de l'intérieur depuis la fois où je t'ai coupé le souffle alors que j'étais assis dans le fauteuil, chez moi. Il n'y a que toi que je désire embrasser, il n'y a qu'en toi que je rêve d'enfoncer ma queue au plus profond. Les autres filles ne sont qu'un passe-temps, en t'attendant.

Une nouvelle fois, Rafe était parvenu à lui couper le souffle. Nerea était estomaquée, les poils de sa nuque s'étaient hérissés. Elle était en train d'halluciner, c'était la seule explication.

JJ allait définitivement la tuer, si elle restait une seule seconde plus.

Se remettant droit, Rafe ajouta une dernière chose, son regard toujours immiscé dans celui de Nerea :

- Et si tu crois que me rejeter finira par me refroidir, tu te trompes. Je ne te lâcherai pas, jusqu'à ce que tu sois celle qui revienne vers moi en rampant. Me suppliant d'assouvir les besoins en toi, parce que je le vois dans tes yeux. Tu n'attends que ça des hommes. Je t'ai observée ce soir, et j'ai vu la façon dont tu regardais tous les mecs qui t'entouraient. Tu ne veux rien de plus que les utiliser pour combler tes envies. Et ça ne me dérange absolument pas, Nerea. Termina-t-il, la tête haute, avec un énième et infime sourire en coin arrogant

Non, ce n'était pas possible. Il ne pouvait pas lire en elle à ce point. Comment savait-il cela ? C'était presque effrayant. Effrayant et... excitant. Mais ça, Nerea refusait de l'admettre.

- Garde tes fantasmes pour toi, Cameron. Tout ce que tu auras droit de ma part, ce sont ces fantaisies dans ta tête sur lesquelles tu te branleras, rien de plus.

- Nev ! Cria une voix, au loin

Deva. Sauvée par le gong.

Sans un dernier regard, sans se retourner une seule fois, Nerea saisit cette occasion pour prendre la fuite loin de cette personne qui faisait naître tant d'émotions confuses en elle.

Elle était chamboulée. De toute sa vie, elle n'avait jamais ressenti autant d'angoisse, d'adrénaline et d'excitation que durant ces quelques minutes avec Rafe Cameron.

Pourquoi lui ? Pourquoi fallait-il que ce soit ce monstre qui la fasse succomber ainsi ?

Bien sûr, elle ne flancherait pas. Nerea allait faire tout ce qui était en son pouvoir pour rester loin de lui, pour faire comme s'il n'existait pas, même quand elle irait chez lui pour donner des cours à sa petite sœur.

Il ne l'aurait pas. Jamais.

Nerea était si perturbée qu'elle ne regarda pas devant elle, et elle se cogna contre un autre garçon. Quand elle leva la tête, elle découvrit l'ami de Rafe, celui qui était avec lui sur le balcon.

Il avait lui aussi des mèches de cheveux bruns qui s'éparpillaient sur son front, mais ses yeux étaient différents. Ils étaient si foncés qu'on ne voyait pas les pupilles. Il était un peu moins grand que Rafe, mais avec une prestance similaire. Et ce regard... il y avait cette même perversité qui s'y logeait quand il planta ses yeux dans ceux de Nerea.

Au secours. Elle n'en pouvait plus de ces garçons qui éveillaient tous ses sens en elle. Comment cela se faisait-il qu'un tel feu incendiait son intérieur ? Comment pouvait-elle être en manque de quelque chose qu'elle n'avait jamais connu ?

Paniquée, Nerea contourna le jeune homme et elle se précipita vers son amie. Elle n'écoutait même pas ce que Deva était en train de lui dire, la majorité de son discours n'avait aucun sens car elle était complètement bourrée.

Nerea n'eut qu'une envie, voir JJ. Elle avait besoin d'être avec lui, de le sentir, le toucher, l'entendre rire de cette mélodie qu'elle aimait tant.

Et s'évader loin de Rafe Cameron.

Précipitamment, elle chercha son téléphone dans sa poche et se mit à tapoter un message.

« Je me sens paa bie.. » Bon. Elle était peut-être un peu trop ivre et voyait légèrement trop flou pour écrire. Tant pis, elle envoya le message comme tel, espérant ne pas faire paniquer JJ.

Il mit moins d'une minute à répondre. En fait, il l'appela directement plutôt que de perdre son temps à écrire, mais Nerea ne réalisa pas tout de suite. Elle répondit au deuxième appel.

« - Nev ? Putain mais qu'est-ce que tu racontes dans ton message, t'es bourrée ?

- Un peu ? J'imagine.

- Parle plus fort, j'entends rien avec la musique derrière toi !

- Un peu ! Beaucoup !

- T'es où ? Nev, dis-moi où tu es !

- Chez Scarlett Davis !

- J'arrive, bouge pas ! »

Nerea ne put rien dire de plus, il avait déjà raccroché.

La jeune femme rangea son téléphone et elle attrapa la main de Deva qui déblatérait toujours des paroles incompréhensibles.

- Viens, on va chez JJ.

- Quoi ? Mais ils v... vont me jeter à la poubelle !

Nerea explosa de rire devant l'absurdité de ses propos. Elle la tira derrière elle vers la porte d'entrée, la faisant taire.

Toutefois, juste avant que Nerea ne saisisse la poignée, elle sentit des regards insistants et profonds dans son dos. Cédant à la tentation, elle tourna la tête par-dessus ses épaules, et elle aperçut celui qu'elle redoutait tant, au loin.

Rafe était adossé contre un mur du salon, son ami à côté de lui. L'inconnu avait les bras croisés sur son torse, il transperçait Nerea de son regard si sombre que ça en été presque magnétique.

Rafe, quant à lui, avait les bras ballants de chaque côté de son corps, avec un verre qu'il tenait du bout des doigts. La bouche entrouverte, il dévorait Nerea du regard. Il semblait presque déçu qu'elle parte.

Comme il le lui avait bien fait comprendre lors de leur discussion, Rafe n'avait d'yeux que pour elle. Il ne faisait même pas attention à la fille brune qui lui parlait sans arrêt, postée sur sa droite.

Qu'elle le veuille ou non, Nerea n'était définitivement pas au bout de ses surprises.


Tadam ! Voici voilà pour le chapitre 3 !

Qu'est-ce que vous avez pensé de ce chapitre ? Ça va être compliqué pour Nerea, entre JJ et Rafe.

J'attends vos avis avec hâte. N'oubliez pas de me laisser un petit kudos, un commentaire, ça m'encourage à publier la suite 3