Jusqu'à son dernier souffle
POV Buck:
«Pourquoi tu t'accroches à eux ?»
La voix résonne dans sa tête, écho lointain d'un souvenir qu'il a tenté d'oublier. Douce, basse, teintée de reproche et d'incompréhension. Il connaît cette voix. Elle est ancrée en lui, profondément nichée sous sa peau. Elle est son seul réconfort et il s'accroche à elle pour oublier la douleur qui pulse à travers tout son corps.
«Pourquoi tu t'es battu si fort pour des gens qui ne t'aiment pas comme tu le mérites ?»
C'est une bonne question.
Une question qu'il s'est posée mille fois sans jamais oser y répondre. Il ne sait pas. Il ne sait plus. Il ne sait que la douleur, qui l'écrase, l'enveloppe, le maintient prisonnier dans un brouillard poisseux. Il sait le goût du sang dans sa bouche, l'odeur de la fumée et du métal tordu, le poids de son propre corps qui refuse de lui obéir. Il sait que quelque chose s'est brisé, en lui, autour de lui.
Peut-être les deux.
Il voudrait se souvenir de ce qui s'est passé. De comment il en est arrivé là. Mais tout est flou, distordu, réduit à des éclats de sensations et de cris perdus dans la tempête de son esprit. Il sait juste qu'il a mal, partout, et qu'il est fatigué, qu'il voudrait juste dormir.
Dormir et oublier.
Mais alors, une autre voix brise le silence dans son crâne.
« Buck, tiens bon, s'il te plaît, ne nous fais pas ça… »
Celle-là, il la reconnaîtrait entre mille, différente, plus grave, plus désespérée aussi.
Bobby.
Il voudrait rire ou pleurer, il ne sait plus faire la différence. Il lui demande de ne pas lâcher prise.
Pourquoi ?
Pour qui ?
Ils ne sont plus sa famille et il sait maintenant qu'ils ne l'ont jamais été. Il l'a cru, pendant un moment, il a voulu y croire, mais ce n'était qu'une illusion, un mensonge qu'il s'était raconté à lui-même.
La vérité, c'est qu'il n'a jamais été un fils pour Bobby, qu'il n'a jamais eu sa place au sein de la 118. Il l'a compris quand il est parti, quand il a tourné le dos à cette vie et qu'aucun d'eux n'a essayé de le retenir. Pas vraiment, pas comme il l'aurait voulu, pas comme il pensait le mériter.
Il a arrêté d'espérer.
Mais il n'a plus besoin d'eux, maintenant, il a sa propre famille, ses amis dans et en dehors du travail. Lucy, sa partenaire à la 147, est devenue plus qu'une collègue, plus qu'une amie: elle est sa confidente, son soutien. Son capitaine lui fait confiance et en a fait son second. Aujourd'hui, il a un avenir, un mariage de programmé avec son âme sœur, il en est certain et il va devenir père.
C'est tout ce qui compte.
– Pourquoi tu t'accroches à eux ?
Cette question, Eddie la lui a posée un soir, alors qu'ils étaient assis dans le salon de Buck, deux bières sur la table basse et un silence pesant entre eux.
Buck y avait réfléchi un instant. Il avait rencontré Eddie après son accident, lorsqu'il était devenu son physiothérapeute pour la rééducation de sa jambe. D'abord professionnel, leur lien s'était transformé en amitié une fois la rééducation terminée. Eddie l'écoutait se lamenter sans jamais le juger, il était resté à ses côtés durant le procès, l'aidant à garder le cap quand tout semblait s'effondrer autour de lui. Contrairement à son avocat, il ne l'avait pas critiqué lorsqu'il avait refusé le règlement.
Mais Eddie était différent. Il était son ami, son seul ami. Enfin, avec Christopher, son fils, qui était adorable.
Buck l'adorait.
– Ils sont ma famille du feu et ça compte, pour moi du moins.
– Pourquoi tu t'es battu si fort pour des gens qui ne t'aiment pas comme tu le mérites ?
– Est-ce que je mérite vraiment mieux ? demanda-t-il à voix basse.
Eddie le fixa avec intensité avant de répondre, sans la moindre hésitation. Il y avait tellement de conviction dans sa voix, tellement de tendresse.
– Évidemment. Tu es quelqu'un d'adorable et tu mérites le monde.
C'était plus fort que lui.
Buck l'embrassa chastement sur les lèvres, sans vraiment y réfléchir. Contre toute attente, Eddie passa une main sur sa nuque pour le maintenir contre ses lèvres, approfondissant doucement le baiser.
Buck se sentit fondre d'amour pour lui.
– Tu en as mis du temps à te décider, Carino, le taquina Eddie avec un sourire.
Buck esquissa une moue gênée.
– C'est que… je ne suis plus vraiment doué pour ça. Tu sais ? La séduction.
Eddie eut un léger rire.
– Oh si, tu es doué. Tu m'as eu avec ton premier salut, le tout premier jour.
Buck releva la tête, surpris. Eddie haussa les épaules avec un petit sourire et Buck le sentit raffermir sa prise autour de lui, le tenant contre son corps.
– Je me suis promis de ne jamais te laisser sortir de ma vie.
Un sourire étira les lèvres de Buck.
– Alors, je vais rester un sacré moment, souffla-t-il avant de l'embrasser de nouveau.
Et pourtant, dans le vide qui l'aspire lentement, ce n'est pas la voix d'Eddie qu'il entend en dernier. C'est celle de Bobby, brisée et suppliante.
« Reste avec nous, fils. »
POV Eddie
Son souffle est court, sa gorge nouée.
Il conduit trop vite, ses doigts crispés sur le volant, son cœur battant un rythme effréné dans sa poitrine. Les mots du capitaine de Buck, Lewis, tournent en boucle dans son esprit, lui martelant le crâne comme une sentence qu'il refuse d'accepter.
«Il y a eu un accident, Eddie, et c'est mauvais.»
C'est tout ce qu'il a dit.
Rien de plus, rien qui puisse lui permettre de mesurer l'ampleur du drame, mais assez pour semer la terreur en lui. Il ne sait pas ce qu'il va trouver en arrivant à l'hôpital. Il ne veut pas imaginer la fin de son monde.
Il refuse de perdre Buck.
Le souffle court, Eddie se gare à la hâte et se précipite à l'intérieur de l'hôpital. À peine a-t-il atteint l'accueil qu'il lâche, la voix brisée :
– Eddie Diaz pour Evan Buckley. Il est pompier, il a été amené ici avec des blessures, il était en service…
L'infirmière relève les yeux vers lui, visiblement habituée aux proches affolés des patients. Elle consulte rapidement son écran et lui lance un regard compatissant qui lui file la nausée.
– Un médecin viendra vous voir bientôt, lui assure-t-elle. Vous êtes sur son dossier en tant que mandataire médical, il faudra rester à disposition.
Mandataire médical.
Ce titre, il l'a pris très au sérieux, parce qu'il savait que Buck en aurait besoin, parce qu'il savait qu'il voulait être celui qui prendrait soin de lui, quoi qu'il arrive. Mais à cet instant précis, il donnerait tout pour ne jamais avoir à endosser ce rôle.
Un mouvement attire son attention.
Lewis se dirige vers lui et Eddie a envie de pleurer tant il semble inquiet pour celui qu'il considère comme son second. Il a tout de suite pris Buck sous son aile et sans le surprotéger. Buck s'était épanoui avec la 147, prenant des décisions quand il le fallait ; il avait même remplacé Lewis à Noël et il avait adoré ça.
Lewis est grand, imposant, le regard grave. D'ordinaire, l'homme dégage une assurance inébranlable, mais cette fois… Cette fois, il semble complètement anéanti et Eddie déglutit avec peine.
– Eddie, commence-t-il d'une voix rauque.
Eddie serre les dents.
Il ne veut pas entendre ce qu'il s'apprête à lui dire. Il ne veut pas savoir, il ne veut pas qu'on lui annonce encore une fois qu'il a perdu la personne qu'il aimait.
Ce cauchemar ne peut pas recommencer.
– Qu'est-ce qui s'est passé ? lâche-t-il malgré tout.
Lewis passe une main fatiguée sur son visage avant de croiser son regard.
– C'était une intervention sur un immeuble en feu. Quatre alarmes. Évacuation compliquée. Il y avait des civils coincés à l'intérieur, le bâtiment menaçait de s'effondrer…
Eddie sent son estomac se tordre.
– Buck a repéré une femme et son fils au dernier étage. Ils étaient pris au piège par les flammes. On a sécurisé un passage, il est monté avec une équipe pour les sortir de là. Tout se passait bien jusqu'à ce que l'escalier s'effondre sous ses pieds.
La gorge d'Eddie se serre brutalement.
– Il… Il est tombé ?
Lewis hoche la tête, la mâchoire crispée.
– Il a réussi à protéger l'enfant. Il s'est retourné au dernier moment, a pris l'impact à sa place. Mais il a chuté de plusieurs mètres avant de s'écraser au sol.
Eddie a l'impression que le sol se dérobe sous lui.
– Il était conscient quand on l'a sorti, reprend Lewis d'une voix plus faible. Mais à peine. Il a perdu beaucoup de sang. Traumatisme crânien, côtes cassées, probablement une hémorragie interne…
Eddie ferme les yeux un instant, luttant pour garder son calme.
Il imagine la scène. Buck, le souffle court, piégé sous les décombres, blessé, mais encore en train de se battre. Parce que Buck ne fait jamais les choses à moitié. Parce qu'il donnerait sa vie pour sauver quelqu'un sans hésiter une seconde.
Le pronostic est terrifiant.
Il sait à quel point c'est mauvais. Il a été médecin militaire sur le front et il sait que ce genre de blessures est grave. Cette fois, il risque de perdre Buck et il prie silencieusement qu'il n'ait pas encore usé toutes ses vies. Il ne peut pas le perdre, pas maintenant, pas de cette façon. Christopher ne peut pas encore perdre un parent. Ils doivent se marier, bon sang.
Lewis pose une main sur son épaule, un geste de réconfort maladroit.
– Nous sommes une famille, Eddie. Quoi qu'il arrive, nous sommes là pour toi.
Eddie ouvre les yeux, les poings serrés.
– Promettez-moi que tout ira bien, le supplia-t-il.
Lewis hocha lentement la tête.
– Je souhaiterais plus que tout le pouvoir.
Et Eddie ne sait pas comment il peut encore retenir ses larmes de peur et de détresse. C'est un cauchemar, un horrible cauchemar. Buck est entre la vie et la mort et il refuse de l'accepter.
Il suit Lewis et accepte le câlin de Lucy, la partenaire de Buck.
La salle d'attente est bondée et entièrement occupée par des pompiers. Il semble qu'il y ait eu plusieurs unités sur place pour cette intervention. Puis, parmi la foule, il les reconnaît.
L'ancienne équipe de Buck.
Bobby.
Hen.
Chimney.
Ils sont tous là. Eddie n'a jamais croisé leur route, mais il connaît leurs visages par cœur. Parce que Buck n'a jamais pu se résoudre à jeter les photos de son ancienne famille, celles qui ornent encore parfois les coins de leur appartement. Celles qu'il garde même si elles lui font mal.
Ils ne devraient pas être là.
Ils n'ont pas le droit d'être là, pas après ce qu'ils lui ont fait subir. Eddie sent sa mâchoire se contracter, mais il n'a pas l'énergie de se soucier d'eux. Toute son attention est tournée vers Buck.
Il n'a pas la force de se battre pour autre chose.
– Eddie !
La voix de Maddie le fait sursauter. Il se retourne pour la voir arriver en courant, essoufflée et paniquée. C'est la sœur de Buck, la seule avec laquelle il a souhaité garder le contact après son transfert à la 147. Il a bien essayé de garder aussi le contact avec le sergent Grant, mais c'était devenu compliqué quand il s'est aperçu que ses gardes étaient coordonnées avec celles de son ancien capitaine et il a espacé leurs rencontres.
– Comment va-t-il ? demande-t-elle, la voix tremblante.
Les regards médusés de la 118 sont braqués sur eux, mais Eddie n'en a rien à faire. Il secoue la tête, incapable de répondre.
Il n'en sait rien et il ne sait pas comment répondre à cette question.
Il ferme les yeux un instant, essayant de contenir la panique qui menace de l'engloutir. Il se force à respirer. Il pense à Buck, à son sourire lumineux qui l'a tant de fois sauvé, à la façon dont il a illuminé sa vie de mille façons.
Et puis, sans prévenir, son esprit le ramène à la première fois qu'il l'a vu.
Un an plus tôt, Eddie avait vu beaucoup de patients défiler dans son cabinet. Des gens blessés, brisés, certains prêts à tout pour guérir, d'autres qui abandonnaient dès qu'ils rencontraient la moindre difficulté. Mais Buck… Buck était différent.
Il l'avait su dès la première séance.
L'homme était arrivé en béquilles, une détermination farouche brûlant dans ses yeux clairs. Il n'était pas là pour se plaindre ni pour prendre son temps. Non, il n'avait qu'un seul objectif : récupérer sa jambe au plus vite pour retourner au travail.
– Vous allez trop vite, Evan.
– Je ne vais pas assez vite, avait répliqué Buck en serrant les dents, la douleur perlant sur son front. Et je roule pour Buck!
Eddie avait soupiré, amusé malgré lui.
Il savait reconnaître un homme têtu quand il en voyait un. Mais ce qui l'avait surtout frappé, c'était à quel point Buck semblait aveugle à ses propres qualités.
Pourquoi était-il si acharné à retourner auprès de gens qui ne semblaient pas le mériter ?
Pourquoi cette obsession de prouver sa valeur à une équipe qui l'avait laissé tomber ?
Parce que Buck était incroyable et il ne voyait même pas à quel point. Eddie s'était interdit de trop penser à lui. Son psy lui avait déjà fait la leçon : «La relation patient-médecin est parfois ambiguë. Ne franchissez pas la ligne, Eddie."
Mais Buck n'était pas un simple patient.
Buck était une putain de tornade dans sa vie et Eddie s'était fait happer avant même d'avoir eu le temps de réagir.
Il s'en était rendu compte le jour où il avait amené Christopher avec lui au cabinet. Son fils était malade et il n'avait pas trouvé de solution de garde. Buck s'était illuminé en voyant le gamin et avait passé toute la séance à discuter avec lui, le distrayant pendant qu'Eddie faisait son travail.
– Il est génial, avait soufflé Buck à la fin de la séance.
– Il t'adore déjà, avait admis Eddie, un sourire tendre aux lèvres.
– Je connais une super aide à domicile si jamais tu as besoin, tu veux son numéro ?
Et Eddie avait su, à cet instant précis, qu'il était foutu.
Quand la rééducation de Buck s'était terminée, il aurait dû tourner la page. Mais il ne l'avait pas fait parce que Buck avait eu besoin de lui, parce qu'il avait vu à quel point il souffrait du rejet de ses anciens collègues.
Parce qu'il ne voulait pas le perdre.
Buck se plaignait souvent, râlait contre son avocat qui le poussait à accepter un règlement qui lui donnait la nausée. Mais Eddie était resté, il l'avait écouté, soutenu et aimé, en silence.
Jusqu'au jour où Buck avait ses lèvres sur les siennes, et la plus belle histoire d'amour de sa vie avait débuté.
Eddie rouvre les yeux, ramené brutalement à la réalité. Buck est quelque part derrière ces portes en train de se battre pour sa vie.
Il ne peut pas le perdre et une pensée lui traverse l'esprit, brisant son cœur en mille morceaux.
Comment va-t-il annoncer ça à Christopher ?
POV Buck
Buck marche.
Il ne sait pas depuis combien de temps. L'espace autour de lui est flou, incertain. L'air est épais, chargé d'une odeur de fumée et de cendres. Los Angeles ? Peut-être. Mais ce n'est pas la ville qu'il connaît.
Tout est trop calme.
Il n'y a personne, pas âme qui vive, pas un bruit. Où sont passés les gens, les voitures, les sirènes omniprésentes en ville?
Même le gazouillis des oiseaux est absent et c'est dérangeant.
Buck ferme les yeux et il inspire profondément. Où sont passés Eddie, Christopher, sa vie? Une vague de douleur le traverse soudainement mais se volatilise rapidement, le ramenant brusquement sept mois en arrière.
L'instant où il a tourné le dos à la caserne 118 aurait dû être libérateur.
C'était son choix, après tout, et il ne pouvait plus supporter leurs regards chargés de doutes, leur confiance érodée par des mois de tension et d'incompréhension. Les épaules froides et les regards assassins, et le pire de tout: le manque de confiance qui commençait à le faire douter de ses propres compétences.
Mais alors qu'il pousse la porte de son appartement, l'air lui manque.
Il laisse tomber son sac au sol, se traîne jusqu'au canapé et s'effondre dessus, la tête dans les mains. Il ne sait pas combien de temps il reste là, à fixer le vide, jusqu'à ce qu'une main chaude se pose sur son épaule.
– Buck ?
Eddie.
Buck se tourne vers lui et, en un instant, l'armure qu'il tente de maintenir en place se brise. Il se jette contre lui, enfouissant son visage dans son cou, son corps secoué de sanglots incontrôlables.
– Oh Carino, dis-moi ce qui se passe!
– J'ai tout perdu…, murmure-t-il, la voix brisée. J'ai perdu ma famille, celle que je me suis construite.
Eddie l'enlace fermement, le berçant doucement.
– Non, Buck. Tu n'as rien perdu. Ta famille, celle qui t'aime vraiment, sera toujours là pour toi.
Buck secoue la tête contre son torse.
– Ils l'étaient, mais ils ne me faisaient plus confiance… Bobby, Hen, Chimney… même Maddie a pris ses distances. Et je comprends, elle a Chimney maintenant et je veux qu'elle soit heureuse.
– Elle n'a pas pris ses distances, lui rappelle Eddie. TU as pris tes distances pour la protéger, et je continue de dire qu'elle sera vraiment furieuse quand elle découvrira tout ça, parce qu'elle t'aime. Et je le sais parce que je t'aime et que je suis furieux pour toi.
Buck renifle, s'accrochant un peu plus à Eddie, à sa chaleur, à la sécurité qu'il lui procure, à son amour aussi.
– Je suis toujours celui qui est laissé derrière. Maddie est partie avec Doug, Abby m'a abandonné, Ali… et maintenant eux. Tout le monde finit par me quitter.
Eddie se recule légèrement, juste assez pour pouvoir plonger son regard dans le sien.
– Buck, cette fois, c'est toi qui es parti.
– Seulement parce qu'ils m'ont poussé dehors ! s'exclame-t-il, les yeux rougis.
– Peut-être. Mais malgré tout, tu n'es pas seul.
Eddie caresse doucement sa joue, son regard empli de cette tendresse qui le fait toujours vaciller.
– Tu as une vraie famille maintenant. Tu as de l'amour, plus que tu ne sauras jamais quoi en faire. Et tu l'auras toujours.
Buck avale difficilement sa salive.
– Jusqu'à quand ?
Eddie fronce les sourcils, comme si la question était absurde.
– Jusqu'à mon dernier souffle.
Buck baisse les yeux, hésitant. Il aimerait y croire, mais il a tant de fois été abandonné… Comme s'il lisait dans ses pensées, Eddie serre un peu plus son étreinte.
– Je ne te laisserai jamais partir. Jamais.
Buck laisse échapper un rire tremblant.
– Et si c'est moi qui veux partir ? laisse-t-il échapper en plaisantant.
Eddie lui lance un regard espiègle.
– Je t'attacherai à mon lit, lui répond-il en se mordillant la lèvre.
Buck rit malgré lui, ses larmes coulant encore.
– Tu es trop parfait pour être réel, murmure-t-il.
Eddie sourit et capture ses lèvres dans un baiser tendre mais possessif.
– Je vais te prouver à quel point je suis réel, et crois-moi, tu le sentiras jusque dans tes os.
Buck éclate de rire et secoue la tête.
Mais en croisant le regard brûlant d'Eddie, un frisson le parcourt. Il voit la sincérité, l'amour inébranlable. Son cœur tambourine dans sa poitrine avec force comme s'il voulait en sortir juste pour rejoindre celui de cet homme merveilleux.
– Je t'aime et je veux finir ma vie avec toi, Buck.
– Si c'est une demande en mariage, Eddie Diaz…
– Ça en est une, affirme Eddie sans détourner mes yeux.
Buck sent une chaleur douce l'envahir.
– Alors je te dis oui… Mais pas avant d'avoir l'approbation de Christopher.
Eddie lui vole un autre baiser et murmure contre ses lèvres :
– Il est d'accord, Buck, souffle-t-il avant de picorer ses lèvres. Il n'attend que ça depuis le jour de votre rencontre.
Buck ferme les yeux, un sourire tremblant sur les lèvres. Il est aimé, vraiment aimé, et cette fois, il sait qu'il ne sera plus jamais seul.
Buck chasse le souvenir si agréable et regarde autour de lui. Eddie avait promis qu'il ne serait plus jamais seul mais pourtant, il est terriblement seul aujourd'hui. Jusqu'à ce qu'une voix rauque déchire le silence.
– Alors gamin, t'as encore réussi à te foutre dans un sacré pétrin, hein ?
Buck s'arrête net et il tourne la tête, à sa droite. Là, adossé contre un lampadaire rouillé, un vieil homme l'observe avec un sourire en coin.
Red.
Buck reste figé, incapable de bouger, son cœur tambourine dans sa poitrine, cherchant une explication à la présence de cet ami qui pourtant est mort depuis plusieurs mois.
– Red ?
Le vieil homme lève une main en guise de salut.
– En chair et en os… enfin, façon de parler.
Buck cligne des yeux. Il a du mal à comprendre ce qui se passe. Red est mort. Il le sait. Il l'a vu dans ce fichu cercueil.
– Qu'est-ce que… qu'est-ce que tu fais là ?
– C'est plutôt moi qui devrais te poser la question, ricane-t-il.
Buck ouvre la bouche pour répondre, mais rien ne sort. Il baisse les yeux et prend conscience, pour la première fois, qu'il est pieds nus sur l'asphalte fissuré.
Il frissonne.
– Je crois que je suis…
– Entre les deux, ouais. Pas encore parti, mais pas vraiment ici non plus.
Buck ferme les yeux un instant et il se souvient. L'incendie, l'escalier qui s'effondre, le choc, la douleur.
Puis plus rien.
– Alors, gamin, tu comptes faire quoi ?
Il relève la tête vers Red, les sourcils froncés.
– Comment ça, faire quoi ?
Le vieil homme soupire et s'approche.
– Tu sais, j'aimais bien ton obstination. Un peu con parfois, mais c'est ce qui faisait de toi un bon pompier.
– Je suis toujours un pompier, gronde-t-il en serrant les poings.
Red penche la tête, son sourire s'effaçant légèrement.
– Vraiment ? T'as fui la 118, tourné le dos à ceux que tu appelais ta famille. T'as voulu leur prouver qu'ils avaient tort, mais au final… T'essaies de leur prouver quoi, Buck ? Que tu peux t'en sortir sans eux, ou que tu n'as jamais eu besoin d'eux ?
Buck sent une boule se former dans sa gorge.
– Ils ne m'ont jamais vraiment considéré comme l'un des leurs.
– C'est ce que tu crois, ou c'est ce que tu veux croire ? demande-t-il en haussant un sourcil.
Buck détourne le regard. Il ne veut pas entendre ça. Pas maintenant.
– J'ai Eddie et Christopher, murmure-t-il. C'est eux ma famille maintenant.
Red l'observe un instant avant d'esquisser un sourire triste.
– Alors pourquoi hésites-tu à les retrouver ?
Buck lève brusquement la tête.
– Je…
– Si t'étais vraiment convaincu que ta vie est là-bas, tu ne serais pas encore ici à errer comme un foutu fantôme.
Le silence s'étire entre eux. Red pousse un soupir et croise les bras.
– Écoute gamin, j'ai passé ma vie à m'accrocher à des regrets. À croire que j'avais tout le temps du monde et regarde où ça m'a mené.
Il lève une main et désigne le vide autour d'eux.
– T'as une chance que moi, je n'ai jamais eue. Tu peux encore choisir. Mais faut que tu sois sûr, Buck.
Buck prend une profonde inspiration. Il sent quelque chose au loin. Une voix. Une main qui serre la sienne.
Eddie.
– Je veux revenir.
– Alors qu'est-ce que t'attends, gamin ? demande Red.
Buck fronce les sourcils.
– Je… Je ne sais pas comment je dois faire ?
– Ah ça, gamin, rit le vieil homme. Ce n'est pas moi qui vais te le dire. Faut que ce soit toi qui trouves la réponse.
Buck ferme les yeux et inspire profondément. Il pense à Eddie et Christopher, ils sont sa vie. Il fait un pas en avant.
Et le monde autour de lui commence à vaciller.
POV Eddie
L'hôpital a cette odeur froide et stérile qui s'accroche à la peau jusqu'à l'âme.
Pourtant, ici, dans cette chambre, alors qu'il est allongé contre Buck, son souffle artificiel brisant le silence, il se sent à sa place. Là où il doit être.
Il ne peut pas partir, pas tant qu'il ne revient pas.
Sa main trouve la sienne sous les draps, froide malgré la chaleur qui règne ici. Il la serre doucement, comme si la force de sa volonté seule pouvait le ramener à lui.
Maddie l'a convaincu de laisser Athena venir.
Il n'avait pas vraiment besoin d'être convaincu, en réalité. Il n'a jamais eu de rancune contre elle. Buck l'aime comme si elle était sa mère, et même si leur relation a changé, même s'il a volontairement laissé la distance creuser un fossé entre eux, même si elle l'a laissé faire cette bêtise, il n'a jamais cessé de la considérer comme sa famille.
Aujourd'hui, il se rend compte qu'Athena l'a toujours vu comme son fils, elle aussi. Il faut que Buck revienne, pour elle, pour Maddie, pour Christopher…
Pour lui.
Il ferme les yeux, et l'image de ce jour lui revient en mémoire. Ce jour où il a appelé Maddie.
Buck venait de claquer la porte des 118 derrière lui. Un départ brutal, précipité par des blessures trop profondes, des mots qu'il n'aurait jamais dû entendre.
Il était brisé.
Eddie a compris à cet instant que son amour seul ne serait pas suffisant pour l'aider à guérir, mais ça, Buck ne l'avouerait jamais. Il avait besoin de sa sœur, de la seule famille qu'il ne pouvait pas quitter. Il avait besoin de Maddie.
Alors, il a pris son téléphone.
– Il a besoin de toi, Maddie, souffla-t-il. Juste de ton amour et de ton soutien. Il ne te le demandera jamais, mais il en a besoin.
Moins d'une heure plus tard, elle était là.
Pas de colère, pas de reproches, juste Maddie et son amour inconditionnel de grande sœur. Elle s'est agenouillée devant Buck, l'a pris dans ses bras et lui a murmuré combien elle l'aimait. Il a pleuré comme un enfant. Et Eddie a bien cru qu'il lui en voudrait d'avoir fait ça dans son dos. Mais quand leurs regards se sont croisés après, ses yeux si pleins de reconnaissance, Eddie a su qu'il avait fait le bon choix.
Plus tard ce soir-là, il s'est blotti dans ses bras, et Eddie a su qu'il avait fait ce qu'il fallait.
Il rouvre les yeux, ramené au présent par la douleur qui lui vrille la poitrine.
Ce silence, ce maudit silence, entrecoupé par le moniteur cardiaque et la ventilation qui maintient l'homme qu'il aime en vie, le rend autant malade que cette odeur aseptisée qui le fait irrémédiablement penser à celle de la mort.
C'est grave, très grave, mais les médecins ne peuvent plus rien faire, c'est à Buck de se battre maintenant. Eddie craint plus que tout que son amour ne suffise pas à le ramener. Il aimerait pourtant que ce soit le cas, mais Buck en a tellement bavé dans sa vie qu'il est terrifié à l'idée qu'il décide seulement de lâcher prise.
Eddie passe une main sur mon visage, las.
– Tu avais raison au sujet d'Athena, je l'aime bien. Alors, tu dois te réveiller, parce que je veux ces repas de famille avec elle et Maddie. Je veux que Christopher ait une nouvelle abuela, forte comme Athena, et je veux que tu m'embrasses encore une fois. Juste une fois, supplie-t-il les larmes aux yeux. Tu dois te réveiller, parce que tu as promis de m'épouser. Et je… Je n'y arriverai pas sans toi, Buck. J'ai besoin de toi.
Il trouve refuge dans le creux de son cou et il laisse enfin les larmes couler, le souffle tremblant. Il ne pourra pas survivre à ça, pas encore. Chris ne peut pas perdre encore un parent. C'est injuste et cruel.
Eddie se laisse aller à sa peine, enroulé comme il peut autour du corps inerte de son fiancé. Il sait que si les infirmières le voient comme ça, elles le feront quitter la chance, mais il en a besoin.
Il a l'impression qu'il n'aura pas la chance de pouvoir lui dire au revoir, alors il veut qu'il ressente sa présence et son amour, qu'il sache à quel point il est aimé, même si ça ne suffit pas pour le ramener.
Puis, soudain, le bip du moniteur s'affole ce qui signifie que le rythme de son cœur s'accélère.
Eddie se redresse d'un bond, cherchant d'où vient l'anomalie. Il n'est pas prêt à le perdre, et pour être honnête, il ne le sera jamais.
– Buck ?
Ses paupières tremblent.
Un battement de cils, puis deux. Ses yeux s'ouvrent brusquement, affolés, et il tente d'arracher le tube qui l'empêche de respirer seul.
Eddie réagit instinctivement et saisit ses mains, les serre contre les siennes pour l'empêcher de se faire mal.
– Hey, hey, calme-toi ! C'est fini. Je suis là. Je te promets que tout ira bien.
Buck croise son regard et se calme peu à peu, son regard accroché au sien, sa respiration difficile mais plus posée. Lentement, Eddie relâche une de ses mains pour presser le bouton d'appel, et alors que les médecins entrent précipitamment, il se penche à son oreille.
– Je suis là, Buck. Toujours.
Il sent sa main serrer la mienne en réponse.
Le cauchemar est enfin fini.
POV Buck
Le silence paisible de la chambre d'hôpital est seulement troublé par la respiration lente d'Eddie, profondément endormi contre lui. Buck resserre son étreinte, inspirant l'odeur familière de celui qui est devenu son ancre, sa certitude dans un monde qui s'est effondré trop de fois sous ses pieds.
Buck se battra toujours pour revenir vers lui et il sait maintenant avec certitude qu'Eddie le protègera envers et contre tous s'il le faut.
Maddie et Athena ont promis de revenir le chercher plus tard, mais Buck n'a aucune hâte de voir Eddie quitter son lit, pas après ce qu'ils viennent de traverser. L'idée même de le voir s'éloigner de lui après avoir cru ne jamais pouvoir le rejoindre lui serre encore la poitrine.
De toute façon, Eddie s'accroche à lui comme à une bouée. Ils ont eu si peur l'un comme l'autre de ne jamais pouvoir se retrouver… Maintenant qu'ils l'ont fait, les séparer sera une épreuve en soi.
Son regard se perd dans le vide, et son esprit l'emmène deux années en arrière, à leur toute première rencontre.
Buck se souvenait parfaitement du jour où il avait rencontré Eddie Diaz pour la première fois.
Ce jour-là, il avait senti son cerveau disjoncter.
Il était arrivé à sa première séance de kiné avec la certitude absolue que ça ne servirait à rien, que rien ne pourrait réparer ce que l'accident avait brisé en lui, que sa jambe resterait à jamais une faiblesse, un rappel constant de son échec. Il avait traîné les pieds en entrant dans le cabinet, l'humeur maussade, prêt à expédier la séance en espérant que son kiné ne serait pas trop bavard.
Puis, il l'avait vu.
Et toute pensée cohérente avait quitté son esprit. Le docteur Eddie Diaz était magnifique. Ce fut la première chose que Buck enregistra, et la réalisation le prit par surprise, au point qu'il n'avait pas réussi à aligner deux mots cohérents quand l'homme s'était approché de lui avec un sourire chaleureux. Buck s'était empêtré dans ses salutations, perdu entre son malaise et la soudaine accélération de son cœur. Il s'en était voulu toute la journée.
Mais Eddie…
Eddie n'avait pas semblé le remarquer. Il n'avait pas vu la gêne, l'hésitation, la frustration. Il n'avait pas vu la faiblesse que Buck redoutait tant que les autres perçoivent.
Au lieu de ça, il lui avait parlé du programme de soins, sans condescendance, sans pitié, mais avec chaleur et compréhension. Il avait même plaisanté, lançant quelques remarques taquines qui avaient fait sourire Buck presque malgré lui. Il se souvenait s'être demandé s'il flirtait avec lui ou si son cerveau l'imaginait, mais pour la première fois depuis des mois, il avait oublié son état.
Pendant quelques minutes, il n'était plus un homme brisé.
Il avait toujours su qu'il était bisexuel, mais jamais un homme ne l'avait fait vibrer comme Eddie l'avait fait ce jour-là. Ce n'était pas seulement son physique, même s'il aurait menti en disant qu'il n'était pas immédiatement tombé sous le charme. C'était ce qu'il dégageait, cette chaleur, cette bienveillance, cette force tranquille qui lui donnait envie d'être meilleur, d'être digne de lui.
Buck n'en avait peut-être pas eu conscience à cet instant précis, mais ce jour-là, Eddie Diaz n'avait pas seulement été son kiné.
Il avait été celui qui lui avait donné une raison d'espérer à nouveau.
Un bruit le fit sursauter et il oublia instantanément ses souvenirs.
On frappa à la porte. Buck tourna la tête, et son cœur se serra en voyant Bobby sur le seuil. L'homme hésitait, incertain, comme s'il craignait d'être repoussé.
Pendant une seconde, Buck ne sut pas quoi faire.
L'instinct aurait été de se renfrogner, de détourner les yeux, de lui faire payer la douleur qu'il avait ressentie en quittant les 118, en quittant sa famille qui n'avait même pas cherché à le retenir. Mais malgré tout… malgré la colère, la tristesse et l'abandon, il y avait encore cet amour qu'il ne pouvait ignorer.
Alors il leva lentement la main et lui fit signe d'entrer.
Bobby referma la porte derrière lui et resta debout, les bras croisés, cherchant visiblement ses mots.
– Comment te sens-tu? demanda-t-il presque craintivement.
– Comme si l'échelle m'était passé dessus, sourit-il vaillamment pour cacher sa gêne.
– Je suis désolé, Buck, souffla-t-il soudain. Je suis désolé de t'avoir fait fuir.
Buck ne dit rien. Il attendit, sentant déjà la boule dans sa gorge grandir.
– Je sais que j'ai mal agi. J'ai voulu être un père pour toi, mais… j'ai oublié que tu n'étais pas mon fils. Tu es ce qui s'en rapproche le plus pourtant, et je suis si fier de toi que de te voir sous le camion à cause de moi…
– À cause d'un poseur de bombes, lui rappela-t-il.
– Je n'étais pas prêt à te voir risquer encore ta vie.
Buck baissa les yeux, les mâchoires serrées.
– Mais j'avais tort, poursuivit Bobby. Ce n'était pas mon choix à faire, je n'avais pas le droit de te faire porter le poids de mes peurs. Je n'ai jamais voulu te blesser et je comprends pourquoi tu es parti, mais je ne veux pas te perdre, Buck. Peu importe où tu travailles, peu importe les décisions que tu prends, je continuerai à te voir comme un fils et j'aimerais te voir, passer du temps avec toi, quand tu iras mieux, si tu es d'accord.
Le souffle de Buck trembla. Il releva la tête, les yeux embués.
– Je crois que ça me plairait, mais ça a été très douloureux pour moi, alors laisse-moi juste un peu de temps, admit-il d'une voix rauque.
– Prends tout le temps qu'il te faudra, promit Bobby avec un sourire triste. Et si un jour… si un jour tu veux revenir, sache que la porte sera toujours ouverte pour toi.
Le silence retomba, mais cette fois, il n'avait rien de pesant. Buck sentit un poids quitter sa poitrine et il s'autorisa enfin à respirer plus librement. Bobby regarda vers Eddie, toujours endormi contre lui, et un petit sourire amusé passa sur son visage.
– Il est très protecteur envers toi. Il t'aime plus que lui-même.
Buck baissa les yeux vers Eddie, qui, même dans son sommeil, gardait un bras possessivement enroulé autour de lui.
Il sourit.
– J'en suis plus que conscient.
Et pour la première fois depuis longtemps, il se sentit en paix.
POV Eddie
Eddie ne se souvenait pas avoir déjà ressenti autant de fierté.
Il était là, à quelques pas derrière Buck, à l'observer franchir les portes de la caserne 118 pour la première fois depuis deux ans. Deux ans depuis que cet endroit avait laissé une blessure béante dans la vie de son mari. Deux ans durant lesquels Buck s'était reconstruit, pièce par pièce, jusqu'à redevenir l'homme qu'il était toujours destiné à être.
Et aujourd'hui, il revenait chez lui.
Le sourire qui illuminait son visage en disait long sur ce qu'il ressentait. Il était heureux, vraiment heureux, et Eddie se rendit compte qu'il aurait tout donné pour le voir sourire ainsi chaque jour de sa vie.
La route avait été longue, semée de doutes, de peurs, de nuits passées à se rassurer mutuellement quand l'angoisse devenait trop forte, mais Buck les avait toutes surmontées. Ça avait été un long combat, mais il s'était relevé. Il avait repris sa vie en main. Il avait prouvé, encore et encore, qu'il était bien plus fort qu'il ne le croyait lui-même.
Et maintenant, il rentrait à la maison.
Eddie avait fait en sorte que tout soit parfait pour son retour. Il avait pris sur lui de rendre visite à chaque membre de la caserne, que ce soit sur le quart A ou sur les autres. Il voulait s'assurer que Buck serait traité comme il le méritait. Il n'avait pas hésité à faire passer quelques messages à peine voilés ; certains y verraient des menaces, mais il appelait ça de la précaution. Son mari ne souffrirait plus jamais ici.
Il y veillerait personnellement.
Son regard s'attarda sur Buck, dont l'enthousiasme était palpable. Il allait d'un collègue à l'autre, acceptant accolades et tapes dans le dos avec une sincérité qui serra la gorge d'Eddie.
Il s'arrêta un instant, perdu dans son admiration.
Buck rayonnait.
Il avait toujours été magnifique, mais ce jour-là, il brillait d'un éclat que rien ni personne ne pouvait éteindre. Son sourire était éclatant, ses yeux pétillaient de bonheur alors qu'il passait d'invité en invité, distribuant rires et embrassades avec la même chaleur contagieuse qui faisait de lui l'homme qu'Eddie aimait tant.
Eddie ne pouvait pas détourner le regard.
Il avait toujours su qu'il était un homme chanceux, mais aujourd'hui, alors qu'il observait Buck, sublime et insouciant, il se dit que la chance n'était pas un mot assez fort.
Il était béni.
Il avait devant lui la preuve vivante que l'amour pouvait tout reconstruire, qu'il pouvait guérir même les âmes les plus blessées.
Et cette nuit…
Il se mordit l'intérieur de la joue en y pensant. Cette nuit, il comptait bien ancrer cette vérité dans la peau de Buck, dans chaque frisson, chaque soupir qu'il lui arracherait avec application et amour. Il le marquerait, lui rappellerait qu'il était sien, qu'ils s'étaient trouvés et qu'ils ne se quitteraient plus jamais.
Eddie ne put retenir un sourire en repensant à la nuit dernière.
Il savait que Buck portait encore quelques souvenirs de leurs ébats sur ses épaules ce matin. Il les avait vus, il les avait embrassés avant qu'ils ne quittent leur lit, et il ne nierait certainement pas en être l'auteur.
Au contraire, il en était fier.
– Eh bien, de ce que je vois, ils ont l'air heureux de le revoir, affirma Lucy en venant se mettre à sa hauteur, son sac sur l'épaule.
Lewis avait râlé de perdre deux de ses meilleurs pompiers, mais Eddie avait été intransigeant à ce sujet. Si Buck retournait à la 118, il voulait que sa partenaire, celle qui le soutenait quoi qu'il arrive, soit à ses côtés et ils avaient tous cédé. Il savait comment faire plier les gens, pas aussi efficacement que son fils, mais il savait qu'il pouvait compter sur cette arme ultime en dernier recours.
En tout état de cause, Eddie avait fait le nécessaire pour que Buck ne soit pas seul.
– Il n'avait pas vraiment besoin de toi.
– Il aura toujours besoin de toi, affirma Eddie. Tu lui as sauvé la vie.
– Ouais, souffla-t-elle consciente que Buck en avait fait autant pour elle.
– Je te le confie.
– Je ne le quitte pas des yeux. Sois tranquille, Diaz.
– C'est Buckley-Diaz, lui rappela-t-il.
– Comme si je pouvais l'oublier, lâcha-t-elle en roulant des yeux.
Elle le salua et alla rejoindre Buck qui enlaçait son père de cœur qui lui souhaitait la bienvenue. Son mari était enfin de retour où il appartenait.
Et quoi qu'il arrive, Eddie s'assurerait que rien ni personne ne lui arracherait à nouveau ce bonheur.
C'était son rôle et il s'en acquitterait jusqu'à son dernier souffle.
