Chapitre 19 : Première victoire

Les lumières du Square Grimmaud s'allumèrent les unes après les autres, éclairant l'avancée du propriétaire des lieux et de sa charge.

Sirius déposa Harry avec précaution dans le lit de feu son petit frère, passant délicatement ses doigts dans les mèches brunes. Le garçon avait atrocement maigri, des cernes immenses creusaient ses yeux et il n'avait pas repris connaissance depuis que Dobby et Remus l'avaient amené ici.

Une main douce mais ferme se plaça sur son épaule.

-Il va s'en sortir, Patmol. Fais-lui confiance.

Il acquiesça silencieusement, se retenant de pleurer. Il ne parvenait pas à croire que son filleul ait autant souffert, qu'ils aient mis tant de temps à le retrouver alors qu'Harry était soumis à des tortures infâmes.

-Laisse-le dormir.

Sirius secoua la tête de gauche à droite et s'assit à même le sol, refusant de quitter le fils de son meilleur ami jusqu'à nouvel ordre.

Remus soupira, mais n'insista pas, acceptant de sortir de la pièce sans plus attendre.

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-Je n'arrive pas à y croire ! s'exclamait Colin en continu. Je n'arrive pas à y croire ! Vous avez gagné contre Voldemort en personne !

-N'exagérons pas, grogna Ron qui marchait devant lui dans le passage secret. Ne pas perdre ne signifie pas qu'on a gagné le combat.

-On a toujours dit, avec Dennis, que ce serait forcément toi et Neville qui sauveriez le monde en attendant Harry. Quand il va savoir ça, il va être vert de ne pas l'avoir pu venir.

Neville pouffa, en début de file.

-Sauver le monde, carrément ? Colin, on a juste réussi à lui tenir tête quelques minutes.

-C'était quand même fou ! Il a rien pu ne faire quand il s'est fait attaquer par la plante ! Si ça se trouve, c'est ton talent en botanique le « pouvoir que le seigneur des ténèbres ignore » de la prophétie. Aïe ! Ron, pourquoi tu t'arrêtes ?

-Qu'est-ce que tu as dit ?

Un concert de protestations retentit dans le passage secret, venant de ceux derrière qui se demandait pourquoi la marche avait brutalement cessé.

-Quoi ?

-La prophétie que tu as citée, c'est LA prophétie ?

-Ben oui, enfin celle sur Harry quoi…

-Comment est-ce que tu la connaît ?

-Pourquoi ? Vous ne l'avez jamais entendu, vous ?

Un ricanement résonna derrière lui.

-Tu es bien le stalker numéro 1 de Harry Potter pour avoir mis la main sur ça avant même ses meilleurs amis, se moqua Malfoy.

-Je ne suis pas un stalker !

Colin, confus, tenta de regarder les différents visages tournés vers lui malgré l'obscurité.

-Mais personne ne la connaît ?

-Bien sûr que non : Harry l'a brisé au ministère pour que les mangemorts ne s'en saisissent pas. Comment as-tu pu l'entendre, toi ?

Colin rougit, parce qu'il sentait que sa réponse allait bien le faire passer pour un stalker…

-J'ai regardé tous les souvenirs de Dumbledore marqués « Harry Potter » qu'il a planqué à côté de sa pensine…

Le ricanement de Malfoy s'intensifia, à sa grande honte.

-Je pensais qu'il vous en aurait parlé, au moins à toi et Hermione ! Excuse-moi, Ron, je ne voulais pas vous cacher quoi que ce soit…

Ron referma sa main sur son bras et le força à reprendre la marche. À voix basse, il lui dit :

-On en discutera une fois à l'abri, mais tu dois tout me dire.

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Quand Draco pénétra dans la salle commune, il vit que sans surprise, Pansy était toujours là. Elle devait sans doute l'attendre sur le fauteuil devant la grande cheminée puis s'était endormie. Il leva les yeux au ciel, mais alla tout de même s'installer sur l'accoudoir, caressant le front de la jeune fille jusqu'à la réveiller.

-Hm… Draco ?

-C'est moi.

Elle se redressa tant bien que mal, se frottant un œil d'une main tout en ajustant sa tenue de l'autre.

-Vous avez réussi ?

-Évidemment. Notre cher Survivant sera bientôt de retour.

Elle souffla, visiblement soulagée.

-Et pour moi ?

-C'est arrangé aussi. Granger s'est proposée pour t'héberger lorsque tu quitteras Poudlard. Elle sera ta protectrice attitrée.

Pansy cligna des paupières, stupéfaite. Draco se prépara à la réaction qui n'allait sans doute pas tarder.

-Granger ? Mais c'est une sang-de-bourbe !

-Née-moldue, corrigea Draco qui avait appris à ne plus utiliser l'autre terme.

-Exactement, Draco ! Ça signifie que si je vais chez elle, je vais être chez des moldus !

-Tu te rappelles que ce sont tes alliés désormais, pas vrai ?

Elle porta ses mains à sa tête, les yeux exorbités.

-Mais ce n'est pas le problème ! J'espère que tu plaisantes ! Par Morgane, Draco, je n'y connais rien en moldu ! Comment peux-tu imaginer que je survive dans un univers sans magie ? Je ne saurais rien faire !

-Il faudra apprendre, fit-il en haussant les épaules. C'est le deal, que veux-tu. Dis-toi qu'au moins tu n'as pas été forcée à épouser quelqu'un pour l'obtenir, cette protection.

-Oh, arrête de te plaindre, soupira-t-elle en levant les yeux au ciel. Tu sors avec deux beaux gosses pour le prix d'un et tes parents ne t'ont pas déshérité. C'est franchement une meilleure situation que devoir vivre chez les moldus avec Hermione je-sais-tout Granger.

-Tu verras, elle est vraiment plus supportable que ce qu'elle semble au premier regard.

-Et au second. Tu ne vas pas me dire que tu es devenu ami avec elle ?

Draco plissa le nez d'amusement devant une idée si saugrenue.

-En fait, je ne lui parle quasiment jamais.

Pansy le frappa.

-Comment peux-tu savoir si elle est supportable alors ?

Il ricana et la laissa venir se blottir contre son torse en poussant un lourd soupire.

-Tu penses que ça va aller, pour nous ?

-Après ce que j'ai vu aujourd'hui, crois-moi Pans', les gamins de Poudlard ont bien plus de chances que ce que j'imaginais jusqu'alors. Allez, viens, allons dormir. Il reste encore quelques heures avant l'aube.

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-Alors, c'était quelque chose comme « celui qui peut vaincre le seigneur des ténèbres approche ! ». Non, attendez, c'était plus une voix sombre, genre « CELUI QUI A LE POUVOIR DE VAINCRE LE SEIGNEUR DES TÉNÈBRES APPROCHE ! », avec une sorte d'échos, qui faisait « approche, approche… » en fond.

-Colin, ne nous fait pas une imitation, on a juste besoin de savoir ce qui était dit.

-Ah oui pardon. Donc, ça continuait comme ça : « il naîtra de ceux qui l'ont trois fois défié à la fin du septième mois. Il aura un pouvoir que le seigneur des ténèbres ignore. Le seigneur des ténèbres le marquera comme son égal. » Non, c'était dans l'autre sens peut-être. D'abord la marque et ensuite le pouvoir. Enfin, je ne sais plus. Ensuite, c'était un truc super glauque genre « aucun d'eux ne peut survivre tant que l'autre vit encore ». Et après, il répétait qu'il naîtrait à la fin du septième mois.

Hermione parcourait le dortoir des sixièmes années de long en large, les mains dans le dos et l'air particulièrement contrarié.

Ron, lui, avait les sourcils froncés et les yeux perdus dans le vide. Dean, Seamus et Neville n'osaient pas prendre la parole, même s'ils ne comprenaient pas vraiment ce qu'impliquait cette nébuleuse prophétie.

-Il le marquera comme son égal, répéta finalement Hermione. Comme la cicatrice d'Harry. Si les critères de départ peuvent aussi désigner Neville, seul Harry a été marqué par Voldemort. C'est donc lui l'Élu.

-Mais cette histoire de survie, à la fin, qu'est-ce que ça peut vouloir dire ? réfléchit Ron à voix haute.

-En fait, je crois que c'était plutôt « aucun d'eux », heu, « AUCUN D'EUX NE PEUT VIVRE TANT QUE L'AUTRE SURVIT ! ». Je ne sais pas si ça change quelque chose.

Hermione souffla, agacée.

-Il n'est déjà pas aisé d'interpréter une prophétie, mais si en plus nous ne connaissons qu'un mot exact sur deux, ça ne va pas nous aider ! Tu ne peux pas faire plus d'efforts, Colin ?

-Hey, j'ai regardé au moins trente-sept souvenirs cette fois-là, je ne peux pas tout me rappeler par cœur !

-Tu es vraiment atteint, toi, marmonna Dean en secouant la tête.

Colin lui tira la langue. Son adoration pour Harry n'était un secret pour personne et le petit Gryffondor n'en avait pas honte le moins du monde.

-Aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit, répéta Hermione en faisant un énième demi-tour. Ça peut faire référence à au fait que Harry est le Survivant et qu'il a tué Voldemort quand il était bébé.

-On compte aussi les deux fois où il l'a tué à Poudlard, précisa Ron.

-Sauf qu'en quatrième année, Harry n'a pas réussi à l'empêcher de revenir à la vie. Donc ça fait plus d'un an que Voldemort vit alors qu'Harry survit.

-Peut-être qu'il ne faut pas le prendre aussi littéralement, intervint Neville en se frottant le bras. Après tout, Harry ne peut pas vraiment vivre sereinement en sachant que Voldemort est là dehors. Même s'il n'est pas littéralement mort, Harry a eu plein de soucis avec le Ministère, Ombrage et les mangemorts. La prophétie veut peut-être dire que Harry ne peut pas vivre en paix tant que Voldemort est vivant, et réciproquement.

-La divination n'est de toute façon pas une discipline exacte, trancha Hermione en se laissant tomber sur le seul lit inoccupé du dortoir, celui d'Harry. Il est préférable de ne pas trop la prendre au sérieux, sinon ça se retourne toujours contre nous.

-Peut-être, mais il vaut mieux pour nous d'être au courant, fit Ron en se levant, glissant les mains dans ses poches. Parce que Voldemort, lui, a pris cette prophétie au sérieux. Peut-être même qu'il la connaissait et que c'est pour ça qu'il a attaqué les Potter, en 1981. Il devait se dire qu'un bébé ne représentait pas encore une menace et a voulu s'en débarrasser avant qu'il ne grandisse. Il s'acharne donc sur Harry pas uniquement par vengeance, mais aussi pour empêché la seule personne qui en serait capable de le vaincre.

-Et maintenant, il ne peut plus l'atteindre, conclut Seamus en hochant la tête.

Ron et Hermione s'échangèrent un regard silencieux.

Harry avait peut-être quitté les griffes de Voldemort, mais ils doutaient attendre longtemps avant que leur meilleur ami se retrouve de son plein gré ou non à faire de nouveau face au mage noir.

La différence, c'est qu'au lieu d'être juste trois adolescents maladroits, ils étaient désormais toute une association de jeunes guerriers.

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Bill était assis au QG de l'Ordre du Phoenix, regardant avec lassitude sa mère empiler de la nourriture devant lui comme s'il revenait du désert sans avoir mangé à sa faim pendant trois mois. Il savait cependant qu'il était vain d'argumenter contre elle, donc la laissait faire, les yeux fixés sur la porte en attendant le dernier invité.

Enfin, Dumbledore entra dans la pièce, calmant Molly qui accepta de prendre une chaise auprès des autres membres de l'Ordre. Seul Rogue manquait à l'appel, mais Bill se doutait qu'il devait être aux côtés de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom à l'heure qu'il était.

-Bonjour à tous. Bonjour Bill.

-Bonjour, professeur, répondit poliment l'aîné de la famille Weasley.

Dumbledore tira une chaise à lui et s'assit, accordant toute son attention au rouquin qui maudissait intérieurement ses frères de l'avoir mis dans une telle situation. Un peu plus loin, Remus buvait sa tasse de chocolat chaud en faisant semblant de ne pas savoir la raison de ce rassemblement.

-Alors, pourquoi nous convoquer d'urgence, mon garçon ?

Bill prit une profonde inspiration.

-Harry a été libéré de Voldemort. Il est désormais en sécurité auprès de Sirius.

Dumbledore ouvrit grands les yeux, stupéfait, mais les mots qu'il s'apprêtait à prononcer furent noyés sous le cri de joie de Molly qui plaqua ses deux mains contre sa bouche avant d'éclater en sanglot. Son père s'empressa de la prendre dans ses bras, mais lui aussi était particulièrement ému.

-Merlin merci, murmurait-elle en tremblant. Merci d'avoir sauvé mon petit.

-Raconte-nous, Bill ! Que s'est-il passé ?

-J'ai été recruté par un autre groupe de résistants afin d'attaquer le manoir où était enfermé Harry.

-un autre groupe de résistants ? s'étonna Maugrey en fronçant ses sourcils asymétriques. Qui sont-ils, et pourquoi n'ont-ils pas pris contact avec nous ?

-Je ne peux pas vous révéler leur identité, je suis sous serment inviolable…

C'était un mensonge, il avait juste signé un parchemin enchanté qui lui lancerait une malédiction s'il trahissait le secret. Même s'il qu'il pourrait sans doute briser ladite malédiction, malgré le talent certain d'Hermione, les membres de l'Ordre du Phoenix n'avaient pas besoin de savoir les détails.

-Lors de la mission de cette nuit, nous avons affronté quelques mangemorts ainsi que Vous-Savez-Qui, mais nous avons réussi à fuir avant qu'il y ait des blessés dans notre camp. J'ai été chargé de déposer les six prisonniers que nous avons capturés au Ministère, puis je suis venu ici vous prévenir.

Maugrey hocha sombrement la tête, le félicitant pour cette prise.

Sa mère cependant se fichait bien des mangemorts :

-Comment allait Harry ? Severus disait qu'il était drogué…

-Il est pour l'instant inconscient. Sirius le veille. Il…

Bill hésita en se tournant vers Dumbledore qui n'avait pas encore parlé. Il craignait que le vieil homme refuse sa demande après avoir été ainsi mis à l'écart.

-Il aimerait que madame Pomfresh vienne l'occulter, si possible.

Mais Dumbledore lui accorda un sourire sincère.

-Évidemment. Je la ferai prévenir. Remus, vous connaissez l'emplacement de la maison de Sirius, n'est-ce pas ? Pourriez-vous l'y amener ?

-Bien entendu monsieur le directeur.

Dumbledore plissa les yeux. Il devait avoir remarqué que contrairement aux parents Weasley, Remus n'avait pas été surpris par l'annonce de Bill. Le loup-garou se contenta cependant de regarder calmement le vieux mage, ne lui faisant pas l'offense de mentir sur sa présence pendant l'attaque sans pour autant affirmer ouvertement son implication dans cette histoire.

-Eh bien, fit Kingsley pour briser le silence qui s'éternisait un peu trop à son goût. Je suppose qu'on peut considérer cette journée comme une nouvelle victoire. Portons un toast à la libération d'Harry et à ce mystérieux groupe !

Il n'en fallut pas plus pour que Molly bondisse pour aller chercher un verre à chacun.

D'eux tous, à part peut-être Remus, elle était sans doute celle qui était le plus heureuse de savoir Harry en sécurité.

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Severus était agenouillé, le regard rivé au sol, toutes ses barrières d'occulmancie levées pour qu'aucune pensée ne s'échappe de sa tête.

-Traître ! TRAÎTRE !

Les hurlements de Nott se rependaient dans toute la salle sous les doloris de Voldemort. Les échos terribles de ses cris glaçaient le sang de tous les mangemorts présents.

-Comment as-tu osé parler ? Ne savais-tu pas la valeur de ce qu'il y avait dans ce manoir ?

-M— Maître, je n'ai jamais… AAAARHG !

Severus resta parfaitement impassible, le regard obstinément fixé au sol comme ses camarades.

Le dernier sort de Voldemort cessa cependant rapidement. Le mage noir s'était lassé de la torture.

-Legimen !

Severus renforça encore davantage ses barrières, mais ce n'était pas lui qui était visé. Nott avait les yeux révulsés, plongés avec horreur dans ceux du seigneur des ténèbres qui fouillait dans ses souvenirs probablement sans aucune délicatesse, quitte à piétiner son esprit déjà affaibli par le doloris.

Le mage noir finit par le relâcher et Nott s'écroula, sanglotant. Severus s'empressa de fixer de nouveau le sol, comme devaient sans doute le faire tous les autres mangemorts qui avaient été convoqués.

-Théodore Nott junior, susurra le Seigneur des Ténèbres avec une voix si douce et sifflante qu'on aurait cru un serpent. Le coupable est donc ton fils. N'est-ce pas une merveilleuse chose qu'il revienne pour les vacances demain ? Je suis certain que nos retrouvailles seront… instructives.

Severus frissonna de tout son long.

Comme les Malfoy, la famille Nott était désormais perdue.

-Severusss…

Entendre son prénom soufflé avec tant de fiel n'augurait jamais rien de bon. Severus ne savait cependant rien de ce qui venait de se passer dans ce manoir et n'avait eu aucune idée d'où était enfermé Potter jusqu'à présent. Il ne devait donc rien avoir à se reprocher… Enfin, rien de récent.

-Oui Maître ?

-Dans la vermine qui s'est mise en travers de mon chemin, il y en a une que j'ai parfaitement reconnue, et que tu dois connaître également puisqu'il s'agit d'un de tes élèves…

En général, lorsqu'on lui disait ce genre de chose, il pensait aussitôt à Potter. Mais si ce dernier n'était pas présent, il en restait toujours deux pouvant sans aucun doute justifier la mauvaise humeur de son Maître en ce moment.

-Raconte-moi tout ce que tu sais sur le plus jeune des fils Weasley.

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De l'autre côté d'Angleterre, dans une petite chambre sombre au cœur de Londres, un garçon aux yeux verts se réveilla en sursaut.

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Et voilà la fin du 2e axe !

J'espère que l'histoire vous plait toujours jusque là, n'hésitez pas à me faire un petit retour :)

A bientôt pour la suite !

Yume u_u